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dimanche 26 octobre 2014

Lecture jeunesse en folie

Mardi, achat de 45 livres..... dimanche matin suivant, déjà tout ça de lu .....

 Il reste ........


Et en cours .......




A présent, bilan rapide de ces lectures (Les Orphelins Baudelaire bénéficieront d'un billet à part), en les classant par thèmes :

POLICIER
- Menaces dans la nuit de Marc VILLARD : Ce tout petit polar de la collection Mini Syros reprend les mêmes personnages Des Doigts rouges pour une nouvelle aventure d'effroi. Villard reprend les mêmes ingrédients : un petit garçon qui vit avec ses grands frère et soeur et tombe sur une affaire louche. Ces romans font dans les 36 pages, donc autant dire qu'il faut pour l'auteur vite faire entrer le lecteur dans l'intrigue, c'est assez réussi. Néanmoins je l'ai trouvé bien moins frappant que son précédent où le dénouement valait la peine.
- J'ai tué mon prof de Patrick MOSCONI : Gageons que celui-ci plaira aux élèves rien qu'à son titre. Pourtant j'ai été déçu de son contenu, l'intrigue policière est faible, en plus le dénouement est carrément hors de réalité. Dommage.
- Peur sur la ferme de Sophie DIEUAIDE : Panique à la ferme, des animaux sont atrocement assassinés, mais qui donc peut faire une chose pareille  ? Heureusement Rex, le chien (préféré) du fermier est bien décidé à démêler l'affaire. Alors là, on tombe sur du roman vraiment vraiment sympa : une histoire racontée par un chien en premier lieu, un chien de ferme qui plus est (et tout le monde sait que ce ne sont pas forcément les chiens les plus gâtés), rédigé à la première personne, en interaction avec des animaux de ferme plein de répondant. C'est rempli d'humour et l'intrigue "polar écologique" est bien menée. Bon j'avoue avoir trouvé le coupable dans les premières pages, mais c'est pour les enfants et je le leur conseillerai.

HISTOIRE
- Juillet 42, les enfants aussi de Claude IZNIER : Ce roman a valeur historique dans le sens où il raconte un épisode bien particulier de la Seconde Guerre Mondiale, à savoir la sordide affaire du Vél d'Hiv où plus de 12 000 juifs furent arrêtés à Paris pour être déportés ensuite.
 Le roman commence avec la vie de Dinah et Tauba qui vivent presque normalement en dépit des lois anti-juives sorties en masse : comme les autres petites filles, elles aiment sortir librement et aller au cinéma, même s'il faut porter cette maudite étoile jaune cousue sur ses vêtements. D'ailleurs pourquoi ne pas porter autre chose juste une fois pour aller voir le film dont on a tant envie ? Malgré le drame, l'histoire reste relativement positive, l'objectif n'est pas non plus de s'appesantir sur les conditions difficiles de vie mais avant tout de prendre une sorte de photographie mémoire de ce que pouvait être la vie à cette époque précise, lorsqu'on ne savait pas tout et qu'on reste deux petites filles qui ne comprennent pas bien ce qui se passe .... C'est très bien réussi, un bon roman en complément à l'étude de cette période.

CLASSIQUE
J'entends par classique les livres écrits par des auteurs connue dans l'univers de la jeunesse et très appréciés globalement, notamment ceux publiés par l'Ecole des Loisirs qui reste une référence en la matière.

- Le Chat assassin, le retour et Le Noël du chat assassin d'Anne FINE : Même si ces suites (et il y en a d'autres) ne valent pas le tout premier tome"Journal d'un chat assassin" ("C'est ça, c'est ça. Allez-y, pendez moi. J'ai tué un oiseau.  C'est que je suis un chat, moi.  En fait c'est mon boulot de rôder dans le jardin à la recherche de petites créatures qui peuvent à peine voleter  d'une haie à l'autre. Dites-moi, qu'est-ce que je suis sensé faire quant une petite boule de plumes se jette dans ma gueule ?"), ils restent dans la même tendance : le point de vue d'un chat tout ce qu'il y a de normal qui reste incompris par les membres de sa famille parce qu'il se laisse aller à ses travers de chat : comme jouer avec les boules de sapin, ou grimper sur ledit sapin à la recherche de la mignonne étoile tout en haut, ou encore grimper à un arbre mais ne plus savoir en redescendre .... Bref, le côté amusant des romans réside bel et bien dans la narration d'un chat qui a oublié d'être ennuyeux. C'est plein d'humour, cela fait sourire ou rire, les enfants adorent et ma foi les adultes aussi.

- Le bonheur est coincé dans la tête ; Supermoyen ; La liste des fournitures de Susie MORGENSTERN : Cette auteure est un peu à la littérature enfantine ce que GAVALDA est à celle d'adultes : c'est-à-dire qu'elle a parfaitement compris la psychologie des humains, en l'occurrence des enfants, et qu'elle sait mettre le doigt sur ce qui est important. Par exemple, l'histoire de cet enfant qui se sait moyen en tout et qui aimerait, mais aimerait tellement briller dans quelque chose, quel enfant ne l'a pas ressenti un jour ? (et j'oserais dire quel adulte ?) un encore cet autre qui se lève, la tête dans une humeur sombre mais sans savoir vraiment pourquoi, sans raison et qui du coup a bien du mal à trouver un sens à sa journée .... 
Des petits romans qui se lisent très bien et qui sont très proches des enfants, j'adhère !
D'ailleurs cela m'a donné d'exploiter quelques idées de réflexion avec mes élèves
"Pour s'améliorer, il faut changer. Donc, pour être parfait, il faut avoir changé souvent. (Winston Churchill).
Qu'est-ce que vous aimeriez changer en vous ?"
" Que désirez-vous le plus ardemment dans la vie ? La richesse, le savoir, la célébrité, l'admiration de votre entourage, l'amitié, l'amour, être à la mode, contribuer au bien-être de l'humanité, trouver une passion, nettoyer la planète ?"
- La rivière à l'envers Tomes 1 et 2 de Jean-Claude MOURLEVAT : Je ne présente plus cet auteur dont j'ai lu somme de livres, notamment Le combat d'hiver. N'en déplaire à ce qu'il m'a dit un jour ne jamais avoir écrit de la fantasy, j'aurais tendance à placer les quêtes de Tomek et d'Hannah dans ce thème-ci :  ces deux enfants qui, pour diverses raisons mais lesquelles vont les rapprocher, sont à la recherche d'une rivière qui coule à l'envers et dont son eau empêche de mourir. Lors de leurs voyages initiatiques, ils découvriront la Forêt de l'oubli, la Route du Ciel ou le Village des Parfumeurs et somme d'autres choses toutes plus fantastiques les unes que les autres. A la frontière entre le conte et la fantasy, ces deux livres se lisent très aisément, peut-être un peu plus difficilement par des élèves un peu frileux avec la lecture. Car il y a déjà un bon vocabulaire et une bonne structuration du récit, j'ai trouvé que cela avait un petit côté "Le pays où l'on n'arrive jamais" de André DHÔTEL ou encore "Le 35 mai" de Erich KÄSTNER pour le côté fantastique.

Il me reste La Balafre du même auteur mais je l'avais déjà lu il y a quelques années, je ne pense pas que j'y reviendrai, je me souviens que je l'avais trouvé fort bien.

CHEVAUX
- Black Beauty  de Anna SEWELL : Eh oui je ne l'avais jamais lu, juste tenté, en anglais il y a fort longtemps (et jamais dépassé d'une page !). Black Beauty reste un classique de la littérature du XIXè siècle, c'est-à-dire une littérature non consacrée spécifiquement à la jeunesse comme maintenant. Ce qui en fait au final un roman pas forcément accessible aux enfants de maintenant, en tout cas il faut déjà être un sacré bon lecteur pour l'aborder. Pour le reste que ce roman ait contribué à améliorer le sort des chevaux dans l'Angleterre victorienne, je veux bien le croire car même sachant que ces animaux n'ont pas toujours été traités justement depuis leur conquête on se rend compte à quel point à cette époque les conditions étaient dures à faire évoluer. Je pense d'ailleurs que le principal intérêt de ce roman réside dans son aspect historique, pour l'histoire en elle-même j'avoue que j'en attendais du mieux.4
Par contre je connais beaucoup de cavaliers qui rêveraient d'avoir un cheval aussi courageux, beau et rapide que ce Black Beauty !
- L'ïîe des Chevaux  de Eilis DILLON : Encore un roman qui me laisse dubitative .... face aux capacités de mes plus grands à parvenir à le lire, j'espère que je me trompe, cela dit c'est écrit "à partir de 11 ans" et pour une fois c'est réel (Quand on prend les Orphelins de Baudelaire donc la lecture est conseillée aussi à partir de 11 ans, je pense que cette série peut être abordée plus tôt si on aime lire). L'île des Chevaux est un très bon roman d'aventure, de légendes des années 60, écrit de manière très classique, mais je l'ai trouvé intelligemment construit et intéressant. Reste à savoir, comme Black Beauty, s'ils seront appréciés par des CM.
- A l'oreille d'Atlas de Charlotte BOUSQUET : En voilà au contraire des deux autres qui restera largement abordable (et pourtant, estampillé à partir de 11 ans lui aussi, comme quoi ...) Ce livre je l'avais repéré aux précédentes Imaginales mais sans me décider à l'acheter, il faut dire que des romans sur les chevaux j'en ai lus tellement que je suis devenue très difficile en la matière et que je rejette tout ce qui est niais. Or il y en a un sacré paquet ! 
A l'oreille d'Atlas n'en fait pas partie mais pour autant j'en ai gardé un petit arrière goût amer. Certes il est bien écrit, on sent que Charlotte Bousquet connait parfaitement les chevaux et a de solides requis en équitation éthologique, c'est une histoire charmante mais qui ne m'a pas transportée. En plus j'ai trouvé un peu dommage de mettre en parallèle l'histoire du cheval ombrageux qu'il faut réapprivoiser et celui du garçon en rejet de la société que tant qu'à faire on va remettre dans le droit chemin aussi. Par contre je suis certaine que mes élèves cavalières aimeront.
- 5 Histoires de chevaux (multi auteurs) : C'est étrange car j'étais sûre de ne pas aimer ce format de nouvelles moi qui n'aurais juré que par les anciens recueils : "15 histoires de chevaux". En fait si ce dernier consiste en des extraits de livres, 5 histoires de chevaux sont de réelles nouvelles et finalement cela se lit très bien. J'ai d'ailleurs été plus touchée par la toute courte nouvelle "Galop dans le noir" que par A l'oreille d'Atlas.
A souligner que dans ces nouvelles, il y en a une, très chouette, de SF où des terriens se retrouvent sur une planète inconnue habitée uniquement par des chevaux télépathes dont la robe change en fonction des humeurs, la fin fut très émouvante. Globalement c'est un bon petit recueil dont les récits ont été soignés, il en existe beaucoup d'autres (policier, moyen age, chiens etc ...), une bonne manière pour faire aborder le format "nouvelles" aux enfants.

Suite au prochain numéro ^^

mardi 16 août 2011

Le chagrin du roi mort de Jean Claude Mourlevat

Petite Terre .. une île minuscule, enneigée et gouvernée par un roi pacifique qui vient de mourir ....
Son fils a été assassiné, il n'a aucun descendant ... enfin c'est ce que tout le monde croit ...
Car il existe un enfant Brisco ... confié à une famille après sa naissance, élevé comme leur fils avec leur propre enfant Aleksander .... et tout le monde ignore son origine en dehors d'une vieillie sorcière Brit.
Les deux enfants grandissent comme des frères jumeaux, attachés l'un à l'autre au point qu'ils sont inséparables, jusqu'au jour où celui qui a fomenté la mort du fils du roi, (en réalité le neveu du roi Guérold, banni après ses méfaits) fait enlever Brisco pour l'emmener loin des siens ... et alors la vérité se sait ...

Le roman de Mourlevat se sépare en deux parties : la première qui montre l'enfance d'Alek et Brisco puis la deuxième qui débute 8 ans plus tard, alors que les tentatives pour récupérer Brisco ont échoué, que la guerre pour conquérir le continent sous l'égide de Guérold venu reprendre le pouvoir sur Petite Terre, va faire des milliers de morts ....tandis qu'Aleksander rencontrera son grand amour, ainsi que lui avait prédit une femme ....

Il est des fois très difficile de déterminer si l'on a aimé ou non un livre .... Mourlevat est l'un des meilleurs auteurs de littérature jeunesse française, (il a écrit de petites perles pour enfants comme La Balafre ou l'Enfant Océan et s'est essayé avec succès à la littérature adolescente avec le Combat d'Hiver) et il signe là encore un roman fort bien écrit, bien construit, qui se lit sans heurts ....plein de poésie ....

"La nuit, dans sa beauté insidieuse et cruelle, entra en eux. Et tout se dérégla. Tantôt il semblait à Aleks que le ciel était le lustre de cristal d'un salon gigantesque et baroque, tantôt au contraire qu'il se vidait d'étoiles et devenait tout blanc. L'instant d'après, il resplendissait d'un violet profond. Tantôt le silence se refermait sur la plaine, si dense qu'ils n'auraient pas pu le rompre même en hurlant, tantôt la fanfare assourdissante d'un orchestre symphonique descendait du cosmos et se déversait sur eux."

"Ils se glissaient sous les couvertures et oubliaient les mots. les verbes devenaient des caresses, les adjectifs des baisers. En peu de temps, ils découvrirent l'un de l'autre toute la grammaire de leurs corps silencieux.
Et le vocabulaire.

Et l'orthographe.

Et la conjugaison."


Et pourtant .. j'ai eu la sensation sinon d'incohérences, de ruptures entre la première partie et la deuxième.
La première est pleine de promesse, on est dans une histoire de fantasy, avec un roi, une sorcière, une quête, il manque néanmoins une carte qui aurait parfaitement illustré les lieux, les deux enfants sont attachants et l'enlèvement parfaitement mis en place .... le mystère de la naissance de Brisco est relaté sous forme de conte, ce qui est intéressant. On assiste impuissant à l'échec de sa récupération tout en se posant des questions : pourquoi, alors que le Conseil savait que cet enfant était petit fils de roi, n'a dépêché personne pour le récupérer ?
A un moment où Guérolf ne devait pas s'attendre à ce qu'on parvienne jusque chez lui, il aurait été possible à quelques hommes armés d'intervenir relativement facilement ...
Non seuls le père des enfants, accompagné de la fameuse sorcière Brit et d'une sorte de nain grincheux, tenteront l'impossible et échoueront ... de façon tragique pour au moins l'un d'entre eux ...

On ne doute pas que c'était l'intention de l'auteur puisqu'il fallait que les deux enfants grandissent et soient en définitive séparés ... Certes ....
On imagine alors que la deuxième partie va nous permettre d'arriver au bout de cette quête, qu'il y aura fatalement réunion des deux enfants, devenus adultes, tout du moins retrouvailles ....

En fait le roman prend une tout autre tournure, dans une atmosphère de première guerre mondiale (les tranchées, les poux, la peur, les hommes terrés, les exécutions des soldats déserteurs pour faire un exemple, tout y est) avec un soupçon de campagne napoléonienne (le pays envahi glacé, les cosaques et la résistance défaite par le froid intense), Aleksander va rencontrer donc le grand amour et tout va graviter désormais autour de cela ...
Exit le frère, tout du moins en partie, il y aura retrouvailles certes, d'une façon qu'on devine d'avance mais aucun espoir de final à cette relation ... les deux enfants ont grandi, ne se reconnaissent qu'à peine, se séparent à nouveau .. sans rien essayer ...
Un peu frustrant ...

Du coup j'avoue avoir été relativement déçue et m'être un peu ennuyée durant la seconde partie. Cela partait vraiment bien, une ambiance féérique, un paysage enneigé, une amitié fabuleuse entre deux enfants, Mourlevat excelle pour conter des histoires d'enfants .... je l'ai trouvé moins touchant dans son histoire de jeunes adultes .. tout du moins dans le livre là, car sur Terrienne, la sauce avait parfaitement pris ....

J'ai trouvé regrettable qu'il fasse presque deux histoires en une ... que les promesses du début n'aboutissent pas ... que cette histoire de petit fils de roi caché, enlevé, retrouvé malgré tout, n'aille pas jusqu'au bout. Que l'histoire prenne une toute autre direction.
Et les errances finales d'Alek et Liz pour se retrouver et toujours se manquer, sont un peu agaçantes ...

Un avis donc mitigé pour ce roman, fort bien écrit certes mais qui manque de consistance à mes yeux .... Dommage ...
Cela dit un avis qui n'a pas l'air de faire l'unanimité si j'en crois les nombreuses critiques élogieuses que j'ai pu lire ; ce livre ne m'a visiblement pas convenu mais pour autant je n'inciterai surtout pas à sa non découverte ! Parce que cela reste un Mourlevat malgré tout ....

Ailleurs
Ici l'interview de l'auteur ; chez lily ; passiondeslivres .....




vendredi 3 juin 2011

Terrienne de Jean Claude Mourlevat

Lorsque Virgil vieil écrivain de 71 ans prend en stop Anne 17 ans il ne se doute pas de ce que l’attend ...
"A présent, il roulait au ralenti sur cette étroite route bordée d'herbes hautes. Il évoluait comme dans un rêve dont on aurait réglé parfaitement la netteté de l'image et du son, ajusté les reliefs et la densité, jusqu'à lui donner l'apparence hallucinante de la réalité. Un rêve dont la durée n'aurait pas été distordue comme dans les vrais rêves, mais serait au contraire restée constante et réaliste.
Il en éprouvait à la fois la terreur et l'émerveillement."

En effet Anne est à la recherche de sa sœur disparue depuis 1 an suite à son mariage .. sauf que Gabrielle a disparu dans un autre monde … un monde parallèle terrifiant.

Un monde dans lequel tout est aseptisé, on n'y respire pas car c'est sale, les sentiments sont réprouvés, les conjoints s’appellent des compatibles et les enfants des adoptés, tout contact est proscrit, toute maladie est abolie … sans respiration, pas de postillons, pas de microbes … un jour les êtres de ce monde s’assoient par terre et ne bougent plus ...
Alors le service sanitaire vient les chercher et les met à mort puis les incinère.

Aucun enfant ne nait naturellement et tout est programmé, sélectionné génétiquement ..
Bien sûr cela fait fortement penser au Meilleur des Mondes de Huxley dans lequel toute reproduction sexuée a disparu et les êtres humains sont créés en laboratoire, leur future position hiérarchique déterminée par les traitements subis par les embryons. Mais aussi au film Bienvenue à Gattaca d'Andrew Niccol, dans lequel la génétique aussi déterminait l'avenir des enfants et surtout l'erreur génétique leur interdisait un brillant avenir.
Car dans le monde créé dans Terrienne, il existe aussi des enfants naturels hybrides, que l'on cache honteusement et entraîne à espionner le monde des humains.

C'est un roman jeunesse très intéressant à plusieurs points de vue, d'une part par les procédures de styles
- le changement de point de vue selon les personnages, on passe du Je (et récit rédigé au présent) lorsque Anne narre son aventure pour poursuivre sur les autres personnages, avec un ou ELle et un récit rédigé à l'imparfait.
- la répétition de certaines phrases dans un but bien précis de faire apparaitre encore plus effrayant l'action car elle est vécue du point de vue à la fois du lecteur mais du narrateur.
« Il a saisi la pauvre femme par le poignet et l’a trainée jusqu’à la baie vitrée qu’il a fait coulisser de sa main libre, puis il l’a décollée du sol, brandie au-dessus de lui et jetée par la fenêtre.
Il a jeté Mme Stromiwell par la fenêtre
. »


D'autre part par la création d'un autre monde qui se tient parfaitement, dans lequel les humains sont perçus comme des extra terrestres, voire n'existent que dans les contes que l'on raconte pour effrayer les adoptés. On y accède par un passage qui peut s'ouvrir ou se fermer au gré de la volonté des personnes.
Et enfin un récit qui se tient, qui se dévore d'une traite, qui donne souvent froid dans le dos et qui aborde des sujets graves comme l'eugénisme, la déportation et le génocide.

J'ai lu beaucoup de Mourlevat déjà, dans mes classes, notamment l'Enfant Océan, (une parodie du Petit Poucet, admirablement écrit), la Troisième Vengeance de Robert Poutifard, mais aussi pour le plaisir comme la Balafre ou Combat d'Hiver, c'est un auteur que j'apprécie beaucoup pour la variété et la qualité de ses romans. J'ai pu le rencontrer aussi à Zinc Grenadine et échanger quelques mots avec lui, un petit regret sur son manque de disponibilité envers les écoles car j'aurais vraiment aimé faire un travail avec lui et mes élèves sur ses romans.
Et aussi pour la petite anecdote, il n'aime pas la fantasy et n'en a jamais écrit ! xD
En attendant il ne se défend pas mal du tout avec le fantastique et la SF même s'il s'en défend :
"Je dirais que c'est un livre de Science Fiction écrit par quelqu'un qui n'y connait rien du tout, c'est-à-dire moi".

Extraits
" Je viens de "passer" pour la troisième fois. J'utilise le mot "passer", c'est celui qui me paraît le mieux convenir. "Passer" signifie mourir aussi, je le sais bien. On dit qu'untel est passé , qu'il est donc mort. Mais ce n'est pas dans le sens là que je l'entends. Je ne meurs pas. Je passe. Je passe d'un monde à l'autre par ce chemin, cet unique chemin, celui qu'a pris ma soeur."

"Bran Ashelbi suivait la voie rectiligne que lui indiquaient ses pas. Spontanément, il libéra sa gorge. Il inspira et expira lentement, avec conscience. C'était à chaque fois comme une célébration de son souffle retrouvé, et son corps jubilait, telle une plante assoiffée qu'on arrose."

Ailleurs
AdoLire ; Mille et une pages

Une rencontre avec Jean Claude Mourlevat ici

mercredi 20 avril 2011

Le combat d'hiver de Jean Claude Mourlevat

Dans un pays gouverné par la Phalange, une dictature qui a pris le pouvoir par un coup d'état, la résistance s'est organisée mais a été impitoyablement écrasée.
Aujourd'hui encore, les résistants sont soit mis à morts à l'aide d'hommes-chiens qui, une fois qu'ils traquent leur proie, ne la lâchent plus, soit obligée de se battre à mort dans des arènes ...
Pourtant il existe encore un petit espoir ....
Miléna, Helen, Bartoloméo et Milos ne se doutaient pas , en s'enfuyant de leurs orphelinats respectifs, qu'ils seraient, comme leurs parents avant eux, les moteurs de la révolte .... et que surtout une voix ... celle de Miléna serait leur alliée pour lutter contre la barbarie et la cruauté ...

C'est un livre très sombre, dramatique, que Mourlevat a écrit là, qui retrace les années noires de la résistance, le combat pour la liberté, les sacrifices des uns et des autres. Mais aussi un livre fort bien mené, dans lequel on se plonge et qu'on lit d'une traite.
Ce que j'apprécie particulièrement c'est que si Miléna et Bart font figure de héros, le personnage le plus présent reste celui le plus proche de nous, Helen, qui sans mettre en arrière plan les deux autres, reste un personnage du quotidien auquel une jeune lectrice peut s'identifier.
Il y a un côté aussi relativement effrayant dans ce roman, avec les hommes-chiens, qui donne le côté fantastique au récit ....

Jean Claude Mourlevat est une référence dans le monde de la littérature jeunesse, notamment avec son excellent L'enfant Océan mais aussi avec d'autres comme La balafre , A comme voleur ou encore dans un tout autre style La troisième vengeance de Robert Poutifard ....

J'ai eu l'occasion de discuter un peu avec lui lors de la Fête du livre Zinc Grenadine à Epinal ... Le monsieur n'aime pas du tout la fantasy (ne surtout pas lui dire que Le combat d'hiver en est ; cela dit pour moi il ne l'est de toute façon pas), il n'en a même jamais lu, il a tenté de toucher à la science fiction dans un de ses derniers livres, mais sans en connaitre les ficelles, xD. N'en reste qu'il écrit quand même de très bons bouquins, qu'il a un style puissant et qu'il faut déjà être un bon lecteur pour aborder sa prose (j'entends bon lecteur d'un point de vue de l'enfant).
Petit (gros ?) regret il ne se déplace plus dans les écoles loin de son domicile .... dommage ....

Le combat dhiver a obtenu de nombreux prix : prix France Télévision 2006 ; prix Livrentête 2007 ; prix Saint Exupéry 2007 ; prix AdoLisant 2008 ; prix Sorcières 2008 et le prix des Incorruptibles 2008.

Pour en savoir plus
le site

Ailleurs
biblioblog ; sous le feuillage