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lundi 20 juin 2016

Entre Clair et Obscur (3)

Quelles lectures depuis le 1er Mai ?



Deux gros pavés, trois livres un peu moins gros dont un de littérature générale.


- La voie des Rois, les archives de Roshar de Brandon SANDERSON Tomes 1 et 2

Brandon SANDERSON c'est un auteur que je considère comme sûr, peu de risque d'être déçue ... 
Les archives de Roshar ne déroge pas à la règle, je me suis enfilé les quelques 749 et 655 pages plutôt rapidement. Ce que j'aime avant tout chez cet auteur, c'est que bien qu'il parle toujours de magies étranges et atypiques, il se renouvelle toujours .... Dans Fils de Brume, il évoquait les éléments liés à des pouvoirs, dans Warbreaker il mettait en scène les Souffles donnant des sens surhumains et là il invente une magie portant sur les sphères ... ainsi que des armes de guerre comme les cuirasses et les lames d'éclat qui donnent des pouvoirs presque surnaturels à ceux qui parviennent à les gagner ; ils deviennent alors des Porte Eclats.

En dehors de cette magie particulière, on suit particulièrement trois personnages très attachants qui ont chacun une personnalité très fouillée, j'avoue avoir une nette préférence pour Kaladin, l'ancien militaire devenu esclave mais qui va se battre pour survivre .... 
 
Tout le roman prend forme autour d'une guerre insensée, où interviennent vengeance, prise de pierres sur des monstres chrysalides et batailles sur des plateaux qu'il faut relier par les ponts portés à dos d'hommes ... le tout dans un univers aride, balayé par des tempêtes majeures et peuplé d'animaux étranges, sorte de crustacés fauves géants.

Bref, un récit vraiment passionnant, qui malgré quelques longueurs, nous entraine dans un monde de fantasy vraiment original, j'ai adoré. 
Par contre il parait qu'il y en aura 10 tomes en tout, je ne suis pas prête de finir cette série et de  trépigner en guettant les sorties des prochains tomes !



 - Le roi des fauves de Aurélie WELLENSTEIN

Je ne connaissais pas du tout cette auteure et d'un coup aux Imaginales, j'ai acheté deux livres, celui-ci et Chevaux de Foudre (qui tourne actuellement dans ma classe). 

Dans le Roi des Fauves, trois jeunes hommes, accusés injustement de meurtre, sont condamnés à un sort pire que la mort, il leur reste sept jours d'humanité avant de sombrer dans la bestialité.
L'univers créé par Aurélie WELLENSTEIN est très brutal, violent et brute et l'on ne s'ennuie vraiment pas, le récit est très entrainant avec des moments de tension et d'inquiétude bien frissonnant.

Elle aborde intelligemment le thème de la transformation de l'humain en animal en jouant sur la bestialité de créatures, les Bersekirs, qui au fond sont plus des victimes que des bourreaux.
Qui de l'animal et de l'humain va l'emporter ?

Si l'on ajoute à tout cela que la plume de l'auteur est vraiment fluide et agréable à lire (une belle mention pour Chevaux de foudre un roman pour adolescents vraiment prenant), je pense que je lirai d'autres romans de sa part, d'ailleurs son dernier en date me fait fortement de l'oeil.
Une belle découverte.

- Les chaussures italiennes de Henning MANKELL

C'est mon père qui m'a offert ce roman pour mon anniversaire. 
Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique avec pour compagnons un chat et une chienne. A 66 ans, il n'a pour seule activité qu'une baignade dans un trou d'eau glacial. Jusqu'au jour où Harriet, son amour d'enfance resurgit ... La vie de Fredrik vient de recommencer. 
C'est un roman qui même s'il met en scène un personnage relativement âgé, peut toucher n'importe quel lecteur de par la justesse de ses réflexions psychologiques et philosophiques. Fredrik est un homme égoiste et égocentrique, qui pourtant va se tourner peu à peu vers les autres (tout en se livrant à une belle introspection qui va le remettre peu à peu en cause) et en cela il est touchant (car dans le fond c'est tout de même un mec pas très sympathique), son évolution est plus qu'enrichissante.
Cela fait du bien de lire de temps en temps de la littérature générale aussi riche en humanité.
Je ne sais pas si je lirai d'autres romans de cet auteur mais celui-ci est vraiment chouette.

- Les dames blanches de Pierre BORDAGE

"Une étrange bulle blanche d'une cinquantaine de mètres de diamètres est découverte un jour dans une bourgade de l'ouest de la France. Elle attire et capture Léo, trois ans, le fils d'Elodie." 

Voici l'étrange début d'un roman de Science fiction se passant sur Terre, sur plusieurs années.  D'autres Dames Blanches apparaissant un peu partout dans le monde et étant à l'origine de la disparition de centaines d'enfants, les humains vont alors se livrer à une bataille sans merci et complètement immonde. 
Car si ces Dames Blanches créent des turbulences électromagnétiques, plongeant la Terre des années en arrière, sans réseaux sociaux, ni téléphone, ni même électricité .... une sorte de post-apo progressif, elles ne se montrent ni hostiles, ni agressives, or la réaction des humains, elle, l'est, multipliée par 100, n'hésitant pas à sacrifier des millions d'enfants.

Ce roman a quelque chose d'à la fois hallucinant et de terriblement cruel. La façon dont la lutte contre ces envahisseuse extraterrestres prend des proportions dantesques met presque mal à l'aise et on constate une fois de plus que lorsque tout va mal, les gens se tournent vers les partis extrêmes et ceux qui proposent les solutions les plus radicales. C'est à la fois prenant et terrible.
 

dimanche 1 mai 2016

Entre Clair et Obscur (2)

Ceci n'est pas un billet de livre... il n'y aura probablement plus de billet de cette sorte sur Clair Obscur ....
Pour moi Clair Obscur tel qu'il a pu l'être avec ses défauts et peut-être ses qualités est bel et bien mort.

Je sais aussi  désormais ce qui n'a pas fonctionné et ce depuis quelques mois, c'est apparu très clairement, brutalement, en mettant plusieurs éléments de ma vie en comparaison et notamment les points communs de mes échecs ..... Je n'en dirai pas plus, ce blog n'est pas là pour faire office de catharsis et rien ne changerait de toute façon cet état de fait ... 

Clair Obscur fera désormais office de mémoire de mes lectures, de temps en temps .... Histoire de garder trace de ce que je lis.

J'y songeais cependant depuis un moment sans oser me lancer (parce que l'envie me manquait et surtout que j'ai traversé une énorme panne de lecture en SFFF, une sorte de dégoût probablement du à la réalisation de tout cela) et puis je me suis décidée en lisant le gentil et touchant commentaire de Alys qui m'informait "garder un oeil sur sa colonne de droite au cas où" ..


Alors quelles lectures depuis ces derniers mois ? 

Pas grand chose suite à ma panne donc, j'ai relu beaucoup d'anciens livres qui n'avaient rien à voir avec la SFFF et peu lu de livres de ma Pàl.

- Port d'âmes de Lionel DAVOUST : Il est normal que je commence par celui-ci car sa lecture a pile poil coïncidé avec mon retrait de lecture, ce qui fait que je l'ai démarré il y a fort longtemps, arrêté et puis complètement repris depuis le début .... Ce qui ne m'arrive presque jamais mais c'est Lionel et pour la qualité de ses romans, c'est complètement mérité.

J'ai une fois de plus beaucoup apprécié sa plume dans ce roman complètement différent de tout ce que j'avais pu lire auparavant ... et différent aussi de ses autres livres bien que se passant dans l'univers d'Evanégyre ... mais tout simplement parce que c'est un auteur qui sait tellement se renouveler à chaque fois que j'ai la sensation de le redécouvrir. Lionel a ce don de nous basculer dans des lectures différentes à chacun de ses écrits tout en réussissant encore à nous surprendre.
Qu'ai-je particulièrement aimé dans Port d'âmes ? Eh bien le personnage même de Rhuys qui, tout en ayant ce côté un peu naïf de Mickaël Pertersen dans sa trilogie  de Léviathan, n'en porte pas pour autant ses travers agaçants et je l'ai suivi avec beaucoup d'intérêt car il est tellement anti-héros par excellence qu'on ressent profondément tout ce qu'il traverse. 
Je me souviens particulièrement de ce passage où il se met à dos l'Administration, de ce sentiment un peu humiliant d'avoir fait quelque chose auquel on croit profondément mais que l'on sait vecteur d'ennui à coup sûr ... cette sensation d'avoir agi en son âme et conscience mais qu'on regrette ensuite car la justice n'est pas la même pour tous .... Rhuys est un personnage profondément humain qui, avec des valeurs d'équité et d'honnêteté, devra se défendre dans un monde gouverné par le pouvoir, la duplicité et le mensonge .... 
C'est finalement très proche de la réalité actuelle du monde .... Être pourri est quelque fois plus profitable qu'être droit dans ses bottes, hélas ...

Le deuxième point que j'ai aimé dans cet excellent roman est tout ce qui tourne autour du Transfert, de ces dons d'âmes et de souvenirs.... J'en avais déjà été touchée dans La route de la Conquête mais là que cet aspect de ce monde est vraiment mis en valeur, cela revêt quelque chose d'à la fois terrible et poignant .. Le tout servi par ces mots si ciselés et justes de la plume d'un auteur que, même sans blog, je continuerai à suivre fidèlement tant je suis conquise.

- Le fou et l'assassin III ; En quête de Vengeance de Robin HOBB : Si j'avais trouvé le tome précédent un peu moins puissant que les précédents, celui-ci m'a littéralement subjuguée ... 

Une fois de plus il faut laisser le temps à Robin Hobb de poser son décor et de laisser les lecteurs renouer avec ses personnages ... Ce fut l'apothéose des retrouvailles avec Fitz dans En quête de vengeance et quel bonheur de se trouver à nouveau en symbiose avec son personnage fétiche (c'est bel et bien mon personnage préféré de tous les livres que j'aurai pu lire et le cycle de la Citadelle des Ombres restera  à jamais le cycle qui me transporte le plus) .... Quel bonheur aussi de retrouver les autres personnages et de voir enfin Fitz mis en valeur tel qu'il le mérite. En parallèle le récit s'accélère avec la disparition de la petite Abeille et les secrets du Fou enfin retrouvé .... J'aime aussi que Oeil de Nuit ne soit pas si loin, même en tant que souvenirs, toujours présents dans la mémoire des personnages en peu sous forme de fantôme qui communiquerait avec eux lorsqu'ils se trouvent en danger.
Bref j'ai adoré, ce fut un coup de coeur, je l'ai dévoré et j'ai hâte de lire la suite, mais que c'est long d'attendre !

- Lasser dans les arênes du temps de Sylvie MILLER et Philippe WARD : On retrouve notre célèbre détective et sa secrétaire (qui fait désormais office d'enquêtrice aussi) au Caire. Si j'ai moins accroché à ce tome-ci - probablement parce que la formule use un peu - j'y ai particulièrement aimé la mise en valeur de Fazimel, de la découverte de ses pouvoirs et surtout de son passé, cela donne un renouveau tout à fait bienvenue à la série. C'est toujours très agréable à lire cela dit, sans prise de tête et je pense que je continuerai à suivre les aventures de nos deux personnages atypiques et sympathiques.




- Eldorado de Hina COREL : J'avais acheté ce roman l'an dernier aux Imaginales en me faisant un peu "alpaguer" par son auteure .... Bon c'est de bonne guerre lorsqu'on a envie de faire découvrir son roman et du coup je l'avais acheté puis complètement oublié avant de le redécouvrir dans ma Pàl. 
C'est de la Young Adult post apocalytique dans lequel un jeu vidéo a pris le contrôle de la population ... Ses concepteurs s'en servent même pour réguler cette population. 
L'idée est intéressante et l'intrigue plutôt bien menée. J'ai bien accroché au début du fait de l'originalité du sujet mais ensuite mon intérêt est quelque peu retombé notamment à cause du style même de l'auteur. Je l'ai trouvé trop soigné, pas assez spontané et ce genre de style m'ennuie à la longue. Je ne dirai pas qu'elle écrit mal, non Hina Corel écrit bien mais il manque ce petit plus qui fait que je m'emballe grâce au pouvoir et à la magie des mots que certains savent si bien employer ... Cette écriture là est trop "scolaire" en quelque sorte, trop ficelée. Un peu dommage.

- Wormworld Saga de Daniel LIESKE : J'ai fait acheter ces trois albums  pour mon école, en pensant que cette BD serait une bonne entrée dans la fantasy pour mes élèves ; car depuis 2 ans j'ai réussi à faire entrer la SFFF dans notre BCD et ainsi à la faire découvrir à mes p'tits loups (ce qui trouve cette année son apogée de par notre participation au Prix des Ecoliers 2016 pour les Imaginales ... j'ai trop hâte d'y être d'ailleurs !).

Wormworld raconte donc le voyage d'un jeune garçon dans un monde de fantasy franchi par la porte de son grenier (on trouve là des similitudes avec Le monde de Narnia et L'Histoire sans fin, des lectures qui ont accompagné l'auteur dans sa jeunesse) ... A la base, cette histoire était partie d'un tableau qu'il avait réalisé pour un concours (et qui avait d'ailleurs remporté le second Prix) et a été conçue comme un film 3D (ce qui se voit immédiatement en feuilletant les albums).
Si l'histoire est relativement conventionnelle : quête d'un enfant à moitié orphelin mais qui dans le nouveau monde est attendu tel un messie, lutte contre une phobie qui le paralyse et qu'il devra vaincre, rencontre de personnages qui vont l'aider ..... les illustrations sont absolument formidables avec un jeu de clair obscur des plus réussi .... Elles sont littéralement subjuguantes et cela gomme un peu le côté classique de cette fantasy ... Il ne faut pas oublier non plus que ces BD s'adressent à un jeune public et que par là c'est parfaitement réussi, mes élèves ont terriblement hâte de les découvrir (je les ai alléchés avant ih ih) et je pense que ce sera une magnifique entrée dans la fantasy ... qui plus est qui se passe dans un monde où tout un univers de bêtes et de plantes étranges ont été conçus. J'espère juste qu'il ne faudra pas attendre trop longtemps pour les suites ....


 

dimanche 30 août 2015

Ki et Vandien Tomes 1 et 2 de Megan Lindholm

Tout le monde connait Megan LINDHOLM mais pas sous ce nom-là .... sous celui de Robin HOBB la fabuleuse conteuse de La Citadelle des Ombres et Les aventuriers de la mer (entre autres).

Avant d'être Robin HOBB, elle était donc Megan LINDHOLM et avait à son actif beaucoup de romans. Etant fan absolue de cette auteure, je me devais de me plonger un jour dans ses précédentes oeuvres. Cela tombait bien, une intégrale d'un cycle était proposée aux Imaginales.
Après avoir beaucoup hésité, je me suis décidée à l'acquérir.

Cette Intégrale comporte 4 Tomes dont j'ai choisi de ne chroniquer que les deux premiers dans un premier temps. La raison étant que je veux faire des pauses dans les lectures d'intégrales car lorsque je suis à fond dedans, j'ai beaucoup de mal à lire autre chose après.
Bon cela dit, la coupure de ce cycle là ne fut pas un problème insurmontable : les deux premiers tomes, s'ils mettent en scène les mêmes personnages principaux, comportent deux aventures qui pourraient se lire indépendamment (sauf qu'évidemment on aurait peut-être quelques soucis à tout comprendre de la psychologie des personnages en démarrant dès le second tome).

Ki est une jeune femme roumi qui vit dans un univers où se côtoient humains et créatures, telles que des Harpies, des Ventchanteuses et autres peuples. C'est lorsque les Harpies lui prennent son mari et ses enfants qu'elle décide de se venger. C'est plus tard, au cours de sa route, qu'elle rencontrera Vandien un jeune voleur. Le premier tome est donc accès sur les Harpies et les premières relations entre Ki et Vandien au cours du long périple qu'ils font au travers les montagnes.

On sent la patte déjà existante de l'auteure sur la psychologie fouillée des personnages, le soin qu'elle apporte à leurs relations et quelques indices qui font déjà penser à ses futures romans. Le roman est soigné (il me semble que c'est son tout premier) et bien écrit mais sans arriver à la cheville de La Citadelle des Ombres. Quelque chose d'indéfinissable m'a gênée, peut-être parce qu'on a la sensation que le potentiel pourtant présent dans ce cycle n'est pas complètement exploité, peut-être aussi parce que j'ai lu du tellement bon de sa part que j'accroche moins à du moins qualiteux.

Dans le second opus, Vandien doit se rendre au village de Faux-Havre afin de retrouver le coffre caché sous les eaux par les Ventchanteuses, des créatures mystérieuses qui ont appris à commander le temps. C'est que l'enjeu est important pour lui, s'il retrouve le coffre, il retrouvera son visage d'avant.
Plus centré sur Vandien (encore que Ki n'est tout de même pas mise de côté car elle oeuvre un peu en parallèle de son ami, on comprend pourquoi au fil de la lecture), "Les Ventchanteuses" nous permet de mieux connaitre Vandien et la tragédie qu'il a vécue lors du Tome précédent.
En même temps, on commence à saisir certains prémisses de magie qui restent assez discrets, mais la magie, si elle a toujours fait partie de l'univers de Robin HOBB, n'a jamais pris le pas sur le reste : la vie des personnages, leurs interrogations, angoisses et bonheurs et des mondes où l'on découvre des peuples avec coutumes, moeurs et rêves.

Megan LINDHOLM offre là sur ses deux premiers tomes une oeuvre soignée, honnête, qui se lit avec plaisir et met en scène des personnages qu'on a envie de découvrir plus intimement, même si j'ai une nette préférence pour Vandien. 
Pour autant si on sent tout le potentiel de l'auteure dans ce cycle, elle n'a pas encore su trouver les clés pour passer de la lecture plaisir à la lecture coup de coeur.
Ce sont de bons romans, avec beaucoup de qualités mais pas des grands romans.

Suite aux prochains tomes.

Ailleurs

vendredi 21 août 2015

Les pirates de l'Escroc-Griffe de Jean-Sébastien Guillermou

Caboche, jeune orphelin, à la recherche de son père, ne se doutait pas, en embarquant à bord du brick-goélette l'Escroc-Griffe - dirigé par le capitaine Bretelle et encadré par un équipage pour le moins hétéroclite ressemblant plus à une troupe de cirque qu'à des marins - qu'il allait être entrainé dans un voyage surprenant sur les Mers Turquoises vers les Terres Interdites -des terres inexplorées et considérées comme extrêmement dangereuses .... Une quête périlleuse car ils ne sont pas les seuls à vouloir atteindre ce que cachent ces Terres .... l'immortel et invincible Amiral-Fantôme les poursuit inlassablement ....

Haletant et dense - le ton est donné par un style vif et enlevé et des chapitres extrêmement courts - ce premier tome de cette trilogie nous entraine à la fois dans une quête initiatique et  dans une aventure de piraterie fantastique et fantasy mâtinée de quelques éléments steampunk et soulignée de magie.

Les personnages sont très haut en couleurs -servis par des noms marquant leurs personnalités bien marquées et des physiques insolites  -  mais pour autant pas forcément figés, certains promettant une belle évolution comme le capitaine Bretelle le Lymphogateur ou encore Syco l'alcoolique notoire dont on aimerait connaître un peu mieux le passé. 

Le décor est riche mettant en scène un monde-fleur dont les pétales se ferment à la tombée de la nuit (j'ai trouvé cela très poétique) et des Terres Interdites camouflant des secrets enfouis profondément et des technologies incroyables .... les aventures s'enchainent à un rythme trépidant nous emmenant de découvertes en découvertes, à la rencontre d'animaux fantastiques - j'ai adoré la grenouille des sable de Bretelle et les Do kar's-  , de civilisations dont plus personne ne sait rien et de phénomènes étranges tels que la Vrume, la lymphe ...

Dense et haletant étaient les premiers mots de mon billet .... parce qu'ils forment à la fois la qualité et le défaut de ce roman.

Qualité parce que l'on ne s'ennuie absolument pas et que les pages s'enchainent avec délectation, sitôt un chapitre terminé, on plonge dans le suivant .... Mais tout à la fois défaut parce qu'en contrepartie on ne souffle pas, tout va très - trop - vite et j'ai eu un peu de mal à m'approprier correctement cet univers si riche qu'il aurait mérité d'être approfondi plus doucement ... au contraire, sitôt un élément apparu qu'un autre surgit et au final je me rends compte que j'aurais bien du mal à tout restituer et surtout à y trouver des repères stables.

L'autre côté un peu négatif aussi des Pirates de l'Escroc-Griffe est la façon quelquefois trop facile dont les héros se démêlent de situations pourtant bien inextricables .... sans qu'il y ait beaucoup de casse ou de pertes. J'aurais aimé un peu plus de menace de la part de l'Amiral-Fantôme (mais peut-être cela est-il prévu dans la suite ?) avec un peu plus de suspense pour nos personnages héros.

Néanmoins ces deux défauts ne masquent évidement pas le côté intéressant du roman qui met en scène un voyage rocambolesque parmi des personnages vraiment passionnants - je pense notamment à Goowan le Kazarsse  ou au mystérieux Amiral-Fantôme - et non empreints d'humour et de dérision.
Ces personnages sont des loosers à la base, des hommes désabusés qui n'ont plus aucune crédibilité et du coup ils en deviennent très humains et attachants surtout lorsque l'on se rend compte de leur énorme potentiel.

 Le monde dans lequel navigue l'Escroc-Griffe est pour le moins original, plein de surprises et de merveilles -que d'inventions a fait preuve Jean-Sébastien, quelle imagination !-  avec des éléments qui s'emboitent parfaitement ....  c'est trop rapide certes mais l'on retombe immanquablement sur ses pieds car c'est très bien structuré : faune, flore, rien n'est laissé au hasard.

D'autre part le roman aborde pas mal de thèmes tels que la tolérance, le courage et renvoie à certains épisodes historiques de colonisation des hommes blancs au détriment des civilisations et de leurs brillantes cultures ; l'histoire des Karzasses et la façon dont on les traite sous couvert de l'être inférieur est ce qui m'a le plus touchée, et j'ai aussi beaucoup aimé la découverte du mode de vie des Sartoniens .... On pense évidement aux civilisations disparues telles les Mayas qui possédaient tant de savoirs en avance sur le reste du monde et qui sont tombés dans l'oubli avec eux.

Et puis je ne peux que souligner ce que évidement ne peut que me faire craquer dans un tel roman : c'est qu'il se passe sur les mers à bord d'un voilier, quel bonheur de se replonger dans le vocabulaire bien spécifique de la navigation (j'avais appris par coeur toute la voilure de la Surprise, la frégate du Capitaine  Jack Aubrey (par Patrick O'Brian : "Maitre à bord" ou "La Surprise" entre autres : pour info un film appelé Master and Commander avait été tiré de ces romans avec des plans de l'Endeavour le 3 mâts du Capitaine Cook, restauré il y a quelques années, mon coup de coeur de Brest 2004 et qui m'a valu mon pseudo mais je digresse) et de participer aux combats navals.

En conclusion, Les Pirates de l'Escroc-Griffe est un roman plein de bonnes surprises, bien écrit et entraînant, avec de l'originalité, de l'humour et de l'aventure, dans un univers bien construit .... des petits défauts certes mais qui n'ont pas entamé mon enthousiasme lors de ma lecture et mon envie de découvrir la suite .... que j'ai hâte d'avoir  en espérant néanmoins un peu plus de calme pour me poser un peu dans cet univers incroyable.

Ailleurs
Une interview de l'auteur ici ...
Le blog de Jean-Sébastien, cliquer là ....



Pour le plaisir des yeux ..... une petite photo souvenir ......

Endeavour
 

samedi 21 février 2015

Le fou et l'assassin de Robin Hobb

Autant dire que je ne m'attendais pas du tout à chroniquer si vite les nouvelles aventures de Fitz-Chevalerie Lonvoiyant qui fait partie des héros que je préfère dans la fantasy. Et ce pour au moins deux raisons :
- or de question de commencer des sagas qui ne sont pas achevés, c'est trop pénible de devoir attendre et encore attendre pour avoir les suites
- je déteste les publications Pygmalion, tomes par tomes qui nous laissent sur notre faim et y préfère les trilogies reliées comme c'était le cas pour les deux premières de la Citadelle des Ombres

Et pourtant .... ce livre s'est retrouvé dans mes mains et lu quelques 24 heures plus tard .... bon voilà j'ai craqué en somme, les deux chroniques que j'en avais lus m'avaient déjà fait de forts clins d'oeil et l'envie de retrouver ces personnages si charismatiques m'a titillé de plus en plus fort au fil des jours.

Ainsi me revoici replongée dans La Citadelle des Ombres ..... plusieurs années ont passé depuis Adieux et retrouvailles et Fitz vit désormais comme il l'a toujours voulu, tranquille à Flétrybois, entouré de celle qu'il aime et des enfants qu'elle a eus. Même s'il n'est toujours pas serein - on n'oublie pas facilement des années durant lesquelles on a servi comme assassin royal - il tente de se reconstruire après toutes les pertes subies et bien qu'il soit toujours en contact par l'Art avec Castelcerf et les membres de son clan, il résiste pour garder cette vie. 
La paix règne désormais dans les Six-Duchés ..... même si un soir trois inconnus se présentent au domaine de Flétrybois se faisant passer pour des ménestrels puis s'enfuient alors qu'une messagère envoyée à Fitz disparait mystérieusement.

Il ne se passe pas grand chose dans ce tome-ci, Robin Hobb prend son temps pour reposer son décor et pour nous remettre en contact avec ses personnages ..... J'ai eu la sensation de retrouver des amis, des gens que je connais tellement bien que je peux presque prévoir les réactions. Le point fort de l'auteure s'est toujours situé sur la psychologie de ses héros, et là elle brille toujours pour les faire vivre, tout en douceur et finesse dans leurs bonheurs et leurs malheurs. 
Si j'osais lui parler, je lui demanderais si ses personnages lui manquaient au point de vouloir les faire revivre une fois de plus, si elle leur est tellement attachée qu'elle ne peut les laisser en paix, si elle a éprouvé le besoin de voir ce qu'ils devenaient et comment ils évoluaient.
En tout cas c'est ce qui ressort de cette première intrusion dans sa nouvelle saga, et la magie opère comme toujours, ils sont identiques à ce qu'ils étaient lorsque nous les avons quittés, dans leurs défauts et leurs qualités .... comme si aucune année ne s'était écoulée entre la rédaction des romans.

Alors oui j'ai dévoré ce premier tome car j'étais en territoire connu et Robin Hobb nous replonge dans son univers sans oublier que notre mémoire n'est pas parfaite et qu'elle a pu oublier certains pans du passé de ses personnages, alors elle nous permet d'y remédier mais sans ennui, en donnant même par deux fois la voix à un autre de ses personnages qui promet pour l'avenir de cette série : Abeille .... Une voix qui permet aussi de raconter la nouvelle tragédie que va devoir affronter Fitz .... façon intelligente de montrer par les yeux d'un autre une détresse non racontable par la victime ..... scène très émouvante qui m'a fait pleurer tant encore une fois Robin Hobb sait faire passer les sentiments de ses personnages de façon touchante et poignante.

"Il nous prit toutes deux dans ses bras, nous étreignit, leva la tête et hurla, la bouche démesurément ouverte, le visage vers le ciel et les muscles saillant au cou.
Il n'émettait pas un son, mais la douleur qui se déversait en lui m'engloutissait et me suffoquait ; je me noyais dans sa peine. Les mains sur sa poitrine, je m'évertuai à m'écarter de lui, en vain. A une distance gigantesque, je perçus ma soeur ; elle cognait à l'huis de son esprit en demandant à savoir ce qui se passait. Il y en avait d'autres que je ne connaissais pas qui criaient, qui proposaient d'envoyer des soldats, de prêtre main-forte, de faire pour lui tout ce qui était possible ; mais il était incapable de mettre des mots sur sa souffrance."

Parlons de Fitz à présent .... ce personnage paradoxal et troublant, cet homme qu'on pourrait dire anti-doué pour le bonheur, toujours à la recherche de ce qui va dérailler dans sa vie même lorsque celle-ci parait enfin normale et tranquille .... Je n'ai jamais eu le courage de chroniquer la Citadelle des Ombres, intégrales 3 et 4, tout simplement parce qu'il me faudrait les relire et que je suis incapable de faire face à nouveau à la première tragédie de Fitz mais je me souviens à quel point celui-ci pouvait m'agacer par son côté défaitiste et fataliste .... un côté que je pouvais comprendre lorsqu'il était enfant et non maître de son destin mais plus difficilement lorsqu'il était adulte.

Alors, le retrouvant tel quel, plus de dix ans après (pour lui, pour moi il s'est plutôt agi d'une vingtaine d'années), je craignais que ses côtés agaçants me gênent à nouveau et pourtant il n'en fut rien .... je crois que c'est tout simplement parce que moi je ne vois plus les choses de la même manière .... Lorsqu'on est jeune, que l'on a vingt ans, je crois qu'on pense qu'on peut encore influer sur son destin ou qu'au moins les choses peuvent s'arranger, que l'on a les armes pour cela .... C'est beaucoup moins flagrant des années plus tard alors qu'on sait qu'on ne peut pas jouer sur tout et qu'on perd aussi ses illusions ..... Ainsi j'ai beaucoup mieux cerné les défauts de Fitz, son côté tristement négatif et pessimiste .....tout du moins je les lui ai pardonnés .... même lorsque des choses évidentes font la gigue sous son nez alors qu'il ne les voit pas (et que nous lecteur, on a envie de lui crier : "mais ouvre les yeux enfin !") .... et même si parfois j'ai eu envie d'entrer dans le livre pour le secouer un bon coup.... parce que c'est Fitz et que je lui resterai attaché malgré tout. Tout simplement parce que bien des années avant Robin Hobb m'a profondément fait aimer son personnage et que je l'aimerai toujours (et les autres avec : Umbre, Kettrichen , Devoir etc ...).

J'ai hâte que le tome suivant sorte (c'est en Mars, une nouvelle raison d'avoir cédé je n'aurai pas trop longtemps à attendre) parce que l'on reste tout de même un peu sur sa faim avec ce premier roman trop court, surtout que la fin prend enfin un peu de rythme et évidemment nous laisse le bec dans l'eau avec une furieuse envie de piler Pygmalion qui a coupe n'importe comment ses livres.

Ailleurs
Le rêve du renard ; 233 ° C ; Elbakin ....

Ce roman entre dans le Challenge SFFF au Féminin de Tigger Lilly.


samedi 7 février 2015

La route de la conquête de Lionel Davoust

"En son coeur, en son âme, l'espèce humaine est déséquilibrée.Nous apportons l'équilibré, la durée, la stabilité. C'est juste et indispensable. C'est notre mission. Mais ... Que se passe-t-il quand on rencontre un peuple déjà équilibré?"

Cette citation fait référence à la toute première nouvelle de ce recueil de Lionel Davoust qui nous plonge à nouveau et avec délice dans son monde d'Evanégyre, univers déjà fréquenté dans le très bon La Volonté du Dragon (qui fut d'ailleurs ma toute première lecture de cet auteur que j'apprécie tout particulièrement ).
Lionel nous propose donc une nouvelle plongée dans ce monde à travers six nouvelles qui se situent à différents instants de l'âge d'or du Saint Empire d'Asrethia.


Et comme il nous propose, à la fin du livre, des repères chronologiques de ces conquêtes, c’est dans cet ordre que je vais parler des nouvelles.


La fin de l’Histoire nous présente le journal tenu par Veithar lors d’une expédition à travers la jungle de l’Insendra afin de conquérir un nouveau territoire. L’intérêt de cette nouvelle prend tout son sens dans ces paroles qui prononcent l’auteur du journal à savoir « Je vous promets que l’Empire d’Asreth n’est pas votre ennemi. Notre mission est pacifique. Nous apportons de grands progrès, des merveilles que nous souhaitons partager avec vous. Nous aimerions parler. » ..... le choc de deux cultures complètement antagonistes, l’une qui fait corps avec la nature, les traditions et l’autre, tout en force et convaincue d’être dans son bon droit, de sauver ces peuplades d’eux-mêmes et par la puissance de leurs armes s’il le faut. Sauf que la résistance imprévue des enfants d’Isendra aboutira à un final tout à fait étonnant et poétique.


Ensuite, lors de la Bataille des Brisants qui oppose les guerriers mémoires du Hiéral à l’Empire d’Asreth, nous trouvons deux nouvelles Bataille pour un souvenir (présente dans le recueil L’importance de ton regard) et Au-delà des murs, deux nouvelles qui se lisent en parallèle. Je ne reviendrai pas sur Bataille pour un souvenir qui faisait partie de mes préférés du recueil précédemment cité mais Au-delà des murs met en scène un soldat traumatisé, qui se réveille dans un endroit inconnu, avec perte de mémoire, sans savoir quelle est la réalité du monde qui l’entoure. On assiste à travers ses yeux à la mort du général Erdani, du côté Asreth, bataille déjà vécue au côté des guerriers mémoires. Ces deux points de vue sur cette même bataille sont très intéressants. Les deux nouvelles sont bien écrites avec toujours un petit faible pour Bataille pour un souvenir qui m’a conquise de la même manière que la première fois où je l’ai lue et dont je disais :
Une atroce bataille embellie par la plume de Davoust : eh oui il parvient à poétiser le pire drame humain, c'est fort.



On retrouve ensuite la généralissime Stannir Korsova (déjà présente dans la Volonté du Dragon) à travers La Route de la conquête, la nouvelle la plus importante du récit, pas moins de 150 pages pour vivre la conquête d’une steppe nommée Océan Vert habitée par un peuple mystérieux. J’ai beaucoup pensé aux guerres de colonisation des terres nouvelles lorsque les colons, lourdement armés et convaincus de leur supériorité, tentaient de soumettre des peuples proches de la nature et des vraies valeurs de la vie.  
 J’ai trouvé cette nouvelle absolument passionnante et bien menée, qui nous met en présence d’un conquête vouée à l’échec de part les trop grandes différences de points de vue du conquérant et du conquis .... Un récit très émouvant aussi car on se rend compte qu’au fil des jours, la conscience de la Généralissime la travaille de plus en plus sur sa légitimité à forcer un peuple à accepter leurs croyances. D’ailleurs la fin, ouverte, m’a déçue, pas d’un point de vue de l’histoire elle-même car c’est tout ce qu’il y a de plus réaliste, mais parce que, prise par l’espoir, je souhaitais mille fois que tout s’arrange, je me suis faite avoir par le sentimentalisme, ce qui prouve à quel point j’étais entrée dedans.
« La généralissime promena le regard sur la salle, sur ces visages détendus, rieurs, sur les musiciens et les chanteurs qui avaient à présent entamé une mélodie plus joyeuse, encourageant les premiers danseurs de l'assistance à les rejoindre. Cette culture était figée, comprit-elle, dans un équilibre effectivement pérenne avec son environnement, garanti par les traditions, et ce depuis des siècles - peut-être même des millénaires. Isolée entre des montagnes arides et de la mer, seulement touchée par quelques échanges commerciaux avec les cités de l'ouest du Grand Sud, elle restait dans une large partie ignorante des évènements du monde. Aucune des guerres qui avaient secoué Evanégyre ne les avait touchés, ou tout au plus sous la forme de rumeurs, de légendes. Le temps ne s'écoulait pas dans l'Océan Vert, ou bien différemment : une simple horloge marquant le passage des générations, des lunes, et non celui, bien plus terrible et vertigineux, des guerres, des nations et des civilisations. »


Au moment de la Seconde Guerre de l’Evangélyre prend vie le fabuleux Le Guerrier au bord de la glace.  Lorsque j’ai ouvert ce livre, j’étais convaincue que ma nouvelle préférée resterait Bataille pour un souvenir qui j’avais trouvée particulièrement poignante et émouvante, et bien sûr excellemment écrite. 
C’était sans compter sur le génie de Lionel Davoust qui une fois de plus, a réussi à me transporter. Cette nouvelle qui narre le combat des Charistes contre des insurgés est tout simplement superbe, avec des scènes de combat absolument magnifiques de par un écrit maitrisé et poétique.

J’ai adoré cette armure avec une conscience que portent ces guerriers, cette sorte de symbiose entre la machine et l’humain.

« Une formidable serre griffue aux reflets de rouille m’enserre le torse comme si la mekana haute de presque vingt mètres n’était qu’un jouet. Au-dessus de moi, des écailles couleur de cuivre, mais dix fois plus résistantes, roulent avec une fluidité liquide sur des muscles parfaitement taillés. Les ailes dorées caressent le ciel à la façon d’une flamme jaillissante, émerveillement et splendeur dans le corps de l’être le plus formidable que connaît notre monde, et nous nous élevons parmi les explosions, les coups, les tirs. »

Ce texte m’a donné envie que Lionel Davoust fasse un nouveau roman uniquement sur cette période de l’Evanégyre.



Et enfin le recueil se conclue avec Quelques grammes d’oubli sur la neige, qui se situe dans un futur non daté .... une nouvelle qui se détache des autres, racontée à la façon d’un conte où un roi humain change au gré du pouvoir qu’il se découvre .... celui de contrôler son temps. Encore un magnifique écrit, très émouvant et sensible. La fin est très réussie.



Encore une fois je réalise à quel point il est difficile d’écrire un billet sur des nouvelles ... surtout lorsqu’on essaye de trouver, à travers ses pauvres mots, ceux qui rendront correctement la beauté de ces textes. Je me rends compte que plus l’écrit est fabuleux de sensibilité, d’émotion et de qualité littéraire et moins je parviens à rédiger quelque chose de correct et de maîtrisé. 
Il n'est pas facile d'être chroniqueur !
Bon cela dit, une fois de plus j’ai été conquise par ce nouveaux recueil La Route de la conquête : et en fermant le livre j’ai vu sur les dernières pages : Port d’âmes à paraître en août 2015 ce qui m’a arrachée un grand soupir de bonheur. Vivement la suite alors !



Pour la petite anecdote, j’étais en plein dans La route de la conquête lorsqu’un matin j’ai entendu à la radio le trio des best sellers français de l’année à savoir Musso, Pancol et Levy. ... je n’ai pu m’empêcher de regretter que beaucoup de lecteurs français ne retiennent que ces auteurs à succès tout en passant à côté d’auteurs tellement exceptionnels comme Lionel Davoust, Jean-Philippe Jaworsky ou Justine Niogret  (et je n’oublie pas Sylvie Lainé ou Mélanie Fazi pour les nouvelles)..... 
Quel regret que la littérature SFFF ne soit pas mise plus en valeur et que certains se contentent de la littérature grand public qui – j’ai lu un livre de Musso et deux de Pancol- sont incapables de me transporter comme le font si bien les auteurs que j’aurais cités dans mon top à moi.

Tant pis pour eux et tant mieux pour nous blogueurs de la SFFF qui avons su trouver où se cachent les perles rares de la littérature française.

Ailleurs

mercredi 28 janvier 2015

Mordred de Justine Niogret



De cette auteure, je peux me targuer d'avoir lu tous ses romans, de l'exceptionnel Chien du Heaume, en passant par l'étrange Gueule de Truie, sans oublier le très bon Mordre le bouclier et le très intelligent et touchant Coeur de rouille.


J'aime depuis le début l'écriture ciselée, poétique et sombre d'une femme qui sait aller au fond des choses, avec beaucoup de sensibilité mais aussi beaucoup de noirceur et quelquefois de cruauté.

Mordred ne fait pas exception, le ton est cru, frappant et allant droit au but comme dans Chien Du Heaume.

De Mordred, dans la légende arthurienne, on ne connait que son côté obscur, celui qui trahit Arthur et le tua. Loin de souscrire à cette histoire, Justine Niogret nous présente un personnage, un chevalier, qui alité suite à une blessure au dos qui le fait atrocement souffrir, replonge dans son passé, son enfance, sa formation de chevalier et ses batailles, ainsi que ses liens étranges mais forts avec son oncle-père Arthur, nous entraînant à la suite.

Rien ou presque de la geste d'Arthur dans ce roman, point de Viviane ou de Merlin, ni de Lancelot, à peine un bref passage éclair de Guenièvre, pas  de référence au Graal .... On se trouve dans un règne en bout de souffle, Arthur a vieilli, il est malade, proche de la mort,  il fait de courtes apparitions, lui, mais toujours du point de vue de Mordred dont le geste de "trahison" prend alors tout son sens.


En réalité tout est entièrement centré sur ce dernier et son lit de douleur .... Tout le roman se tient dans cette introspection que se livre cet homme secret et silencieux, peu lié aux autres, si ce n'est à sa mère Morgause dont il a hérité l'amour et la connaissance des plantes et le respect de la nature ..... sa mère qu'il n'a jamais revu depuis son départ en selle avec Arthur qui l'amène vers son destin de chevalier. Un homme rongé aussi par cette espèce d'être malsain, Polik qui s'accroche à lui, déversant son venin, symbolisant tout ce qui est souffrance et regret en lui.


Justine Niogret, une fois de plus, nous offre tout un artifice de son style terriblement cru et réaliste. Comme on l'avait déjà compris dans Chien du Heaume, c'est le véritable Moyen Age qu'elle nous offre et non celui enjolivé par les exploits des chevaliers qui estompe la noirceur d'un monde à l'obscurantisme redoutable. Et les mots percent comme des flèches, atteignant le lecteur aussi brutalement que la lance dans le dos de Mordred que l'on sent nous aussi percer le cuir du troussequin avant de s'enfoncer dans la chair tendre du corps.

Ce corps décrit ainsi comme une enveloppe fragile et dégénérée, capable de vous mettre plus bas que terre

"Et Mordred lui aussi se rendit compte qu'il se sentait trahi par cette douleur qui le rongeait, cette tristesse de la chair, il haïssait d'avoir compris enfin ce que disaient les prêtres à propos de la viande du corps, à peine allouée quelques instants à l'humain ; promise à la mort, à la déchéance ; à peine sortie du ventre, elle pourrissait déjà. Sac de viande abritant les pensées, l'espace d'un lent battement de coeur. Rien. Le corps ne servait à rien. On le pensait, on le croyait en imbécile ; on le trouvait beau, agréable, on osait s'en vanter, le voir en vaisseau porteur de joie, et un jour il cassait, et il se révélait vain et creux autant qu'une conque, qu'un cor de guerre ; seul le souffle l'anime, et sa structure n'est rien qu'un cadavre."


Si l'auteure ne fait qu'à peine référence aux personnages clé de la légende arthurienne, c'est pour mieux centrer son propos sur son unique personnage. On n'a le droit qu'à très peu de description de lieu (sauf des endroits naturels de l'enfance de Mordred, vécus comme un rêve magnificié encore plus par son mal ressenti), tout tourne autour de Mordred, de ses pensées, de ses rêves, de ses souvenirs et ses douleurs. On ne peut en réchapper, on subit comme lui les affres de ses tourments, au point que j'en suis arrivée à craindre chaque ligne qui décrirait encore et encore ses terribles douleurs. J'en avais mal rien qu'en les lisant. (Ne parlons même pas de l'opération, j'en tremblais d'avance avant de respirer de soulagement en me rendant compte qu'il en sentirait presque rien).

Et paradoxalement, elle y oppose toute l' enfance poétique, belle et sereine d'un petit garçon qui vit en harmonie avec la nature. Une nostalgie qui permet de reprendre son souffle et de gagner un peu de répit avant de replonger dans la souffrance et la solitude.


En même temps, Justine Niogret a cette fabuleuse capacité de savoir mettre les mots exacts sur la vie, sur les êtres humains, sur ce qu'ils sont réellement, même s'ils se cachent et feignent. Elle les passe au crible et les fait se révéler :


"On se moque les uns des autres. Les êtres ont une telle envie, un tel besoin de marcher sur les doigts de ceux qui les accompagnent dans ce petit monde, de les pincer pour se voir leur faire mal. Se sentir fort."


"De même, il se tenait les épaules lourdes, et il faudrait encore des années à Mordred pour comprendre qu'on porte avec soi une part de sa vie, des choses dont on ne sait se débarrasser ; et même lorsqu'on y parvient, on soutient le poids du travail accompli, et du deuil, et des quêtes perdues et du mal qu'on l'on a fait sans le vouloir."


"Parfois, on note ces bêtes comme gigantesques, énormes, des baleines vautrées sur la terre. Peut-être le monde a-t-il besoin de géants pour se faire encore peur. Peut-être a-t-il oublié les vents coulis des portes en hivers, et les rats pourrissant les sacs de grain, et la morve au nez qu'on ne parvient pas à soigne, et le coeur qui cogne quand on doit courir, et le poignet cassé qui ne se remet jamais tout à fait. Le cheval qui boite, qu'il faudra tuer avant qu'il ne souffre trop, et la mercenaire sur le chemin, qui cherche encore la guerre. Ces petites choses qui rendent la vie terrible, ces riens qui terrorisent, encore et encore. Peut-être leur faut-il des montagnes terribles, maintenant, des éclatements de lumière pour entendre la peine et le risque."


C'est exactement pour cela aussi que j'aime ce qu'écrit Justine Niogret, car sa justesse des mots me va droit au coeur. Mordred est encore un très bon cru, que je ne mets certes pas à la hauteur de Chien du Heaume, mais juste derrière. A lire, c'est du très bon !



Ailleurs


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