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vendredi 2 août 2013

Enola Game de Christel Diehl

Une jeune femme et sa petite fille vivent enfermées dans leur maison après le passage d'un cataclysme que la femme a nommé "Enola Game" comme le nom de l'avion qui a largué la première bombe A sur Hiroshima.
De cette catastrophe, si ce n'est l'onde de choc, des déflagrations et une grande lumière, elle se sait rien .... L'électricité a disparu immédiatement, les moyens de communications ont suivi. Dehors des soldats, habillés comme des cosmonautes, passent dans les rues, à bord de tanks pour déposer sur chaque seuil des maisons de la boisson et des denrées ... Un message diffusé en boucle annonce qu'il faut rester à l'abri, que la concentration des particules toxiques dans l'atmosphère va finir par diminuer graduellement ....
A l'intérieur de la maison, la femme s'organise pour survivre, son enfant qu'elle appelle "la petite" (cela ne vous rappelle rien ?) devient sa priorité absolue. Heureusement son compagnon (dont on ne sait plus rien) était du genre à faire des stocks et elles peuvent ainsi vivre sur leurs réserves quelques mois ....

Mais à l'extérieur le danger rôde ...les quelques nouvelles du monde reviennent chaque jour un peu plus alarmantes .....

Comme signalé entre parenthèses quelques lignes plus haut, on ne peut s'empêcher de songer à La Route de Mc Carthy, à la différence qu'il ne s'agit pas cette fois-ci d'un cheminement sur des chemins incertains, dans un monde  terrifiant d'un homme et son fils, mais du cheminement intérieur d'une femme obligée de rester cloitrée dans sa demeure avec sa petite fille (un peu comme dans Les enfants de Noé, sauf qu'il s'agissait là d'une famille prisonnière de la neige, mais qui va survivre de la même manière sur des provisions miraculeusement présentes en quantité non négligeable).

Enola Game a pour fond la catastrophe dont on ne sait la nature exacte : un accident nucléaire, un conflit mondial, une guerre civile ? Pour autant il n'en constitue pas le sujet principal, on ne peut pas dire que c'est exactement un livre post apocalyptique (bien qu'évidement le seul fait qu'il y ait eu cataclysme le range dans cette catégorie) parce la trame, plus que la survie, est tout le louvoiement de la mère entre sa douleur, ses souvenirs magnifiés d'une vie qui a disparu et sa volonté de donner un sens à la vie de son enfant ......

Le roman est très morcelé, entre les moments où le récit se base sur la survie du couple et ceux où la femme part dans sa mémoire et ses pensées réminiscentes .....En se confiant dans un journal intime, elle trouve la force de faire face à ce qui lui arrive .... tout en laissant prise aux souvenirs qui l'assaillent, liés à chaque geste quotidien de survie ....
C'est un voyage intérieur, une autre façon de concevoir les choses et la vie loin des communications et modes d'échanges dont on peut être noyé sans s'en rendre compte.
Tout ce qui apparaissait si important dans une vie normale -internet à haute dose, l'écoute indispensable de musiques sur i Pod, la dépendance à une certaine superficialité de la vie - devient complètement futile lorsqu'on est confronté à une catastrophe. Cela remet bien les choses en place.

 "Elle n'est plus jamais parvenue à téléphoner. Toutes les lignes sont désormais muettes. Parfois, elle arrive à rire d'elle-même en pensant au dilemme qu'elle n'avait pas réussi à résoudre, quelques jours avant Enola Game. Elle hésitait alors entre deux smartphones portant des noms qui évoquaient le métal brossé et le concentré de technologie."

" Elle observe le petit parallélépipède rectangle où sont emprisonnés tous ces sons que n'en sortiront peut-être plus.  Ces sons gratuits qu'elle finissait par trouver trop nombreux. Ces sont virtuels qui s'enchevêtraient pour créer une cacophonie hideuse dans sa tête de vieille adolescente trop gâtée."

Enola Game est un roman riche syntaxiquement qui se lit bien .... sauf que justement c'est le côté "riche syntaxiquement" qui m'a gênée ... J'aime les écrits riches et bien formulés, les belles tournures de phrases, le vocabulaire foisonnant ... mais je les aime lorsqu'ils sont naturels et non forcés comme j'en ai eu la sensation dans ce livre là.
Comment dire ..... Christel Diehl est un écrivain qui sait manier la langue française ....sauf qu'il n'y a aucune spontanéité dans son écrit, j'ai eu la sensation de quelqu'un qui veut trop bien faire, trop bien rédiger ... Du coup cela donne une lourdeur dans le récit alors qu'à la base c'est bien écrit. En en faisant trop dans la beauté de l'écrit, on finit par l'enlaidir et le rendre presque désagréable à parcourir.

"Elle est relativement stoïque dans l'adversité, mais elle n'ose pas imaginer ce qui se passerait si la petite tombait malade. Elle sent intuitivement que sa belle façade de courage s'écroulerait comme un décor de carton-pâte renversé par un méchant coup de vent."
 
Du coup les sentiments sont figés dans cet écrit trop élaboré et les personnages n'en deviennent pas du tout attachants, je n'ai absolument été ni transportée, ni effrayée par une situation qui pourtant est plus qu'anxiogène. J'ai été à mille lieues de La Route où l'univers angoissant m'oppressait, où je vivais chaque instant de la survie du père et de son petit avec la trouille au ventre. Là malheureusement rien de tout cela, tout l'aspect inquiétant de la situation est gommé par cette façon de livrer ce chemin intérieur de la part de l'auteure.

Alors qu'avec un peu moins d'effort dans l'écriture, un peu plus de spontanéité, de sentiments naturels, le roman aurait vraiment pu être marquant.

Dommage ...

Ailleurs
Quelques avis beaucoup plus positifs : carnet de lecture ; Mille et une pages ; Les livres d'Agathe ....

vendredi 8 mars 2013

Gueule de truie de Justine Niogret

"Lumière.
Lumière.
L'enfant ferme les paupières, assez fort pour voir cramoisi. Il connait les lumières, mais celle-ci lui blesse les rétines, même cachées derrière sa peau. Il pose les mains sur ses yeux et serre jusqu'à en avoir mal. Les lumières, oui, il en a l'habitude, mais celle-ci est une lumière, la lumière, un mot de la langue ancienne, compliquée dans la bouche. Elle brûle. Tout cela ne dure pas longtemps ; un battement de coeur affolé, à peine, et tout est déjà fini. Les Pères ont dit le mot et la lumière a été allumée."

Depuis la Flache où Dieu a ouvert la bouche pour parler, le monde est mort. Enfin c'est ce que croient les Pères qui désormais représentent La loi, et leur mission est de détruire le peu qu'il reste de la Terre, afin de tourner une fois pour toute la page de l'humanité. Leurs Mains, ce sont la Cavale, des hommes formés impitoyablement à tuer. Gueule de Truie en fait partie .. enfant il a appris toutes les façon de prendre la vie, sans pitié, puis reçu le masque qui lui a donné son nouveau nom.
Assisté des hommes de la Troupe, il piste les derniers survivants, s'en débarrasse. C'est un Inquisiteur, il a le droit d'interroger pour savoir, pour transmettre aux Pères .... Il n'est plus vraiment humain.

Or un jour il rencontre une drôle de fille qui porte une boîte sous le bras ...

Alors que j'ai fini ce livre depuis une bonne semaine, voilà qu'il traine sur ma table de salon en attente de son billet .. tout simplement parce que j'ai beaucoup de mal à démêler mes idées après sa lecture, alors désolée d'avance si c'est un peu brouillon.
La quatrième de couverture promettait une histoire poignante et sauvage, aussi inoubliable que La Route de Cormac Mc CARTHY. A vrai dire personnellement Gueule de Truie ne m'a pas du tout procuré les mêmes sensations et sentiments que La Route, loin de là.
Pour autant je ne l'ai pas détesté non plus, mais la fin m'a laissé  un tel sentiment dubitatif que j'ai du mal à dire que j'ai aimé cette lecture.

Pourtant cela débutait bien,  j'ai même lu une bonne moitié en étant à fond dedans, Justine Niogret sait aller droit au but et si ses phrases sont plus courtes et encore plus directes que dans ses deux précédents romans, Chien du heaume et Mordre le bouclier, on reconnaît bien son style franc qui sait allier les mots justes avec une certaine poésie ainsi qu'une certaine dureté crue du style.

Gueule de Truie, c'est une histoire violente ... qui se passe dans un monde sauvage .... Un univers post apocalyptique, où l'humanité a presque été entièrement détruite par les armes, et celles-ci disparues, soumise à son éradication au nom de Dieu lui-même ... Enfin c'est ainsi que l'interprètent les Pères de l'Eglise .... Et en Son Nom, ils se permettent d'accomplir des abominations.
Violence d'une part de ce monde démoli d'où ne restent que ruines, mousses verdâtres, chemins et trous blanchis par des squelettes, structures cassées, ferrailles apparentes ..... et gens qui se terrent et tuent pour survivre, c'est vrai que de ce côté là on est tout à fait dans l'univers de La Route.
Violence ensuite par le traitement, pas vraiment décrit mais sous-entendu -et c'est encore pire-, subi par les recrues des Pères de l'Eglise, ces enfants que l'on conditionne à tuer sans pitié.
Gueule de Truie est devenu en quelque sort un monstre fabriqué par la folie d'hommes certains d'oeuvrer pour le bien de l'humanité. Un monstre qui ne ressent rien, ni la compassion, ni la douleur, qui attend patiemment et se laisse maltraiter lorsqu'il est capturé pour laisser ensuite sa soif de haine prendre le dessus et l'amener à tuer à mains nues, c'est sa marque de fabrique en passant. Je n'arrive même pas à imaginer celle de l'individu qui se nomme Craque- Neurones, cela me donne froid dans le dos. 

Violence enfin par les sentiments enfouis de cet homme si dur avec lui même et les autres, tellement au plus profond de lui qu'il ne sait même plus ce que c'est, à se demander s'il l'a connu un jour, avant d'être brisé. Les mots de l'auteure soulignent d'ailleurs parfaitement cet état de fait, ils sont à l'image du raisonnement de Gueule de Truie : bref, par instants de fulgurance, de prise de conscience : inutile de faire de longues phrases alors que ses pensées sont si morcelées et primitives, c'est d'ailleurs le point le plus fort de son roman : son adaptation au personnage principal est telle que son style en est le témoignage.

Toute cette violence a quelque espoir d'être adoucie lors de la rencontre de la fille .... d'où vient-elle ? que lui est-il arrivé ? quel est son nom ? On ne sait absolument rien d'elle si ce n'est qu'elle porte une boite à laquelle elle tient comme à la prunelle de ses yeux, au point qu'elle ne la lâche pas même durant son sommeil.
Ce que contient cette boite, le chemin qu'elle semble avoir pris, le fait qu'elle semble ne rien ressentir non plus, amène Gueule de Truie à non seulement la laisser en vie mais aussi à l'accompagner .... et peut-être commencer à s'attacher à un être humain. C'est que cette mystérieuse fille semble voir derrière le masque, sous la carapace et n'éprouve pas de peur à le toucher.

"Il est tendre avec elle. Sa façon à lui d'être tendre. Soigneux. Il fait attention. Il tente de fermer la combinaison de la fille. Elle lui touche la main et la pose sur son sein, de force, jusqu'à ce qu'il la laisse, dans désir de la retirer. [...] Il prend son visage à elle dans sa main à lui, celle restée libre. Il regarde dans son regard à elle, profond. Il sait qu'elle le voit, qu'elle sait que c'est lui."

Alors débute cette quête presque insensée, de l'homme violent qui suit la fille presque muette, de l'homme qui semble s'ouvrir au monde, à son propre intérieur aussi. Car cette quête là n'appartient qu'à lui, à ce qu'il renferme profondément derrière un barrage de haine et de rage. Une quête de l'Amour aussi, pas celui physique, que l'on consomme, mais celui bien plus profond des sentiments qui font qu'un être devient humain. Gueule de Truie est aussi à cette recherche là, bien plus fortement qu'il l'aurait cru. Une façon d'exister enfin !
Alors on est en droit d'espérer que le masque, dans tous les sens du terme, tombe enfin et permette à l'humain qu'il est peut-être en phase de devenir de contempler ce monde que jusqu'à là il n'a vu qu'au travers d'un filtre et de lunettes.
Mais c'est là que le bât blesse en quelque sorte, car brutalement tout semble se démolir, revenir au point de départ ...

"Gueule de Truie se retourne et crie, une sorte de son bourbeux de douleur et de haine, de peur et de rejet. Il se rend compte qu'il a les épaules remontées et les poings durcis, pour frapper, pour détruire, plus encore qu'ils ne l'étaient quand il a tué ses Pères. Il crie du fond de la gorge, comme le cheval pisseux qu'il a tué.

Ça vient des poumons et de la chair, ça n'a pas de mots, pas de signification construite."

C'est aussi là que j'ai décroché, tout simplement parce que soit je n'ai pas compris le cheminement du récit, soit suis passée à côté mais la fin m'a laissée complètement désemparée, non pas par désespoir comme je l'avais ressenti à la fin de La Route mais par déception de l'illusion d'avoir été trompée aussi bien que Gueule de Truie sur la fin de sa quête .... Je me suis embarquée sur cette route pour au final en être dégagée aussi sec, d'où un certain sentiment de frustration et un peu l'impression de m'être faite avoir.

Il n'en demeure pas moins que Justine Niogret signe là un nouveau roman qui va au coeur des choses, dans un voyage encore plus dur et cruel que ses précédents récits, avec des personnages encore plus écorchés vif. Donc même si je suis incapable à l'heure actuelle de dire si je l'ai aimé ou non, je sais qu'il m'aura de toute façon marquée et qu'il faut le lire, absolument.
Une mention spéciale aussi à la couverture incroyable signée Ronan Toulhoat.

Ailleurs

jeudi 29 décembre 2011

Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac


Plusieurs siècles après qu’un virus ait quasiment décimé la population mondiale (seul un terrien sur un million aura survécu), les hommes vivent désormais dans une Bulle gérée électroniquement par un Processeur.

Celui-ci, doué d’une intelligence artificielle et d’une certaine forme d’humanité, contrôle tout dans la Bulle

-          La surveillance des mutants qui vivent à l’extérieur de la Bulle et la protection contre leur intrusion
-          L’état de santé des habitants, chaque brigadier sortant à l’extérieur doit bénéficier d’une quarantaine à l’issu de il ne sortira que s’il est indemne du virus, les autres habitants étant sous monitoring médical
-          La gestion des naissances et des accouplements avec l’interdiction de se reproduire entre différentes nationalités



Un monde digne d’un Big Brother. (d'ailleurs il est désigné par des lettres majuscules, tel un Dieu). Et dans lequel il y a ceux qui croient en ce Processeur et ceux qui ont décidé de vivre sans, on les appelle les Déconnectés.

Or un jour le Processeur tombe en panne … une panne complètement inexpliquée …
Comment va désormais se dérouler la vie dans la Bulle et surtout comment vont s’en sortir ses habitants conditionnés par ces surveillance et protection constantes ?
Et si le Processeur avait menti au sujet des menaces de l’extérieur ? Et si le Virus n’était pas si virulent qu’Il l’affirmait ?

Le destin de la Bulle est vu au travers trois personnages qui tour à tour racontent à la première personne, il y a donc :
-          Sean Factory qui fréquente les déconnectés et entrevoie une vie meilleure sans le Processeur avec qui pourtant il entretenait une relation intime
-          Ange Barnett agent de police qui décide de mener l’enquête en dehors de la Bulle
-          Gina Courage, que la « mort » du Processeur atteint particulièrement car Il était son ami, et pour cause elle est responsable de la connectique et était amenée à travailler avec Lui
Ces personnages cheminent chacun de leur côté avant de finir par se rencontrer, se côtoyer pour comprendre ce qui a pu se passer et aussi voir si la vie est possible à l’extérieur de la Bulle.

C’est un livre qui se lit facilement, j’ai bien aimé l’histoire racontée du point de vue de trois personnages différents, c'est un procédé vraiment intéressant. La fin est  originale aussi de par la couleur de ses pages, noires qui peu à peu se grisent et redeviennent blanches au fur et à mesure de la révélation finale et l’explication de l’arrêt du Processeur. Et un final auquel on ne pouvait absolument pas s'attendre.

Il est frappant de constater que dans beaucoup de livres de SF, le genre humain est finalement toujours vu de la même manière : incapable de se gérer seul sous peine de se livrer à des exactions, incapable de s'organiser intelligemment et en bonne harmonie avec ses semblables, prompt à s'emballer ou à régner par la force ..... Eternity Incorporated ne fait pas exception,  à croire que ces visionnaires du futur ont tout à fait saisi le côté sombre de l'humanité, et en tout cas une vision pessimiste de son évolution.

Extraits
L'humanité d'alors, bien qu'extrêmement riche et puissante,  ne semblait pas se soucier de son avenir à long terme. A moins qu'elle n'ait eu une confiance aveugle en sa capacité à résister à toutes les menaces, qu'elles soient naturelles ou artificielles. 

Immédiatement, j'essayais de lui parler. Sans succès. J'ouvris le capot pectoral. Son niveau d'énergie était au plus bas. Il était en veille. Seuls ses sens fonctionnaient. Son oeil noir était comme un gouffre insondable s'abîmant quelque part dans le Processeur.

Ailleurs

Livre lu dans le cadre du Challenge de Tigger Lilly sur la Fin du Monde.



mercredi 30 novembre 2011

Cygnis de Vincent Gessler

Un trappeur Syn et son loup cybernétique Ack intemporel .... des étendues de neige .... des ruines qu'ils foulent sans savoir vraiment à quoi elles se rapportent .... d'étranges objets issus d'un passé dont presque plus personne ne sait rien ..... Voici tout l'univers de Cygnis offre un univers atypique de post apocalypse
- les humains en premier lieur : des trappeurs, des fouisseurs ou des troglodytes, faisant plus ou moins bon ménage
- des robots : les diasols que Syn entend étrangement de loin grâce à un bourdonnement qu'il ressent dans ses oreilles
- une chose effrayante qui rôde se livrant à des massacres : "Le corps annelé se met en mouvement, fondant sans bruit sur le couple, deux appendices tendus vers les gorges."

L'univers est très mystérieux, on ne sait en premier lieu rien du passé du trappeur (lui non plus d'ailleurs), on ne sait pas davantage pourquoi son loup a vécu si longtemps et semble moitié animal, moitié robot ..... Mais peu à peu les éléments se découvrent, lentement, doucement.
Car c'est un livre qui se lit lentement, d'abord pour savourer un style très poétique, très posé, on a la sensation que Vincent Gessler s'est particulièrement appliqué pour nous offrir un beau récit.
Et il y réussit ..

"Le deuil s'enracine sur cette terre où nous marchons, toujours en rond. Il y a quelque chose d'irréductible dans la déchirure de la perte, dans l'amour blessé qui ne veut plus se découvrir. Une amertume qui en appelle aux larmes, aux mots muets, aux mots hurlés. Notre existence se joue ici, entre ces valeurs inventées par nos pères et celles que nous apprenons. Les hivers sont passés sur le monde, et les étés. L'être humain est mort par milliers, par millions il a gorgé la terre de son sang. Il a dominé le feu du ciel, puisé celui de la terre, asséché les mers et aux enfants de ses enfants offert toutes les larmes ..."

Bon je suis plutôt du genre sensible à ce genre d'écriture, même si cela semble un tantinet forcé, c'est vraiment très agréable à lire, ce style bien coulé et beau.
Et au début si j'ai ressenti une certaine frustration à ne pas savoir, ne pas comprendre pourquoi les hommes ont subi un cataclysme -mais lequel ?- puis sont de nouveau là, vivant différemment ... proches de la nature, existant dans un monde à la fois moderne par des objets et des armes d'antan réutilisés et ancien, qu'on situerait peut être à l'époque de la ruée vers l'or ... mais en fin de compte j'ai accepté de me laisser guider lentement vers une fin qui de toute façon éclaire tout.

J'ai aimé aussi les personnages, qui ne sont pas des héros, mais des humains qui ont pu accomplir des choses terribles au cours de leur vie, ne sont pas pour autant mauvais ou bons ....
Ils semblent chacun cacher un secret qui les hante et qui est douloureux à livrer.
Ils nous paraissent d'autant plus proches et humains.
J'ai beaucoup apprécié aussi le loup, bien entendu, ce presque double de Syn, un peu comme Oeil de Nuit dans La Citadelle des Ombres.

" Le lien qui unit l'homme à son chien ou à son loup est si fort qu'il est au-delà des mots, hors de tout champ d'expression. Il est composé de la somme de toutes ces nuits et tous ces jours, de tous ces soleils qui ont tracé l'horizon, de toutes les étoiles regardées, ces feux allumés au soir, ces échanges de soupir, de monologues formulés ou non, de gestes esquissés, de regards surtout, souffrances partagées et chaleur mutuelle."

On n'a pas la sensation de lire un récit de SF mais plutôt de fantasy et pourtant les éléments du premier sont bien présents, enracinés parmi cette quête des origines de chacun.
Quant au dénouement il est tout à fait original.
Bref un roman qui séduit, qui se lit vraiment avec plaisir.

Et une couverture qui est tout simplement sublime.
Cygnis a reçu le Prix des Utopiales 2010 et le Prix Julia Verlanger 2010.

Je l'ai lu dans le cadre du Challenge Fin du Monde de Tigger Lilly.



Extrait

"L'épouvantail tend ses câbles à l'extrême, ses épaules se dilatent, son corps se gonfle. Dans son dos se déploie l'étendard de la mort comme une aile noire et immense. En quelques instants, la taille de la créature a doublé. Ses bras s'ouvrent en deux et se démultiplient, s'allongent, les membres pendants se rigidifient. Le haut du corps entame une lente rotation."

Ailleurs
Lelf ; Julien ; Shaya ....

Vincent Gessler était présent aux Utopiales et a participé à la conférence portant sur Les histoires de fin du monde. Il m'a aussi dédicacé mon exemplaire.

samedi 22 octobre 2011

Un horizon de cendres de Jean Pierre ANDREVON

Kemper vit paisiblement à la campagne avec sa femme et sa petite fille, ainsi que sa brave chienne labrador ... il n'a pas un métier très passionnant, il travaille au funérarium .... (métier pas anodin pour le thème de ce roman).

Et puis un jour ...
"C'était arrivé deux mois auparavant. Frédéric Marshal était tombé dans un de ses enclos, victime d'une rupture d'anévrisme cérébral. On n'avait trouvé son corps que le lendemain. Il avait été inhumé au cimetière de Saint-Hugues. Frédéric Marshal était mort, aussi mort qu'on peut l'être - mort et enterré. Pourtant, je venais de le rencontrer sur le chemin de la Combe."

Et voilà que les morts reviennent à la vie ....
"Ils soufflent. Ils se multiplient. Il n'y a rien à faire. Ils sont partout. Et si nombreux. De plus en plus nombreux."

Alors il faut que les vivants s'organisent, vont-ils s'adapter ? se faire submerger ? résister ?

Très honnêtement je n'avais pas lu la quatrième de couverture quand j'ai commandé ce livre, et lorsque je l'ai fait et qu'en plus j'ai découvert la couverture (que je trouve hideuse et tellement flippante que tout le temps de la lecture j'ai retourné le livre pour ne pas la voir), je me suis dit "ouh là, je ne vais jamais tenir à la lecture d'une histoire de morts vivants !!!"

Alors c'est avec beaucoup d'appréhension (et pendant la journée, interdiction de lire ce livre là le soir, tout comme je l'avais fait pour Je suis une légende ) que j'ai abordé les premières pages.

Et ... ensuite .. je l'ai dévoré ... Tout comme le héros du livre je suppose que je me suis faite à un univers rempli de non vivants, que passée la terreur des premiers temps, j'ai vécu au quotidien avec eux.

Andrevon a choisi de faire raconter son histoire par son personnage principal avec pas mal d'humour noir :
"Il y avait des choses plus rigolotes naturellement. Le summum venait des Etats-Unis mais ça n'a mis que quelques jours pour débarquer chez nous. En V.O., on appelait ça The Dead Show. On y présentait un podium de non-vivants ayant appartenu au monde du spectacle - de préférence confrontés à des gens dont ils avaient été proches, veuves, maîtresses, enfants. ..."

De plus il nous narre l'organisation du monde face à cette invasion, d'une sorte de tolérance de bon aloi du départ à des prémisses de destruction massive, d'extermination en masse (avec les liens que bien sûr on ne peut que faire avec une Histoire plus récente) ... qui de toute façon ne sert à rien car ils renaissent toujours et se multiplient tant et plus.
On ne sait absolument pas, à aucun moment du roman pourquoi ces morts ont ressurgi, ce qui a pu se passer, et qu'est ce qui a fait que les morts ont pu changer de comportement en cours de "renaissance". Il y a quelques incohérences comme le fait que les non vivants sont dépourvus de cerveau mais pourtant peuvent de déplacer ou qu'ensuite en se comportant comme des zombies ils retrouvent un cerveau et donc s'adaptent de mieux en mieux ... En tout cas aucune explication à tous ces phénomènes qu'on ne peut prendre que comme argent comptant.

Alors que dans Je suis une légende, le personnage principal cherchait un moyen de comprendre ce qui se passait, celui de Un horizon de cendres n'a pas ces soucis là, le récit est axé sur la façon dont il organise sa vie et celle de sa famille face à cette invasion. Et en fin de compte ce n'est pas gênant d'en savoir plus, c'est un roman qui n'est pas transcendant mais divertissant dans lequel on ne s'ennuie pas et franchement la fin est vraiment réussie.

Extraits
"Je n'ai rien répondu. Bien sûr, c'était tellement vrai. Bien sûr qu'il en sortait de partout. Les morts sont tellement plus nombreux que les vivants !"

" Du plus loin qu'elle remontait, notre culture était liée à la mort. Jusqu'à la religion à laquelle j'étais censé appartenir par toute une lignée normande, qui s'était choisie comme dieu un non vivant cloué à une croix et , une fois au trou, se hâtant d'en sortir."

Ailleurs
Cafard Cosmique ; Captain Navarre ; Tristhenya ; ActuSF ....

Ce roman a été lu dans le Cadre du Challenge Fin du Monde organisé par Tigger Lilly, il constitue ma sixième participation. Et donc ma survie à cet Hiver Nucléaire !

mercredi 6 juillet 2011

Je suis une légende de Richard Matheson

Janvier 1976 ... Robert Neville est le seul survivant sur terre .. enfin presque, le seul humain exactement .. ceux qui l'entourent désormais ont été contaminés par une bactérie qui a modifié leur système sanguin de sorte à les rendre .. vampires ..
Et chaque soir ils arrivent pour tenter de faire sortir Neville de sa maison, pour le contaminer à son tour .. chaque soir la même terreur, les mêmes cris, les mêmes piétinements ..

"Il continuait à les voir, les hommes au visage blême qui rôdaient autour de sa maison, cherchant sans répit le moyen d'arriver jusqu'à lui. Il les imaginait tapis tels des chiens, leur regard flamboyant rivé à la porte, les dents grinçant en un lent va-et-vient."

Alors pour ne pas devenir fou, Neville décide de comprendre, de chercher le pourquoi du comment, comment le monde en est arrivé là, s'il y a un moyen de sortir de cette folie ...


Il y a du bon comme du mauvais dans "Je suis une légende".
Commençons par les points positifs : c'est un roman qui se lit très bien, il est facile d'accès, on ne s'ennuie pas, quelques scènes arrivent même à distiller une bonne dose d'effroi (je précise que j'ai évité soigneusement de lire ce roman le soir dans mon lit, xD)

" Puis, alors qu'il négociait le virage dans un grand crissement de pneus, il eut le souffle coupé. Ils étaient tous devant sa maison, à attendre. Un gémissement terrifié jaillit de sa gorge. Il ne voulait pas mourir."

De la peur mais aussi de l'émotion, parce que tout de même cet homme se trouve dans une solitude affreuse, ayant perdu sa femme et sa fille, ses amis, sa vie, tout ... et que son seul réconfort se trouve dans un pauvre chien famélique qu'il tente d'apprivoiser.

"Neville crut devenir fou. Il s'était tellement habitué à ses allées et venues que le chien était devenu le pivot de son existence. Toutes ses journées s'organisaient autour ses repas, ses expériences étaient oubliées, plus rien ne comptait hormis son désir de l'avoir près de lui."

Maintenant les points négatifs .. les incohérences pour débuter ...
Robert Neville serait le seul, l'unique survivant de cette épidémie tout simplement parce qu'il aurait développé un vaccin à son insu lors d'une morsure de chauve-souris .. soit ... sauf que dans toute épidémie, qu'il y n'ait qu'un seul résistant me semble hautement improbable.

Ensuite il survit bien gentiment depuis des années, avec un congélateur rempli à ras bord, une pièce entière emplie de boites de conserves ... certes .. donc il avait dévalisé tous les magasins possibles, prévoyant un siège de plusieurs années .. j'ai un peu du mal à y croire aussi ...
De plus des surgelés qui tiennent 3 ans ... euh .....

Et enfin, en dehors de quelques passages où il se pose de véritables questions sur le sens de tout cela, on a la sensation qu'il a relativement bien accepté son sort, or certes l'être humain s'adapte à tout dans un but de survie mais néanmoins on a du mal à prendre tout cela comme une normalité. La question de la survie, de son intérêt, du sens de la vie, des peurs de la solitude ne semble pas être le principal soucis de Matheson.

Ensuite il y a tout l'aspect recherche sur le bacille qui, certes est passionnante d'un point de vue scientifique - je connais tout du système lymphatique du corps humain, fantastique ...- mais casse aussi formidablement le récit, la tragédie en elle-même. Toute l'explication du vampirisme trouve ton origine dans cette modification sanguine, avec tout ce qui en découle : l'ail qui les fait fuir, le pieu pointu qui les tue, la croix qui les repousse (mais uniquement les vampires catholiques attention !), les grandes épidémies du siècle passé ... Ce n'est pas inintéressant mais je n'ai pas tellement accroché ... sans compter qu'on a la sensation au début d'un amalgame entre les vampires vivants et ceux qui seraient morts, qu'on aurait tendance à assimiler à des zombis dans ce cas, ce qui ne rend pas le récit très logique ... l'explication de cet état de fait arrive en fait beaucoup plus tard.

En conclusion ... "Je suis une légende" se lit très bien, ce n'est pas un mauvais livre du tout mais je ne l'ai pas trouvé très passionnant, la fin ne rattrape que peu le manque de rythme et d'approfondissement un peu plus psychologique des sentiments du personnage principal.
Un avis donc plutôt mitigé.

PS : Un film a été tiré de ce livre, avec Will Smith comme héros, avec une affiche qui le représente marchant dans la rue, un chien à ses côtés.
Lorsque l'on sait que le héros du livre est blond, barbu et que le chien ne fait qu'un bref passage dans sa vie, on peut se poser des questions sur les choix du scénariste .. je n'en dirai pas plus, je ne l'ai pas vu .. et je ne le verrai d'ailleurs jamais.

Ce roman a été lu dans le cadre du Challenge Fin du Monde de Tigger Lilly, en catégorie Hiver nucléaire.

Ailleurs
cafard cosmique ; vampirisme.com ...



lundi 20 juin 2011

Dehors les chiens les infidèles de Maïa Mazaurette

"-Doutes-tu du Seigneur, Astasie ?
La Quêteuse tressaillit, choquée.

- Bien sûr que non.

-Alors va en paix. Les coeurs purs ne tombent pas au combat, jamais."


Voici un extrait qui augure bien de la teneur de ce roman post-apocalyptique aux allures de fantasy médiévale placé sous le signe du fanatisme religieux.

Ils sont cinq adolescents, Spérance la Guide, Astasie l'Inquisitrice, Lièpre la sentinelle, Vaast l'espion et Cyférien le prince banni par sa famille. Cinq Quêteurs d'Auristelle, impitoyablement sélectionnés et entraînés pour retrouver l'Etoile du Matin, perdue par Galaad et ainsi faire retomber la Lumière sur ce monde.

Car le soleil a disparu il y a 70 ans :
"Le ciel garderait cette couleur marron-gris toute la journée, puis retournerait au noir. Jamais de soleil, jamais de lune ou d'étoiles. Jamais une seule fois depuis la chute de l'Etoile du Matin et la défaite de Galaad."

Du coup les enfants naissent prématurés, difformes, des espèces animales ont disparu, les cultures deviennent presque impossibles, les gens meurent de faim ... et par dessus tout la foi, la religion qui guide les actes et les guerres.
D'un côté Auristelle, le bien, de l'autre l'Occidant noir, le mal, le diable ...
Heureusement tout n'est pas si manichéen dans ce roman, certains personnages se révèlent beaucoup plus en nuances.

Mazaurette écrit bien ... elle écrit même très bien, c'est ce qui sauve son roman, je ne m'y suis pas ennuyée une seconde, les personnages bien que difficilement attachants sont crédibles et leur psychologie plutôt bien intéressante car non figée. Ce ne sont pas des héros, ce sont des adolescents endoctrinés par une religion, portée par leur fanatisme qui les pousse sans sourciller à tuer et torturer -le roman début d'ailleurs par une scène plutôt difficile à supporter- sous l'égide de leur foi. Pour autant ils vont évoluer chacun dans des directions différentes, notamment Cyférien, Astasie et Spérance ( en outre le personnage le plus "normal" des cinq, le seul réellement capable de se remettre en question et de tirer des enseignements de ses actes).

Voici pour les points positifs ... Après ce qui m'a dérangé, ce sont les incohérences de la trame .. partis pour une Quête qui en premier lieu, donne à penser qu'elle va tenir toute l'intrigue du récit, celle là en fin de compte se dénoue trop rapidement .. voire même de façon absurde, on se demande comment cette Etoile n'a pas pu être trouvée bien avant ....
Et on a la sensation que le récit prend alors toute une autre direction, pas forcément inintéressante mais cela manque de cohérence... nous assistons alors à une guerre entre les deux partis, les infidèles et les croyants, une guerre aussi au sein même des croyants tout en poursuivant cette pseudo quête de l'Etoile qui, telle l'épée d'Excalibur, attend une main pure pour la tirer de son marais ....
Un peu déçue aussi par le fait que j'ai anticipé le dénouement assez rapidement, à savoir qui allait parvenir à la brandir ....
C'est une Quête à la manière du Graal qui n'en est pas vraiment une ... dans un monde noir et obscurci par la religion ... très moyen âgeux parce qu'en fin de compte pour certains fanatiques le recul de la Lumière a pu favoriser la foi et renforcer les croyances .... ainsi que faire reculer les progrès de la Science. C'est d'ailleurs le côté le plus intéressant de ce roman, même se battant pour la Lumière, certains demeurent dans l'ombre.

En conclusion, quelque part ce sont les honnêtes qui l'emportent, ceux qui n'ont pas forcément une foi absolu mais plutôt foi en eux.
En bref un roman fort agréable à lire de par le style mais qui reste quelque peu incohérent.

Cette lecture fut faite en compagnie de Lhisbei ; Cachou ; Guillaume ; Julien Naufragé ; Val ; Vert et Nelfe.

Ailleurs
Olya ; Laure ; Shaya ; Bartimeus ; Ptitetrolle

Du fait de son côté post apocalytique, ce roman rentre donc dans le Challenge de Tigger Lilly : Fin du Monde