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lundi 20 juin 2016

Entre Clair et Obscur (3)

Quelles lectures depuis le 1er Mai ?



Deux gros pavés, trois livres un peu moins gros dont un de littérature générale.


- La voie des Rois, les archives de Roshar de Brandon SANDERSON Tomes 1 et 2

Brandon SANDERSON c'est un auteur que je considère comme sûr, peu de risque d'être déçue ... 
Les archives de Roshar ne déroge pas à la règle, je me suis enfilé les quelques 749 et 655 pages plutôt rapidement. Ce que j'aime avant tout chez cet auteur, c'est que bien qu'il parle toujours de magies étranges et atypiques, il se renouvelle toujours .... Dans Fils de Brume, il évoquait les éléments liés à des pouvoirs, dans Warbreaker il mettait en scène les Souffles donnant des sens surhumains et là il invente une magie portant sur les sphères ... ainsi que des armes de guerre comme les cuirasses et les lames d'éclat qui donnent des pouvoirs presque surnaturels à ceux qui parviennent à les gagner ; ils deviennent alors des Porte Eclats.

En dehors de cette magie particulière, on suit particulièrement trois personnages très attachants qui ont chacun une personnalité très fouillée, j'avoue avoir une nette préférence pour Kaladin, l'ancien militaire devenu esclave mais qui va se battre pour survivre .... 
 
Tout le roman prend forme autour d'une guerre insensée, où interviennent vengeance, prise de pierres sur des monstres chrysalides et batailles sur des plateaux qu'il faut relier par les ponts portés à dos d'hommes ... le tout dans un univers aride, balayé par des tempêtes majeures et peuplé d'animaux étranges, sorte de crustacés fauves géants.

Bref, un récit vraiment passionnant, qui malgré quelques longueurs, nous entraine dans un monde de fantasy vraiment original, j'ai adoré. 
Par contre il parait qu'il y en aura 10 tomes en tout, je ne suis pas prête de finir cette série et de  trépigner en guettant les sorties des prochains tomes !



 - Le roi des fauves de Aurélie WELLENSTEIN

Je ne connaissais pas du tout cette auteure et d'un coup aux Imaginales, j'ai acheté deux livres, celui-ci et Chevaux de Foudre (qui tourne actuellement dans ma classe). 

Dans le Roi des Fauves, trois jeunes hommes, accusés injustement de meurtre, sont condamnés à un sort pire que la mort, il leur reste sept jours d'humanité avant de sombrer dans la bestialité.
L'univers créé par Aurélie WELLENSTEIN est très brutal, violent et brute et l'on ne s'ennuie vraiment pas, le récit est très entrainant avec des moments de tension et d'inquiétude bien frissonnant.

Elle aborde intelligemment le thème de la transformation de l'humain en animal en jouant sur la bestialité de créatures, les Bersekirs, qui au fond sont plus des victimes que des bourreaux.
Qui de l'animal et de l'humain va l'emporter ?

Si l'on ajoute à tout cela que la plume de l'auteur est vraiment fluide et agréable à lire (une belle mention pour Chevaux de foudre un roman pour adolescents vraiment prenant), je pense que je lirai d'autres romans de sa part, d'ailleurs son dernier en date me fait fortement de l'oeil.
Une belle découverte.

- Les chaussures italiennes de Henning MANKELL

C'est mon père qui m'a offert ce roman pour mon anniversaire. 
Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique avec pour compagnons un chat et une chienne. A 66 ans, il n'a pour seule activité qu'une baignade dans un trou d'eau glacial. Jusqu'au jour où Harriet, son amour d'enfance resurgit ... La vie de Fredrik vient de recommencer. 
C'est un roman qui même s'il met en scène un personnage relativement âgé, peut toucher n'importe quel lecteur de par la justesse de ses réflexions psychologiques et philosophiques. Fredrik est un homme égoiste et égocentrique, qui pourtant va se tourner peu à peu vers les autres (tout en se livrant à une belle introspection qui va le remettre peu à peu en cause) et en cela il est touchant (car dans le fond c'est tout de même un mec pas très sympathique), son évolution est plus qu'enrichissante.
Cela fait du bien de lire de temps en temps de la littérature générale aussi riche en humanité.
Je ne sais pas si je lirai d'autres romans de cet auteur mais celui-ci est vraiment chouette.

- Les dames blanches de Pierre BORDAGE

"Une étrange bulle blanche d'une cinquantaine de mètres de diamètres est découverte un jour dans une bourgade de l'ouest de la France. Elle attire et capture Léo, trois ans, le fils d'Elodie." 

Voici l'étrange début d'un roman de Science fiction se passant sur Terre, sur plusieurs années.  D'autres Dames Blanches apparaissant un peu partout dans le monde et étant à l'origine de la disparition de centaines d'enfants, les humains vont alors se livrer à une bataille sans merci et complètement immonde. 
Car si ces Dames Blanches créent des turbulences électromagnétiques, plongeant la Terre des années en arrière, sans réseaux sociaux, ni téléphone, ni même électricité .... une sorte de post-apo progressif, elles ne se montrent ni hostiles, ni agressives, or la réaction des humains, elle, l'est, multipliée par 100, n'hésitant pas à sacrifier des millions d'enfants.

Ce roman a quelque chose d'à la fois hallucinant et de terriblement cruel. La façon dont la lutte contre ces envahisseuse extraterrestres prend des proportions dantesques met presque mal à l'aise et on constate une fois de plus que lorsque tout va mal, les gens se tournent vers les partis extrêmes et ceux qui proposent les solutions les plus radicales. C'est à la fois prenant et terrible.
 

mercredi 1 octobre 2014

Tour de niche ....

Durant cet été, quelques livres lus, à chroniquer à présent en faisant ce qu'on peut lorsqu'il s'agit de lectures datant en terme de mois ....

En littérature jeunesse
- Mémoire à vif d'un poilu de quinze ans de Arthur TENOR : Maxilimilien a 15 ans, lorsqu'éclate la première Guerre Mondiale. Son plus vif désir devient alors de couvrir l'évènement afin de se préparer à son futur métier de grand journaliste ... sauf que cette guerre vue de près ce n'est pas joli joli.
Ce petit roman de moins 150 pages se lit très bien et si l'on met de côté le fait peu probable qu'un gamin ait pu un jour se retrouver en première ligne, c'est un beau témoignage de la vie des tranchées, des horreurs de cette véritable boucherie, de la souffrance de ces hommes livrés en pâture à l'ennemi ....le seul reproche que je pourrais faire à ce roman, c'est que cela reste très factuel, très appliqué dans l'écriture avec un manque de spontanéité. Je le conseillerai néanmoins à mes bons lecteurs CM2 pour sa qualité historique indéniable.
Extrait :" Je n'arrive pas à admettre qu'on laisse crever un être humain qui souffre à moins de cinquante pas ! Je ne peux pas admettre qu'on puisse tirer sur un adversaire qui sauve un de ses copains blessé. Je ne peux pas, je ne peux pas .... Je refuse d'admettre toutes ces infamies ! Parce que ce n'est pas ça, la guerre. La guerre, c'est honorable ..."
Il raya ces derniers mots, car il faut pris d'un doute : la guerre pouvait-il être honorable ? "

- Ceux qui osent de Pierre BORDAGE : Ce roman fait suite à Ceux qui sauront et Ceux qui rêvent, une trilogie uchronique sur les lendemains d'une Révolution française qui n'aurait pas eu lieu et de ce fait un vingt et unième siècle encore sous le joug des bourgeoisie et du Tiers Etat. Après avoir fui en Amérique pour trouver l'Eldorado, une province qui échappe encore à la tyrannie des royaumes coalisés, Jean et Clara doivent affronter l'impensable, en effet les autres royaumes ont décidé de déclarer la guerre à l'Arcanecout.
Le récit se déroule entre les lettres adressées entre les deux protagonistes et ce qu'ils vivent, ce qui donne une légère répétition des évènements. Ce n'est pas mon préféré de la trilogie, loin de là, au contraire je m'y suis un peu ennuyée, sans compter que cette guerre avec ses atrocités (eh oui je suis désolée mais je suis toujours aussi allergique aux tortures gratuites et au sadisme de ceux qui les perpétuent, il n'y a rien à faire, cela m'écoeure et qui plus est, cela n'apporte strictement rien au récit si ce n'est montrer la barbarie des hommes que personne n'ignore !) qui s'éternise m'a assommée. De plus la romance entre Jean et Clara, séparés et souffrant de cet éloignement, est carrément insupportable. Déception donc pour la conclusion de cette trilogie qui avait pourtant bien démarré.

- Deux ans de vacances de Jules VERNE :  C'est en allant à Fontenoy le Village du Livre, au mois de Juillet, que je suis tombée sur ce roman de Verne, que j'avais lu dans mes jeunes années. Sitôt acheté, sitôt dévoré. Jules Verne est un conteur, un vrai, une fois le nez dedans on n'en sort plus, même si on est loin à présent des clichés de son temps : le mousse qui est noir évidement, qui vouvoie et se dévoue à ses pairs (qui ont son âge), l'unique femme du récit qui, aussitôt secourue par ces braves anglais polis et bien élevés, s'empresse d'endosser son rôle de femme au foyer (clin d'oeil à Tigger Lilly qui adorerait cette image ^^) et de mère pour orphelins désoeuvrés, sans oublier les méchants hommes sans foi ni loi contre qui ces braves et honnêtes jeunes doivent lutter.
Bon, en dépit de cela, j'avoue, c'est du Jules Verne alors forcément j'aime, parce que j'ai un peu du mal à être objective face à des lectures d'enfances que j'avais adorés (inutile de me demander un jour de porter le moindre regard négatif sur la série de l'Etalon Noir, ce sera juste impossible). Je me souviens d'ailleurs qu'une série avait été tirée de ce livre et diffusée à la télé, que je regardais avec beaucoup de plaisir. Ce côté enfants Robinson sur leur île a un côté très rafraichissant même si c'est désuet. Deux ans de vacances reste l'un de mes préférés de l'auteur.

En littérature adulte
- Le Dragon Griaule de Lucius SHEPARD : Il est une région placée sous la domination d'un dragon géant, une bête immense qui aurait régné sur un âge antique et qui maintenant use de son influence pour gouverner habitants de ces alentours. Ce roman, à la couverture superbe, se décline en 6 nouvelles qui dépeignent les actions "psychiques" de cet animal et les réactions des uns et des autres à son contact. En réalité je n'en ai lu que 2 et demi parce qu'il faut bien l'avouer, je suis passée complètement à côté de ce roman que tant décrivent comme un chef d'oeuvre, un très beau recueil etc .... Personnellement je n'ai pas accroché du tout, certes c'est magnifiquement écrit mais rien n'a titillé ma fibre sensible, sauf la seconde nouvelle : La fille du chasseur d'écaille qui plonge dans les entrailles du monstre pour y vivre plusieurs années, j'ai vraiment été conquise par cette nouvelle pour ensuite craquer à la suivante et refermer le livre. Evidemment j'aurais pu me forcer mais je n'ai plus envie de cette façon d'appréhender la lecture, surtout en ce moment alors tant pis, ce livre fait partie de ceux qui ne sont pas pour moi.

- Dictionnaire amoureux du Cheval de HOMERIC: rien à voir avec de la fantasy mais il me fut offert par Tigger Lillly pour mon anniversaire. Comme son nom l'indique c'est un dictionnaire et comme son nom l'indique aussi, pour les amoureux du cheval, en fait c'est surtout son auteur qui en est réellement amoureux, la façon dont il les dépeint ressemble de façon troublante à la façon dont serait décrit un amant. C'est très chouette, c'est très poétique, c'est même piquant à certains moments, je ne résiste pas à livrer là un extrait 
"Nos hommes politiques sont de grands enfants qui s'imaginent qu'une fois en selle sur une monture comme sortie d'un bain de lait, les peuples reconnaîtront leur grandeur, leurs desseins géniaux à défaut d'être vertueux. Vous souvenez-vous de ce président de la République nommé Nicolas Sarkozy, de son empressement à grimper sur le dos d'un cheval camarguais qui se serait bien passé, en ce jour ensoleillé mais ô combien funeste, de cette publicité tapageuse ? Tel Napoléon sur ses fiers chevaux de sang arabe, le jockey Sarkozy entendait se grandir sur une monture éclatante de blancheur".
Homeric donc aime profondément les chevaux de course et les pare de mille qualités, beautés et noblesse, au point que quand on aime ces grandes bêtes fougueuses, on ne peut être que conquis ... Le seul reproche que je pourrais lui faire c'est que pour ces quelques cracks qu'il pare d'or et d'argent, il en oublie les milliers restés dans l'ombre, poussés aux extrêmes, quelquefois conduits aux abattoirs, ceux que l'on peut retrouver dans les clubs, un peu dingos, abîmes, marqués par le dur travail demandé. N'en reste pas moins que ce dico du Cheval est tout de même un bel hymne à la plus conquête de l'homme.

mardi 17 juin 2014

Les chemins de Damas de Pierre Bordage

Dans une France ruinée, détruite par quinze années de guerre, la misère et la corruption règne partout : des bandes organisées trafiquent, volent, tuent, pillent, tandis que d'autres tentent de continuer à travailler et vivre presque normalement. Mais des enfants disparaissent mystérieusement, sans que l'on sache si c'est l'oeuvre de trafiquants d'organe ou de sexe, ou alors dans le but de former une armée d'enfants ..... C'est ainsi que Jemma, femme divorcée, part à la recherche de sa fille disparue comme les autres ... pour entreprendre un long voyage vers le Moyen-Orient avec pour seul compagnon un homme énigmatique nommé Luc.

A la manière d'un Jean Marc Ligny, Bordage présente là une anticipation, sauf qu'il ne s'agit pas des suites de catastrophes écologiques dues à la négligence des hommes durant de longues années, mais de la plus grande des tragédie que l'homme ait inventée : la Guerre .... une guerre qu'aura mené l'Europe contre les nations musulmanes et qui l'aura laissée exsangue et en proie au risque de l'invasion d'un mouvement évangéliste venu des Etats-Unis le grand gagnant (avec l'Inde et le Chine de ces guerres) . Comme tous ces romans d'anticipation, c'est effrayant car réel, on ne peut que croire en un monde en proie à la folie d'une nature rendue hystérique par la folie d'exploitation des hommes tout comme on peut facilement adhérer à la pensée de l'existence de nouvelles guerres de religion dans une France dont l'extrême droite à l'heure actuelle ne cesse de s'étendre.

Pierre Bordage, à travers le dangereux périple de ses deux personnages principaux mais aussi par le chemin de quelques protagonistes, nous présente cette Société meurtrie et ses diverses couches, vues par des regards et des perceptions différentes : des milliers de sans abris dont personne ne se préoccupe afin d'aider à réguler leur flux, des politiciens ou des policiers véreux dans un nouveau monde de mafia sans foi ni loi et en opposition une montée de la réactivation des réflexes chrétiens pour préparer la mission des évangélistes.

Ce roman est en réalité le troisième tome  d'une trilogie sur le Moyen Orient mais nul besoin d'avoir lu les deux premiers pour suivre celui-ci qui nous dépeint une descente aux enfers politico-économique d'une vieille Europe usée jusqu'à la trame.
 C'est déprimant et effrayant à souhait comme la plupart des romans d'anticipation avec tout un ensemble de portraits de pauvres ères qui tentent de se reconstruire sans trop d'espoir. On suit le périple de Jemma avec beaucoup d'angoisse, sorte de quête initiatique dans laquelle elle se dépouillera à la fois de sa vieille peau (habitudes de vie, petit traintrain) et de ses préjugés imposés par une vision réductrice ... Un roman qui se lit bien, malgré quelques lenteurs mais une structure intéressante de par la présentation des différents personnages qui finissent par se recouper. Et c'est pour moi la découverte d'une encore autre facette de cet auteur qui ne manque pas d'asséner au cours de son roman de sacrés coups de poings.

Extraits
"Je crois que l'Europe n'a plus d'avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l'emporteront sur les intérêts humains, l'Europe poursuivra sa descente aux enfers. Je crains qu'elle n'ait déjà passé le point de non-retour."

"La vision cyclique, la perspective historique auraient dû nous enseigne l'humilité, mais l'homme est pétri d'orgueil, il s'estime l'égal de Dieu, il veut immortels les monuments érigés à sa gloire et les frontières de ses empires, il espère dompter la matière et suspendre le temps, il oublie qu'il est aussi éphémère qu'un insecte ou une fleur, un grain de poussière qui retournera à la poussière."

dimanche 22 septembre 2013

Orchéron de Pierre Bordage

"Plusieurs siècles se sont écoulée depuis l'atterrissage de l'Estérion. Les colons des origines sont devenus des légendes, certains des dieux. Orchéron, l'enfant trouvé, vit paisiblement son adolescence au sein d'un mathelle, sans autre prétention que de reprendre le métier de son père adoptif. Son avenir bascule lorsque les Protecteurs des sentiers décrètent sa mort, l'accusant d'appartenir à une lignée maudite. Pour survivre, le jeune homme n'a d'autre choix que de fuir aux confins de la grande plaine du Triangle. Course à travers l'espace, course à travers le temps ... Orchéron se découvre d'étranges et dangereux pouvoirs. Les Protecteurs des sentiers auraient-ils vu juste ?"

Etrange comme certaines quatrièmes de couverture sont réductrices ... En effet si l'on en croit celle-ci, on imaginerait aisément qu'Orchéron va être le principal personnage de cette suite d'Abzalon, et que surtout le récit va essentiellement le suivre. Il n'en est rien. Certes c'est un personnage important, mais le roman met en exergue bien d'autres tout aussi essentiels à l'histoire.
Tels Alma la jeune djemale devenue boiteuse suite à trop d'implication dans une des légendes qui régissent ce nouveau monde ou Ankrel l'apprenti lakchas, cette caste qui chasse les yonks, sorte de buffles sciences fictionnesques.

Ce monde sur lequel Abzalon et Ellula, ainsi que leurs compagnons, débarquent a évolué progressivement de siècles en siècles, recréant les mêmes travers que sur leur planète d'origine, au travers de légendes véhiculées par les anciens colons : les djemales honorent la mémoire de Djema et du Qval ; les Protecteurs des Sentiers -dit les Couilles-à-Masques-  glorifient Maran et se permettent toutes les exactions au nom de cette nouvelle religion.
Toutes ces destinées se déroulent de chapitres en chapitres, se croisant, se rejoignant jusqu'au dénouement final qui explique le pourquoi du comment de cette mystérieuse malédiction portée par Orchéron.

J'ai mis un mois à lire ce tome-ci .... En dehors du fait que depuis quelques semaines j'ai beaucoup de mal à lire, je crois que c'est surtout parce que malheureusement je n'ai vraiment pas accroché à cet Orchéron, pire je me suis ennuyée, je n'y ai pas trouvé d'intérêt. Inutile de revenir sur la froideur des personnages, je l'ai assez dit dans mon billet sur Abzalon mais au moins dans ce dernier, ils étaient assez percutants pour susciter l'envie de les suivre jusqu'au bout de leur histoire.

Là non, j'ai parcouru les pages parce que je voulais mettre au moins un deuxième livre au Challenge de Lhisbei mais sans grande conviction, lisant, abandonnant puis reprenant, en espérant peut-être que l'histoire m'intriguerait un peu plus au fil de l'histoire mais pas du tout ...
Je n'ai pas accroché du tout à cette société régressive et intolérante, coupée en castes aussi rigides que celles d'un Moyen Âge d'une nouvelle ère. De plus la vision des femmes est juste intolérable, en dehors de celles qui ont un nom dans l'histoire, les autres se bornent juste à être maltraitées ou violées.

Voilà donc un roman que je regrette presque d'avoir entamé, de plus la couverture est juste hideuse au possible.

Il fut lu dans le cadre du Challenge Summer Star War de Lhisbei .... in extrémis car demain c'est l'automne !

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lundi 12 août 2013

Abzalon de Pierre Bordage

Esther est une planète au bord du gouffre : démographie galopante, épuisement des gisements, pollution de l'air et de l'eau etc ... La seule solution consiste à rechercher une nouvelle terre aux caractéristiques conformes à celles de la planète mourante. Ainsi l'Estérion est-il conçu pour traverser l'univers dans un voyage de douze années lumières de distance, soit une durée de 120 ans. Tout est savamment construit pour que le vaisseau fonctionne en autarcie complète durant ce temps, pour qu'il amène ses occupants à destination ... Seul reste un facteur imprévisible : celui humain.
Parce que les voyageurs de l'Estérion consistent en 5 000 détenus du pénitencier de Doeq - au préalable sélectionnés impitoyablement dans des conditions inhumaines - et 5 000 Kroptes. Autant dire des milliers de chats face à quelques souris, des hommes violents, hargneux, des tueurs de la pire espèce face à des fanatiques pacifistes. Tout est prévu pour qu'ils ne se rencontrent pas, tout du moins pas avant un certain temps mais c'est sans compter sur le facteur humain justement qui est tout sauf maitrisable.
Abzalon fait partie de l'élite des tueurs, il a massacré des dizaines de femmes, Ellula, elle est une jeune Kropte que l'on marie contre sa volonté et dont les rêves révèlent de curieuses prémonitions .... Ces deux-là, partis comme cobayes sur l'Estérion, finiront par se rencontrer ....

Je reste toujours un peu mitigée face aux romans de Pierre Bordage que par ailleurs j'apprécie beaucoup en tant qu'auteur, notamment pour son fabuleux Les fables de l'Humpur. C'est un excellent conteur, on ne s'ennuie absolument pas dans ses romans, de plus il a développé dans celui-ci un huit-clos bien particulier : imaginez vous passer 120 ans de votre existence confinés dans des pièces d'un vaisseau, condamnés à ne voir que du gris, plus jamais de ciel, de lumière naturelle, de soleil ..... de plus à quelques couloirs de criminels qui n'ont qu'une loi : tuer avant d'être tués, violer tout ce qui bouge et s'emparer de tout ....

Etrangement pourtant ces hommes vont être amenés à mettre leur violence de côté, à apprendre à vivre ensemble et surtout à côtoyer des femmes kroptes, voire fonder des familles, mettre au monde des enfants, les élever et se ranger .. Tout un cheminement qui leur aurait été impossible s'ils étaient restés dans leur pénitencier.
C'est le côté vraiment passionnant de récit : observer la transformation de ces individus livrés à eux-même, leurs organisation, leurs découvertes (en particulier celle des Qval, peuple étrange vivant dans les cuves bouillantes de l'Estérion, doué de capacités mentales extraordinaires) et surtout l'impact du choc de la rencontre entre des êtres que tout oppose (c'est d'ailleurs un instant clé de l'histoire).
Un immense laboratoire contrôlée par des mentalistes qui pensaient avoir tout prévu ... Cela donne froid dans le dos.

Après ce qui me gêne, comme ce fut souvent le cas en lisant Bordage, ce sont ses personnages, je l'ai déjà dit à mainte reprise, ils sont froids, ils le sont tellement qu'il est très difficile de s'identifier à eux, voire même de les aimer. Déjà en premier lieu Abzalon est un salaud de la pire espèce, on n'a vraiment pas envie de s'attacher à lui, qu'il devienne presque un saint ne suffit pas à le racheter, de plus c'est presque improbable (même sou influence de l'amour) .. tout comme est improbable un amour entre celui qu'on pourrait taxer de Bête et Ellula, la Belle, tout le contraire d'Abzalon : douce, gentille, patiente ... De plus c'était tellement prévisible que j'aurais désespérément eu envie que cela n'arrive pas.
Bon certes les opposés s'attirent, une fois l'alchimie opérée, cela ne m'a plus dérangée ... Restent les personnages et leur froideur, cela me perturbera toujours dans les écrits de Bordage.

Heureusement le roman m'a suffisamment plu, pour les raisons expliquées auparavant pour que je décide de poursuivre avec sa suite Orchéron.

Extrait
J'aurais retenu, de l'aventure de l'Estérion, que l'être humain oscille en permanence entre le sublime et le grotesque, entre le haut et le bas, entre le divin et le bestial. Pour nous dissuader de nous vautrer dans nos instincts animaux, nous élaborons toutes sortes de symboles, de mythes, de religions et de morales censés servir de garde-fous, nous suivons les chemins tracés par les prophètes et les saints, nous jalonnons notre existence de cérémonies et de rituels, nous confions les clefs de nos âmes à ceux qui se proclament intermédiaires et nous obtenons le résultat inverse de celui que nous escomptions.
Nous nous coupons de nous-même ; notre nature animale, reléguée dans les oubliettes, grandit à notre insu, se nourrit des déceptions, des frustrations engendrées par l'impossibilité d'atteindre l'idéal prôné par les prophètes et les saints.
[...] Nous avons peur de l'autre  parce que nous avons peur de nous-même, nous aimons l'autre parce qu'il nous donne une image flatteuse de nous-même, nous haïssons l'autre parce que nous ne nous reconnaissons pas en lui.

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Lu dans le cadre du Challenge de Lhisbei, le Summer Star Wars


jeudi 9 août 2012

Les fables de l'humpur de Pierre Bordage

Au moment du grut traditionnel, Véhir, mi-homme, mi-cochon : un grogne, révolté de voir sa bien aimée livrée à cette cérémonie rituelle de reproduction, rompt ses attaches avec sa communauté et s'enfuit. Il est désormais un paria, sans défenses face aux nombreux prédateurs qui rodent : hurles, grondes et autres miaules et glapes. Après sa rencontre avec Jarit il décide de partir en quête des dieux humains .... C'est en compagnie de Tia, une hurle en exil, qu'il va accomplir ce long chemin.

Je ne savais pas bien à quoi m'attendre avec ce roman de Bordage. J'ai toujours eu un peu de mal à entrer dans ces récits car c'est un auteur relativement froid et il est très difficile de s'attacher à ses personnages, de prime abord encore plus lorsqu'il s'agit d'être mi-hommes, mi-animaux, dans un univers totalement atypique.

Et c'est justement par ceci que j'ai été charmée. Un monde dans lequel ces êtres là s'enfoncent dans la régression animale, régi par un clergé qui a dicté des lois de l'Humpur très précises.
Il y a les communautés agricoles, les bêles, les mêles et ces grognes qui servent de nourriture aux clans prédateurs, dont les unions sont punissables de la mort : un monde de castes figées que Véhir, tout inférieur, pue-la-merde, inculte, qu'il est, va faire voler en éclat.
C'est une quête de l'impossible : comment une proie peut-elle survivre parmi des prédateurs, donc même ceux qui l'accompagnent ne peuvent résister à l'attrait de sa chair dodue ? Car ces être là sont englués dans leur patrimoine génétique, leur nature, leur instinct.
 " La loi des clans, les tabous de l'Humpur, tous ces spectres s'étaient relevés d'un passé tellement lointain qu'il en paraissait mort, et leur agitation frénétique, leurs grincements effrayants avaient rentré en elle ses aspirations profondes, ses désirs d'épanchement.  C'étaient sans doute ces mêmes spectres qui, davantage que la faim, l'avaient poussée à ripailler le grogne sous le promontoire rocheux. Ils se terraient dans ses besoins physiologiques pour l'enfermer dans sa nature de prédatrice."

Ce monde là régi par la religion fait bien entendu penser à ces années noires de la domination de l'Eglise au Moyen Age où les Inquisiteurs chassaient les hérétiques, une société complètement figée, où chacun a sa place et la garde : les grognes paysans et les hurles seigneurs, les seconds n'ayant que peu de considération pour les premiers.Un monde dans lequel le faible reste dans sa position de faible et est empêché par tous les moyens de progresser : il y a même un côté révoltant dans le fait de traiter ces grognes comme des moins que rien, de la viande sur pattes -alors qu'ils parlent et ressentent - , juste parce que dans cette société ils représentent les proies, qui ne sont bonnes qu'à cultiver et à se vautrer dans la bauge. D'autant plus dur que dans leur propre clan, il y a les gavards, ces cochons que l'on castre dès leur plus jeune âge pour les engraisser et ensuite les vendre aux clans prédateurs, devenus si gros qu'ils ne réagissent plus lorsqu'on vient les chercher : cela a un côté triste et pathétique.

Et ce qui est frappant aussi dans le roman de Bordage, c'est que les tabous sont tellement bien ancrés dans cette société qu'on les ressent aussi en tant que lecteur et que du coup cela induit presque du dégoût lorsque Véhir et Tia semblent ressentir de l'attirance l'un envers l'autre, c'est qu'il a tellement présenté Véhir comme un animal lourdaud, mou et gros, qu'on a forcément du mal à l'investir et à le voir autrement.
Et là où se situe la grande qualité des Fables de l'Humpur, c'est que tout le combat qu'il va mener auprès des autres, se mène aussi auprès des lecteurs, nous obligeant à nous attacher à lui et surtout à le considérer autrement. Je crois que c'est au moment de son sacrifice consenti auprès de ses amis que mon regard a changé sur lui, parce que d'un côté il acceptait sa condition de proie après s'être révolté contre cet état de fait, et que c'est ainsi qu'il force le respect et qu'ensuite on  ne peut que le reconnaître comme un personnage très fort. Il en est devenu plus humain qu'animal.

J'ai vraiment eu cette sensation de découvrir un livre à l'abord difficile ouis peu à peu je suis entrée dedans en même temps que Véhir parcourait sa découverte de lui-même et se révélait. Rien que pour cela, il m'a beaucoup plu. Sans compter qu'il est vraiment original :  cette régression dans l'animalité qui nous pousse à se demander sans cesse : mais que s'est-il passé ? pourquoi les humains ont-ils disparu ? y a-t-il eu un cataclysme au cours duquel les espèces auraient régressé mais comment en arriver à des êtres mi-hommes, mi-animaux  ?
Du coup la quête de Véhir prend un autre sens à nos yeux aussi : on veut savoir, on veut des réponses à nos questions. Qu'on reçoit, sans déception, voire même avec une bonne surprise, j'ai particulièrement apprécié la fin de la quête et tout ce qu'elle induit.

Pierre Bordage a utilisé aussi un langage particulier, inspiré du Moyen Age : il faut des fois réfléchir un peu pour tout saisir mais avec le sens, cela va tout seul. Chaque chapitre suit une fable de l'Humpur, avec une morale, inspirée des Fables de la Fontaine.

Vraiment un roman de très grande qualité que j'ai parcouru avec beaucoup de plaisir.

Extraits
" Ce n'est pas parce que les uns ripaillent les autres que les uns sont supérieures aux autres, répliqué Ssofal. Un ordre invisible gouverne le monde, où les faibles ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Si tu t'arrêtes à ce que voient tes yeux, à ce qu'entendent tes oreilles, à ce que flaire ton museau, à ce que touchent tes mains, à ce que goûte ta langue,  tu ne vaux guère mieux qu'un mouchalot."

On dit que les kroaz sont les pires des êtres vivants.
Quant à moi, je crois que leur haine vient
de ces temps-là très anciens où ils vécurent dans le mépris.
Ce matin-là, un grand freux se pose devant un cousin roux
qui dépiautait un bouquin sur la rive d'un lac.
"Tu te comportes comme un animal" dit le kroaz.
Apeuré, le glape lève le bouquin :
"Ma foi, seur kroaz, la nature m'a ainsi fait
que je précie la chair des lièvres et des autres gibiers.
- Ce que je proclame, dit le kroaz,
c'est que l'animal est ce qu'il y a de plus noble en toi.
- Les animaux ne parlent pas ni ne pensent, seur.
- Eh bien, cesse de parler, cesse de penser,
et tu retourneras au paradis des origines."
Et le kroaz se s'envoler, 
laissant perplexe notre cousin roux.

Quel est le meilleur en soi, l'animal ou le penseur ?
C'est selon l'intérêt du moment.

Les fabliaux de l'Humpur.

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samedi 23 juin 2012

Ceux qui rêvent de Pierre Bordage

A la suite des bouleversements qui ont secoué la France et dans lesquels ils ont joué un rôle important, Jean et Clara vivent dans la clandestinité. Mais la jeune fille est enlevée par son père, qui entend lui faire épuiser un homme vieux et riche du nouveau continent. Jean n'a d'autre choix que de partir à sa recherche ...

Le récit démarre un an après les évènements de Noël 2008 où la révolution a été matée. 
 Depuis ce Noël de Sang, les autorités maintiennent la population parisienne dans une terreur permanente, afin de leur faire payer le fait d'avoir osé défier le pouvoir royal. 

On retrouve l'univers de l'uchronie mise en place par Bordage dans son premier tome : Ceux qui sauront, dans lequel si la Révolution Française a bel et bien eu lieue,  la société n'a pu évoluer vers la démocratie et c'est toujours un roi qui règne maintenant le peuple dans la misère et le non accès aux connaissances : la lecture mais aussi l'informatique au travers le réseau  R21.
C'est contre cet état de fait que luttent quelques résistantes, donc Jean et Clara font partie ... enseignant la lecture et les mathématiques à cette population que l'on appelle les Cous Noirs.

Or, lors de l'enlèvement de la jeune fille, on quitte rapidement cet univers pour basculer aux Etats-Unis ... forts différents eux-aussi de ce qu'ils sont actuellement. En effet si l'indépendance américaine par rapport aux Anglais s'est bien déroulée le 4 Juillet 1776, une autre date figure désormais sur les tables tenues par la Statue de la Liberté (à présent baptisée la Mère des Rois) : le 29 Juin 1924, date de la création des cinq royaumes. Des royaumes despotiques et esclavagistes qui se sont partagés le territoire et  qui ont réduit à l'impuissance les tribus indiennes (ce qui ne change pas de la véritable histoire de l'Amérique) et maintenu les noirs dans le mépris et la misère.

C'est dans ce monde de folie que va entrer Jean, lui, le rejeté de la Société française, va découvrir d'autres haines et d'autres pouvoirs une société qui maintient la population dans la misère et leur prélève son quotas d'impôts. Pourtant il existe un sixième Etat : l'Arcanecout, qui tel un Eldorado, reste un territoire libre dans lequel tous les hommes rêvent de se rendre, pensant que là-bas cela sera différent, plus juste, moins pauvre, plus tolérant.

En parallèle avec l'histoire de Jean et de Clara, on suit les aventures d'Elan Gris un jeune Indien qui quitte sa réserve pour accomplir le chemin que lui a montré sa vision ... tout comme celui de Elmana, la jeune esclave noire au service de Clara durant sa clandestinité.

On suit donc tout ce petit monde dans cette Amérique aux allures de jazz, qu'on appelle le zzipi, et de blues, où les Noirs et les Indiens ont un statut à part, aussi appauvris que les cous noirs de la France de Jean.
Un monde dans lequel on pourrait s'attendre à ce que les méprisés se serrent les coudes pour lutter contre l'oppression alors que l'on se rend compte que les haines sont encore plus attisées .... les Blancs maltraitent les deux autres populations noires et indiennes et du coup ces deux-là se méprisent violemment. Chacun reste dans sa propre haine de l'autre et dans cette caste sociale.
Les Blancs nantis tout en haut de l'échelle sociale puis les Blancs pauvres, ensuite les Noirs et enfin tout en bas, les Indiens parqués dans leurs réserves. Et Jean découvre alors que, lui, le cou noir de son pays, n'est finalement pas le plus mal loti de ce nouveau pays.

Si j'avais pu reprocher un petit manque de sentiments à l'égard des deux jeunes protagonistes dans le premier tome, ceci se fait moins percevoir dans la suite. Certes Clara reste relativement à l'écart, n'intervenant dans le récit que par le journal intime qu'elle tient lors de sa capture, mais l'accent mis sur Jean nous le fait percevoir comme un peu plus attachant que lors de Ceux qui sauront.
Je lui trouve néanmoins encore un petit côté "soumis", parce qu'il se laisse souvent porter par les évènements et n'a guère de prise sur eux en fin de compte. Elan Gris est un personnage bien plus intéressant et évolutif.

Il reste aussi ce petit côté de facilité, pour la résolution des problèmes, Jean a tout de même beaucoup de chance dans tout ce qu'il entreprend, même si on a la sensation qu'il va se trouver face à des difficultés, on se rend compte qu'il tombe toujours sur les bonnes personnages au bon moment.
Pour ceci, c'est bel et bien un livre jeunesse.

Après cela reste un bon roman d'uchronie très bien narré dont le l'intérêt réside le plus dans cette société inégalitaire qu'a recréé Bordage dans ce XXIe siècle qui n'a évolué que pour une tranche de population et qui pourtant évoque les soucis de notre ère actuelle, comme le manque de pétrole.
Il existe une suite qui s'appelle Ceux qui osent, pas encore sortie en poche, il me faudra donc être patiente si je veux découvrir la fin de cette trilogie.

Extrait
"Je cherche pas à changer les choses, répliqua Mizzipi après un long moment de silence. Je chante ce qui est au fond de moi. Au fond de moi, y a du malheur et aussi un peu de joie, y a les femmes qui m'ont aimé et celles que j'ai quittées, y a de l'amour qui s'est parfois dilué dans le bourbon, y a toutes ces routes sur lesquelles j'ai usé mes godasses, y a ma vieille compagne dont j'ai changé cent fois les cordes, y a les sang nègre qui coule dans mes veines, y a l'amour du Seigneur et la trace du Malin, y a tout ça, et y a que ça ... Je ne suis pas votre symbole, pas votre guide, je suis juste un homme qui donne des bouts de son âme à ceux qui veulent bien les recevoir ..."

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Spocky ...


mercredi 23 février 2011

Ceux qui sauront de Pierre Bordage

2008 ... deux adolescents que tout oppose :
-Jean est ce que l'on nomme un "cou noir", un fils d'ouvrier asservi, juste programmé pour travailler afin de survivre, interdit d'instruction et de savoir, à la merci des aristocrates qui peuvent décider de son sort lorsqu'ils le désirent ..
- Clara, elle, fait partie des nantis, d'une haute famille de nobles, promise à un haut parti afin de permettre à sa famille de réaliser des alliances, quelque part elle n'a pas plus le choix que Jean de son avenir ...

Ces deux là n'auraient jamais du se rencontrer, ni s'attirer et pourtant ...

Car la Révolution de 1789 a belle et bien eu lieu, le roi Louis XVI a bien été décapité, sauf ... que le peuple malgré sa prise des armes, n'a jamais pu faire appliquer la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ... Les années, les siècles ont passé et la société n'a pas évolué malgré plusieurs révolutions, terriblement réprimées, en 1871, 1905, 1941, 1955 et 1982. En 1882, le Parti de l'Ordre a renversé le gouvernement de Gambetta, fait exécuter Jules Ferry et hissé sur le trône Philippe VII. Et depuis lors la grande majorité de la population n'a pas accès au progrès dont bénéficient la noblesse et la grande bourgeoisie.

En 2008, Le roi Jean IV règne à Versailles, la capitale du Royaume depuis 1882, tandis que le peuple opprimé se meurt de faim. C'est un monde moderne où seul le progrès social a été figé à l'époque des Temps modernes.
L'électricité existe mais uniquement pour les nantis, le téléphone n'a pas été développé par peur d'une communication parmi le peuple, mais un système qui s'apparente à notre internet, s'appelant le R2I, s'est développé, les moyens de transport sont actuels : avions, voitures.
Le contraste entre les deux strates de la société est poussé à son paroxysme :
Les cous noirs se battent à coups de fusils rouillés, s'éclairent à la lanterne, travaillent comme des esclaves pour un salaire de misère, risquent le Bagne s'ils apprennent à lire et à écrire, et la mort s'ils se révoltent contre le régime, tandis que les nantis se chauffent et mangent à leur faim et répondent aux émeutes aux commandes de chars, lançant des obus.
Et en même temps, les problèmes inhérents à notre propre époque sont mis en valeur : la délocalisation à l'étranger (là dans les colonies où la main d'oeuvre est moins chère), le manque de pétrole (parce que le Califat a fermé ses frontières à l'Europe), les aristocrates payent des émeutiers pour ouvrir le feu lors des manifestations et ainsi justifier l'intervention armée de la garde.

Ceux qui sauront est un livre jeunesse, le style de Pierre Bordage est aisé, facile à lire, les chapitres s'enchainent en mettant l'accent sur l'un puis l'autre des deux héros avant leur première rencontre, c'est évidement très manichéen comme souvent dans ces livres destinés à la jeunesse (ce qui est un peu regrettable). Mais on se laisse très facilement porter par l'histoire, je lui reprocherai juste un peu trop de platitude, dans le sens que cela manque un peu de sentiments.
Le livre aurait gagné à approfondir un peu plus les ressentis des personnages, leurs réelles souffrances ou joies, qui ne sont en fin de compte qu'effleurées. Ce qui amène un peu à manquer d'empathie envers les deux adolescents dont on suit les aventures sans vraiment se sentir touché.

Pour le reste, c'est un bon livre jeunesse, destiné notamment aux adolescents, l'uchronie est bien mise en place et les divers rappels historiques permettent facilement de se repérer dans le récit.
Il existe une suite à ce livre, Ceux qui rêvent que je lirai par la suite.

Ce livre a été parcouru dans le cadre du challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Extraits
"Liberté, égalité, fraternité, trois mots magnifiques, n'est-ce pas ? Trois mots qui formaient le coeur de la Révolution. Trois mots qui, si nous avions su les cultiver, auraient changé la face du monde."

"Nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas égaux, nous ne sommes pas fraternels. Nous avons transporté dans notre siècle, les maux qui caractérisaient l'ancien régime, l'ordre social, l'injustice, la peur, la misère, l'ignorance, la famine."

Elle heurta un corps inerte. Poussa un cri d'horreur lorsqu'elle reconnut le visage de Marie. La fillette paraissait dormir, les yeux clos, le visage paisible. Elle avait reçu une balle en plein coeur.

Croire au destin c'est renoncer à sa liberté d'être humain.

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