mercredi 14 janvier 2015

Le jardin des silences de Mélanie Fazi

De Mélanie Fazi je ne connaissais jusqu'à présent que sa nouvelle "Trois renards" parue dans Les coups de coeur des Imaginales. Une nouvelle qui m'avait enchantée et donné envie de lire autre chose d'elle, j'avais acheté Serpentine aux Utos dernièrement mais c'est en retrouvant un bon achat de livre (gagné à Sèvres il y a un an) que j'ai trouvé ce recueil-ci

Le Jardin des Silences contient douze nouvelles qui aborde des thèmes très variés : divorce, amour, viol, mort, tristesse, deuil .... le tout sous un fond fantastique ou fantasy, douze nouvelles écrites d'une plume juste et sensible, tout à fait comme j'aime.
C'est assez rare dans un recueil de plusieurs textes mais presque toutes les nouvelles m'ont plu notamment :

- Swann le bien nommé qui est une sorte de conte moderne  parodie du conte d'Andersen (ce qui m'a rappelé le fabuleux Soeur des Cygnes de Marillier), amené par l'implicite sans jamais dévoiler précisément le conte d'origine, faisant appel à nos connaissances.
" Je ne peux pas feindre éternellement une extinction de voix"
Cette première nouvelle m'a plongée dans cette ambiance particulière qui est propre à Mélanie Fazi et m'a appris que j'aimais beaucoup sa façon d'écrire et de faire sentir les choses. Ce récit poétique mélange le conte à la réalité, le rêve à la vie de tous les jours. 
"Ole Ferme l'Oeil m'a enseigné bien des choses. Il m'a appris que la vie est absurde et sans pitié.Qu'elle bascule parfois du jour au lendemain, et atrocement : nos repères sont bâtis sur du sable, et il suffit d'un loup pour souffler d'un coup nos maisons de paille."

- L'arbre et les corneilles : Ces oiseaux ramènent chaque jour des décorations de Noël qui évoquent des souvenirs d'enfance à l'aube de donner la vie. 
C'est une très belle nouvelle, Fazi a une écriture émotive, on se sent concerné, complètement en phase avec les personnages.
"C'est le sens de ce rite familial :  réapprendre Noël à la veille de devenir mère soi-même, afin de transmettre à son tour."

- Le jardin des silences qui évoque la perte et le deuil, affrontés peu à peu par des reminiscences de pans de passé, via un jardin qui apparaît et offre des objets souvenirs, symboles de moments douloureux d'une vie lointaine.
"Elle est comme une fragment détaché de moi et que je voudrais reprendre. Mais le cordon qui nous reliait a été tranché".

- Née du givre : ou comment un double né dans le froid peut prendre la place de son double, son reflet, l'évincer et lui enlever toute âme et toute vie.

- L'été dans la vallée : le désir de changer de vie d'une jeune fille reliée à sa vallée par quelque chose de plus fort que la naissance, c'est une très belle nouvelle, tout en retenue et sensible.

- Dragon caché : C'est la nouvelle la plus glauque du recueil, pas par cet étrange enfant qui présente pourtant des particularités qui évoquent répugnance et dégoût mais par cet homme sournois que l'on sent devenir de plus en plus dangereux et malsain au fil des pages. Du coup l'ambiance distillée est légèrement angoissante et prenante d'autant qu'elle montre tous les pires travers de l'homme.

- Un bal d'hiver : encore une très jolie nouvelle sur le recommencement de la vie après la perte. Elle m'a beaucoup touvhée.
"Tu sais, on s'imagine toujours l'au-delà comme un espace unique où ils seraient tous réunis. Mais en réalité, il y en a des milliers. Certains sont tout près de la surface du monde, d'autres beaucoup plus lointains. Certains se touchent, d'autres non. Quant tu as regardé une fois de l'autre côté, il t'en reste toujours quelque chose. Une partie de moi est déjà là-bas."

Mélanie Fazi est une sorte de sorcière de l'écriture, elle envoûte à la manière d'une Lisa Tuttle ou Ursula Le Guin et on y trouve des échos de notre propre âme.
C'est précisément avec ce genre d'écrits que je comprends encore mieux pourquoi j'aime lire et pourquoi les livres me transportent ainsi, c'est que l'on cherche inconsciemment des échos de sa propre existence, des éclats de vie que l'on ne retrouve nul part ailleurs. Peut-être cela me donne-t-il l'impression de ne pas être seule à vivre ces ressentis là ou tout simplement la sensation d'exister réellement, de ne pas seulement faire illusion comme je le ressens si souvent ..... Les livres m'ancrent plus fortement dans la réalité que nulle autre chose tout en gardant leur part de rêve, me protégeant ainsi des moments difficiles de chaque existence.

"C'est incroyable un être humain. Ça paraît si petit, fragile, instable. Mais ça peut contenir acide et magma et rester entier. De l'extérieur, on aperçoit à peine quelques lézardes. Ça peut pourrir de l'intérieur et continuer à marcher."

Ailleurs 
Efelle ; Cachou ....

Entre dans le cadre du Challenge de Tigger Lilly : SFFF au féminin. 


dimanche 11 janvier 2015

Divergente Tome 2 de Véronica Roth

Suite à mon billet un peu mitigé sur le premier tome, je n'étais pas sure de lire la suite mais puisque mon élève dévoreur de livres me l'a si gentiment prêté, je me suis dit que c'était une lecture idéale pour les vacances de Noël.

Nous retrouvons Tris et Tobias, les jeunes héros, juste après la manipulation des Audacieux par les Erudits ; grâce à leur Divergence, ils sont protégés des simulations. C'est désormais la guerre entre les factions et ce monde si bien rôdé explose de tout côté. Vers qui peuvent-ils se tourner ? Les Audacieux rebelles ou les Fraternels ou encore les SIncères ? Et si les Sans Factions étaient la seule solution ?
A qui faire confiance surtout ?
Tris se dresse presque seule face à un destin qu'elle n'a pas choisi mais qu'elle endosse avec courage du haut de ses 16 ans. 

Ce deuxième tome est assez décousu, on passe d'une faction à une autre, au gré des hésitations de la jeune fille (et de Tobias), de ses doutes et de ses investigations, on a ainsi la sensation que l'histoire est au ralenti.   Du coup ce n'est déjà pas le point fort du récit. La fin ouvre une perspective intéressante mais les longs passages sur les recherches pour trouver le produit qui aidera à contrôler les Divergents sont vraiment pénibles.

Par contre, les personnages commencent enfin à trouver un peu d'âme. Je déplorais le côté bien trop manichéen du premier tome alors qu'enfin là l'auteure joue sur le "à qui faire confiance ?" "qui croire ?" Du coup les "méchants" ne sont plus forcément ceux que l'on croit tandis que les "gentils" montrent certaines faces cachées. Ouf, devrais-je dire, car ainsi le récit, prend là son intérêt, il était temps de ne plus tout voir en noir ou blanc et de donner un peu de teneur à ces êtres humains.

D'autre part, il y a un petit quelque chose dans la relation de Tris et Tobias qui titille quelque chose en moi, je n'ai pas bien su l'expliquer lors de la lecture du premier tome, et je ne pense pas pouvoir l'expliciter mieux là mais ce côté fragilité des personnages qui ressort plus fortement, Tobias avec son passé difficile d'enfant battu et Tris avec ses doutes et ses peurs, m'a touchée. Parce que l'on a affaire à des personnages qui ne sont plus sûrs d'eux et se trompent dans leur choix, cela les rend plus proches et plus humains. Bon évidemment, si Véronica Roth avait pu évité de répéter à peu près une centaine de fois que Tris a la gorge serrée et peut à peine respirer tant elle est en souffrance, cela aurait été mieux. 

On n'a pas affaire à de l'écriture haut de gamme, c'est un fait, je dirais même que le seul côté que j'ai aimé dans ce tome fut ce que je décrivais auparavant, qui m'a permis de me détacher d'une histoire somme toute plutôt médiocre.
Je lirai quand même le tome 3 pour voir le dénouement de l'histoire, je sais déjà que ce n'est pas la trilogie du siècle. 

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jeudi 8 janvier 2015

Je suis Charlie ....


Hier soir j'étais bien trop anesthésiée et abasourdie, anéantie, pour réussir à formuler quoique ce soit comme écrit .... Mais, cette nuit, parce que je ne dormais pas, deux choses essentielles sont ressorties ...
La peur et la tristesse ....

La peur parce que maintenant tout est possible .... et que l'humain vient de se monter à nouveau le plus vil, le plus impitoyable et le plus monstrueux de tous les êtres vivants sur cette Terre ....
Hier, Mercredi 7 Janvier 2015 - une date qui restera gravée au fer rouge dans nos mémoires, à l'image de celle du 11 Septembre 2001 - des terroristes fanatiques, des salauds, sont entrés dans les Bureaux de Charlie Hebdo et ont tué .... froidement .... Et cela fait peur, parce que où va-t-on si on peut tuer autrui gratuitement ? Si on est capable d'achever un homme à terre de sang froid ? Si on est capable de regarder des hommes droit dans les yeux avant de les descendre ? Au mépris de leur humanité, de leurs sentiments, de leurs vies ?
Où va-t-on si on peut assassiner la liberté de conscience, la liberté de paroles, ces libertés pour lesquelles un pays s'est battu ? Où va-t-on si l'humour ne trouve de réponse que dans le sang et les armes de guerre ? Comment peut-on croire encore en l'être humain si on peut commettre de telles exactions sans aucun état d'âme ?
Parce que c'est inimaginable et impensable de vivre en France et d'assister à une telle tragédie, aussi ciblée, aussi préméditée.

La tristesse ... parce que ce matin, dix personnes (plus deux policiers) : Charb, Cabu, Georges Wolinski, Tignous, Bernard Maris, Philippe Honoré, Michel Renaud, Mustapha Ourrad, Frédéric Boissaud et Elsa Cayat sont partis au travail, comme tous les matins, ont certainement embrassé des femmes ou maris, des enfants, sûrs de les retrouver le soir, ont pris le métro ou la voiture, se sont salués, ont échangé des plaisanteries, des paroles , se sont réunis .....des gestes de leur quotidien, et au final ... ont trouvé la mort ( et ont plongé dans le désarroi et le chagrin leurs familles et leurs amis).
A un moment de la tragédie, ils se sont retrouvés face à ces ordures qui leur ont demandé leurs noms et les ont exécutés comme sur ces images de guerre où l'on voit un homme à genoux, un flingue braqué sur sa temps .... comme ça, d'un geste, au nom d'un prophète qui jamais, lui, n'aurait voulu cela.  Qu'est-ce qu'on peut ressentir lorsqu'on est face à deux personnes qui vous apportent la mort ?
De la tristesse parce que c'est juste dégueulasse .... parce que c'est inhumain, parce que jamais de telles horreurs devraient se produire, jamais, jamais et jamais !!!

Alors aujourd'hui, jour national de deuil, je n'avais qu'une hâte, vite retrouver l'école, les enfants, mes collèges, ne plus se sentir seule face à l'inconcevable, en parler, partager sa peine.
Je n'ai pas attendu les directives de mon sup-supérieur pour demander à mes collèges, dans la limite d'âge de leurs élèves, d'en parler avec eux, de les laisser amener le sujet, de les aider à comprendre .... de leur ouvrir aussi les yeux sur le danger de faire des amalgames.
Et de faire une minute de silence à 11H.
Alors on a parlé .. il est ressorti des choses formidables, des enfants qui du haut de leurs 9 et 10 ans (je suis restée avec mes élèves même si ce n'est pas moi qui faisais classe aujourd'hui), ont déjà compris des choses, savaient raconter ce qu'ils avaient ressentis mais montraient aussi leur incompréhension
"Mais on a le droit de faire de l'humour !"
"Le prophète c'était qui ?"
"Alors ils les ont tués parce qu'ils faisaient des dessins ?"
"Pourquoi la dame, elle a accepté de donner le code aux terroristes ?"
"On ne va pas partir en classe Paris alors ?"
Nous avons parlé de l'Inquisition au Moyen Age, nous avons écouté les paroles de l'Imam ....et aussi fait comprendre qu'il ne faut pas  condamner toute une religion pour l'action de deux fanatiques qui n'ont rien compris à rien.
"- C'est quoi un amalgame?
- Qui peut expliquer le mot ?
- C'est quand on mélange tout."

Et puis on a mis la pancarte à notre squelette et quelques enfants, spontanément, en début d'après midi sont venus nous montrer les dessins "Je suis Charlie" qu'ils avaient fait.

Voilà ...

Aujourd'hui, nos élèves ont été  intelligents, ils ont été matures, attentifs, intéressés, à l'écoute, ouverts aux paroles de uns et des autres. Ils ont été mille fois supérieurs, mille fois plus adultes et plus sensés que ces deux tueurs qui ont commis le plus impensable des actes.
Terroristes, méfiez-vous, les enfants savent, les enfants n'oublieront pas cette date et ces enfants grandiront .... J'ai l'espoir que vous n'existerez plus jamais lorsqu'ils seront à leur tour adultes.



mardi 6 janvier 2015

L'éveil du Leviathan The Expanse Tome 1 de James S.A Corey

L'humanité a colonisé le système solaire (Mars, la Lune, rebaptisée Luna, la Ceinture d'Astéroïdes et au-delà mais les étoiles restent toujours hors de sa portée.
Deux hommes ... deux destinées qui n'auraient jamais du se croiser ... Jim HOLDEN, jeune Terrien second sur un transport de glace qui fait la navette entre Saturne et les stations installées dans la Ceinture ... un homme loyal, naïf et droit .... jusqu'au moment où il se retrouve, avec son équipage, possesseur d'un terrible secret ...
Et l'Inspecteur Miller, sorte de flic raté,  travaillant sur Cérès jusqu'au moment où on le charge de retrouver et de récupérer une jeune femme .... un homme qui n'hésite à user de la force lorsqu'il le faut ...
Si le Scopuli, vaisseau en perdition, n'était pas le point commun, jamais ils n'auraient fait équipe ensemble dans une guerre qui menace de s'étendre à l'univers entier.

Si je n'avais pas gagné ce livre grâce à Lhisbei (dont je la remercie encore ^^) je ne pense pas que je l'aurais forcément lu. D'une part, la couverture est suffisamment terne pour ne pas attirer le regard et ensuite je ne suis pas particulièrement fan du Space Opéra dans la mesure où souvent ce n'est pas très facile à lire.
Pourtant dès que j'ai eu le livre en main et que j'ai lu la quatrième de couverture, j'ai été tentée de l'aborder, le sujet m'avait l'air plutôt attirant.
En définitive, je l'ai dévoré.
Ecrit à la manière du Trône de Fer (seul point commun, car il est décrit qu'il s'agit d'un Game Of Trones dans l'espace, euh ... non pas vraiment), un personnage après l'autre dans chaque chapitre (sauf que là il n'y aura que HOLDEN et MILLER), le récit nous entraine rapidement dans une sorte de thriller aux confins des étoiles, le tout saupoudré d'actions, de renversements de situations (et ce jusqu'au bout) qui tiennent le suspense. 

Plusieurs choses sont intéressantes dans ce roman.
En premier lieu, la rencontre entre deux hommes qui, à la base, sont complètement antagonistes, le flic désabusé et égoïste et le navigateur idéaliste. Pour autant ces personnages ne sont pas figés, ils évoluent selon les situations et les interactions autour d'eux. Du coup Miller en devient peu à peu sympathique au fur et à mesure qu'il abandonne sa peau de flic grognon et sans pitié pour se découvrir altruiste et investi d'une grande mission de sauvetage. Holden, un peu trop parfait dans ses débuts, commet de sacrés bourdes, la pire était de vouloir divulguer à tout prix tout ce qui se passe, dans un soucis bien compréhensible de communication ; de candide il devient peu à peu réfléchi et gagne en maturité.
Quant aux personnages secondaires, ils sont bien étoffés et comptent vraiment dans le récit.

En second lieu, le côté Space opéra, même s'il ne s'agit que de quelques planètes et qu'en définitive, l'univers n'est toujours pas à la porté des hommes, donne une ampleur et une dimension assez fortes à l'humanité. Il ne s'agit plus là de catastrophes pouvant toucher les quelques milliards actuels de terriens ... mais de l'annihilation d'une base complète pour le compte d'une société obscure désirant tester une sorte de virus : une sorte de laboratoire géant qui couvre des milliers de personnes ..... Ou encore la destruction d'un seul coup de laser ou de missile de vaisseaux transportant des centaines de personnes .... disparaissant en un clin d'oeil ... Ou encore une Guerre Spatiale qui amènerait à la destruction de plusieurs planètes si elle est déclarée. Cela donne le vertige. On passe à côté de désastres ou on y assiste avec une sorte d'impuissance qui montre une fois de plus à quel point l'être humain n'a que peu de valeur face à des intérêts ou des enjeux planétaires. Les personnages ciblés comme Holdent, Miller ou encore Fred n'en prennent que plus de valeur, au milieu de tous ces inconnus que l'on tue d'un seul coup d'arme surpuissante.

Et enfin, le suspense qui se trame autour de cette fameuse protomolécule .... un virus extra-terreste que l'on perçoit comme terriblement menaçant au tout début (une sorte d'Aliens qui promet de belles scènes d'horreur) mais qui peu à peu s'adapte, apprend à composer avec l'humain et évolue de façon plutôt surprenante ..... nous amenant vraiment aux dernières pages pour comprendre ce qu'il devient peu à peu.

Ce drame qui arrive au Scopuli dès les premières pages amène aussi à s'interroger sur la Transparence des informations : faut-il tout dire au nom de la vérité ? et d'ailleurs toute vérité est-elle bonne à entendre ? ne risque-t-elle pas de générer plus de catastrophe qu'autre chose mais est-il juste de ne la confier qu'à quelques personnes sensées diriger intelligemment les autres avec les risques que cela comporte ?
Et quelle valeur a l'être humain face à la vérité ? Toutes ces questions sont abordées par les deux personnages, chacun ayant son propre point de vue, expliqué par sa vision des choses qui lui parait la plus opportune mais qui reste un simple point de vue ..... lequel pourrait être amené à changer.

Tout ceci en définitive fait de l'Eveil du Léviathan un roman haletant, accessible de lecture, malgré l'aspect technique des voyages spaciaux (tout à fait abordable), qui m'a tenue d'un bout à l'autre. Vraiment j'ai beaucoup aimé et nul doute que je lirai les suites.
En j'apprécie qu'il y ait une réelle fin même si l'on sent qu'une suite est envisageable.

Ailleurs

samedi 3 janvier 2015

L'étalon noir, la cité perdue de Steven Farley

Petite j'avais dévoré tous les Etalon Noir de Walter Farley dans la collection Bibliothèque Verte et, comme pour tout ce que j'ai particulièrement aimé, enfant, j'ai tendance à rester dans la fan-attitude jusqu'au bout en espérant retrouver la magie.
Ainsi, non seulement je suis en train de peu à peu récupérer livres et séries télévisées qui ont bercé mes jeunes années, mais en plus je suis toujours tentée de continuer à suivre certaines séries littéraires lorsqu'elles sortent des nouveaux opus ....

La particularité de certaines séries c'est qu'après leur écriture par les pères, ce sont les fils qui se mettent à l'oeuvre .... pas toujours avec grande réussite si on en juge les suites ou prologues de Dune de Frank HERBERT reprises par Brian HERBERT et Kevin ANDERSON (qui aurait mieux fait de rester dans les novellisations de X Files plutôt que de se lancer dans un cycle chef d'oeuvre tel que Dune !).

En ce qui concerne la fameuse série des Etalon Noir, c'est donc Steven FARLEY qui a repris l'histoire dans quelques préquelles et suites .... sans oublier son Spin-Off sur la série nommée Ebène.
Il avait donc écrit L'Etalon noir, la naissance d'un champion, visiblement avec son père si on en croit les deux noms accolés sur la couverture .... l'histoire de Black avant qu'il ne rencontre Alec ... Un épisode pas trop mal mené même si l'on pouvait déjà sentir que la patte Walter s'estompait peu à peu ... avec un petit côté introduction dans le fantastique que son père avait déjà abordé dans certains romans de sa série.

Le côté fantastique prend plus d'ampleur dans La cité perdue : Alec et Black sont invités à jouer le rôle d'Alexandre le Grand et Bucéphale dans un film gros budget dont le tournage se déroule en Grèce. Or un jour, au cours d'une balade, le garçon et son grand cheval noir franchissent un torrent qui les conduira dans un autre monde ... un univers dans lequel une mystérieuse eau semble être la source d'immortalité et dans lequel les mythes et légendes de l'Antiquité semblent revivre.
En soi, ce roman n'est pas mauvais ... il a une cohérence dans le récit, le niveau d'écriture n'est pas trop enfantin, l'histoire n'est pas inintéressante .... Sauf que n'est pas Walter Farley qui veut .... Et son fils, s'il peut écrire des romans sympas, n'a absolument pas saisi la magie de l'amitié entre Alec et Black, telle que la décrivait si bien son prédécesseur. Aussi, s'il s'agit d'un roman d'aventure, il ne s'agit plus du coup d'un roman équestre ... Certes les chevaux sont bel et bien là, certes les deux personnages les plus importants de la série sont présents .... mais réécrits d'une telle façon que cela pourrait bien s'agit de n'importe quelle autre histoire.

Et du coup c'est complètement décevant pour la fan que je pouvais être enfant. Les dialogues, les gestes entre Alec et Black n'ont plus rien de ces entente et communication un peu mystérieuses qui étaient les leurs ...et tout le passé commun des deux semble s'être estompé.
Si La naissance d'un champion démarrait juste après le tout dernier roman écrit par Walter FARLEY (en occultant tout de même un élément important, à savoir le drame affectif qu'avait vécu Alec au tout début de La Légende de l'Etalon Noir), La cité perdue est complètement en-dehors de tout ... Un peu à la manière des Six compagnons écrits et modernisés par le suivant de Paul-Jacques BONZON, plus rien de ce qui faisait la force des livres des premiers auteurs ne reste. J'ai eu la sensation qu'Alec était désormais un étranger qui ne pensait plus tout-à- fait comme l'ancien .... sans parler de sa connivence avec ce fabuleux animal qu'il nomme tout banalement "bonhomme" ...

Plus rien non plus ne subsiste de ces moments d'émotions ou d'intensité que recréait Walter FARLEY.
Non décidément, les fils d'auteurs devraient laisser les héros de leurs pères en paix et ne pas poursuivre sur un filon qu'ils épuisent rapidement par leur ratage dans l'entée de l'esprit des séries d'origine.
Décevant.

mercredi 31 décembre 2014

Une année de plus ...




Au seuil de chaque nouvelle année il est de bon ton de faire un petit bilan de celle écoulée .... en gros de poser les choses.
Ce qui est étrange c'est à quel point les bilans d'une année à l'autre ne se ressemblent absolument pas.
2014 promettait d'être une année plutôt positive : un nouvel élan, de nouvelles perspectives .... Elle fut en définitive plutôt un désastre ... A force de tenter de jouer sur plusieurs tableaux et de s'y consacrer corps et âme, on finit par y laisser un peu son identité, ou tout simplement se perdre soi-même. Et au final on n'a plus sa place nul part ...
Je suis songeuse sur la capacité de l'être humain à pouvoir encaisser tant d'échecs ou de désillusions dans une seule vie ....

Dans tout ceci qu'en est-il de mon blog ? (dont je n'ai même pas fêté l'anniversaire au mois de Juin dernier, c'est tout dire) .... 
 Pour démarrer, le constat de l'an dernier sur le recul du nombre de billets publiés par an se confirme :
137 en 2012
82 en 2013
52 en 2014
A ce train-là Clair Obscur va peut-être finalement disparaître à tout jamais, mais dans la mesure où rien n'est éternel, ce n'est pas si dramatique, il tombera dans l'oubli et nul ne s'en souviendra plus, c'est tout.
Il y eu surtout beaucoup de mois totalement vides de publication : Mars, Avril, Juillet et Août. Et en prime quelques mois où peu de chroniques virent le jour : Février 2 ; Mai 4 ; Juin 5 et Septembre 2.
Alors forcément si on fait le compte, cela n'affiche pas un total très glorieux.
Pour autant tout n'est pas si négatif, je n'ai pas subi d'écoeurement de blogging, tout simplement pas le temps ou pas l'envie, mais sans particulièrement stresser. C'est au moins un point qui reste constant depuis le dernier bilan : je lis c'est bien, je ne lis pas ce n'est pas grave, je blogue c'est bien, je ne blogue pas, tant pis. Et quand je blogue c'est du plaisir, donc point très positif !
Et ces derniers mois c'est plutôt reparti à la hausse et les billets de s'enchaîner, lire reste un plaisir et une nécessité, ou plutôt un besoin dont je ne pourrais me passer.

Ensuite pour le reste :
- Les coups de coeur de l'année ; ils furent au nombre de quatre :
Rainbow Warrior de Ayerdhal
L'importance de ton regard de Lionel Davoust 
Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworsky
Morwenna de Jo Walton

 - Ma Pàl a fait beaucoup de zigzag, une baisse vertigineuse et des remontés grâce aux festivals. Vive les festivals qui permettent à Gugusse Sacapuce de garder une certaine contenance dans son rôle de gardien.

- Les pages les plus vues sur l'ensemble des périodes :
Les enfants de Noé de Jean Joubert.
Bilbo le Hobbit de Tolkien.
Le K de Dino Buzzati.

- Deux festivals : les Imaginales en Mai et les Utopiales en Novembre ;  ce sont des moments qui restent toujours précieux malgré des ressentis différents mais bon le Bureau des Plaintes est fermé.

- Les Challenges de l'année
Celui de Tigger Lilly sur la SFFF au Féminin, un Challenge qu'il ne m'est pas difficile du tout d'honorer dans la mesure où des auteures féminines eh bien oui il y en a finalement pas si peu et comme généralement ce sont de bons romans, c'est vraiment plaisant. En cette fin d'année 2014 j'en suis à 14 billets ce qui est mon record personnel dans un Challenge.
Celui de Lhisbei le Winter  Mythic Fiction, avec une seule publication.
L'autre : le Summer Star Wars Episode II avec une seule publication aussi.
Pas très glorieux en ce qui concerne les deux précédents.
Pour cette année 2015, j'achève le premier Challenge et je ne pense pas m'inscrire à d'autres.

- La vie du blog
Aucune lecture commune cette année, une seule l'an dernier, décidément ...
Je ne peux que remercier mes fidèles posteurs (et posteuses) de commentaires, ils me sont d'autant plus précieux que le nombre de personnes venant poster sur Clair Obscur a diminué au même titre que les billets postés. Les raisons ? J'imagine qu'elles sont nombreuses : mon blog n'est pas assez bien, ou il reste inintéressant, ou il est devenu insignifiant ou trop erratique ou non digne d'intérêt ou tombé dans l'oubli. Qu'importe, le résultat est le même et je suis d'autant plus touchée par les quelques rares qui lui témoignent encore de l'intérêt, donc merci à vous ^^ J'ai pour ma part toujours autant de plaisir à aller visiter leurs blogs.

Et en guise de conclusion, pas de prévisions sur l'an prochain, qui vivra verra, en attendant une bonne année à tous et toutes avec encore de belles lectures et de beaux festivals ^^

dimanche 28 décembre 2014

Le Miroir aux éperluettes de Sylvie Lainé

"Certains écrivent pour changer le monde, ou pour le rendre compréhensible. Sylvie Lainé se contente de cueillir une poignée d'instants, de les lustrer d'un revers de manche élégant avant de les relâcher dans la nature. (...) Et les histoires dont elle nous fait cadeau ne se refermeront jamais tout à fait."
Jean-Claude Dunyach

Que dire de plus ? A la rigueur je pourrais me contenter de cet extrait de préface pour clore mon billet. Je trouve toujours plus difficile d'écrire sur un recueil de nouvelles que sur un roman, car il faut vite entrer dans le vif du sujet à chaque fois et tenter de retenir d'une nouvelle à l'autre (ce qui n'est pas  mon fort car j'ai besoin d'un certain temps pour m'imprégner d'un nouvel univers).
Sylvie Lainé a un certain don pour maîtriser justement l'art de la nouvelle, en quelques pages à peine, d'une écriture douce et coulée, elle nous emmène d'univers en univers, toujours sur le thème de la rencontre.

Rencontre avec une femme qui recherche un regard oublié dans une boisson étrange pour La Bulle d'Euze ; rencontre avec des phénomènes étranges au travers d'une machine qui recréé des images pour la personne sur qui elle est implantée pour La Mirotte ou rencontre avec la nature pour Un rêve d'herbe ou encore rencontre entre une femme et une IA dans Un signe de Setty  ou enfin avec une extra-terreste pour Question de mode..... Chaque nouvelle à sa manière nous invite au rêve mais aussi à l'émerveillement, je pense notamment à Un rêve d'herbe qui m'a conquise : une nouvelle que j'ai trouvée particulièrement belle et poétique : se fondre ainsi dans la nature, c'est du merveilleux à l'état brut.

J'avoue pourtant, à mon plus grand regret, avoir eu du mal à entrer dans des nouvelles telles sur La Mirotte ( bien que je l'ai bien aimée) ou Thérapie douce parce que leur sens m'a un peu échappé .... Ce genre de remarque qui me désespère car je me dis des fois que je dois être bête pour ne pas comprendre ce que d'autres analysent avec tant de finesse.

J'ai beaucoup apprécié aussi Un signe de Setty qui aborde la question de l'Intelligence Artificielle et notre connexion avec le monde informatique.

Un bien beau recueil une fois de plus, avec une écriture toujours juste et sensible. De plus édité chez Act-sf qui nous offre toujours de superbes couvertures.
Par contre juste une petite chose qui m'a gênée et je crois que ce n'est pas la première fois que je le remarque, les coupure syllabique ne sont pas toujours bien faites (liq-uide ; di-sent), cela n'a l'air de rien, ce n'est pas bien grave mais cela me saute aux yeux !

Ailleurs

Entre dans le Challenge SFFF au Féminin de Tigger Lilly.



mercredi 24 décembre 2014

L'autre côté du rêve de Ursula Le Guin

"Je suis en train de craquer, dit-il. Vous devriez vous en rendre compte. Vous êtes psychiatre. Ne voyez-vous pas que je m'effondre ? Des Etrangers venus de l'espace qui attaquent la Terre ! Ecoutez : si vous me demandez encore de rêver, qu'est-ce que vous obtiendrez ? Peut-être un monde complètement absurde, le produit d'un esprit malade. Des monstres, des fantômes, des sorcières, des dragons, des métamorphoses .... tout ce que nous portons en nous, toutes les frayeurs de l'enfance, les angoisses nocturnes, les cauchemars. Comment pourrez-vous empêcher tout cela de se libérer ? Je ne pourrai pas l'arrêter. Je ne peux pas contrôler quoi que ce soit !"

Parce qu'il a abusé de médicaments et utilisé les cartes de pharmacie des autres, George Orr se voit contraint de suivre une TTV (traitement thérapeutique volontaire) auprès du psychiatre William Haber. Nous sommes dans un monde futuriste, des années 2000, (le roman date de 1971) la surpopulation menace la Terre, les gosses souffrent du Kwashiorkor, la nourriture manque il pleut sans cesse sur Portland, le ciel bleu a disparu et les neiges éternelles ont disparu de la surface de la planète. Et à côté de tout cela, Orr souffre d'une pathologie pas banale : ses rêves changent le monde .... Et si au lieu de tenter de le guérir le psychiatre décidait d'induire ces songes pour rendre le monde meilleur .... ou plus supportable pour lui-même ?

Ursula Le Guin signe là un roman de SF où la science prend le pas sur l'humanité ... Sous le couvert de l'aide, on assiste à l'action d'un homme sensé apaiser, le psychiatre Haber, mais qui en réalité va utiliser son patient comme cobaye, le soumettant à des expériences afin d'induire directement ses rêves et l'amener à changer le monde dans la direction qu'il souhaite ..... Mais ce n'est pas si aisé de donner ainsi des directives, ainsi des tas d'imprévus arrivent, comme l'invasion d'Extraterrestres sur Terre ou une diminution drastique de la population mondiale, sacrifiant ainsi quelques millions sans état d'âme ... ou encore la disparition du racisme entrainant une décoloration de la peau .....
Le moins que l'on puisse dire c'est que L'autre côté du rêve amène à se poser une sacré quantité de questions : qu'arriverait-il si l'on pouvait changer les choses en un seul rêve ? Et si tout le monde pouvait le faire en même temps, vivrait-on chacun dans sa propre réalité ? Et si Orr  vivait un rêve continuel et non la réalité ?
Et si on pouvait vraiment améliorer le monde en le changeant ainsi ?
De pages en pages, on découvre que la tâche n'est pas facile .... faire revenir la paix sur Terre par exemple prend une drôle de tournure dans l'esprit songeur de Orr, ainsi il va rêver que les peuples de la Terres sont en paix car unis dans la menace d'une crainte plus grande : celle de l'invasion d'étrangers venus s'installer sur la Lune. L'esprit n'est pas si malléable que Haber le voudrait et à chaque induction qu'il propose à son patient, les évènements ne vont pas forcément dans le sens qu'il voulait à la base .... sauf pour lui car au final ce sont ses rêves de puissance et de pouvoir qui priment sur tout le reste.

Ursula Le Guin n'aura jamais fini de me surprendre, après l'avoir découverte en fantasy, me voici devant ses dons de conteuses en SF .... certes je n'ai pas eu la sensation de ce style si coulé, ni limpide des autres romans mais elle écrit toujours justement, qui plus est, on sent qu'elle s'est bien documentée sur l'aspect psychiatrique des termes,  et le fonctionnement du cerveau, notamment sur le mécanisme du sommeil. Suis contente enfin de lire des termes comme schizophrénie paranoïde (et non pas paranoïaque), bon c'est un détail ...

En ce qui concerne les personnages, un peu trop manichéens à mon goût, je n'ai commencé à m'attacher à Georges Orr qu'au moment où il est passé de son statut "mou subissant" à celui d'actif opposant" et surtout lorsqu'il est tombé amoureux .... car à sa façon, sensible et fragile il paraît mais en réalité il se révèle vraiment solide, il faut l'être pour supporter de vivre de telles épreuves ! Quant au psychiatre, c'est vraiment Le personnage antipathique par excellence, d'ailleurs sa façon de gérer son cobaye m'a mise plus d'une fois mal à l'aise .... son égoïsme et son manque d'empathie sous le couvert de la science étaient très dérangeants.

"Quand les choses ne bougent plus, c'est le résultat final de l'entropie, la fusion de l'univers. Plus les choses continuent à se modifier, à se mêler, à se combattre, à changer, moins il y a d'équilibre, et plus il y a de vie. Je suis pour la vie, Georges. La vie elle-même est un énorme combat contre l'inégalité, contre toutes les inégalités ! Vous ne pouvez pas vivre en sécurité, la sécurité n'existe pas. Alors, sortez de votre coquille et vivez pleinement ! Ce qui compte, ce n'est pas comment vous y arrivez, mais où vous arrivez. Vous avez peur d'accepter le fait que, vous et moi, nous sommes engagés dans une expérience extrêmement importante. Nous sommes sur le point de découvrir et de contrôler, pour le bien de toute l'humanité, une force nouvelle, un champ tout à fait nouveau d'énergie anti-entropique, de vie, de volonté d'agir, de créer, de changer !"

Un roman que j'ai beaucoup apprécié donc, très original, intelligent, bien écrit- mais on n'en attend pas moins d'une telle auteure - j'ai juste été un peu frustrée par une fin que j'ai trouvée trop rapidement amenée.

Ailleurs
Efelle  .....

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samedi 20 décembre 2014

Divergente de Veronica Roth

Dans  un monde où la société est divisée en cinq factions selon les tempéraments et caractères des humains qui la composent, Tris, à cette 16  ans, est à l'âge où elle doit faire son choix. 
Née Altruiste, elle a pourtant la possibilité d'intégrer aussi une des quatre autres factions : les Fraternels, les Audacieux, les Erudits et les Sincères. Au préalable des tests de simulation détermineront pour quelle faction elle est la mieux adaptée ...
Sauf que pour elle, comme pour quelques cas rares, il s'avère qu'elle ne rentre pas dans les cases, son esprit n'est pas conditionnable et enclin à suivre un mode de pensée fixe : elle est une Divergente ....
Seulement dans cette Société parfaitement contrôlée, il n'est pas bon de sortir de la norme ....

Je n'aurais pas forcément eu l'envie et l'idée de lire ce livre (que je craignais dans la même optique que les Hunger Games) mais dans la mesure où il s'est retrouvé sur la table de mon fanatique et fantastique lecteur CM2 de l'année, j'ai eu envie de m'y plonger : eh oui j'aime bien savoir ce que lisent mes chères petites têtes brunes (il n'est pas blond, eh eh), ne serais-ce que pour en parler avec eux et pour comprendre comment ils perçoivent les choses.

Bref, j'ai donc lu le Tome 1  de Divergente (qui ne ressemble en rien à Hunger Games en dehors du fait que l'héroïne est une jeune fille et que le monde est une dystopie). C 'est un roman qui se lit bien et facilement, le style est simple (un peu trop mais c'est une constante que je finis par repérer dans les romans américains Young Adult, sur ce point-là les auteurs français sont tout de même drôlement plus littéraires !).

On entre dans une société dont on ne connait pas grand chose : aucune idée de son passé, ni même de ce qui a conduit à ces fameuses factions, premier point dommageable ..... Je sais qu'il est pré-conçu que lire de la SF ou de la fantasy implique que l'on entre directement dans un monde régi par d'autres règles que les nôtres actuelles, néanmoins, à moins qu'il ne s'agisse d'un monde totalement éloigné de la Terre, c'est regrettable de ne rien savoir sur ce qui l'a conduit à son présent.
Il s'agit, si l'on en croit d'un monde post-apocalyptique, sauf qu'en aucun cas on ne sait quel drame a pu se passer auparavant pour mener cette société à ce point.
Il faut donc absorber directement cette histoire de factions que j'ai trouvées très caricaturales : les Altruistes sont tournés vers les autres au détriment d'eux-même, les Sincères ne disent que la vérité tandis que les Erudits ont la prétention de tout savoir. Quant aux Audacieux se mettre en danger perpétuel est leur façon de prouver qu'ils ont du courage. Encore heureux qu'il y ait quelques Divergents pour faire sauter ces modes de pensées bien cadrés.
En réalité, chaque faction conditionne ses membres à penser et à réagir d'une manière déterminée, afin de mieux les contrôler et prévoir leurs réactions. Les Divergents, eux, ne peuvent se restreindre à un seul mode de pensées, et du coup cela terrifie les leaders qui ne peuvent avoir prise sur eux.

Le principe n'est pas inintéressant, contrôler une société en l'obligeant à avoir un mode de pensée stéréotypée se rencontre dans beaucoup de romans futuristes où la dictature règne, je pense notamment à 1984 de Georges Orwell.
Après Divergent c'est pas 1984 et certaines choses m'ont dérangée dans ces factions.
Les Altruistes sont perçus comme des moins que rien tout simplement parce qu'ils se soucient en premier lieu des autres, ils sont habillés en gris et ont interdiction de se regarder dans un miroir ou répondre à des provocations. Résultat ils représentent une sorte de bouc émissaire pour les autres factions, en dépit du fait qu'ils sont leaders politiques. En quelque sorte c'est assez antagoniste.
Ensuite en ce qui concerne les Audacieux .... ceux-ci prônent le courage comme maxime et s'habillent tout de noir, avec piercing et tatouages à la clé ... certes ..... Je n'ai jamais trouvé très kiffant les genres gothiques et assimiler ce type de look avec le courage me gène un tantinet. Ainsi faut-il se faire écrire sur le corps et se le faire percer pour entrer dans cette caste de l'abnégation de la peur. Et lorsque l'on apprend en cours de route que le suicide de l'un des initiés prend des allures d'acte de bravoure, on se pose de sérieuses questions ! Sans oublier que l'initiation des jeunes novices ressemble plus à des tortures qu'à un entrainement militaire poussé.
Ce n'est clairement pas la faction que personnellement j'aurais choisi ( bon en même temps, je ne me vois pas du tout dans ces simulations qui consistent à faire face à ces phobies, je vois tout à fait celles que je n'aurais en aucune façon envie d'affronter même pour de faux !).

Heureusement l'héroïne, elle, réfléchit et se révèle plutôt sympathique. Je me souviens à quel point celle de Hunger Games m'agaçait, surtout dans le dernier tome, il n'en est rien dans Divergente. Certes elle est différente des autres mais elle a peur comme tout le monde, elle doute comme tous et ses exploits sont un peu plus dus à son état particulier d'esprit qu'à un côté héros, ce que j'apprécie. D'autant plus qu'elle est plutôt petit et frêle. J'ai apprécié aussi qu'elle ne soit pas le super canon de beauté à la mode et qu'elle plaise plus pour ses qualités d'esprit que pour son physique.

De plus son histoire d'amour avec l'un des membres de sa faction (ah oui au fait, elle a choisi les Audacieux) est plutôt fraîche et bienvenue. Sans compter que le personnage en question a ce petit côté mystérieux avec un passé trouble que j'aime particulièrement dans les romans. Rien à dire sur ces deux-là.
Rien à dire sur les autres non plus sauf qu'il est dommage qu'une fois de plus il faut qu'il y ait les méchants empêcheurs de tourner en rond, les sans-sentiments, les caricaturales mauvaises têtes .... ceux du côté de la Force Obscure mais mince quoi, même Dark Vador avait, bien caché, un bon fond alors pourquoi toujours créer dans les livres ados des personnages foncièrement mauvais qu'on a envie de claquer ?
Cela rend presque ceux du bon côté ridicules car forcément on a envie qu'ils les butent et du coup cela annihile toute compassion envers les négatifs. C'est vraiment un côté que je déplore dans ce genre de romans, c'est dommage car même les adolescents ont besoin de comprendre que leurs ennemis peuvent se révéler des gens qui ont des sentiments même si leurs actes sont guidés par de mauvaises émotions.
Le plus intéressant au final sera Al l'ami de Tris qui, par jalousie et tristesse, réagira en réel humain : colère, remords, gentillesse etc .... un humain peut être tout cela à la fois !

En conclusion, une lecture sympathique, qui constitue une bonne détente mais qui manque de pas mal d'éléments pour retenir l'attention. J'avoue que je deviens aussi de plus en plus sévère en ce qui concerne la littérature jeunesse et que certains clichés finissent pas me lasser. Un peu trop de simplicité dans un monde beaucoup plus complexe ! J'ai bien aimé par contre Tris et Tobias, c'est un bon point, j'aurai peut-être envie de lire le second tome uniquement pour eux, en espérant qu'il se révèlera un peu plus évolué et étoffé.

Citation
L'humanité est faite de telle façon que tôt ou tard, les mauvais instinct reviennent toujours nous empoisonner.

Ailleurs

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