Affichage des articles dont le libellé est Pennac. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pennac. Afficher tous les articles

samedi 30 mars 2013

Aux fruits de la passion de Daniel Pennac

Après Clara, c'est à présent Thérèse qui se marie avec le comte Marie-Colbert de Roberval ...
" Ce n'était pas un conteur. C'était un conseiller à la Cour des comptes. Le Petit était encore à l'âge où on place ses espoirs dans l'homonymie ; il entendait ce qu'il voulait entendre."
Et évidement on peut prévoir la suite des évènements, Benjamin en est malade (il sent, lui, de suite que ce n'est pas un homme pour sa soeur), le comte est assassiné et .... 
Mais non pour une fois ce ne sera pas Benjamin Malaussène l'accusé, pour la toute première fois, et ce n'est pas faute de s'y préparer, le pauvre tellement il a été accusé ces dernières années, il n'y a pas l'ombre d'un soupçon sur ses actes et présences là où il ne le faut pas.

Bon ... Aux fruits de la passion, qui est le dernier tome de la saga Malaussène que je possède -il existe encore Monsieur Malaussène au théâtre que j'avais lu mais non acheté et Des chrétiens et des maures jamais lu - et si je n'ai pas lu le dernier cité (qui pourtant chronologiquement intervient avant celui-ci) c'est que probablement Aux fruits de la passion avait sonné le glas de ma passion pour cette famille pas comme les autres.

A sa relecture, je pense que j'ai eu les mêmes sensations que la première fois, ce roman-ci est un loupé .... c'est celui de trop, car si la sauce avait eu un peu plus de mal à prendre déjà avec Monsieur Malaussène, elle n'a pas pris du tout avec Aux fruits de la passion. Pire, je me suis même un tantinet ennuyée.
C'est que ce coup-ci, on a non seulement la sensation de relire du mille fois lu mais en plus Pennac semble avoir remisé au placard tout ce style qui faisait le délice de son récit sur les Malaussène, ses réparties, ses notes d'humour, ses jeux de mots ... presque rien .... 
La tendresse des débuts ? presque inexistante .... Peut -être aurait-il fallu que l'auteur stoppe sa saga sur le précédent roman (même si le précédent je ne l'ai pas lu et que j'ignore si je l'aurais apprécié ou non, je l'achèterai peut- être un jour pour me faire mon idée.)

En tout cas j'ai été déçue et pour moi c'est vraiment le plus faible de la série, même si l'on retrouve les personnages que l'on aime, on a la sensation qu'ils sonnent creux, qu'ils sont fatigués eux aussi de toute cette attention tournée vers eux depuis tant d'années. Il aurait peut-être été temps de les laisser tranquilles ce coup-ci ....

Mon préféré restant La fée carabine, de loin ! je regrette presque avoir terminé mon plaisir de lecture par cette note de frustration ... Dommage.

samedi 23 mars 2013

Monsieur Malaussène de Daniel Pennac

"Réveil brutal de ma défense.
- Un assassin, parfaitement ! renchérit maître Ragaud. Et qui n'en était pas à son coup d'essai lorsqu'il brûlait vifs les malheureux habitants de cette paisible maison alpestre !
Ma défense bondit :
- Je ... Nous ... Ces allusions ...!
- Dix-sept ! rugit maître Ragaud. Dix-sept allusions à dix-sept meurtres ! bombes, couteau, seringues, revolver, avant les quatre exécutions par le feu de Loscence ! Sans parler de ces pauvres filles découpées au profit d'on ne sait qui ...
- C'est pas vrai !
(Je le jure, mon avocat s'est écrié "C'est pas vrai". Ma défense a objecté que c'était "pas vrai !". L'unique objection de ma défense : "C'est pas vrai !")
Maître Ragaud lui-même en est sincèrement affligé."

Il fallait bien que cela arrive un jour ... à force d'être toujours présent au mauvais moment, au mauvais endroit ... Benjamin Malaussène se retrouve accusé de vingt et un meurtres ! Un condensé de toutes les morts arrivées lors de ces dernières années : les attentats aux bombes du Au bonheur des Ogres, les drogués de la Fée carabine, le meurtre du mari de Clara de La petite marchande de prose .. et maintenant ...
"Bref, voici la conclusion de maître Rabutin : moi, Benjamin Malaussène, j'aurais écrit ces faut pour éliminer un enfant non voulu. Puis j'aurais assassiné le docteur Fraenkhel au nom de la vengeance paternelle -circonstances atténuantes s'il en est - pour dissimiler le véritable mobile de ce meurtre : le vol du film Unique !"

Verdict en 4 minutes 31 secondes chrono : coupable ... 
Sentence : réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sécurité de trente années incompressible.

"Explosion de joie universelle. Je n'ai jamais fait un tel plaisir à tant de gens en même temps. Monsieur Quatorze Juillet soi-même ! Il ne manquait que les fusées d'artifice. Le voisin embrassait la voisine. Délivrés du mal, tous autant qu'ils étaient. Alléluia !"

Rideau .... acte suivant ... Car Pennac consacre une partie (la plus importante) de son récit à une mise en abîme des plus réussies (parce qu'on fonce à plein dedans) .... le théâtre dans le théâtre, en somme l'histoire dans l'histoire ... avant de tirer le rideau et de reprendre le cours normal des évènements. Je m'y suis fait prendre, comme probablement la toute première fois que je l'avais lu, malin le bonhomme ! Le tout d'autant plus réaliste que c'est rédigé par Jérémy lui-même, qui s'est décidé metteur en scène de pièces théâtrales au Zèbre, un cinéma en voie de démolition .... à moins que la projection d'un fameux Film Unique, légué à Julie, sauve le tout ...
Sauf que ce Film disparait, que son auteur lui-même (et son fils avec) sont assassinés ... qu'en même temps des prostituées repenties se font écorcher vives par un amateur de tatouages .... C'est l'apothéose en matière de criminalité dans Belleville. Dommage qu'une fois de plus notre Bouc émissaire soit dans les pattes de la police, une police moins conciliante que ne fut le Commissaire Divisionnaire Coudrier, parti à la retraite et remplacé par un gendre qui veut faire du zèle.

Heureusement pour soutenir Benjamin, il y a la famille (renforcée par la récente arrivée de C'est Un Ange), il y les amis dont le cercle ne cesse de s'agrandir : ainsi Gervaise, fille de Thian, vient remplacer ce dernier aux yeux de Verdun, l'enfant atomique, ainsi deux nouveaux flics Titus et Silistri prennent Benjamin en affection .... et puis Cissou, Clément, des personnes qui traversent sa vie le temps d'un battement de coeur ... sans oublier LA nouvelle, Julie est enceinte !
Après avoir élevé les enfants de sa mère, Benjamin deviendrait père ! Avec tous les doutes et interrogations que cela provoque (oui le Bouc émissaire est un cérébral non spontané, tout est jugé à réflexions et angoisse, rien que du cogitage, rien de nature !), pas étonnant que l'homme ait pu péter un cable n'est-ce pas ? et assassiner tant de personnes ...

Bon .. pour le coupable ou non , pour le "l'a t-il fait ou pas ?", je vous laisse le loisir de le découvrir en lisant ce Monsieur Malaussène, le plus long roman de la série, 645 pages exactement ! Où l'on trouve un condensé de tout le reste plus un peu plus d'explosif et de loufoque, la fin en témoigne .... Ce serait même presque un peu trop Monsieur Pennac ! 
Cela dit cela a au moins le mérite de laisser la part à une imagination plus que débordante de la part de l'auteur qui nous entraine sans sourciller dans son délire .... sous fond de trafic d'images en ce siècle Lumière.

Moins jubilatoire (sauf la mise en abîme) que la Fée carabine ou la Petite Marchande de prose mais tout de même bien sympathique, cette tribu Malaussène décidément ne nous lâche pas !

dimanche 17 mars 2013

La petite marchande de prose de Daniel Pennac

"Vous avez un vice rare, Malaussène, vous compatissez"

Elle ne croit pas si bien dire Majesté -alias la reine Zabo -  éditrice des Editions du Talions, et patronne de Benjamin. Elle peut même ajouter :
"Vous êtes le double douloureux de ce bas monde, Malaussène ! Même moi j'arrive à vous émouvoir, c'est dire !"

Parce que Benjamin Malaussène veut démissionner de son rôle de Bouc Emissaire, le voilà embringué dans un emploi bien pire : faire le double d'un écrivain à succès qui tient à rester dans l'ombre. Faire son double consiste à le représenter en public, répondre à des interviews, participer à des meeting ... et en prime déchainer les passions, les jalousies, les tromperies ..... et se faire tirer dessus. Pourtant Malaussène ne le sentait pas vraiment ce rôle, voire même il ne le voulait pas.
Sauf que sa petite Clara, sa petite soeur préférée, celle qu'il a mise au monde lui-même, perd son futur mari (un archange de 58 ans, directeur de prison idéaliste .... et assassiné au sein même de son établissement pénitentiaire), avant même de se faire passer la bague au doigt, pourtant attend déjà un enfant .... Alors c'est pour elle et ce futur petit à qui il veut constituer un pécule qu'il accepte ... au péril de sa vie.

Et nous voici reparti dans une aventure des plus déjantée au pays des livres, des éditions, de tout ce qui se cache derrière, les magouilles en tout genre, les déchaînements de passions mais par dessus-tout, l'amour de l'écriture, de la reliure, du beau, de l'ancien ....
Si le tour premier tome de la saga de Pennac, Au bonheur des Ogres, nous présentait la tribu Malaussène, si le second tome La fée carabine témoignait de beaucoup de tendresse, ce troisième tome est parti plutôt dans une dérive folle dingue d'une apothéose des malheurs de notre Benjamin Malaussène. Maudit il est, maudit il reste et tout cela parce que, une fois de plus mêlé à un meurtre, le Commissaire divisionnaire Coudrier lui a ordonné de reste le plus à l'écart de tout cela. Ordre écouté et obéi, Benjamin passera les trois-quart du roman relié à des tas de machines, victime d'un médecin machiavélique qui prend son corps pour une banque d'organes vivantes .. alors qu'autour de lui de déchainent les passions et les délires des uns et des autres.

On peut dire que Pennac s'en ait donné à coeur joie dans ce roman-là. D'une part il nous livre une grande partie de son amour des romans  mais d'autre part il nous l'offre au milieu d'un belle explosion d'humour et de loufoque. C'est marrant car je l'avais déjà lu ce roman, mais il a tout de même réussi à me surprendre, à me faire gober la tournure dramatique des évènements : Benjamin, puis Julie sa douce et tendre, transformés l'un en martyre et la seconde en vengeresse acharnée au nom de l'Amour.
L'Amour avec un grand A car c'est toujours ce qui ressort de cette saga, l'Amour de Benjamin pour sa famille, l'Amour qu'ils se portent les uns aux autres, l'Amour de Benjamin pour Julie et réciproquement ... mais aussi l'Amour au travers des multiples sympathies qu'il engendre, que ce soit de ses amis fidèles, sa deuxième famille : Amar et Yasmina ou le commissaire Coudrier. Il est étonnant d'ailleurs à quel point Pennac a su rendre attachant un gars qui à la base pourrait passer pour le dernier des crétins ou au mieux un malchanceux au point qu'on ressentirait le plus grand mépris pour lui, oui après tout ses situations on se demande s'il ne se jette pas à pieds joins dedans ! Et pourtant .... non, il est tellement naïf en quelque sorte, mais dans le bon sens du terme, tellement sympathique et aimant, qu'on ne peut que l'aimer.

Tout ceci sous la plume de Pennac, toujours poétique, jeux de mots et métaphores, qui coule, qui happe, qui nous emmène au plus profond de sa déjantée Petite marchande de prose.
J'avais adoré lorsque j'avais découvert cette série il y a plusieurs années, je me rends compte que j'aime toujours autant.


dimanche 10 mars 2013

La fée carabine

"Il préparait déjà sa phrase : «Permettez-moi de vous aider grand-mère», qu'il prononcerait avec une douceur petit-filiale, presque un murmure, pour que cette brusque interruption du son dans l'amplificateur auditif ne fît pas sursauter la vieille dame. Il n'était plus qu'à un grand pas d'elle, à présent, tout amour, et c'est alors qu'elle se retourna. D'une pièce. Bras tendu vers lui. Comme le désignant du doigt. Sauf qu'en lieu et place de l'index, la vieille dame brandissait un P.38 d'époque, celui des Allemands, une arme qui a traversé le siècle sans se démoder d'un poil, une antiquité toujours moderne, un outil traditionnellement tueur, à l'orifice hypnotique.
Et elle pressa la détente.
Toutes les pensées du blondinet s'éparpillèrent. Cela fit une jolie fleur dans le ciel d'hiver."

Un meurtre et trois témoins, dont deux arabes qui évidement sont soupçonnés, qui pourrait penser qu'une innocente vieille dame serait une meurtrière alors que des coupables tout évidents se trouvent au bon endroit ? 

Un meurtre donc, des petits vieux qui se shootent aux frais de la mairie, un commissaire divisionnaire qui apprend le vol à la tire à ses petits-enfants,  des petites vieilles qui s'entrainent à tirer dans les catacombes de Paris, une journaliste qui disparait et réapparait dans le coma, victime d'un meurtre raté ..... voilà le nouveau quotidien de notre bouc émissaire, Benjamin Malaussène, le gars le plus gentil et affectif de la Terre et qui pourtant une fois de plus, on accuse. 
Il faut avouer que le pauvre diable se trouve toujours au mauvais endroit, au mauvais moment, qu'en plus il a entrepris de sevrer de la drogue tous les petits grands-pères et grands-mères qu'il trouve -lesquels habitent chez lui- et qu'il est responsable de la famille la plus zarbi qui soit : un Petit qui fait de la poésie avec la mort, un Jérémy  qui jure et dit les choses comme elles sont, une Clara tendre et aimante qui fait de la photo, une Thérèse qui lit dans les lignes de la main et enfin la petite dernière, née de la mère de tous et d'un père incertain, la petite Verdun qui hurle dès qu'elle est éveillée. N'oublions surtout pas Julius le chien épileptique et l'oncle Stojilkovicz le champion des échecs.

Le tout dans une ambiance totalement déjantée, remplie de clichés, de stéréotypes, d'humour, d'amour et de tendresse.
La tendresse ... je le soulignais déjà dans mon billet sur "Au bonheur des ogres" mais elle est encore plus flagrante dans La fée carabine, cela déborde de partout, mais sans être mièvre ou niais .. non c'est cette chaleur dont tout humain rêverait. C'est vraiment ce qui caractérise ce roman-là et qui en fait mon préféré de tous.
Ajoutons à cela la façon d'écrire de Pennac .... un des seul auteurs capables de rendre un meurtre poétique :
"- C'est vrai, oncle Stojil, j'ai vu une fée, elle a transformé un mec en fleur.", capable aussi de partir dans des phrases à rallonge sans aucun point et que l'on lit avec la même frénésie qu'il a du mettre en les écrivant .... je l'avais déjà remarqué dans Kamo et moi.

"Il y a ceux que le malheur effondre. Il y a ceux qui en deviennent tout rêveurs. 
Il y a ceux qui parlent de tout et de rien au bord de la tombe, et ça continue dans la voiture, de tout et de rien, pas même du mort, de petites propos domestiques, et il y a ceux qui se suicideront après et ça ne se voit pas sur leur visage, il y a ceux qui pleurent beaucoup et cicatrisent vite, ceux qui se noient dans les larmes qu'ils versent, il y a ceux qui sont contents, débarrassés de quelqu'un, il y a ceux qui ne peuvent plus voir le mort, ils essayent mais il ne peuvent plus, le mort a emporté son image, il y a ceux qui voient le mort partout, ils voudraient l'effacer, ils vendent ses nippes, brûlent ses photos, déménagent, changent de continent, rebelotent avec un vivant, mais rien à faire, le mort est toujours là, dans le rétroviseur, il y a ceux qui pique-niquent au cimetière et ceux qui le contournent parce qu'ils ont une tombe creusée dans la tête, il y a ceux qui ne mangent plus, il y ceux qui boivent, il y a ceux qui se demandent si leur chagrin est authentique ou fabriqué, il y a ceux qui se tuent au travail et ceux qui prennent enfin des vacances, il y a ceux qui trouvent la mort scandaleuse et ceux qui la trouvent naturelle avec un âge pour, des circonstances qui font que, c'est la guerre, c'est la maladie, c'est la moto, c'est la bagnole, l'époque, la vie, il y a ceux qui trouvent que la mort c'est la vie."

15 lignes sans presque respirer mais en buvant les mots tellement c'est  réel et que cela touche au but.

Encore une fois, la trame policière n'est pas le sujet principal du roman ... à la rigueur la traque policière, si, parce qu'elle met en jeu deux nouveaux personnages qui prendront de l'importance au cours du récit : le jeune policier Pastor qui tire les aveux de n'importe qui (il dévoile son secret à la fin) et le vieil Inspecteur Van Thian qui abrite en lui sa doublure .... en quelque sorte un schizophrène. Bien que policiers bourrés de stéréotypes, ils deviennent vite aussi sympathiques que la tribu Malaussène, ce sont des malmenés de la vie, alors qui mieux que la famille de Benjamin peut leur venir en aide ? La tendresse elle est là aussi.

J'ai aimé aussi la façon dont Pennac a malmené les clichés tout au long de son livre: l'accusation facile des arabes, l'impossibilité à penser qu'une personne âgée puisse tuer,  les interrogatoires policiers qui se modifient en fonction de la personne.

" - Tu viens souvent bouffer chez Ben Tayeb ?
- J'y emmène ma famille une ou deux fois par semaine.
- C'étaient tes enfants, à table ?
- Mes frères et soeurs.
- Qu'est-ce que tu fais comme boulot ?
- Directeur littéraire aux Editions du Talion.
- Et ça vous plaît ?
(Voilà, il y les «apparences-tu» et les «métiers-vous». Un homme simple, Cercaire. J'ai une tête de quoi avant que le titre ne vienne contredire l'apparence ? Plombard ? Chômeur ? Marlou ? Alcoolo ?) "

Les apartés entre parenthèses de Malaussène contribuent au savoureux du texte.
Et le bouc émissaire dans tout cela ? Eh bien il est en repos, certes employé chez sa Majesté mais en congé. 
On le retrouvera dès le tome suivant "La petite marchande de prose".

Une mention spéciale donc pour cette Fée carabine qui reste donc le préféré de mes tomes de la saga Malaussène. Et Pennac un de mes auteurs préférés de littérature générale.

Ailleurs
Eh bien pas d'ailleurs en fait, j'en ai ras le bol de visiter des nouveaux blogs, de les découvrir (ce qui en soi n'est pas une mauvaise chose), d'aller y commenter et de ne recevoir aucun retour. Veux bien être gentille et altruiste mais il y a une limite à tout .... Vais d'ailleurs me constituer une Black Liste des blogs à ne plus lire parce qu'au final la blogo c'est comme dans la vie réelle, y'a de sacrés égocentriques et égoïstes (et moi qui pensais qu'une passion commune pouvait gommer certains aspects de l'être humain, imbécile que je suis ....)
Voilà c'était le minuscule coup de gueule final .... j'avoue que cela fait un moment que cela couve, fallait que cela sorte, xd.


lundi 4 mars 2013

Au bonheur des ogres de Daniel Pennac

"Et il ajoute :
- Joyeux Noël, Malaussène !
Maintenant que Lehmann lui retrace ma carrière dans la maison, maintenant que Lehmann lui affirme que, grâce à elle, cette carrière va prendre fin, ce n'est plus de la colère que je lis dans les yeux fatigués de la cliente, c'est de l'embarras, puis de la compassion, avec des larmes qui remontent à l'assaut et qui tremblent bientôt à la pointe de ses cils.
Cela y est, le moment est venu d'amorcer ma propre bombe lacrymale. Ce qui je fais en détournant les yeux ..."

Alors voici comment on obtient d'une cliente arrivée fort fâchée de la déconvenue arrivée à son frigo lequel s'est transformé en incinérateur et a manqué de la carboniser, sa compassion et le retrait de sa plainte en la présence d'un certain Benjamin Malaussène, officiellement responsable du Contrôle Technique, officieusement Bouc Emissaire ...
Qui consiste à se faire copieusement engueuler par son Chef en présence des clients pour que ceux-ci, de fous de rage, repartent, heureux d'avoir évité de faire virer le pauvre bougre si incompétent .... Bouc émissaire, Malaussène maitrise .... non que ce soit un salopard, mais tout simplement parce qu'il est suffisamment sensible et empathique pour compatir aux malheurs des autres.
Et Malaussène est un sacré personnage ! En dehors de son métier étrange, il est propulsé responsable de ses moults frères et soeurs, obtenus d'une mère volage qui passe d'hommes en hommes, le temps de faire un petit avant de repartir aux bras d'un autre ....
Alors dans cette drôle de famille, il y a donc Benjamin, et puis Thérèse la soeur aux mille prédictions, astrologue, voyante, guérisseuse et j'en passe, Clara la petite soeur adorée, tellement parfaite et aimée, photographe des instants de vie, Louna qui ne cesse d'osciller entre la maison et son amour de Docteur qui ne veut pas d'enfant (manque de bol elle est enceinte), Jérémy 12 ans au langage fleuri qui n'hésite pas à faire cramer son lycée pour se livrer à une expérience de bombe artisanale, et le Petit au gros cul et lunettes roses qui dessine des ogres Père Noël dévorant des enfants.

"Gueule de la maitresse : Vous trouvez normal de dessiner un Père Noël pareil, un enfant de cet âge ?
- Et le Père Noël, j'ai répondu, vous le trouvez tout à fait normal lui ?"

Sans oublier Julius le chien épileptique, Hadouch et Amar les copains arabes, Stojilkovitch le vieux Serbe qui pile Ben aux échecs  et Julia la journaliste qui sera bientôt Son Grand Amour :
"Et voilà que moi aussi je te veux. Comme porte-avions, Benjamin. Tu veux bien être mon porte-avions ? Je viendrai me poser de temps en temps, refaire mon plein de sens."

Le tout sur une ambiance de bombes qui explosent inexplicablement dans le Magasin où travaille Benjamin, et à chaque fois en sa présence. Il  n'en faut guère plus pour qu'il soit soupçonné en dépit du bon sens.

Au  bonheur des ogres est le premier tome de l'excellente série de l'histoire des Malaussène écrit par Daniel Pennac. (merci à Alys et Vert de me l'avoir rappelé, erreur de rangement dans ma bibliothèque, il était second après La fée carabine, alors que pourtant le numéro 1 était bien écrit dedans au crayon de papier).
Ce n'est pas mon préféré mais il a le mérite de nous présenter toute la joyeuse tribu, tellement atypique qu'elle en est presque caricaturale, ce qui est formidable dans la plume de Pennac, en-dehors de sa poésie naturelle d'écriture, c'est qu'il y a une telle fraîcheur dans son histoire qu'on a la sensation qu'on va croiser Benjamin, ou le Petit ou encore Thérèse au détour d'un chemin.
Ils sont formidablement vivants et réels ses personnages et le tout dans une ambiance pleine d'amour et de tendresse et d'humour. La vie de Malaussène n'est pas facile au final mais il prend tout avec tellement d'auto dérision qu'il en devient admirable, c'est sa vie, il l'a accepté et du coup on est à fond avec lui.

L'histoire "policière" n'a que guère d'importance au final dans ce récit, si ce n'est qu'elle pose bien le rôle de Bouc Emissaire du personnage principal et surtout sa propension à être accusé de tas de maux alors qu'il est presque Saint tant il est bon et tolérant. On n'avance d'ailleurs dans l'enquête par les déductions progressives de Benjamin qui, forcément, tente de comprendre ce qui lui arrive .... Pourquoi se trouve-t-il toujours présent ? Est-il visé ? Et si ce n'est pas le cas, qui l'est ?

C'est une histoire tendre et poétique que nous livre là Pennac en prologue à sa série, je l'avais lu il y a quelques années déjà mais je m'y suis replongée avec un grand, un énorme bonheur, et du coup j'ai sauté à pied joint sur la suite dès celui-ci terminé.

Ailleurs

jeudi 24 juin 2010

Comme un roman de Daniel Pennac

Je profite de mon post précédent pour introduire un auteur (et surtout un livre puisqu'il est en rapport avec la façon dont les gens abordent la lecture justement) que j'aime beaucoup et dont j'ai lu quasiment tous les livres, y compris ceux qu'il a écrit en littérature jeunesse et dont je parlerai une autre fois.
J'ai découvert Daniel Pennac à la lecture de Chagrin d'école puis ensuite par la série des Malaussène, (La Fée Carabine, Au bonheur des ogres, entre autres ...) et j'ai accroché immédiatement à son style direct et teinté d'humour noir.

Quant à Comme un roman ... découvert bien après ...

C'est un hymne à la lecture, aux lecteurs et leurs droits, un livre que seuls les amoureux des livres peuvent savourer de A à Z. Pour ma part, rien que le fait de lire le droit n° 3 (voir ci dessous) m’a déculpabilisée, moi qui m’obstinais à me forcer à lire des livres qui ne m’accrochaient pas. Merci Pennac !!!

C’est un essai qui se lit … comme un roman, qui se dévore même, comme si Pennac nous prenait par la main pour nous raconter une histoire : notre histoire, celle que nous avons avec les livres, que ce soit une belle ou une mauvaise histoire.
Car nous vivons tous avec les livres, soit en les fuyant, soit en les incorporant à notre quotidien, soit en les ignorant. « Comme un roman » est un livre … déculpabilisant, pour les non lecteurs comme pour les lecteurs, ne serais-ce qu’en nous livrant les 10 droits imprescriptibles du lecteur, comme celui de sauter des pages ou celui de ne pas finir un livre. Ou même le droit de grappiller !!!
Oui éviter des passages ennuyeux, ne pas achever un livre avec qui on ne ressent aucune affinité, découvrir quelques morceaux d’un ouvrage sans en lire le tout, n’est pas un crime, n’est pas trahir le romancier, l’auteur.

Quant à l’explication des non lecteurs … on pense de suite à l’impact de la télévision, des jeux vidéos, des milliards d’autres choses à faire en dehors de la lecture qui en éloigneraient somme d’individus, Pennac pose le postulat que ceux qui n’aiment pas lire sont ceux qui un jour ont été laissés livrés à eux même, face à un livre dont ils ne possédaient plus les clés et qu’ils s’en sont dégoûté.
Le remède ? leur lire des livres, pas durant leur enfance car ceci a été fait mais ensuite, à l’école, au collège, au lycée, pour les réconcilier avec et leur redonner le goût de lire par eux même. Il l’a testé en tant que professeur.

Pour fréquenter quotidiennement des enfants de 9.10 ans qui, déjà affirment ne pas aimer lire, je ne rajouterai qu’une chose : les enfants qui disent détester lire si précocement sont probablement des enfants à qui justement on n’a jamais ou très peu fait la lecture, le soir dans leur lit, dans ce moment privilégié que partagent parents et enfants, au seuil de la nuit où ces derniers se retrouvent seuls dans le noir … protégés par les héros dont on leur a narré les histoires.
Pas certaine que l’école, même en leur lisant des histoires à voix haute, en leur faisant partager sa propre passion pour les livres, puisse totalement les réconcilier avec l’acte de lire et surtout avec le plaisir de lire.
Serai-je trop pessimiste ou tout simplement réaliste ?
En dépit de cela, je ne cesserai pas pour autant de tenter de leur donner ou redonner le goût de la lecture ... en dehors de leur lire des romans ou nouvelles, faire venir des auteurs dans les classes est aussi une formidable manière de les réconcilier avec ces ouvrages dont le contenu leur fait si peur quelquefois ...

Pour rappel ... rencontre avec Scotto

En guise de citations, je me bornerai à citer la quatrième de couverture qui à elle seule donne le ton :
Les droits imprescriptibles du lecteur

1) Le droit de ne pas lire 2) Le droit de sauter des pages 3) Le droit de ne pas finir un livre 4) Le droit relire 5) Le droit de lire n’importe quoi 6) Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible) 7) Le droit de lire n’importe où 8) Le droit de grappiller 9) Le droit de lire à haute voix 10) Le droit de nous taire