Affichage des articles dont le libellé est Vive l'école. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Vive l'école. Afficher tous les articles

jeudi 15 janvier 2015

Cet enfant-là .....




Cet enfant-là a participé à la manifestation du Dimanche 11 Novembre (accompagné de sa mère).
Cet enfant-là s'est à la fois senti au coeur d'un évènement d'une grande ampleur et aussi tout petit.
Cet enfant-là sait qu'il a vécu, depuis ce terrible mercredi 7 Janvier 2015, quelque chose qu'il n'oubliera probablement jamais.
Cet enfant-là a participé activement aux deux débats que nous avons conduit en classe sur les évènements produits.
Cet enfant-là a respecté la minute de silence Jeudi 8 Janvier à 11 H et a été choqué (comme ses camarades) d'apprendre que certains enfants avaient refusé de s'y soumettre dans certains collèges.
Cet enfant-là est un passionné d'Histoire et sait déjà faire des liens entre des faits passés et des faits présents.
Cet enfant-là sait faire la part des choses selon l'intelligence de son âge et sait rebondir sur ce qu'on peut lui apporter ou lui apprendre en tant qu'enseignant en terme de tolérance et de justice.

Cet enfant-là a la chance d'avoir des parents intelligents qui l'ont éduqué dans le respect et ne lui font pas l'affront de porter des jugements extrêmes sur les évènements qui pourraient l'influencer avant de lui donner la chance de se construire.
De cet enfant j'ai entendu plus de réflexions intelligentes en 6 jours que celles lues sur les réseaux sociaux, émises par des adultes et qui me choquent profondément. D'ailleurs je me dis que cet enfant-là malgré son jeune âge est plus mâture et réfléchis qu'eux.

Cet enfant-là n'a que dix ans ..... et je suis sacrément fière d'être son enseignante.

Des enfants comme cela il y en a plein, j'en ai dans ma classe, il y en a dans les autres écoles, ils éclipsent tous ceux qui ont subi de mauvaises influences ou la haine et le racisme de leurs parents et répètent comme des perroquets ce qu'ils entendent chez eux.
Ils rassurent sur l'avenir d'un pays malmené par trop de réactions violentes et non raisonnées.

jeudi 8 janvier 2015

Je suis Charlie ....


Hier soir j'étais bien trop anesthésiée et abasourdie, anéantie, pour réussir à formuler quoique ce soit comme écrit .... Mais, cette nuit, parce que je ne dormais pas, deux choses essentielles sont ressorties ...
La peur et la tristesse ....

La peur parce que maintenant tout est possible .... et que l'humain vient de se monter à nouveau le plus vil, le plus impitoyable et le plus monstrueux de tous les êtres vivants sur cette Terre ....
Hier, Mercredi 7 Janvier 2015 - une date qui restera gravée au fer rouge dans nos mémoires, à l'image de celle du 11 Septembre 2001 - des terroristes fanatiques, des salauds, sont entrés dans les Bureaux de Charlie Hebdo et ont tué .... froidement .... Et cela fait peur, parce que où va-t-on si on peut tuer autrui gratuitement ? Si on est capable d'achever un homme à terre de sang froid ? Si on est capable de regarder des hommes droit dans les yeux avant de les descendre ? Au mépris de leur humanité, de leurs sentiments, de leurs vies ?
Où va-t-on si on peut assassiner la liberté de conscience, la liberté de paroles, ces libertés pour lesquelles un pays s'est battu ? Où va-t-on si l'humour ne trouve de réponse que dans le sang et les armes de guerre ? Comment peut-on croire encore en l'être humain si on peut commettre de telles exactions sans aucun état d'âme ?
Parce que c'est inimaginable et impensable de vivre en France et d'assister à une telle tragédie, aussi ciblée, aussi préméditée.

La tristesse ... parce que ce matin, dix personnes (plus deux policiers) : Charb, Cabu, Georges Wolinski, Tignous, Bernard Maris, Philippe Honoré, Michel Renaud, Mustapha Ourrad, Frédéric Boissaud et Elsa Cayat sont partis au travail, comme tous les matins, ont certainement embrassé des femmes ou maris, des enfants, sûrs de les retrouver le soir, ont pris le métro ou la voiture, se sont salués, ont échangé des plaisanteries, des paroles , se sont réunis .....des gestes de leur quotidien, et au final ... ont trouvé la mort ( et ont plongé dans le désarroi et le chagrin leurs familles et leurs amis).
A un moment de la tragédie, ils se sont retrouvés face à ces ordures qui leur ont demandé leurs noms et les ont exécutés comme sur ces images de guerre où l'on voit un homme à genoux, un flingue braqué sur sa temps .... comme ça, d'un geste, au nom d'un prophète qui jamais, lui, n'aurait voulu cela.  Qu'est-ce qu'on peut ressentir lorsqu'on est face à deux personnes qui vous apportent la mort ?
De la tristesse parce que c'est juste dégueulasse .... parce que c'est inhumain, parce que jamais de telles horreurs devraient se produire, jamais, jamais et jamais !!!

Alors aujourd'hui, jour national de deuil, je n'avais qu'une hâte, vite retrouver l'école, les enfants, mes collèges, ne plus se sentir seule face à l'inconcevable, en parler, partager sa peine.
Je n'ai pas attendu les directives de mon sup-supérieur pour demander à mes collèges, dans la limite d'âge de leurs élèves, d'en parler avec eux, de les laisser amener le sujet, de les aider à comprendre .... de leur ouvrir aussi les yeux sur le danger de faire des amalgames.
Et de faire une minute de silence à 11H.
Alors on a parlé .. il est ressorti des choses formidables, des enfants qui du haut de leurs 9 et 10 ans (je suis restée avec mes élèves même si ce n'est pas moi qui faisais classe aujourd'hui), ont déjà compris des choses, savaient raconter ce qu'ils avaient ressentis mais montraient aussi leur incompréhension
"Mais on a le droit de faire de l'humour !"
"Le prophète c'était qui ?"
"Alors ils les ont tués parce qu'ils faisaient des dessins ?"
"Pourquoi la dame, elle a accepté de donner le code aux terroristes ?"
"On ne va pas partir en classe Paris alors ?"
Nous avons parlé de l'Inquisition au Moyen Age, nous avons écouté les paroles de l'Imam ....et aussi fait comprendre qu'il ne faut pas  condamner toute une religion pour l'action de deux fanatiques qui n'ont rien compris à rien.
"- C'est quoi un amalgame?
- Qui peut expliquer le mot ?
- C'est quand on mélange tout."

Et puis on a mis la pancarte à notre squelette et quelques enfants, spontanément, en début d'après midi sont venus nous montrer les dessins "Je suis Charlie" qu'ils avaient fait.

Voilà ...

Aujourd'hui, nos élèves ont été  intelligents, ils ont été matures, attentifs, intéressés, à l'écoute, ouverts aux paroles de uns et des autres. Ils ont été mille fois supérieurs, mille fois plus adultes et plus sensés que ces deux tueurs qui ont commis le plus impensable des actes.
Terroristes, méfiez-vous, les enfants savent, les enfants n'oublieront pas cette date et ces enfants grandiront .... J'ai l'espoir que vous n'existerez plus jamais lorsqu'ils seront à leur tour adultes.



dimanche 30 novembre 2014

A l'école des livres, c'est Noël avant l'heure Acte II

Il y a un mois, nous étions parties, mon amie BCD et moi-même à la grande chasse aux livres avec un budget énorme ! Nous avions ramené essentiellement des livres pour les grands entre le CE2 et CM (mes élèves qui ont eu l'honneur des présentations de tous les livres en live, se sont jetés dessus dès qu'ils ont été mis en service).

Ce coup-ci l'objectif était de viser plus particulièrement les CP et CE1, ce qui n'a pas empêché quelques achats pour les plus grands et surtout des albums et BD. Je n'aurais d'ailleurs pas cru qu'il existant tant de BD pour les si jeunes, c'est un vrai bonheur, surtout que nous sommes tombées sur un vendeur très désireux de nous renseigner (bon j'ai du lui expliquer, que "le spécial fille, ça ne plaira pas aux garçons" n'avait pas forcément court chez nous).

Ainsi, avant une étude plus approfondie de certains d'entre eux, voici le résultat des courses ...

Des BD donc :
- pour les grands avec des classiques comme Boule et Bill ou Marion Duval (ça cela rappellera des souvenirs aux lecteurs d'Astrapi !) mais encore Le monde Milo de MARAZANO et FERREIRA en deux tomes ou Sardine de l'espace Tome 1.

- pour les plus petits : des Boule et Bill aussi mais très simplifiés ; Le Petit Poilu une BD sans paroles, pour laisser libre court à son imagination (les illustrations sont adorables) ou Jeux de Gamins, dans la lignée des Titeuf et autre mais en plus abordable pour de jeunes lecteurs.


Quelques livres pour compléter la collection des Anne Fine et autre
- Le Chat Assassin, toujours bien en forme
- Chien Pourri (rien que le titre vaut le détour)
- Histoire pour endormir ses parents



Et enfin les albums (et là nous nous sommes lâchées). Je parlais de l'Ecole des Loisirs comme très bonne référence de livres de qualité pour les enfants, en albums ma nette préférence va à la collection Rue Du Monde : des albums absolument magnifiques mais qui surtout véhiculent toujours un message : tolérance, horreur de la guerre, égalité des sexes .... le tout servi par des illustrateurs méritants comme notamment Clothilde PERRIN ou Alain SERRES. 
Et dans d'autres éditions, d'autres albums dont l'incroyable Paris s'envole qui est un bijou.





mardi 21 octobre 2014

A l'école des livres c'est Noël avant l'heure ....


Mon taff c'est beaucoup de  mauvais moments comme le fait de se retrouver directrice contre son gré (mais mes gentils collègues disent que je m'en sors super bien, donc ....) ou subir des tas de tristesses ou agressions dans la figure (il faut dire qu'on a signé pour être aussi bouc émissaire ... dixit une de mes Conseillères péda, l'an dernier) ou encore se révolter contre des absurdités (mais le dire, cela peut faire du bien même si cela ne change rien ....)

Mais c'est aussi de supers moments qui compensent les moins bons : comme ces gamins debout derrière leurs chaises qui suivent la chorégraphie déjantée d'un maitre (mon super binôme assurant mon mi-temps classe lorsque je suis enfermée dans mon bureau dans mon nouveau métier) leur passant "happy birthday" sur You Tube (avec de charmantes créatures de DA, un grand moment si si !!! je me suis jointe à ce moment de folie EVIDEMMENT !) ou l'élève qui se réveille brutalement et trouve un sens à sa présence à l'école en étudiant "Une histoire à quatre voix" ...

Ou encore avoir comme super amie la personne qui travaille en BCD et qui vous propose de venir avec elle dépenser tout un budget en livres pour la fin d'année .... soit une somme dont on aimerait avoir en mains dans toute librairie pour craquer ....
J'avais déjà décidé l'an dernier de faire entrer la SFFF dans la BCD de mon école, parce que quoi, il faut bien hein ? Il y avait déjà Erik L'Homme avec la Trilogie Le livre des étoiles. Et Harry Potter (deux premiers tomes), Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire ( deux premiers tomes aussi) ainsi que Tara Duncan (premier tome mais on en restera là visiblement lol) sont arrivés joyeusement il y a quelques mois !

Alors maintenant place aux photos de notre folie livresque du jour : nous y avons passé presque 2 heures, un délice,mais aussi parce que  finalement il n'est pas si facile de choisir des livres qui conviennent à des enfants entre 9 et 11 ans et qui ne sont pas toujours des lecteurs enthousiastes. En fait entre l'enfant qui n'aime (ou n'ose pas se lancer) pas trop lire et celui qui dévore les Tara Duncan et les Oksa à la pelle (véridique j'en ai un cette année), il y a un monde qu'il faut s'efforcer de combler ...

Aussi à côté des SFFF, on trouvera un peu de policier, un peu d'histoires de chevaux (il manque d'ailleurs Flicka dans les prises de vues, mon amie l'a pris pour sa fille), un peu d'histoire (j'ai un élève féru d'histoire, tellement doué et savant dans le domaine qu'il a déjà piégé mon binôme, si si , d'ailleurs je songe à l'adopter, ihih ... l'enfant, pas le binôme !), un peu de lectures plus classiques, quelques albums, même deux mangas d'initiation .... Bref, suis plutôt contente de nos achats ..... reste à lire tout cela maintenant (ou tout du moins une bonne partie).

Petite anecdote avant de passer aux photos ...
Dialogue avec la vendeuse 
- Vous avez du Tara Duncan ? car je n'ai vu que le dernier tome en poche
- Tout est là, mais les premiers tomes sont dans cette édition-là .... l'auteur a beaucoup changé d'édition
- Ah oui ? peut-être a-t-elle tout tenté pour publier cette série qui est tout de même assez mauvaise ?
- Et il parait que l'auteure n'est pas très sympa ....
- Ah tiens .....

Résultats des courses, pas de tome 2 (le tome 1 est déjà à l'école) en poche, donc pas de Tara Duncan (dommage j'aurais bien voulu voir s'il était aussi faible que le premier ....)

Les albums

Des classiques et des petites histoires

Vive la SFFF avec un Charlotte Bousquet au milieu ^^

Un peu d'Histoire pour mon élève surdoué

Un peu de classique, parce que Roald Dahl, Susie Morgenstern et Anne Fine, c'est juste super bien

Un peu de Manga

Un peu de Mourlevat parce qu'il écrit formidablement

Un peu de Policier .. parce qu'il faut apprendre à tuer son prof !

Et la bonne nouvelle, c'est que nous y retournons après les vacances pour les enfants un peu plus jeunes ce coup-ci .. Vive Noël au mois d'Octobre !!!

mercredi 15 octobre 2014

A l'école lisons (9)

Voilà une éternité que j'avais laissé tomber cette rubrique ..... Il est temps de la reprendre, car même ayant hélas ma classe à mi-temps durant quelques mois, le mercredi est arrivé à point nommé pour replacer cette fameuse matière "littérature" qu'on avait tant de mal à caser avant .... Car quand je parle de littérature, il ne s'agit pas seulement de LIRE mais aussi de décortiquer, de trouver des sens, des explications, des hypothèses, bref réfléchir sur ce qu'on lit .....

Cette année pour commencer, j'ai choisi des valeurs sûres, deux albums (dont l'un est une BD en réalité) que j'ai toujours énormément appréciés.

CM1 : Une histoire à quatre voix d'Anthony BROWN


Cet auteur là est une référence dans la littérature enfantine, il a écrit somme d'albums qui ont tous rencontré un bon succès. Une Histoire à quatre voix, comme son titre l'indique, est un récit raconté à quatre voix, une mère, son fils et un père, sa fille ... lesquels sont symbolisés par des singes (personnages de référence de l'auteur).

Il est difficile en quelques lignes de décrire la richesse de cet album si ce n'est qu'il couvre un panel de sensations et d'impressions très vaste : la solitude, la joie, la tristesse, les différences entre la richesse et la pauvreté, la liberté mais l'oppression aussi, les différences de points de vue ... le tout servi par des illustrations absolument sublimes qui renforcent le texte mais qui fourmillent de tas de détails et surtout de plein de symboles .... sans oublier toutes les référentes artistiques à Magritte, Léonard de Vinci, Rembrandt .....

Cet album est juste une perle et je suis certaine de faire un sans faute lorsque je les présente aux gamins : ils adorent de façon inconditionnelle et participent toujours de manière exponentielle au fur et à mesure des séances. Cet album aura même réussi l'exploit cette année de brancher un élève qui depuis ses débuts à l'école n'avait pas encore compris ce qu'il y faisait .... et rien que cela c'est du bonheur !!!!
Comme quoi l'école sert encore à quelque chose .... 




CM2 : Les trois chemins de Lewis TRONDHEIM et Sergio GARCIA

Cette BD fait partie de mes préférées tellement elle est géniale .... 
Trois chemins donc empruntés d'une part par un grincheux avare, riche et son valet persécuté ; d'autre part par une gamine Roselita naïve et joyeuse qui se lance à la recherche du maître des nuages et enfin de H-Deuzio un robot amnésique qui se retrouve sur un bateau. 

Si ces trois chemins démarrent séparément ; dès la deuxième page, ils commencent à se croiser, se décroiser, pour se recroiser un peu plus loin, amenant des contacts entre les personnages et des situations particulièrement cocasses. 

J'ai du le lire au moins 10 fois déjà cet album et je me marre toujours autant à certains moments tant le décalage entre les personnages est bien construit, plein d'humour ...  Le summum étant les dialogues entre Roselita,  convaincue que H Deuzio est son chevalier dont elle est amoureuse, tandis que lui la prend pour une folle et en a une peur panique. Bref c'est savoureux, les enfants adorent aussi et cela leur permet un sacré exercice de repérage dans les pages (bon heureusement que je n'ai pas de dyspraxiques cette année dans ce niveau, ce serait un peu ardu !!)
Il existe un autre album du même auteur, qui se passe sous la mer mais j'avais moins accroché.




lundi 11 novembre 2013

Cabot-Caboche de Daniel Pennac

"- D'abord, quand on est un chien trouvé, on ne fait pas de manières !
C'est La Poivrée qui glapit. Elle a une voix terriblement aiguë. Ses mots rebondissent contre les murs, le plafond et le plancher de la cuisine. Ils se mêlent aux tintements de la vaisselle. Trop de bruit. Le Chien n'y comprend rien. Il se contente d'aplatir ses oreilles et attendre que ça passe. De toute façon, il en a entendu d'autres ! Qu'on le traite de chien perdu ne le touche pas beaucoup. Oui, il a été chien perdu, et alors ? Il n'en a jamais eu honte."

Le Chien n'est pas très beau,  Le Chien est tout petit, Le Chien aurait du mourir à sa naissance ... Mais Le Chien a survécu et surtout il a un coeur .... un coeur de chien qui aimerait bien trouver une âme à aimer et si possible à dresser. Oui car les humains, il faut les dresser, foi de chien !

On ne présente plus Daniel Pennac, le nombre de billets sur ce blog le prouve : Pennac c'est un auteur que j'affectionne particulièrement, et surtout lorsqu'il s'adresse aux enfants. Car c'est un auteur qui ne s'encombre pas de niaiseries ou de simplicités, non il écrit, et il écrit fort bien. Ce roman là, que je ne connaissais pas avant de le lire à mes élèves, parle d'un chien mais pas de façon anthropomorphique comme souvent dans les histoires d'animaux, Le Chien en est le héros et le narrateur mais il reste un chien, avec ses sensations de chiens, ses "pensées" de chien, ses réactions de chiens .... Tout comme on peut le constater chaque jour chez nos amis à 4 pattes. 

Ce qui est original dans ce roman c'est le regard porté sur les hommes et leur mode de vie, vu par Le Chien ....  ces hommes imprévisibles, promptes à la colère, à la dominance (un peu comme chez les chiens), ces hommes qui vous prennent et vous abandonnent, vous adoptent et vous négligent, vous aiment puis vous délaissent ..... Le Chien, perdu à la naissance, élevé par Gueule Noire, cherche un humain ami .... Ce sera Pomme, une petite fille au caractère bien trempé qui s'entiche de lui, malgré sa laideur, puis le délaisse ... Alors Le Chien, qui se rend compte qu'il ne l'a pas si bien dressée, décide de s'en aller ....

"Le chagrin et la honte contre lui-même. Il n'avait pas su dresser Pomme, voilà la vérité ! Gueule Noire devait être furieuse contre lui. Elle ne l'avait pas seulement envoyé en ville pour qu'il y trouve une maîtresse, mais aussi pour qu'il la dresse ! Et il avait échoué. Il s'était laissé dorloter  par Pomme, comme un enfant gâté, tant que le caprice de la petite fille avait duré. Et, dès qu'elle s'était désintéressée de lui, il n'avait pas du tout su quoi faire."

Regard sur les hommes mais aussi sur les enfants, ces êtres "mélangés" .... 
"- Mélangée.
- Capricieuse, si tu préfères, c'est comme ça que disent les adultes. Mais ce n'est pas du caprice, c'est du mélange, elle ne sait pas encore ce qu'elle veut."

Les enfants mélangés .... comme ce petit garçon qui pleure toutes les larmes de son corps puis se plonge dans la contemplation d'une feuille en souriant béatement. Ou cette petite fille qui continue à parler à sa camarade qui vient de s'éloigner et rit toute seule. Ou enfin ce petit garçon qui construit amoureusement son château de sable pour brusquement sauter à pieds joints dessus pour le détruire ... Je crois que c'est le passage qui a le plus plu à mes élèves, ils ont littéralement éclaté de rire (faut dire que voir leur maitresse piétiner un château de sable imaginaire a de quoi les réjouir .... oui lorsque je lis, je fais pas mal le guignol, ils aiment, xd). Et finalement les enfants c'est tout à fait cela, entre rires et pleurs, passant de l'un à l'autre sans transition, de l'ami à l'ennemi pour redevenir l'ami .... ces êtres mélangés, j'adore cette expression !

Et avec tout cela, ces chiens qui jalonnent le roman (car Le Chien a des copains chiens bien entendu) sont plein d'émotion, de joie ou de tristesse, ils nous touchent ou nous émeuvent ... Pennac a grandi avec des chiens, il les aime et nous le fait bien ressentir. Encore un grand roman pour enfant de sa part !

A lire pour les petits et les moins petits qui aiment ces animaux loyaux et fidèles ...

mardi 14 mai 2013

Le droit de ne pas finir un livre .... même à l'école

15H50 .... Mes CM2 achèvent de lire à voix haute le chapitre 12 d'Enquête au collège de Jean Philippe ARROU VIGNOU .... un roman de 2007 qui narre les péripéties de Rémi Pharamon, cancre de 4ième,  accusé à tort de l'agression de Monsieur Cornue l'assistant du professeur de "sciences nat" même par son meilleur ami PP Cul- Vert .... Et voici nos deux compères, aidés de leur amie Mathilde à la recherche d'indices pour innocenter Rémi ...

Tandis que j'écoute la lecture orale de mes loulous (oui oui j'ai bien dit mes loulous, quand ce ne sont pas "mes" miens d'à moi ou mes poux de jardin, j'aime les affubler de tas de surnoms, voire même les pinpins la praline ou les nains d'jardin ... ils adorent !), je me rends compte que je m'ennuie prodigieusement ... que de toute façon ce livre je ne l'aurais jamais choisie moi-même et qu'il n'est vraiment  ni péchu, ni bien écrit, bref qu'il ne comporte aucun point que j'aime dans les lectures jeunesse. Et plus profondément lent et lassant ...
En même temps, la lecture est laborieuse, car certains mots de vocabulaire ne sont pas faciles, la syntaxe est trop sur le scolaire, et du coup j'ai la sensation que mes élèves  ne sont pas des masses emballés bien que m'ayant convaincue de le leur faire lire.

15H55 ... La lecture du chapitre est fini ... pause, silence ... Je ferme le livre et je les regarde puis je sors presque malgré moi "C'est ennuyeux non ? ". 
Bon d'accord c'est pas bien, la prof n'a pas à influencer ses élèves et blablabla et blablabla .. sauf que je les connais sur le bout des doigts mes loustics et que là vraiment j'ai senti que non ce n'était pas une lecture coup de coeur.
D'ailleurs ils se sont presque dans un seul ensemble écrié "Oui c'est pas génial", j'ai eu le droit à un"C'est nul" ( que j'ai repris car c'est nul, ce n'est pas vraiment constructif), et "on croyait que ce serait mieux".
Repause ....  je ménage mon effet  puis je déclare : "Bon ....  alors on arrête ?"

Yeux des gamins ....Il aurait fallu filmer pour voir à travers leurs regards les rouages de leur cerveau se poser les questions fatidiques : "quoi ? on a le droit d'arrêter ? on est pas obligé de finir ?"
Je reprends : "Oui au collège si vous avez un livre à lire, on ne vous proposera jamais de ne pas le terminer, vous aurez des lectures obligatoires, c'est normal mais là on est en lecture plaisir et si l'on ne se fait pas plaisir, eh bien on ne continue pas .... Et d'ailleurs même Pennac l'a dit."
Parce que Pennac ils connaissent, ils ont lu et adoré "Kamo et moi" et du coup me voilà parti à leur parler des droits imprescriptibles des lecteurs dont celui de ne pas finir un livre.
Cela n'a pas loupé - sont curieux les zozos, surtout lorsqu'on parle de littérature -, ils m'ont demandé de tous les leur citer ..

Sur ce, ordinateur portable, connexion internet, blog ici présent, recherche dans Auteurs et arrivée à Pennac, le tout en moins de 2 minutes .. Lecture des droits (sauf le numéro 6 car le droit au bovarysme, ils ont le temps pour comprendre ce que c'est) ... et forte adhésion des CM2 qui se sont empressés de réunir les romans inachevés pour aller les ranger ... Sauf une qui a souhaité quand même lire la suite, ce dont personne ne l'a empêchée ... Le droit de terminer aussi, non mais !

Alors pourquoi ce petit billet ici alors que j'en étais encore au "je blogue" ? "je ne blogue plus" ? et surtout "comment faire pour ne pas revivre tout cela ?"
Bah tout simplement parce que grâce à mes loulous et grâce à Pennac, cela a été ma première référence pour trouver ce que je cherchais, et que parce que malgré tout il est toujours là, il existe et il n'est pas vain.

Et que si je décide de bloguer autrement, sans planification, sans le transformer en succursale de mon taff qui m'oblige à être très rigoureuse, je peux peut-être envisager de me faire plaisir à nouveau ...
Qu'il reste spontané et non une obligation, que si j'ai envie je fais et si je  n'ai pas envie, je laisse pour plus tard ... Ou aussi que personne ne m'oblige, couteau sous la gorge, de chroniquer tous mes livres.
Puis aussi que ce n'est pas parce que je ne publies pas tous les 2 jours qu'on va l'oublier (et m'oublier) ....
Mince quel changement n'est-il pas ?

Bon et si à cela je rajoute que j'ai été complètement conquise par "Elle qui chevauche les tempêtes" de MARTIN et TUTTLE, au point d'avoir envie d'en faire un billet ici,  que ma petite mise au point de dimanche et les commentaires encourageants qui ont suivi ont contribué à ma "presque guérison", eh bien je déclare officiellement à nouveau en service Clair Obscur .... à mon rythme et sans prise de tête avec même permission aux blogopotes de me botter les fesses si cet état de fait doit changer ^^

mercredi 3 avril 2013

A l'école, lisons (6)


Une fois  n'est pas coutume, je vais présenter une série de livres jeunesse qui n'ont pas encore été découverts par mes élèves, et pour cause je tenais à les lire avant eux afin de me faire une première idée.
Car ces livres entrent dans le cadre d'une rencontre avec un auteur prévue pour mi Juin.

Ce sont toujours de grands moments pour des gamins ces rencontres avec des auteurs ou des illustrateurs, c'est magique, cela leur donne envie de lire, de faire dédicacer leurs exemplaires, cela leur fait franchir un autre monde. Dans mon école, il est fréquent que des auteurs viennent, au moins un par an alors c'est quelque chose qu'ils attendent toujours avec impatience.

Cette année, c'est Gilles Fresse, un auteur Vosgien, qui est aussi intituteur, qui franchira les grilles de l'école pour aller à la rencontre des CE2. CM1 et CM2.
Si la lecture commune aux trois niveaux se portera sur Un été en roulotte ; cinq autres ont été rajoutés afin de lire en réseau, ces livres s'étalant sur du 7.9 ans jusqu'au "à partir de 12 ans" pour les meilleurs lecteurs.

- Un été en roulotte Humour A partir de 9 ans
Ou comment passer ses vacances en roulotte tirée par un tracteur dans les Vosges. A priori rien de bien réjouissant pour les enfants Clara et Jules, voire même bonjour l'ennui en perspective ! Et pourtant ...

- L'amour c'est tout bête Humour A partir de 9 ans
"Dès que Chloé a franchi la porte de ma classe, un rayon de soleil s'est levé sur mon coeur. J'ai eu envie de rugir comme le lion, de faire la roue comme le paon, ou de rire de bonheur comme le oustiti ! mais je suis resté muet comme une carpe .... Comment attirer son regard de gazelle ? "

- Les Robin des villes 7.9 ans
Ou la bataille dans une école primaire pour être élu au Conseil municipal des enfants, tous les coups sont permis, pire que des adultes, ce petites électeurs en herbe se livrent à des trahisons, des vols ou du sabotage .... Qui a dit que l'enfant était un être innocent ?

- Une potion magique pour la maîtresse Humour A partir de 8 ans
Une maîtresse pas sympa, un tonton inventeur qui bricole des lunettes pour voir à travers les murs ou des chaussures qui grandissent avec les pieds, ou encore une montre parlante ... De là à inventer un remède destiné à rendre heureuses les maîtresses grincheuses il n'y a qu'un pas ...

- Un rêve si simple A partir de 10 ans
Julien habite dans une cité HLM portant le doux nom des Jonquilles. Mais ses parents projettent de faire construire un pavillon, leur rêve de toujours. Sauf que l'entrepreneur fait faillite, que la maison reste inachevée, que les économies de la famille sont englouties .... et que le père de Julien s'apprête à faire un drame.

- Dérapages en série Heures noires A partir de 12 ans
Un trafic de diamants, un scooter qui malencontreusement créé un accident mortel, un adolescent qui cumule les bêtises parce que sa mère est morte et son père devient alcoolique .... L'enquête est ouverte.

Bien .... 
Des livres jeunesse j'en ai déjà lus un sacré paquet, des bons, des excellents, des chef d'oeuvre, des moins bons, des carrément mauvais .... Alors forcément je suis de plus en plus difficile dans mes goûts.
J'ai consciencieusement lu ces 6 de Gilles Fresse et j'avoue n'avoir pas été du tout transportée.
Bien sûr, écrits par un instit, ils sont parfaitement adaptés au niveau des enfants, à chaque âge un roman tout à fait en adéquation avec les acquis grammaticaux et de vocabulaire de nos chères têtes blondes. Sauf que j'ai trouvé tout cela désespérément classique, trop simple, trop plaqué, sans beaucoup d'originalité et de profondeur.

Certes Un été en roulotte et L'amour c'est tout bête sont vraiment sympas, le premier parce qu'il est drôle et je pense que mes gamins vont adorer, (d'ailleurs au moment où  ce billet est en passe d'être publié, je leur ai déjà lu le premier chapitre et effectivement ils ont aimé) le second parce l'analogie homme-expressions animales va constituer une super occasion de travailler les expressions toutes faites. En plus ils se lisent bien, sont vraiment axés sur les réactions d'enfants de 9 ans. Ils sont entraînants et propices à passer de bons moments à rire.

Mais après avoir découvert ces deux là, j'avoue du coup avoir été beaucoup plus timorée pour les deux autres du même âge. Le coup de la potion magique de la maitresse, c'est du mille fois écrit. Les Robin des villes, c'est plutôt drôle aussi mais on en a fait le tour de l'humour.

Quant aux deux consacrés aux plus âgés, j'aurais préféré qu'ils soient plus approfondis. Je pense notamment à des auteurs comme Mourlevat ou  Susie Morgenstein ou encore Matis qui en plus de leurs histoires, créent une profondeur des sentiments ou une façon de présenter les choses qui donnent à réfléchir, non seulement sur la syntaxe mais aussi sur la vie en général (la vie comme la mort ou autres sujets propres à débattre avec les élèves). Scotto aussi dans ses petits récits va droit au but avec une sensibilité . C'est vraiment ce qui manque aux romans de Gilles Fresse, une analyse poussée du comportement de ses personnages.
De plus tous ses romans sont rédigés à la première personne et il s'agit à chaque fois de garçons, je me demande vraiment comment les filles vont appréhender ces romans du coup, surtout "Dérapages en série" qui parle vraiment spécifiquement de soucis inhérents à un adolescent ...

L'avenir me dire comment ils seront reçus ....

Après si ce sont des romans très basiques de littérature jeunesse, ils ont au moins le mérite d'être accessibles à tous et de constituer de bonnes ouvertures à la lecture de roman. De plus je sais d'avance que ceux qui portent sur l'humour seront bien reçus, je le travaille assez avec mes gamins pour qu'ils finissent par avoir une bonne propension à l'utiliser.
Certains sujets graves sont abordés, comme le chômage, le vol .. ainsi que d'autres plus légers comme les amours et les amitiés d'école qui les touchent bien plus qu'on ne le croit. Dommage juste qu'ils ne soient pas plus soutenus par une psychologie poussée des personnages ou un peu plus d'implicite ou de profondeur de réflexion. Et dommage aussi que l'auteur se soit cantonné à des personnages principaux masculins.

RV au mois de Juin pour le bilan de la rencontre !

lundi 28 janvier 2013

A l'école lisons (5)

 Boucle d'or et les sept ours nains de Emile BRAVO

Qui va bien vouloir débarrasser les sept ours nains d'une géante endormie dans leurs lits ? Un joueur de flûte et sa bade de rats, un vaillant chevalier ou un cochon bâtisseur ? Dans cet épique méli mélo nos sept camarades vont en perdre leur latin .... il ne manquerait plus qu'une bande d'ogres ....


Un album jeunesse qui nous fait un magnifique melting pot de contes connus, voilà qui tombait à pic lorsque je me suis rendue compte, avec une certaine horreur, que mes chers petits loulous de CM1 ne connaissaient pas l'histoire du .... Petit Poucet.
Si, si, véridique ! Preuve à l'appui.

Grammaire: Le complément d'objet direct.
Consigne : Remplace les pronoms personnels COD soulignés par un des groupes nominaux proposés.

Phrase 1 : Les parents les perdent dans la forêt.
Réponse immédiate des élèves : leurs enfants, les enfants etc ....
Jusque là, pas de soucis ..... Je ne me pose même pas la question de savoir s'ils connaissent ou non le conte, genre c'était l'évidence même quoi !

Phrase 2 : Poucet les cherche dans le ruisseau.
Réponse des élèves :  ....
Moi " Qu'est ce que le Petit Poucet doit bien pouvoir chercher dans le ruisseau ?"
Gentils élèves :  ....
Moi : "Vous savez  ? ce qu'il sème ensuite dans la forêt pour retrouver la trace de sa maison."
Gentils élèves ...
Moi : "Euh ... vous ne connaissez pas l'histoire du Petit Poucet ?"

OMG !!!
Alors inutile de se perdre en conjoncture sur le pourquoi et le comment de cet état de fait avéré. 
C'était juste le moment de se jeter sur l'album de Emile Bravo mais surtout au préalable consacrer quelques jours à la lecture du Petit Poucet, Du Petit chaperon rouge (celui-là ils le connaissaient à peu près), Des trois petits cochons (celui-là aussi), Du Chat Botté, De la Belle au bois dormant, de Boucle d'or et les trois ours,  etc ....
Et voilà comment on en arrive à travailler l'intertextualité sans même l'avoir prévu !

Bon pour en revenir à l'album haut en couleurs de Bravo. En premier lieu il s'agit d'une BD présentée sur un mode humoristique. Une jeune fille géante étalée sur le lit des sept ours nains qui s'en trouvent bien embarrassés : "Elle a pris tous nos lits" " Il faut appeler le tueur de géants !", un Prince désabusé qui s'ennuie après avoir gagné son château mais aborde fièrement une ceinture sur laquelle est gravé "SEPT D'UN COUP" ....mais qui ne sait pas plus que les ours quoi faire de cette jeune fille.

"- Ohé mademoiselle ! Faut pas rester là, Mademoiselle ?
Elle ne se réveille pas !
- Alors il faut que vous l'embrassiez.
- L'embrasser ? Mais pourquoi ?
- Parce que ça réveille, il paraît.
- Je ne vais pas embrasser cette fille ! Je le connais même pas !"

Sans oublier un dératiseur, accompagné de sa bande de rats charmés par sa flûte, une pomme empoisonnée, un cochon qui sait construire du solide et des tas de petits neveux du tailleur installés au château.

Autant dire que l'auteur s'en est donné à coeur joie, c'est franchement rigolo et complètement désopilant. 
Ensuite, les illustrations sont simples mais très démonstratives avec un plus pour la bouille des ours que j'adore !

Personnellement je conseille de le mettre entre beaucoup de jeunes mains ^^





Il existe d'autres albums du même auteur sur le même style comme La belle aux ours nains , La faim des sept ours nains,  Mais qui veut la peau des ours nains ?

La suite de la semaine me dira si mes élèves ont reconnu les contes référés dans l'album ... Suspense ....