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jeudi 21 juin 2012

Le monde perdu de Michael Crichton

Six années ont passé depuis la tragédie du projet Jurassic Park. Ce dernier a été détruit et avec lui les dinosaures qui avaient échappé à tout contrôle, éradiqués. Et pourtant le professeur Lévine a vent de phénomènes étranges, de présence d'animaux ne rentrant pas dans le cadre des espèces reconnues, dans les mêmes environs. Il décide de mener l'enquête avec l'aide de Ian Malcolm, le mathématicien miraculeusement réchappé de Jurassic Park (et le miraculeusement prend là tout son sens ...) ...

Existerait-il encore des dinosaures qui auraient survécu sans intervention humaine ? Livrés à eux-même sur une île, un monde perdu  ? Le cauchemar va-t-il recommencer ?

Michael Crichton signe là sa suite de Jurassic Park, roman thriller que j'avais trouvé extrêmement bien ficelé et relativement terrifiant .... Je serai largement plus mitigée sur Le monde perdu.
En premier lieu, ce n'est pas pour rien que je soulignais le côté miraculé du fameux mathématicien Malcolm .... mort à la fin du premier opus, il est là et bien vivant lors du second ... Alors là je dis mince, c'est quoi ce délire ? Crichton est-il incapable à ce point de faire mourir ses personnages qu'il les ressuscite ? Ou est-ce qu'il avait besoin absolument de ce personnage et qu'il s'est permis de le faire revivre ? Comme ça ? En espérant que les lecteurs n'y verraient que du feu ?
Un procédé que j'ai trouvé relativement déloyal.

Bon passons ... Le monde perdu donc .... Autant le premier tome m'avait semblé effrayant, jouant sur la surprise et la terreur, autant le second est beaucoup plus soft ... En fait on n'appréhende plus du tout de la même manière les évènements.
Déjà parce qu'il n'y a plus ce phénomène de nouveauté et de passages sursauts lorsqu'un T Rex surgit d'un rideau d'eau ou du couvert des arbres, on sait tout à fait à quoi s'attendre du coup l'aspect peur est partiellement gommé  et ensuite parce que le monde perdu est plus une analyse du comportement et des moeurs de ces animaux rendus à la liberté qu'un réel thriller.
Du coup, on les perçoit totalement différemment. Par exemple le comportement social et parental des tyrannosaures nous les fait apparaître bien moins effrayants en liberté totale qu'alors enfermés derrière un enclos ; c'est qu'on se fixe beaucoup plus sur leur façon de se comporter que sur leur aspect dangereux. En résumé ce ne sont plus les monstres sanguinaires qui cherchent à tout bouffer, ils paraitraient presque attendrissants dans leur manière de s'occuper de leurs petits.

On a même le droit à de grands passages sur les théories de l'évolution et de l'adaptation des animaux à leur environnement et finalement c'est plutôt intéressant, en y mêlant le mystère de certains points, comme le fait que ces animaux ne semblent pas atteindre leur taille adulte ou que le nombre de prédateurs est largement trop élevé par rapport à leurs proies.
C'est l'aspect positif du livre.

En ce qui concerne le reste ... les personnages en premier lieu. Comme dans le premier tome, on a le droit au personnage largement antipathique par son côté imbu de lui-même, voire même un peu crétin, en la personne de Lévine ;  aux enfants : un garçon et une fille pour faire bonne mesure ; sauf que cette fois-ci c'est la fille qui est dégourdie et le garçon bien moins (c'était le contraire dans Jurassic Park) ; il faut évidement que l'un des deux soit surdoué en informatique ; on a aussi un scientifique en la personne de Malcolm, une biologiste (le personnage le plus intéressant et le plus débrouillard du récit, chouette c'est une femme !) en la personne de Sarah. Et à une équipe de "méchants profiteurs" qui partent pour une chasse aux oeufs à travers l'île. Et c'est bien sûr à cause d'eux que les ennuis vont commencer.
Ensuite l'histoire en elle-même ... qui se lit extrêmement bien, une fois dedans, il est vrai qu'on a du mal à décrocher, c'est prenant, le récit n'a pas de lenteur, on a le droit même à une bonne dose d'adrénaline avec nos fameux T Rex ... mais pour autant c'est largement en-dessous du premier livre. Encore une fois, plus de nouveauté et des personnages qui ressemblent trop aux premiers, sont trop linéaires et trop caricaturaux.

Et enfin il existe des incohérences entre les deux tomes qui m'ont fortement gênées, déjà sur les capacités de prédation des dinosaures qui se sont apparemment totalement modifiées :

Extrait de Jurassic Park
" Il était si près de la gueule du tyrannosaure qu'il percevait la puanteur de la viande en décomposition, l'odeur douceâtre du sang, l'haleine écoeurante du carnivore.
Il se raidit, attendant l'inéluctable. La tête colossale le frôla et s'avança vers l'arrière de la voiture. Grant ferma les yeux et les rouvrit. Que s'était-il passe ? Etait-il possible que le tyrannosaure ne l'est pas vu ?
[...] Cette fois-ci, elle s'immobilisa à quelques centimètres de son visage ; il vit les narines noires dilatées, il sentit l'haleine brûlante sur sa peau. Mais le tyrannosaure ne flairait pas comme un chien. Il respirait simplement et paraissait très perplexe. Ainsi, s'il restait parfaitement immobile, le tyrannosaure ne le voyait pas..."

Extrait du Monde perdu
"Le tyrannosaure était maintenant tout près. Dodgson perçut l'haleine fétide du carnivore. L'animal rugit ; il sentit son souffle brûlant .... [...] Baselton se tenait raide comme un piquet. Le tyrannosaure baissa son énorme tête. Il renifla. Il releva la tête, l'air indécis.
"Il ne le voit vraiment pas" se dit Dodgson.
Le dinosaure lança un cri féroce. Baselton parvint à conserver son immobilité. [...] Puis le tyrannosaure poussa légèrement Baselton du bout du museau. Dodgson comprit à cet instant que l'animal voyait..."

Et voilà comment, de la même manière que pour la mort et la vie de Malcolm,  Crichton nous ressert la même chose, sur un comportement des dinosaures ... au gré de ses intérêts littéraires je suppose.
Pire il remet même complètement en question la thèse d'un certain Roxton qui prétendait que les dinosaures avaient un cerveau de grenouille, exactement ce que soutenait Grant dans Jurassic Park. En gros l'auteur fait comme cela l'arrange.
De la même manière, les raptors qui apparaissaient comme des animaux féroces mais extrêmement intelligents dans Jurassic Park sont devenus juste méchants, voire même un peu idiots, ridicules et sales dans Le Monde perdu.

Toutes ces incohérences font en définitive qu'on ne prend rien au sérieux. C'est dommage.
Après on peut discuter aussi du comportement inventé des dinosaures, comme les T Rex, capables de suive la piste de leur petit enlevé à des kilomètres de distance (enlevé qui plus est à bord d'un véhicule motorisé) et qui s'attaquent ensuite à ses prédateurs après l'avoir mis au préalable en sécurité ... une attaque avec un tel acharnement qu'on se demande s'ils ne sont pas un peu humains. Bref encore des petits points qui me font conclure que malgré le récit qui tient la route, qui s'aborde très facilement, sans ennui, Le Monde perdu n'arrive pas à la cheville de Jurassic Park, voire même serait, de ce point de vue, tout à fait mauvais.

Livre lu avec Tigger Lilly dont l'avis est ici.





lundi 2 janvier 2012

Jurassic Park de Michael Crichton

Tout le monde (ou presque) connaît le film Jurassic Park (sorti en 1993) produit par Steven Spielberg , sauf que Jurassic Park c’est en premier lieu un thriller signé Michael Crichton.
John Hammond, milliardaire, fait construite sur une île du Costa Rica un parc d’attraction censé le rendre encore plus riche : l’argent attirant l’argent, ce richissime et abjecte personnage ne jure que par les royalties que va lui rapporter ce parc … le fait que celui-ci puisse être potentiellement dangereux n’effleure qu’à peine son esprit. Néanmoins il accepte d’y faire venir les docteurs Alan Grant et Ellie Sattler, des paléontologues, ainsi que Ian Malcolm, mathématicien renommé, ainsi que David Gennaro l’avocat représentant ses actions, afin de vérifier la sécurité du parc. Et tant qu’à faire il invite aussi ses deux petits enfants pour un WE: tout ce qu’il y a de tranquille et reposant.

Car en vérité il ne s’agit pas d’un zoo ordinaire … mais d’un parc rassemblant des animaux ayant disparu de la Terre depuis des millions d’années. Sauf que lorsqu’un individu véreux met en panne tout le sytème … la gentille promenade à la découverte de dinosaures se transforme … en cauchemar.

Le roman de Michael Crichton démarre en douceur sur la découverte des avancées scientifiques qui ont permis la réalisation d’un tel projet (données scientifiques tout à fait accessibles à la compréhension ce qui mérite d’être souligné) puis sur la présentation de ce dernier … rien que du concret et de la sûreté …. Tout le monde se sent bien en sécurité.
Puis peu à peu il instille la terreur, par petites touches …..  la nuit, la pluie, des ombres, les clôtures qui ne sont plus électrifiées ...  la tension  monte peu à peu, mettant en scène des personnages qui tentent de remédier à la panne tandis que d’autres tentent tout simplement de survivre …. Et quand on sait que les humains n’auraient de toute façon pu survivre en présence de ces immenses prédateurs dotés de dents plutôt impressionnantes et d'une force colossale, on se doute que cela ne va pas être chose aisée.

Le film m’avait plutôt effrayée déjà à l’époque (oui je sais, je suis une grande froussarde au cinéma, ce n’est pas de ma faute, je rentre tellement dans l’histoire que je prends tout au premier degré) … mais je n’aurais pas imaginé que le livre me fasse le même effet.
Seulement Crichton sait parfaitement jouer sur les peurs primitives : peur de la grosse bête, peur d’être dévoré et d’être impuissant face au prédateur. Si on juge que, à par aux temps reculés de la Préhistoire (et encore les hommes ont su rapidement s’organiser pour lutter), l’humain  n’a jamais eu de réel prédateur dans sa vie de tous les jours, on peut comprendre que la perspective de se retrouver face à des carnivores qui vous arrache la tête d’un seul petit coup de dents, on peut frémir. Un peu comme lorsqu’on se retrouve dans la mer face à un grand requin blanc, voilà une menace bien réelle qui fait se sentir très petit l’Homme, celui qui pense tout contrôler et maîtriser.
Ce qui est sûr c’est que dans Jurassic Park, il y a des moments où il ne contrôle pas grand-chose.
De la même manière Crichton montre qu’on ne joue pas impunément avec la nature, que la recréer n’est pas sans danger, que jouer avec de l’ADN de dinosaure, même lorsqu’on pense avoir pris toutes les mesures nécessaires pour y faire face, n’est pas anodin et sans risque.

Comme le dit si bien Ian Malcolm
"Vous créez de nouveaux êtres vivants dont vous ignorez tout. Votre Dr Wu ne connaît même pas le nom des animaux qu'il fabrique... Il n'a pas de temps à perdre avec des détails de ce genre. Vous en créez un grand nombre en très peu de temps, vous n'apprenez rien sur eux et, malgré cela, vous exigez d'eux une docilité totale sous prétexte que, les ayant fabriqués, vous considérez qu'ils vous appartiennent. Vous oubliez qu'ils sont vivants, qu'ils ont leur intelligence propre et qu'ils ne seront peut-être pas dociles."

En conclusion c’est un livre qui se lit facilement et rapidement, qui maintient bien l’attention, bon c’est terriblement stéréotypé, le vieux milliardaire qui ne se soucie que de ses intérêts, le gars cupide qui pour s’enrichir, n’hésite pas à mettre en danger toute une île (heureusement il y a une justice, eh eh), un gamin de 12 ans qui gère tout, sa sœur, sa trouille et les ordis, un brave paléontologue qui se préoccupe de son prochain et grâce à cela mérite de s’en sortir et bien sûr un happy end.
Les vrais héros dans le fond ce sont les dinosaures, tout terrifiants et réels qu’ils soient.

Bon ce qui est sûr c’est que si un jour dans un futur proche, la science permet de faire revivre des animaux des temps préhistoriques et ouvre un zoo pour aller les admirer, ce sera sans moi, je préfère les découvrir à travers les livres même si un simple coup de téléphone, en pleine lecture, me fait faire des bonds !
Il existe une suite à Jurassic Park, qui s’appelle Le monde perdu, je pense que je le lirai un jour, mais pas tout de suite, histoire de me remettre de mes émotions.


Extrait
Tim se figea. Il y avait quelque chose, derrière le feuillage.
Il leva les yeux.
Derrière les arbres, derrière la clôture, il distinguait un corps massif à la surface grenue, rugueuse, semblable à l'écorce d'un arbre. Mais ce n'était pas un arbre... Tim le va les yeux, encore plus haut ...
Il découvrit la tête énorme du tyrannosaure. L'animal immobile regardait les deux Land Cruiser par-dessus la clôture.