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dimanche 2 février 2014

Lasser mariage à l'Egyptienne de Sylvie Miller et Philippe Ward

Depuis ses aventures dans Un privé sur le Nil, Jean-Philippe Lasser est consacré par Isis elle-même, détective officiel des Dieux, plaque officielle et tout et tout. Mais il a à peine de temps de se réjouir de sa promotion qu'elle lui confie une nouvelle affaire : retrouver Aglaé l'une des Trois Grâces, fille de Zeus et Eurynomé. En effet cette demoiselle -une vraie peste en dit-on- a disparu alors qu'elle devait se marier avec Horus, fils d'Isis et Osiris. Or ce mariage est un évènement inédit, c'est la première alliance entre une divinité grecque et une divinité égyptienne. Autant dire que Lasser a une sacré responsabilité, qu'il n'est pas très heureux d'hériter mais on ne refuse rien aux Dieux.

Le détective aura besoin de tous les amis et appuis possibles car certaines personnes ne voient pas d'un très bon oeil sa réussite, ainsi son enquête le conduira du Caire jusqu'à Babylone, en passant par Alexandrie et faisant même un petit séjour aux portes de l'Enfer. De plus il se retrouve confronté à une certaine Médée, journaliste de son état, employée en réalité par Zeus, qui tantôt lui lui fera la coeur, tantôt lui mettra des bâtons dans les roues. Et un Lasser sous le charme d'une belle fille séduisante, cela vaut le détour !

Retrouver un personnage et tout un univers que l'on a appris à apprécier dans des nouvelles, sur un roman, est un vrai délice. Parce que si les jalons ont été posée précédemment, l'histoire a tout le temps là de se mettre en place et de nous remettre dans cette ambiance si particulière de la vie dans les années 30 en Egypte où les Dieux côtoient les hommes de près et interviennent dans leurs affaires. Ainsi les références sur ces divinités fourmillent de partout. De plus cela donne l'occasion d'approfondir le personnage de Lasser, cet anti-héros qui préférerait rester tranquillement dans un bon fauteuil, à siroter son seize ans d'âge, au lieu de courir l'aventure. Pourtant en dépit de son côté un peu looser (il est prompt à se lamenter lorsqu'il échoue), il est suffisamment malin (et dispose aussi des aides nécessaires au bon moment) pour se sortir de toute situation, le tout avec un certain humour.
D'ailleurs le fait qu'il soit si peu crédible dans son rôle de super détective nous le rend tellement humain et proche qu'on craint à chaque moment qu'il échoue. Un passage notamment m'a renvoyé cette sensation là, celui (dont je parlerai par la suite) où il doit se jeter dans le vide, sa peur est tellement palpable qu'on ne peut que se projeter sur ce qu'il va vivre et reculer des quatre fers comme lui, j'ai vraiment eu la sensation qu'au final j'allais sauter à ses côtés et que je n'en avais pas plus envie que lui. Du coup je me suis mise à souhaiter que cela ne se fasse pas .... 

C'est marrant car j'ai lu ce roman avec l'image de Sylvie Miller me racontant (à Sèvres) comment ils écrivaient ces histoires à quatre mains, Philippe Ward et elle, et cela rajoutait un petit plus à ma lecture. Je les imaginais lisant chacun les écrits de l'autre et se marrant de leurs trouvailles mutuelles.

J'ai adoré certains passages comme le moment où Lasser fait ses premiers pas avec sa nouvelle voiture, une sorte de Kitt (K 2000) sans paroles mais qui se pilote toute seule, ou encore mieux son saut monstrueux depuis le Phare d'Alexandrie : ce passage précisément m'a même fait éclater de rire.

"J'avais beau chuter comme une pierre, j'étais tellement saoul que je n'avais même pas peur.  Je me contentais de rire comme un âne et de hurler :
 - Je vooooooooooooooooooole !!!!!!!!!!"

Bref, ce nouveau roman de Sylvie Miller et de Philippe Ward se lit avec beaucoup de plaisir et même de délectation, j'ai vraiment passé un bon moment et j'ai hâte de poursuivre les aventures de ce détective pas comme les autres !

Ailleurs

Et ici, un site fort intéressant sur la série.

Roman qui entre dans le Challenge de Lhisbei : Winter Mythic Fiction.






samedi 8 juin 2013

Lasser un Privé sur le Nil de Sylvie Miller et Philippe Ward

"Il y a du polar mais pas que ... Un zeste d'Egypte, un doigt de whisky, de dieux, des policiers, des méchants, Isis et un chat. Tous les ingrédients pour l'aventure. Egyptamicalement" Philippe Ward

Une fois n'est pas coutume, je cite la dédicace qui accompagne mon livre acheté aux Imaginales 2013 , tant elle correspond à ce recueil d'enquêtes menées par un détective au préalable pas si doué que cela et pourtant embauché sans cesse par les Dieux .... Ces Dieux qui vivent avec les humains dans une Egypte des années 32, qui conduisent des voitures de luxe et se font des crasses les uns les autres ... sans compter qu'ils se servent outrageusement des humains, voire même les suppriment d'une simple pichenette ....

"Je n'aimais pas les dieux et j'avais de bonnes raisons. Il existait un curieux rapport entre eux et nous, les humains. Nous les vénérions, ils nous protégeaient. Du moins en théorie. En pratique, ils se bornaient à vivre entre eux, dans leur milieu pourri d'intrigues, de jalousies et de rivalités. Et du fait de ces petits jeux de pouvoir, nous nous retrouvions, le plus souvent, pris entre le marteau et l'enclume."

Philippe Lasser qui pourtant juge que "où que j'aille, il se trouvait toujours une divinité pour venir m'empoisonner l'existence", se retrouve tour à tour engagé 
- par Isis afin de retrouver le manuscrit de Thot disparu à quatre jours de la fête d'Opet; festivité ô combien importante qui réaffirme la nature divine du souverain (en l'occurrence Ramsès XXVII).
- par Sekmet qui attend de lui qu'il remette la main sur une de ses chattes sacrées, disparue, avant le concours annuel des plus beaux chats du monde.
- par Isis à nouveau afin de retrouver le pénis de son mari Osiris (lequel fut découpé en mille morceaux par son charmant frère Seth et recomposé par Isis sauf le sexe gardé précieusement dans une jarre afin de ne l'utiliser qu'à bon escient .. "J'ai dissimulé le sexe d'Osiris pour que mon époux ne courre par le guilledou. Je le sors uniquement lorsqu'une petite envie me prend et ensuite je le recache.")
- par Khnoum parce que le Nil a cessé de couler en Egypte, retenu par les Dieux nubiens contre la libération du fils de leur pharaon, accusé d'avoir voulu empoisonner Ramsès.

Et au cours de ses enquêtes, le voilà confronté à un chef policier un brin mafieux qui a décidé de le faire coffrer une bonne fois pour toute, au Dieu Seth, cruel et revanchard qui se sert de lui comme un punching ball tout en parlant avec un accent italien, se faisant à l'occasion aider par un chat Ouabou (en réalité un Dieu transformé, pour le fun) qui réinvente le conte du Chat Botté à sa façon  et par Fazimel qui conduit une coccinelle rose comme une formule 1 ... Le tout ponctué d'humour et de dérision et d'absurdité : les désidératas des Dieux sont vraiment à mille lieues de ceux des humains et leurs préoccupations encore plus lointaines, ainsi les dénouements ne manquent pas de faire sourire par le côté complètement décalé de l'importance des résolutions pour ces Dieux : en gros Jean Philippe Lasser a souvent la sensation de se faire complètement entuber.
Ce personnage là, tout détective qu'il soit, a surtout en réalité envie de se faire du fric et de rester tranquillement assis à siroter son seize ans d'âge ..... et s'il accepte les missions qui lui sont confiées c'est en grande partie parce que l'on peut difficilement refuser quelque chose à un Dieu.  
Si l'on sent que Sylvie Miller et Philippe Ward ressentent une pleine affection pour leur héros, ils n'hésitent pas à le mettre gentiment en boite à la première occasion, ce qui le rend extrêmement sympathique ....

Et si on y rajoute la mythologie des Dieux revisitée par les deux auteurs, une fantasy qui se mêle au polar, une Gaule uchronique des années 30, on a là un roman qui se lit délicieusement et avec délectation. Le procédé narratif est strictement le même à toutes les nouvelles enquêtes : un bar dans lequel Jean Philippe Lasser sirote son whisky, un silence qui se fait parmi les pachas, annonçant l'entrée d'un dieu et tout recommence ... une enquête avec les mêmes éléments perturbateurs, donc le fameux Seth qui ne sait plus quoi inventer pour lui déglinguer la tête ... Après avoir pensé qu'il y avait un peu trop de similitudes entre ces éléments d'aventure, je me suis dit qu'en réalité ce procédé comme le modus operandi d'un serial killer était une note humoristique supplémentaire au contenu, du coup au lieu de me lasser il a achevé de mettre une touche plus qu'amusante à ces déboires de détective qu'on ne prend pas au sérieux (pas plus que lui d'ailleurs).
J'aurais d'ailleurs très envie d'entendre les auteurs s'exprimer sur ces "répétitions".

En bref, une très sympathique découverte que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. J'ai très envie aussi de découvrir le second tome.

Ailleurs
Olya ; Lelf ...

samedi 23 février 2013

Goliath Tome 3 de Scott Westerfeld

Après avoir participé à la révolution d'Istanbul, dans un éclatant combat final, le Prince Alek et Deryn, la jeune fille déguisée en garçon pour se faire embaucher comme aspirant, sont de retour sur le Léviathan qui fait route à présent vers la Russie afin de récupérer Nikola Tesla, inventeur d'une machine incroyable.
Comment va se dérouler la suite des évènements ? La fameuse arme de guerre de Tesla sera-t-elle destinée à mettre fin à la guerre comme Alek le souhaite éperdument ? Finira-t-il par découvrir le secret de Deryn et si oui, quelle sera sa réaction ? Comment se passeront leurs destinées ?

Bref, somme de questions auxquelles cet ultime tome devrait répondre.
Alors enthousiasmant ou pas enthousiasmant ce Goliath ?
Eh bien j'avoue que autant j'ai été séduite par les deux premiers Léviathan et Béhémoth, autant celui-ci ne m'a pas convaincue ..
Si je suis repartie dedans sans grand soucis, retrouvant même avec un certain plaisir les protagonistes des tomes précédents, le fabuleux Léviathan, les magnifiques illustrations de Keith Thompson,  j'ai vite déchanté, voire même me suis un tantinet ennuyée.

J'ai trouvé que cette fois ci les personnages d'Alek et Deryn manquaient de profondeur et de cette maturité qui les caractérisait depuis le début. 
Les évènement, pourtant, promettaient d'être intrigants : la fameuse météorite tombée sur Tunguska en 1908 transformée momentanément en conséquence de l'action de l'arme destructrice de Nikola Tesla : une fois de plus l'auteur nous promettait une uchronie qui y mêlait en plus la révolution mexicaine (conduite par Pancho Villa), l'arrivée des Etats Unis dans la guerre .... D'ailleurs le début du récit promettait vraiment.

Sauf que le résultat n'a pas été à la hauteur. Déjà l'histoire d'Alek et de Deryn a pris une trop grande importance par rapport aux évènements, voilà que brutalement seuls leurs sentiments et leurs actions uniquement en fonction l'un de l'autre étaient pointés par l'auteur au point d'en devenir franchement agaçant.
D'autre part, la fin m'a vraiment mais vraiment déçue, une telle décision de la part d'Alek, tout de même futur Empereur, pour une histoire d'amour, non vraiment cela n'avait pas de sens !
Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler mais vraiment j'ai trouvé cette conclusion indigne de la qualité des deux premiers tomes..

Tout le côté uchronique et steampunk, toute la magie du mélange des machines clankers et des animaux darwinistes, tout le côté historique du conflit, ont été gommés par une banale histoire d'amour entre deux adolescents, j'en attendais un peu plus sincèrement !
Sans compter qu'ils en deviennent vraiment niais, entre un Alek qui sauve le Léviathan uniquement pour les beaux yeux de sa dulcinée et une Deryn qui se morfond d'amour dans sa cabine, cela en est presque ridicule.

Et du coup tout le reste est mis au placard, exit la révolution mexicaine que l'on ne fait qu'effleurer, exit le partage des Etats Unis entre clankers et darwinistes (ce qui fait penser à la séparation Nord Sud lors de la Guerre de Sécession), quant aux personnages secondaires ils en deviennent insignifiants.
Sans compter que le dénouement s'est fait bien trop vite, entre le moment où Tesla menace le monde avec son arme et l'instant où tout s'achève, les évènements s'enchainent trop vite et fatalement sans surprise.

En conclusion, une grosse déception après pourtant le ravissement apporté par Léviathan et Béhémoth, même les illustrations toujours aussi magnifiques n'auront pas suffi à rattraper la médiocrité de Goliath.
Dépitée je suis ....

Ce livre a aussi été lu sur le Cercle, c'est par .

Les avis des blogueurs
Lhisbei ; Vert ...

samedi 23 juin 2012

Ceux qui rêvent de Pierre Bordage

A la suite des bouleversements qui ont secoué la France et dans lesquels ils ont joué un rôle important, Jean et Clara vivent dans la clandestinité. Mais la jeune fille est enlevée par son père, qui entend lui faire épuiser un homme vieux et riche du nouveau continent. Jean n'a d'autre choix que de partir à sa recherche ...

Le récit démarre un an après les évènements de Noël 2008 où la révolution a été matée. 
 Depuis ce Noël de Sang, les autorités maintiennent la population parisienne dans une terreur permanente, afin de leur faire payer le fait d'avoir osé défier le pouvoir royal. 

On retrouve l'univers de l'uchronie mise en place par Bordage dans son premier tome : Ceux qui sauront, dans lequel si la Révolution Française a bel et bien eu lieue,  la société n'a pu évoluer vers la démocratie et c'est toujours un roi qui règne maintenant le peuple dans la misère et le non accès aux connaissances : la lecture mais aussi l'informatique au travers le réseau  R21.
C'est contre cet état de fait que luttent quelques résistantes, donc Jean et Clara font partie ... enseignant la lecture et les mathématiques à cette population que l'on appelle les Cous Noirs.

Or, lors de l'enlèvement de la jeune fille, on quitte rapidement cet univers pour basculer aux Etats-Unis ... forts différents eux-aussi de ce qu'ils sont actuellement. En effet si l'indépendance américaine par rapport aux Anglais s'est bien déroulée le 4 Juillet 1776, une autre date figure désormais sur les tables tenues par la Statue de la Liberté (à présent baptisée la Mère des Rois) : le 29 Juin 1924, date de la création des cinq royaumes. Des royaumes despotiques et esclavagistes qui se sont partagés le territoire et  qui ont réduit à l'impuissance les tribus indiennes (ce qui ne change pas de la véritable histoire de l'Amérique) et maintenu les noirs dans le mépris et la misère.

C'est dans ce monde de folie que va entrer Jean, lui, le rejeté de la Société française, va découvrir d'autres haines et d'autres pouvoirs une société qui maintient la population dans la misère et leur prélève son quotas d'impôts. Pourtant il existe un sixième Etat : l'Arcanecout, qui tel un Eldorado, reste un territoire libre dans lequel tous les hommes rêvent de se rendre, pensant que là-bas cela sera différent, plus juste, moins pauvre, plus tolérant.

En parallèle avec l'histoire de Jean et de Clara, on suit les aventures d'Elan Gris un jeune Indien qui quitte sa réserve pour accomplir le chemin que lui a montré sa vision ... tout comme celui de Elmana, la jeune esclave noire au service de Clara durant sa clandestinité.

On suit donc tout ce petit monde dans cette Amérique aux allures de jazz, qu'on appelle le zzipi, et de blues, où les Noirs et les Indiens ont un statut à part, aussi appauvris que les cous noirs de la France de Jean.
Un monde dans lequel on pourrait s'attendre à ce que les méprisés se serrent les coudes pour lutter contre l'oppression alors que l'on se rend compte que les haines sont encore plus attisées .... les Blancs maltraitent les deux autres populations noires et indiennes et du coup ces deux-là se méprisent violemment. Chacun reste dans sa propre haine de l'autre et dans cette caste sociale.
Les Blancs nantis tout en haut de l'échelle sociale puis les Blancs pauvres, ensuite les Noirs et enfin tout en bas, les Indiens parqués dans leurs réserves. Et Jean découvre alors que, lui, le cou noir de son pays, n'est finalement pas le plus mal loti de ce nouveau pays.

Si j'avais pu reprocher un petit manque de sentiments à l'égard des deux jeunes protagonistes dans le premier tome, ceci se fait moins percevoir dans la suite. Certes Clara reste relativement à l'écart, n'intervenant dans le récit que par le journal intime qu'elle tient lors de sa capture, mais l'accent mis sur Jean nous le fait percevoir comme un peu plus attachant que lors de Ceux qui sauront.
Je lui trouve néanmoins encore un petit côté "soumis", parce qu'il se laisse souvent porter par les évènements et n'a guère de prise sur eux en fin de compte. Elan Gris est un personnage bien plus intéressant et évolutif.

Il reste aussi ce petit côté de facilité, pour la résolution des problèmes, Jean a tout de même beaucoup de chance dans tout ce qu'il entreprend, même si on a la sensation qu'il va se trouver face à des difficultés, on se rend compte qu'il tombe toujours sur les bonnes personnages au bon moment.
Pour ceci, c'est bel et bien un livre jeunesse.

Après cela reste un bon roman d'uchronie très bien narré dont le l'intérêt réside le plus dans cette société inégalitaire qu'a recréé Bordage dans ce XXIe siècle qui n'a évolué que pour une tranche de population et qui pourtant évoque les soucis de notre ère actuelle, comme le manque de pétrole.
Il existe une suite qui s'appelle Ceux qui osent, pas encore sortie en poche, il me faudra donc être patiente si je veux découvrir la fin de cette trilogie.

Extrait
"Je cherche pas à changer les choses, répliqua Mizzipi après un long moment de silence. Je chante ce qui est au fond de moi. Au fond de moi, y a du malheur et aussi un peu de joie, y a les femmes qui m'ont aimé et celles que j'ai quittées, y a de l'amour qui s'est parfois dilué dans le bourbon, y a toutes ces routes sur lesquelles j'ai usé mes godasses, y a ma vieille compagne dont j'ai changé cent fois les cordes, y a les sang nègre qui coule dans mes veines, y a l'amour du Seigneur et la trace du Malin, y a tout ça, et y a que ça ... Je ne suis pas votre symbole, pas votre guide, je suis juste un homme qui donne des bouts de son âme à ceux qui veulent bien les recevoir ..."

Ailleurs
Spocky ...


jeudi 15 mars 2012

Béhémoth Tome 2 Scott Westerfeld

Après une ultime attaque des clankers, le Léviathan a réussi à décoller et se dirige dorénavant vers Constantinople, ils n'en sont même qu'à quelque heures au grand désarroi de Déryn qui sait qu'alors elle va devoir se séparer d'Alek. Mais alors alors que l'aéronef est à la poursuite de 2 cuirassiers clankers, l'un des deux fait feu sur lui d'une terrible arme génératrice de foudre qui si elle l'atteint le fera exploser sans façon.

Et parce qu'Alek et ses amis clankers le sauvent, mais en contournant les ordres donnés, ils se sont  rendus coupables d'un acte de mutinerie et risquent d'être livrés aux Anglais dès leur arrivée.
Alek sait qu'il doit trouver un moyen de fuir ... quant à Déryn, elle devra choisir entre sa loyauté envers son pays et l'amitié qui la lie désormais à son ancien ennemi.

Le premier constat est que ce Tome 2 démarre sur les chapeaux de roues :  une bataille et du danger dès les première pages, ce qui permet du coup de reprendre pied immédiatement dans l'univers.
La continuité avec le premier tome est bien là et on retrouve avec plaisir les personnages qui gagnent peu à peu plus de profondeur. C'est ce que je reprochais un peu au premier tome, un survol un peu rapide des protagonistes mais en l'occurrence il n'en est rien dans cette suite.
Au contraire Déryn, la courageuse et un peu casse-cou jeune fille garçon manquée, revient touchant dans sa lutte contre l'intérêt qu'elle porte malgré elle à Alek. Quant à lui il a enfin mûr et est nettement moins niais, c'est que maintenant il a une réelle place à tenir dans cette guerre.

L'action tient vraiment une part importante dans Béhémoth, puisque tout a été mis en place dans Léviathan, tout s'enchaine désormais rapidement et sans temps mort, du coup ce tome là est beaucoup plus passionnant que le premier et surtout très visuel. Il y a certes les illustrations (j'y reviendrai plus tard) qui jalonnent les chapitres mais aussi une façon de raconter très active qui nous met au coeur des évènements, du coup je n'ai pas vraiment respecté les dates de notre lecture commune car je me suis laissée prendre au jeu et j'ai eu envie de continuer d'une traite.

Les illustrations maintenant .. elles sont absolument incroyables, démentes, l'invention des machines l'est déjà en soi, quelle originalité, mais les dessins leur donnent de l'ampleur .. je ne peux m'empêcher de songer aux fameuse machines de l'île de Nantes .... rien que l'éléphant, moyen de transport des Ottomans, j'ai éprouvé les mêmes sensations que face au gigantesque éléphant de l'ïle : sa démarche lourde sans être pataude, son immensité presque effrayante, sa façon implacable de marcher ..
Et d'ailleurs ils se ressemblent !

Béhémoth

L'éléphant de L'Île

Pour moi ces illustrations font partie intégrante du récit, il est des fois difficile de se représenter des choses insolites ou inconnues, même avec forces explications et ces dessins, loin de casser la représentation que l'on peut s'en faire, les renforce et leur donne réellement vie. Westerfield pourrait presque faire un album rien qu'avec ces illustrations.

En dehors de cela, il y a aussi tous ces animaux darwinites, on avait fait connaissance déjà avec le Léviathan, fabuleux aéronef, on s'attendait aussi à découvrir ce que cachaient les mystérieux oeufs que le Dr Barlow, la scientifique, couvaient presque comme étant les siens, je n'en dirai pas plus, c'est surprenant .... sans oublier le monstrueux Béhémoth, clé de la bataille finale de ce Tome ...

Bref en conclusion, un roman vraiment bien mené, plus profond et compliqué d'abord que le premier : personnellement si j'ai de bonnes connaissances de base sur la première guerre mondiale, je ne suis pas très calée sur le rôle qu'a pu jouer l'Empire Ottoman dans le conflit ... heureusement Westerfield conclue toujours ses tomes par un rappel historique des faits et ce qu'il a rajouté pour baser son uchronie.
Petite anecdote : la fameuse arme créatrice de foudre .. appelé le canon Tesla dans Béhémoth ...ce canon n'a jamais vu le jour mais Nikola Tesla a, lui , bel et bien existé et avait travaillé sur un rayon de la mort qui aurait pu, selon ses dires, abattre 10 000 avions à une distance de 250 miles .... Cela fait froid dans le dos ... 
"Il offrit son invention à plusieurs gouvernements, mais aucun ne s'y intéressa. C'est peut-être une bonne chose"
J'aime le "peut-être " très relatif de l'auteur .... Cela dit si ce canon n'a pas fait ses preuves, il existe malheureusement une autre arme qui aura fait plus qu'abattre 10 000 avions .... et qui aura intéressé somme gouvernements ....

Ce livre prend lieu et place bien entendu dans les Challenges :
Et clôt par la même occasion mes participations.

Et enfin fut lu sur le Cercle d'Atuan.
Voici les avis des autres blogueurs : Spocky ; Vert ; Shaya ; Anudar ....

Le Tome 3 sort en Septembre, j'ai hâte !


vendredi 27 janvier 2012

Leviathan de Scott Westerfeld

Le 28 Juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche-Hongrie, et sa femme, après avoir survécu à plusieurs tentatives d'assassinats, sont empoisonnés par des révolutionnaires serbes, laissant orphelin leur fils unique Aleksandar ..... au seuil d'une Guerre Mondiale, qui opposera les Clankers (l'Allemagne et l'Autriche) aux Darwinistes (l'Angleterre, la France et la Russie).

Les Clankers sont les concepteurs de machines de métal et de fer -mécanopodes (sorte de géant monté sur engrenages et pneumatiques qui se déplace sur deux pieds), frégates terrestres -  fonctionnant au kérosène.
Et les Darwinistes utilisent les animaux comme machines, alliant le métal à l'animal et obtenant ainsi d'étranges créatures, telles les tigresques lupins, les méduses ou encore le Léviathan (qui est une créature incroyable, mêlant plusieurs espèces animales), qui fonctionnent à l'hydrogène.

Ainsi le jeune Alek qui, parce que sa mère n'était pas de noble rang, ne pourra pas prétendre au trône mais pour autant n'en constitue pas moins une menace, se retrouve en fuite, seulement épaulé par son maître d'armes et son maitre de mécanique.

En parallèle Déryn, une jeune anglaise, va se faire passer pour un garçon afin d'être enrôlé dans l'Air Service et va se retrouver aussi au coeur de la bataille, apprentie au sein même du Leviathan une formidable machine de guerre darwiniste, qui transporte aussi à son bord une scientifique chargée d'un étrange bagage qu'il faut protéger à tout prix.

Le roman de Westerfeld suit nos deux protagonistes par un procédé d'alternance, deux chapitres pour l'un puis les deux suivants pour l'autre, ce qui permet de faire correctement la connaissance des deux jeunes héros, j'aurais aimé néanmoins que les personnages soient un peu plus approfondis et étoffés. Bien que le côté intéressant réside dans leur personnalité, à savoir Déryn la fille garçon manquée, débrouillarde et casse-cou et Alek le jeune garçon sensible et un tantinet gnangnan (mais rien de telle qu'une guerre pour arranger un peu cela !).
Surtout que l'auteur a joué à contresens sur les stéréotypes clankers- darwiniens .. le métal contre l'animal, on aurait pu s'attendre à ce que Alek représente la dureté germanique masculine et Déryn la douceur féminine avec une sensibilité toute anglaise mais il n'en est rien ; c'est justement tout le contraire et j'ai beaucoup apprécié cet aspect.

L'autre aspect intéressant du roman réside bien entendu dans l'invention des machines de guerre .... celle des machines animales est tout simplement fantastique :
"Une gigantesque bête volante émergeait des nuages derrière elle. Sa peau argentée miroitait au soleil.
La créature était colossale - plus imposante que la cathédrale Saint-Paul, plus longue que le dreadnought Orion qu'elle avait vu sur la Tamise la semaine précédente. De forme cylindrique, elle ressemblait à un zeppelin mais ses flancs hérissés de cils palpitaient doucement, et une nuée de chauves-souris et d'oiseaux symbiotiques l'environnait."

Cette utilisation de l'animal m'a fait un peu penser à Espérance dans la trilogie d'Heliot.

En conclusion, c'est un livre très agréable à lire, bon avec quelques simplicités et raccourcis destinés à un public de jeunes lecteurs, comme le fait que les choses s'arrangent finalement très vite, que deux camps ennemis se rallient l'un à l'autre sans aucun soucis .... Après le côté le plus intéressant du roman, comme je l'ai déjà dit, se situe dans les machines, et aussi ce que Westerfeld a fait du conflit : transformer la Guerre en conflit entre les clankers et les darwinistes, entre le métal et l'animal ....


Une petite remarque aussi sur les illustrations qui jalonnent le livre tout au long du récit et qui apportent vraiment des éléments à l'histoire, c'est une bonne aide à la représentation des machines.

Sans oublier la carte du début, qui me fait fortement penser à celle-ci qu'on étudie dans les écoles pour faire comprendre le début du conflit. 







Carte originale
Carte du Livre
Et enfin Westerfeld achève son premier tome par une postface qui éclaire la réalité de cette Guerre et ce que lui en a fait dans son uchronie, cela éclaire aussi beaucoup les choses, surtout pour les jeunes lecteurs.

Un bon roman pour jeunesse donc, j'ai hâte de découvrir la suite car le premier tome m'a laissée sur ma faim avec beaucoup de questions non élucidées, comme celle de savoir ce que transporte en réalité la scientifique.

Par son côté uchronique et steampunk (diesel steampunk puisque cela entre dans la première guerre mondiale), Leviathan entre dans les Challenges de



Il a été lu en commun avec
Spocky ; Vert ; AcrO ; Yume ; Shaya.

Sur le Cercle d'Atuan nos impressions de lecture.


lundi 16 janvier 2012

Dreamericana de Fabrice Colin

Hadès Shufflin est le célèbre auteur du cycle d'Antiterra ( qui va de plus être mis en scène par Stanley Kubrick lui-même)  qui décrit un monde uchronique dans lequel deux entités vont s'affronter : les Voyageurs, lointains descendants des humains, qui sont capables de se déplacer dans l'univers sans véhicule et tentent de percer les secrets de la création  et les Gardiens qui connaissent ces secrets et sont chargés de les protéger. En réalité ce conflit entre les deux s'apparente à un véritable jeu d'échec auquel l'auteur doit trouver un dénouement.
Sauf qu'il se retrouve dramatiquement en panne d'inspiration.

Le roman de Colin s'ouvre sur la vie d'Hadès, son passé, pourquoi et comment il est arrivé à écrire, tout en naviguant avec son présent, un présent qui semble de plus en plus confus, au point qu'il semble devenir fou .... tout en décrivant parallèlement le monde qu'il a créé, celui d'Antiterra et de son héros Erik Suncliff.

Si la première partie se consacre donc principalement à la vie de Hadès Shufflin avec somme d'interviews, analyses de son oeuvre, retours en arrière,  la seconde nous entraîne dans l'univers de son livre.
Avec Hadès désormais dans la peau du héros qu'il a créé, chargé de la mission de retrouver le président Nabokov, détenu par les Voyageurs, et pour ceci infiltrer ces derniers, et surtout une certaine Ana Ivanovna, dont il était fou amoureux, tout ceci accompagné par un serviteur indien fidèle et Sript un chien qui parle.
Dans un univers loufoque steampunk dans lequel La Tour Eiffel se déplace, la fin du monde est proche et la guerre Prusse-France-Angleterre fait rage.

Présenté ainsi j'ignore si ce roman a l'air alléchant ou rébarbatif. Ce qui est certain c'est que je ne pourrai en dire guère plus dans la mesure où j'ai navigué dans un savant flou artistique du début à la fin. En premier lieu je l'ai démarré, sans accrocher, parce que je ne m'y retrouvais pas, puis abandonné quelques semaines, pour le reprendre (mettant à mal ma résolution numéro 5 de mon Top Ten des résolutions littéraires 2012 :  à savoir ne plus me forcer à lire un roman qui ne m'emballe pas.)

Loupé ..... mais ce qui est pire c'est que si je me suis acharnée c'est parce que c'est un roman de Colin, que j'aime cet auteur mais que visiblement sur ce coup ci nous nous sommes complètement loupés ... ou plutôt je n'ai pas été à la hauteur de ce récit .... 
Pour autant je ne peux pas dire que je me sois forcée plus que cela, oui dans le sens où je l'ai lu jusqu'au bout sans parvenir à mettre un réel sens à ce que je découvrais de pages en pages mais en même temps, je l'ai parcouru très facilement, le style de Colin (bien que je n'ai pas trop reconnu sa façon d'écrire qui m'avait tant séduite dans A vos souhaits et Bal de givre à New York) se lit bien, sans heurt. C'est du Colin quoi et sa plume est toujours aussi agréable.

Mais hélas .... je n'y ai pas compris grand chose. C'est terrible à dire car être mis en échec par un livre c'est une expérience assez désagréable, surtout lorsqu'on parvient à s'accrocher, à le lire jusqu'au bout (539 pages tout de même !) pour s'apercevoir que le dénouement final n'apporte pas l'éclaircissement souhaité. Et qu'en plus ce livre n'est pas mauvais du tout, au contraire !

Un univers assurément uchronique puisque la scission se situe en 1851 et que le contexte politique montre la Russie (absorbée par les Américaniens formant la nation d'Américana) alliée à l'Angleterre en guerre contre la France et l'Empire allemand (au lieu du conflit FrancoPrusse de 1870 en réalité) et assurément steampunk aussi avec la présence de dirigeables, d'aéroplanes ainsi que des objets tel que le télévisor.
Ce qui fait que du coup il entre dans le cadre des deux challenges suivants
- celui de Lord Orkan sur le défi Steampunk
- celui de Lhisbei sur le Winter Time Travel

Et en conclusion, une grosse déception puisque je n'ai pas réussi à tirer parti de cette histoire, un récit qui visiblement n'était pas pour moi. Dommage ... 

Ailleurs




mercredi 21 décembre 2011

Winter Time Travel Saison 2

Voici l'hiver venu en ce 21 décembre et ce jour marque le début du Challenge de Lhisbei, le Winter Time Travel .... dont le principe est de chroniquer un, deux ou une multitude de livres portant sur le thème de l'uchronie.

L'hiver dernier j'y avais pris part déjà avec beaucoup de plaisir et avais ainsi découvert :


Le maître du Haut-Château de Philip K DICK
Ceux qui sauront de Pierre BORDAGE
La lune seule le sait de Johan HELIOT

Cette année j'ai décidé de me lancer dans
Rêves de Gloire de Roland WAGNER
Leviathan de Scott WESTERFIELD en lecture commune avec Spocky, Vert et AcrO
Béhémoth de Scott WESTERFIELD en lecture commune avec Spocky


Bon Challenge à tous !



samedi 21 mai 2011

Chroniques des années noires de Kim Stanley Robinson

Il est très difficile de chroniquer un livre qui compte plus de 1 000 pages et qui, de plus, est aussi riche que celui-ci, surtout lorsqu'on l'a lu de façon très morcelée.
Je l'avais commencé courant février dans l'optique d'achever le Challenge Winter Time Travel avec, seulement je me suis faite avoir par le temps, je ne l'ai pas fini pour fin Mars, ce qui m'a amenée à son abandon durant quelques semaines, petit moment de démotivation de lecture.
Je ne l'ai repris que ce mois ci et enfin achevé !

Chroniques des années noires - en anglais The years of Rice and Salt (je ne vois vraiment aucun rapport entre ce titre là et la traduction pour ma part !) - pose une question essentielle
Quelle aurait été l'histoire du monde si l'Europe avait disparu au tout début du Moyen Age, emportée par une peste foudroyante ?

Kim Stlanley Robinson va nous entraîner alors dans une uchronie assez sidérante à travers notamment trois personnages récurrents (on les reconnait aisément de par la première lettre de leurs prénoms qui commencent toujours par B, I et K) qui, au fil de leurs réincarnations, vont vivre presque 800 ans d'Histoire dans laquelle la Chine, l'Inde et l'Islam se battent pour conquérir le monde et imposer leur foi.

Ceci sur 10 Livres qui remontent le temps, nous conduisent à des découvertes (celle de l'Amérique notamment mais aussi les premières études de la vitesse du son et de la lumière), des inventions (la lunette, le microscope, les premiers essais de l'hypnose ...), des progrès scientifiques, en médecine, et sociaux, la condition des femmes ... mais aussi à des guerres, donc une qui évoque fatalement la première guerre mondiale.

Ce qui est très étonnant dans ce roman, c'est que tout s'est passé dans un temps relativement court, à savoir celui du Moyen Age européen, comme si Robinson avait inventé un Moyen Age oriental beaucoup plus novateur que celui effectif, mais ce qui n'est pas tellement étonnant dans la mesure où les religions présentées n'ont pas été un blocage des progrès et des inventions comme a pu l'être le catholicisme totalement obscurantiste européen.
Parce qu'en fin de compte il est avéré que beaucoup d'inventions ont vu le jour bien avant dans les pays orientaux, rien qu'en Chine les inventions de la poudre à canon, de la boussole, du papier et de l'imprimerie sont antérieurs à leur découverte en Occident.

Un autre constat est aussi que bien que l'Histoire ait avancé sous la coupelle de l'hégémonie orientale, les mêmes exactions ont été commises, guerres, génocides, oppressions ... de n'importe quel continent, l'Histoire de l'être humain ne change pas, malgré des religions et des philosophies différentes ...

Chroniques des années noires est un roman assez époustouflant de par sa qualité littéraire et sa richesse, je n'ai pas été séduite de la même manière par tous les Livres, certains m'ont beaucoup plus intéressée que d'autre, notamment le Livre 1 qui pose les jalons de tout ce qui suivra, expliquant notamment le bardo, cet endroit où vont se retrouver chacun des personnages avant leur réincarnation en un autre humain ou animal, le Livre 3 où l'on vit la découverte de l'Amérique (j'ai beaucoup apprécié l'histoire de la petite fille Bouton d'Or), le Livre 8 qui donne la sensation que le temps s'est brutalement accéléré ... mais aussi le Livre 7 qui évoque tous les progrès de la médecine ou le Livre 4 dans lesquels nos personnages travaillent de concert sur des expériences vraiment passionnantes.
C'est aussi un roman difficile à lire parce qu'il apporte somme de connaissances sur un monde que je ne connais que très peu, ou alors très vaguement.
Mais un livre indéniablement de grande qualité. Un incontournable.

Pour conclure, je me suis interrogée durant toute la lecture sur la traduction française du titre ... Chroniques ... à la rigueur, oui je peux l'entendre mais pourquoi noires ?
Pour faire référence aux années noires du Moyen Age Européen ? Mais pourtant rien n'est si noir que cela dans ce livre, au contraire, rien n'est bloqué, c'est une ère en marche, en développement, une épopée de découverte et d'inventions, qui n'a rien de noir (si on exclue évidement les guerres mais l'Histoire a aussi avancé de toute façon avec ceci dans tous les cas), alors vraiment la traduction du titre est complètement à côté de la plaque de l'esprit de ce livre !

Ailleurs
Cafard Cosmique ; Dragon Galactique ; Quoi de neuf sur ma pile ; RSF Blog ; Imagine erre ; Les lectures d'efelle ;






dimanche 6 mars 2011

Le Maître du Haut Chateau de Philip K Dick

Et si en fin de compte c'était l'Allemagne qui avait gagné la Seconde Guerre Mondiale, que ce serait-il passé ?
Dans cette uchronie de Dick, datant de 1962, les Alliés ont capitulé devant les forces de l'Axe et les Etats Unis ont été divisés en deux (on pense forcément aux deux Allemagne de la réalité de l'après 1945), l'est du pays est désormais sous la coupelle des allemands tandis que l'ouest a été attribué aux japonais ...
Quelques années plus tard, la vie a repris son cours ... les allemands visent la conquête du ciel, après avoir totalement anéanti l'Afrique, les japonais tiennent leur domination de façon passive mais froide.

C'est un livre très étrange, dans une ambiance feutrée dans laquelle les personnages évoluent lentement, en restant accès sur leurs ressentis et surtout ceux de leurs interlocuteurs, des autres personnes qu'ils vont être amenés à croiser .... Ils se posent sans cesse des questions sur leurs actes et ceux des autres, sur leurs façons de réagir, comme si toute spontanéité avait disparu avec la défaite .... J'ai eu vraiment la sensation qu'ils marchaient en permanence sur des oeufs tout au long de l'histoire.
Il faut dire que le récit de Dick est lent, très lent, comme posé lui aussi, dans une attente que quelque chose bouge, arrive, se passe ... On se sent presque hypnotisé en le lisant.

Au delà des personnages, deux livres ... tout aussi importants en fin de compte que les protagonistes
- le Yi King ou Livre des transformations, le Cinquième Livre de la Sagesse divine, un livre vieux de 5 000 ans, qui permet à l'aide de baguettes de voir si le chemin emprunté est le bon ou pas.
Je ne peux m'empêcher de songer à cette citation de Bordage dans Ceux qui sauront : " Croire au destin c'est renoncer à sa liberté d'être humain." Fatalement les personnages de Dick s'en remettent sans cesse à ce livre et n'ont en fin de compte aucune prise sur leur avenir, on les sent comme déshumanisés.
Ce qui fait d'ailleurs l'écueil de ce roman, il est très difficile d'accrocher à ce genre de personnages, de ressentir de l'empathie pour eux ...
L'exemple le plus flagrant étant le commerçant Childan dont tous les actes sont dictés par ce que peuvent penser les autres "Les aspirations, les terreurs, les tourments de Robert Childan surgirent devant lui, vinrent le submerger, lui paralyser la langue. La main crispée sur le téléphone, il se mit à bégayer."
Mais les autres protagonistes aussi, Frank Frink qui se lance dans son propre commerce, son ex femme Juliana, qui suit un italien rencontré dans un bar et finalement découvre ce qu'il trame., Monsieur Tagomi un japonais qui traite avec Childan. .. tous utilisent le Yi King et en marquent leur chemin. C'est presque effrayant.

- La sauterelle pèse lourd, un ouvrage écrit par Abendsen et qui retrace un "et si les Alliés l'avaient emporté ?", livre bien entendu interdit et pourtant largement diffusé, livre qui guidera en fin de compte les actes de Juliana, lui donnant à nouveau libre arbitre de sa vie.

C'est ce qui fait l'originalité justement du roman de Dick, il a écrit une uchronie dans l'uchronie ... nous lecteurs découvrons ce qu'aurait été le monde sous la victoire des allemands tandis que les personnages-lecteurs du livre que nous avons entre les mains découvrent, eux, à travers un autre livre, ce qu'aurait été le monde si les Allemands avaient perdu.
Cela donne une vision double des choses très intéressante.
Dick porte d'ailleurs un regard sur la folie des allemands qui donne froid dans le dos (voir la deuxième citation ci dessous).

En résumé, Le Maitre du Haut Château est un incontournable du genre uchronique, je serais curieuse de découvrir d'autres ouvrages de cet auteur qui m'a l'air totalement atypique dans sa façon de narrer les évènements et surtout dans sa perception des personnages.
Néanmoins j'avoue que ma lecture a été empreinte d'une certaine indifférente envers les personnages, vraiment pas attachants (en dehors de Juliana qui se révèle la plus vivante de tous), j'ai parcouru le livre de la même façon que les protagonistes affrontaient leur monde, de manière feutrée et qui n'accroche pas .... A des moments j'ai trouvé les propos de Dick très confus. Je pense que si j'ai pu le lire en entier sans sourciller c'est que j'étais dans un état de détente qui me permettait d'aborder ce genre de roman difficile. (les vacances cela aide !!!).

Ce livre a reçu le Prix Hugo du meilleur roman en 1963.
Je l'ai lu dans le cadre du Challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Citation
"Cet Abendsen. Je ne lui reproche rien. Il écrit ce que lui dicte son imagination, il essaie de se représenter ce qu'aurait été le monde si l'Axe avait été battu. Comment cela aurait-il pu arriver si l'Italie n'avait pas trahi ?"

"Ils veulent être les moteurs de l'Histoire et non pas les victimes. Ils s'identifient à la puissance de Dieu et se croient ses égaux. C'est le fondement même de leur folie. Ils sont dominés par un archétype ; leur égo s'est développé d'une manière psychopathologique si bien qu'ils ne peuvent dire où il commence et où la divinité s'arrête. Ce n'est pas de l'orgueil ; c'est une hypertrophie de l'égo jusqu'à un point extrême - jusqu'à la confusion entre celui qui adore et celui qui est adoré. L'homme n'a pas mangé Dieu ; Dieu a mangé l'Homme."

Ailleurs
Benjamin ; Cachou ; Traqueur Stellaire ; Lhisbei ; Val ; XL ; Julien le Naufragé ; Phooka ;



vendredi 25 février 2011

Lectures en cours (9)

Pas d'achats prévus pour ce mois à venir, la CB reste au repos, voici donc les livres qui accompagneront le mois de mars et surtout l'arrivée du printemps que j'attends avec impatience, car là vraiment le ciel gris, l'humidité, le froid, la neige, je peux plus .. overdose totale (quoique chez moi le printemps c'est aussi ciel gris, humidité, voire froid .... mais bon ... la verdure reprend ses droits cela fait du bien quand même).
Pas de doute, l'hiver nucléaire ne verra pas ma survie !!!

Pour commencer et parce que c'est le dernier mois du Challenge de Lishbei, deux romans d'uchronie
- Le maitre du Haut Château de Philip K DICK
En 1947, les Alliés capitulaient devant les forces de l'Axe. Cependant Hitler avait imposé la tyrannie nazie à l'est des Etats-Unis, l'Ouest avait été attribué aux Japonais. Quelques années plus tard, la vie avait repris son cours normal dans la zone occupée par les Nippons .....

- Chroniques des années noirs de Kim Stanley ROBINSON
Quelle serait l'histoire du monde si l'Europe avait disparu au Moyen Age, ravagée par la peste ? L'Islam et la Chine seraient alors devenues les civilisations dominantes, découvrant l'Amérique, se faisant la guerre, inventant le chemin de fer et l'atome, cherchant à l'emporter, à imposer la foi de Mahomet, Bouddha ou Confucius ...

Ensuite, en lecture commune avec quelques membres du Cercle d'Atuan
- Mars la rouge de Kim Stlanley ROBINSON
Mars la Rouge, ce n'est pas pour demain, c'est déjà aujourd'hui ! Ils sont arrivés. Leur but ? Recommencer l'Histoire dans un décor nouveau. Bâtir un monde neuf, en rupture avec la Terre déliquescente qu'ils ont quittée .....

mercredi 23 février 2011

Ceux qui sauront de Pierre Bordage

2008 ... deux adolescents que tout oppose :
-Jean est ce que l'on nomme un "cou noir", un fils d'ouvrier asservi, juste programmé pour travailler afin de survivre, interdit d'instruction et de savoir, à la merci des aristocrates qui peuvent décider de son sort lorsqu'ils le désirent ..
- Clara, elle, fait partie des nantis, d'une haute famille de nobles, promise à un haut parti afin de permettre à sa famille de réaliser des alliances, quelque part elle n'a pas plus le choix que Jean de son avenir ...

Ces deux là n'auraient jamais du se rencontrer, ni s'attirer et pourtant ...

Car la Révolution de 1789 a belle et bien eu lieu, le roi Louis XVI a bien été décapité, sauf ... que le peuple malgré sa prise des armes, n'a jamais pu faire appliquer la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ... Les années, les siècles ont passé et la société n'a pas évolué malgré plusieurs révolutions, terriblement réprimées, en 1871, 1905, 1941, 1955 et 1982. En 1882, le Parti de l'Ordre a renversé le gouvernement de Gambetta, fait exécuter Jules Ferry et hissé sur le trône Philippe VII. Et depuis lors la grande majorité de la population n'a pas accès au progrès dont bénéficient la noblesse et la grande bourgeoisie.

En 2008, Le roi Jean IV règne à Versailles, la capitale du Royaume depuis 1882, tandis que le peuple opprimé se meurt de faim. C'est un monde moderne où seul le progrès social a été figé à l'époque des Temps modernes.
L'électricité existe mais uniquement pour les nantis, le téléphone n'a pas été développé par peur d'une communication parmi le peuple, mais un système qui s'apparente à notre internet, s'appelant le R2I, s'est développé, les moyens de transport sont actuels : avions, voitures.
Le contraste entre les deux strates de la société est poussé à son paroxysme :
Les cous noirs se battent à coups de fusils rouillés, s'éclairent à la lanterne, travaillent comme des esclaves pour un salaire de misère, risquent le Bagne s'ils apprennent à lire et à écrire, et la mort s'ils se révoltent contre le régime, tandis que les nantis se chauffent et mangent à leur faim et répondent aux émeutes aux commandes de chars, lançant des obus.
Et en même temps, les problèmes inhérents à notre propre époque sont mis en valeur : la délocalisation à l'étranger (là dans les colonies où la main d'oeuvre est moins chère), le manque de pétrole (parce que le Califat a fermé ses frontières à l'Europe), les aristocrates payent des émeutiers pour ouvrir le feu lors des manifestations et ainsi justifier l'intervention armée de la garde.

Ceux qui sauront est un livre jeunesse, le style de Pierre Bordage est aisé, facile à lire, les chapitres s'enchainent en mettant l'accent sur l'un puis l'autre des deux héros avant leur première rencontre, c'est évidement très manichéen comme souvent dans ces livres destinés à la jeunesse (ce qui est un peu regrettable). Mais on se laisse très facilement porter par l'histoire, je lui reprocherai juste un peu trop de platitude, dans le sens que cela manque un peu de sentiments.
Le livre aurait gagné à approfondir un peu plus les ressentis des personnages, leurs réelles souffrances ou joies, qui ne sont en fin de compte qu'effleurées. Ce qui amène un peu à manquer d'empathie envers les deux adolescents dont on suit les aventures sans vraiment se sentir touché.

Pour le reste, c'est un bon livre jeunesse, destiné notamment aux adolescents, l'uchronie est bien mise en place et les divers rappels historiques permettent facilement de se repérer dans le récit.
Il existe une suite à ce livre, Ceux qui rêvent que je lirai par la suite.

Ce livre a été parcouru dans le cadre du challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Extraits
"Liberté, égalité, fraternité, trois mots magnifiques, n'est-ce pas ? Trois mots qui formaient le coeur de la Révolution. Trois mots qui, si nous avions su les cultiver, auraient changé la face du monde."

"Nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas égaux, nous ne sommes pas fraternels. Nous avons transporté dans notre siècle, les maux qui caractérisaient l'ancien régime, l'ordre social, l'injustice, la peur, la misère, l'ignorance, la famine."

Elle heurta un corps inerte. Poussa un cri d'horreur lorsqu'elle reconnut le visage de Marie. La fillette paraissait dormir, les yeux clos, le visage paisible. Elle avait reçu une balle en plein coeur.

Croire au destin c'est renoncer à sa liberté d'être humain.

Ailleurs
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