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jeudi 28 juillet 2011

A la croisé des mondes : La tour des anges et le miroir d'ambre de Philip Pullman

« Elle se retourna. Derrière eux régnaient la souffrance, la mort et la peur ; devant eux s’étendaient le doute, le danger et des mystères insondables. Mais ils n’étaient pas seuls. C’est ainsi que Lyra et son daemon tournèrent le dos au monde dans lequel ils étaient nés, et, faisant face au soleil, pénétrèrent dans le ciel. »

Ainsi s’achève Les royaumes du Nord, le Tome 1 de la trilogie de A la croisée de mondes de Philip Pullman.
Deux tomes suivent celui-ci, à savoir La Tour des Anges et le Miroir d’Ambre.
Si j’ai choisi de traiter le premier seul et les deux suivants d’un seul tenant, c’est parce que le Tome 1 se concluait sur la quête de Lyra, c'est-à-dire retrouver son meilleur ami enlevé par de mystérieux personnages, marquant l’enfant de façon irrémédiable.
Les deux tomes suivants s’enchainent directement, sans pause dans le récit, ni rupture entre les deux, d’où la logique de les évoquer ensemble.

La Tour des Anges, Tome 2 donc, démarre sur un monde nouveau, le notre dans lequel nous faisons la connaissance d’un garçon Will qui, pour protéger sa mère, se trouve malgré lui meurtrier d’un homme et en fuite. Un garçon qui ignore encore le rôle qu'il va tenir. Et l'arme qu'il va découvrir, le fameux AEsahaettr "le dernier de tous les couteaux", qui lui permettra de passer d'un monde à l'autre.

Si Les royaumes du Nord étaient entièrement tournés vers Lyra et sa quête, avec quelques personnages en sa périphérie, les livres suivants nous entrainent dans des multiples directions et donnent des rôles plus importants que personnages secondaires.
Ainsi Lee Scoresby l’aéronaute dont la destinée arrache quelques larmes. Ou encore Serafina, la sorcière protectrice de Will et Lyra. Et enfin l'ours Iorek, devenu roi, qui tente de trouver un autre territoire pour son peuple, le leur étant menacé par la fonte des glaciers.

D’autres personnages font leur apparition comme les anges des esprits nés de la Poussière, les Spectres qui vident les humains de toute substance les laissant tels les forgisé dans la Citadelle des Ombres , les Gallivespiens étranges minuscules petits êtres espions chevauchant des libellules et frappant leurs ennemis de leur dard mortel fixé à leur éperon et les mulefas étranges animaux doués d’intelligence qui se déplacent sur des roues et s’organisent en sociétés.
Ou alors Mary Malone qui vient du même monde que Will.

Pullman enrichit énormément son récit dans ces deux tomes, y développant des thèmes comme l’écologie et la théologie. Peu à peu on comprend ce qu’est la Poussière, quelle est son utilité, pourquoi l’Autorité souhaite la combattre alors que d’autres ont compris son but ultime, on en apprend plus sur les passages entre les mondes et leurs conséquences ; sur le destin de Lyra, ce qu’elle est , ce qui peut faire basculer le monde , la prophétie qui la poursuit.
Et les évènements s’enchainant amènent vers une guerre que rien ne peut éviter. On a des fois la sensation que cela part dans tous les sens mais au final tout prend sens, tout se met en place et tout trouve sa signification.

Et au-delà de tout cela, il y a l’histoire de deux enfants, de Will et Lyra, qui se comportent comme des adultes, et qui pourtant de temps en temps s’effondrent parce que la tâche est trop difficile ; l’un sans l’autre ils n’auraient pas eu la force de poursuivre. Leur relation est évolutive au cours du récit et ils se retrouveront en fin de compte confrontés à un choix qui leur sera terrible pour tous les deux.

La toute première fois que j’avais lu A la croisée des mondes, j’avais été bouleversée par le dénouement au point que j’avais trouvé cela terriblement injuste, tant j’avais pris partie prenante des personnages.
Je n’ai pas eu les mêmes sensations lors de cette relecture, probablement parce que je souhaitais garder une certaine distance par rapport aux protagonistes, ce qui m’a permis de la vivre plus sereinement.

En conclusion, cette trilogie est très réussie à tous points de vue, bien écrite, prenante.
A lire jeune comme adulte.

Et enfin pour terminer
"Elle savait également que leurs deux daemons ne changeraient plus désormais, maintenant que la main d'une personne amoureuse s'était posée sur eux. Ils avaient trouvé leur apparence pour la vie et ils n'en voudraient pas d'autre."
Alors vous, si vous aviez un daemon, quelle apparence prendrait-il ?

Extraits
Chaque ange était un être distinct, sans aucun doute, et pourtant, ils avaient entre eux plus de points communs qu’avec n’importe quel être humain. Ils partageaient un mélange éblouissant et fulgurant d’intelligence et de sensibilité, qui semblait les envelopper en même temps.

La Poussière qui se déversait des étoles avait retrouvé un foyer vivant, et ces enfants qui n’étaient plus des enfants, débordants d’amour, étaient à l’origine de tout cela.

La signification profonde de ces paroles commençait à se faire jour dans l’esprit de Will et de Lyra. Ils la repoussaient, ils la combattaient, mais elle était semblable à cette lumière grise qui s’infiltre dans le ciel et éteint les étoiles : elle contournait tous les obstacles qu’ils dressaient devant elle, elle se glissait sous les volets et autour des rideaux qu’ils essayaient de tirer.

Ailleurs
ActuSF ; Biblioblog ; Cafard cosmique ; ici aussi un blog

mardi 19 juillet 2011

A la croisée des mondes : Les royaumes du nord de Philip Pullman

Qui aurait pensé que Lyra, cette petite fille élevée parmi des Erudits d’un collège anglais du XIXième siècle, passant son temps à courir les rues d’Oxford à faire des bêtises, était celle que tous attendaient … celle qu’allaient protéger des Gitans, celle dont les Sorcières parlaient depuis la nuit des temps ?

"Et elles parlent d’une enfant comme celle-ci, dotée d’un grand destin qui ne peut être accompli qu’ailleurs, pas sur cette terre, mais bien plus loin. Sans cette enfant, nous mourrons tous. Mais elle doit accomplir ce destin sans en avoir conscience, car seule son ignorance peut nous sauver. "

Le destin de Lyra va s’accélérer et prendre tout son sens lorsque des enfants commencent à disparaitre mystérieusement, enlevés par une organisation terrifiante, sans que l’on sache ce qu’il advient d’eux. Et Roger, le meilleur ami de Lyra, disparait aussi. Un enlèvement qui la conduira jusque dans les Terres Glacées du Grand Nord avec pour alliés un ours banni des siens, des sorcières qui ont choisi de l’aider, et un mystérieux aléthiomètre qui lui permet de décrypter les vérités.
Sans oublier Pantalaimon, son daemon. Et commence aussi une fuite éperdue car des personnes veulent absolument mettre la main sur elle, des personnes dont elle n’aurait jamais soupçonné le machiavélisme et l’horreur …

Philip Pullman est un fabuleux auteur de livres jeunesse, et encore une fois il nous embarque avec lui dans un récit de fantasy tout à fait original et particulier.
Un récit qui se tient, qui se construit peu à peu, avec la découverte de cette fameuse Poussière qui permettrait de voyager d’un monde à un autre mais qui, tel le péché originel dans la Bible, est hautement condamnable, et terriblement craint. Des personnages tout à fait atypiques comme ces dameons qui sont les doubles des humains dans le monde de Lyra, plus que des doubles même, leur conscience dont ils ne peuvent se séparer sous peine de grand souffrance, voire de mort.
Les daemons changent d’apparence durant l’enfance de leur humain, le temps de leur construction, pour prendre leur apparence définitive en fonction de la personnalité de l’être adulte. C’est un concept vraiment intéressant, surtout que les relations qui lient si étroitement l’humain à son daemon sont décrites avec sensibilité et crédibilité, on rêverait d’avoir un tel double dans sa vie.

Les personnages sont bien posés, Lyra est une petite fille tout autant courageuse et intelligente qu’insolente et fabulatrice. Lord Asriel et Madame Coulter, sous des dehors de séduction et de charme, sont en fait de véritables monstres portés par leurs recherches, n’hésitant pas à tout leur sacrifier, tout en montrant un certain attachement envers Lyra.
Les autres personnages secondaires ne manquent pas de consistance non plus et ne sont pas manichéens, par exemple Lee Scoresby, l’aéronaute, bien qu’il soit du côté de Lyra, n’est pas prêt à s’engager sans compromis et sans qu’on lui laisse le livre arbitre de ses décisions. Iorek, l’ours, quant à lui est un tueur impitoyable avant d’être un allié.
Mais peu à peu, tous ces personnages qui ne se ressemblent pas, qui au préalable ne se connaissaient pas, que rien ne lie, vont se rapprocher dans un même but : protéger cette enfant si particulière.

Le récit met un peu de temps à se mettre en place mais ensuite lorsqu’il prend son envol, il devient haletant avec somme de péripéties, de rebondissements et de moments terribles.
C’est un livre édité en jeunesse soit mais il faut déjà avoir une certaine maîtrise de la lecture et une certaine maturité pour le comprendre, il est plus adapté à de grands adolescents qu’à des enfants.
Je l’avais déjà lu il y a plusieurs années, il m’avait énormément plu, je le redécouvre avec un égal plaisir.


Extraits
La lune s’était couchée entre-temps, et le ciel, au sud, était d’un noir absolu, malgré les milliards d’étoiles qui le parsemaient, tels des diamants sur un drap de velours. Mais leur éclat ne pouvait rivaliser avec l’Aurore. Jamais Lyra ne l’avait vue aussi brillante, aussi dramatiquement belle ; à chaque saccade, chaque tremblement, de nouveaux miracles dansaient dans le ciel. Derrière ce voile de lumière qui ne cessait de changer, cet autre monde, cette cité baignée de soleil apparaissait, nette et réelle.

C’était un sentiment si étrange quand votre daemon tirait sur le lien invisible qui l’unissait à vous ; un mélange de douleur intense dans la poitrine, de chagrin profond, et d’amour. Et Lyra savait que c’était la même chose pour Pantalaimon. […] Le daemon se blottit au creux de ses bras, et Lyra se fait qu’elle préférait mourir plutôt que d’être séparé de lui et d’éprouver à nouveau cette tristesse ; elle deviendrait folle de chagrin et de terreur.

Les sorcières connaissent les autres mondes depuis des milliers d’années. Parfois, on peut les apercevoir dans les Lumières du Nord. Ils ne font pas partie de l’univers ; même les étoiles les plus lointaines font partie de l’univers, mais ces lumières font partie d’un univers totalement différent. Pourtant, il n’est pas plus éloigné ; il est parallèle au nôtre. Ici même, sur ce pont, des millions d’autres univers existent, dans une ignorance mutuelle.

Ailleurs
Une discussion sur le Forum du Dragon Galactique ; RSF Blog ; ActuSF

Ce livre a été relu dans le cadre du Défi Steampunk chez Lord Orkan.