jeudi 17 mars 2011

Le Petit Prince : La planète du temps, adaptation de Fabrice Colin

C'est en découvrant le billet d'Olya sur le fameux Petit Prince (un chef d'oeuvre, à lire enfant, ado, adulte !) que je me suis rappelée celui que j'avais acheté au Salon Livre Jeunesse à Montreuil ... moins pour le titre que pour l'auteur qui n'est autre que Fabrice Colin.

Nous retrouvons les personnages connus de l'oeuvre de Saint Exupéry, à savoir le Petit Prince, son ami le renard, le serpent et la rose dans une nouvelle histoire .... Le Petit Prince et le renard, voyageant à bord de leur avion, continuent leurs visites des planètes pour les sauver du serpent et de ses idées noires (ce sont des créatures noires comme la suie qui attaquent en groupe)...
On retrouve les ingrédients habituels à savoir les messages de tolérance et d'amitié si bien décrits dans l'original .... mais très basiques dans l'adaptation.

Question nouveauté, le Petit Prince peut revêtir un costume d'étoiles et d'une épée magique qui lui permet de combattre les idées noires, il a aussi le pouvoir de donner vie à tout ce qu'il dessine. Pas de doute l'aspect fantasy et magie est passé par là .... Mais du coup le personnage de Saint Exupéry en perd tout ce qui faisait sa fraîcheur, son innocence, sa fragilité ... La Rose, quant à elle , est devenue très tolérante et patiente, attendant des missives de son Prince qui lui raconte ses aventures .....

Il s'agit là d'une adaptation en fait d'un film qui était destiné à passer à la télé (il existe actuellement en DVD, sorti en 2010), en plusieurs épisodes, adaptation donc d'une l'histoire déjà écrite et confiée à Fabrice Colin ...
Sauf qu'on ne retrouve Colin que par le nom, à peine quelques ébauches de sa façon d'écrire par ci par là, son humour par exemple :

"Tu ne peux pas arrêter ? J'essaie de me concentrer.
- Pardon d'exister."

Ou sa tournure de phrases :
"Tourbillonnant autour de l'horloge, les créatures formèrent bientôt un dragon grouillant d'ombres et de fer, qui crissait d'horrible façon".

Bon l'histoire je n'en dirai pas grand chose, cela s'adresse à des enfants d'environ 8 ans, c'est une adaptation d'un film donc la liberté d'expression en devient très réduite. Même si c'est très parfaitement et correctement écrit (avec un bon capital vocabulaire et un récit passé simple- imparfait).
Et c'est bien cette absence de libre arbitre littéraire ce qui m'a posé problème en découvrant ce petit livre, tout au long de sa lecture je me suis demandée : mais où est Fabrice Colin ?
J'ai eu la sensation qu'on l'avait empêché de donner libre cours à sa poésie, comme si le cadre trop strict de l'adaptation avait étouffé son écrit ... du coup c'est une bien pâle histoire qui en ressort ce qui me fait dire que visiblement Fabrice Colin est plus fait pour le libre cours à son imagination que pour la réécriture d'un scénario ..... Enfin en gros c'est gentillet, peut être dans l'ère du temps de l'enfance actuelle mais absolument pas dans la lignée de Saint Exupéry (et là je parle surtout du scénario original pas de l'adaptation en elle même).
Franchement déçue ....
J'aurais envie de conclure par : et si Fabrice Colin écrivait sa propre version du Petit Prince ?

Ailleurs
Yozone ; sous le feuillage

Ici, la BO

dimanche 6 mars 2011

Le Maître du Haut Chateau de Philip K Dick

Et si en fin de compte c'était l'Allemagne qui avait gagné la Seconde Guerre Mondiale, que ce serait-il passé ?
Dans cette uchronie de Dick, datant de 1962, les Alliés ont capitulé devant les forces de l'Axe et les Etats Unis ont été divisés en deux (on pense forcément aux deux Allemagne de la réalité de l'après 1945), l'est du pays est désormais sous la coupelle des allemands tandis que l'ouest a été attribué aux japonais ...
Quelques années plus tard, la vie a repris son cours ... les allemands visent la conquête du ciel, après avoir totalement anéanti l'Afrique, les japonais tiennent leur domination de façon passive mais froide.

C'est un livre très étrange, dans une ambiance feutrée dans laquelle les personnages évoluent lentement, en restant accès sur leurs ressentis et surtout ceux de leurs interlocuteurs, des autres personnes qu'ils vont être amenés à croiser .... Ils se posent sans cesse des questions sur leurs actes et ceux des autres, sur leurs façons de réagir, comme si toute spontanéité avait disparu avec la défaite .... J'ai eu vraiment la sensation qu'ils marchaient en permanence sur des oeufs tout au long de l'histoire.
Il faut dire que le récit de Dick est lent, très lent, comme posé lui aussi, dans une attente que quelque chose bouge, arrive, se passe ... On se sent presque hypnotisé en le lisant.

Au delà des personnages, deux livres ... tout aussi importants en fin de compte que les protagonistes
- le Yi King ou Livre des transformations, le Cinquième Livre de la Sagesse divine, un livre vieux de 5 000 ans, qui permet à l'aide de baguettes de voir si le chemin emprunté est le bon ou pas.
Je ne peux m'empêcher de songer à cette citation de Bordage dans Ceux qui sauront : " Croire au destin c'est renoncer à sa liberté d'être humain." Fatalement les personnages de Dick s'en remettent sans cesse à ce livre et n'ont en fin de compte aucune prise sur leur avenir, on les sent comme déshumanisés.
Ce qui fait d'ailleurs l'écueil de ce roman, il est très difficile d'accrocher à ce genre de personnages, de ressentir de l'empathie pour eux ...
L'exemple le plus flagrant étant le commerçant Childan dont tous les actes sont dictés par ce que peuvent penser les autres "Les aspirations, les terreurs, les tourments de Robert Childan surgirent devant lui, vinrent le submerger, lui paralyser la langue. La main crispée sur le téléphone, il se mit à bégayer."
Mais les autres protagonistes aussi, Frank Frink qui se lance dans son propre commerce, son ex femme Juliana, qui suit un italien rencontré dans un bar et finalement découvre ce qu'il trame., Monsieur Tagomi un japonais qui traite avec Childan. .. tous utilisent le Yi King et en marquent leur chemin. C'est presque effrayant.

- La sauterelle pèse lourd, un ouvrage écrit par Abendsen et qui retrace un "et si les Alliés l'avaient emporté ?", livre bien entendu interdit et pourtant largement diffusé, livre qui guidera en fin de compte les actes de Juliana, lui donnant à nouveau libre arbitre de sa vie.

C'est ce qui fait l'originalité justement du roman de Dick, il a écrit une uchronie dans l'uchronie ... nous lecteurs découvrons ce qu'aurait été le monde sous la victoire des allemands tandis que les personnages-lecteurs du livre que nous avons entre les mains découvrent, eux, à travers un autre livre, ce qu'aurait été le monde si les Allemands avaient perdu.
Cela donne une vision double des choses très intéressante.
Dick porte d'ailleurs un regard sur la folie des allemands qui donne froid dans le dos (voir la deuxième citation ci dessous).

En résumé, Le Maitre du Haut Château est un incontournable du genre uchronique, je serais curieuse de découvrir d'autres ouvrages de cet auteur qui m'a l'air totalement atypique dans sa façon de narrer les évènements et surtout dans sa perception des personnages.
Néanmoins j'avoue que ma lecture a été empreinte d'une certaine indifférente envers les personnages, vraiment pas attachants (en dehors de Juliana qui se révèle la plus vivante de tous), j'ai parcouru le livre de la même façon que les protagonistes affrontaient leur monde, de manière feutrée et qui n'accroche pas .... A des moments j'ai trouvé les propos de Dick très confus. Je pense que si j'ai pu le lire en entier sans sourciller c'est que j'étais dans un état de détente qui me permettait d'aborder ce genre de roman difficile. (les vacances cela aide !!!).

Ce livre a reçu le Prix Hugo du meilleur roman en 1963.
Je l'ai lu dans le cadre du Challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Citation
"Cet Abendsen. Je ne lui reproche rien. Il écrit ce que lui dicte son imagination, il essaie de se représenter ce qu'aurait été le monde si l'Axe avait été battu. Comment cela aurait-il pu arriver si l'Italie n'avait pas trahi ?"

"Ils veulent être les moteurs de l'Histoire et non pas les victimes. Ils s'identifient à la puissance de Dieu et se croient ses égaux. C'est le fondement même de leur folie. Ils sont dominés par un archétype ; leur égo s'est développé d'une manière psychopathologique si bien qu'ils ne peuvent dire où il commence et où la divinité s'arrête. Ce n'est pas de l'orgueil ; c'est une hypertrophie de l'égo jusqu'à un point extrême - jusqu'à la confusion entre celui qui adore et celui qui est adoré. L'homme n'a pas mangé Dieu ; Dieu a mangé l'Homme."

Ailleurs
Benjamin ; Cachou ; Traqueur Stellaire ; Lhisbei ; Val ; XL ; Julien le Naufragé ; Phooka ;



vendredi 25 février 2011

Lectures en cours (9)

Pas d'achats prévus pour ce mois à venir, la CB reste au repos, voici donc les livres qui accompagneront le mois de mars et surtout l'arrivée du printemps que j'attends avec impatience, car là vraiment le ciel gris, l'humidité, le froid, la neige, je peux plus .. overdose totale (quoique chez moi le printemps c'est aussi ciel gris, humidité, voire froid .... mais bon ... la verdure reprend ses droits cela fait du bien quand même).
Pas de doute, l'hiver nucléaire ne verra pas ma survie !!!

Pour commencer et parce que c'est le dernier mois du Challenge de Lishbei, deux romans d'uchronie
- Le maitre du Haut Château de Philip K DICK
En 1947, les Alliés capitulaient devant les forces de l'Axe. Cependant Hitler avait imposé la tyrannie nazie à l'est des Etats-Unis, l'Ouest avait été attribué aux Japonais. Quelques années plus tard, la vie avait repris son cours normal dans la zone occupée par les Nippons .....

- Chroniques des années noirs de Kim Stanley ROBINSON
Quelle serait l'histoire du monde si l'Europe avait disparu au Moyen Age, ravagée par la peste ? L'Islam et la Chine seraient alors devenues les civilisations dominantes, découvrant l'Amérique, se faisant la guerre, inventant le chemin de fer et l'atome, cherchant à l'emporter, à imposer la foi de Mahomet, Bouddha ou Confucius ...

Ensuite, en lecture commune avec quelques membres du Cercle d'Atuan
- Mars la rouge de Kim Stlanley ROBINSON
Mars la Rouge, ce n'est pas pour demain, c'est déjà aujourd'hui ! Ils sont arrivés. Leur but ? Recommencer l'Histoire dans un décor nouveau. Bâtir un monde neuf, en rupture avec la Terre déliquescente qu'ils ont quittée .....

jeudi 24 février 2011

Evadés de l'Enfer ! de Hal Duncan

Ma chronique va être relativement courte dans la mesure où .... je n'ai pas aimé du tout ce livre.

Pourtant au premier abord, j'avais plutôt bien accroché .. le début commence de façon poétique "Les nuages sont barbouillés du cramoisi des réverbères" ; "une épée de lumière tranche la nuit et l'averse" et subitement on entre dans le récit de façon très brute, très crue ; l'ambiance s'annonce noire et terrible.
Car il s'agit là de l'Enfer, dans lequel, suite à leurs morts, quatre personnages pénètrent pour expier leurs péchés. Hal Duncan présente une caricature poussée à l'extrême des travers de l'Amérique et de sa vision des péchés
- un sérial killer de couleur noire qui sera descendu lors d'un règlement de compte
- une prostituée accro à l'héroïne qui succombera sous les coups de son mac
- un SDF qui se suicidera
- un homosexuel qui se fera battre à mort
Voilà à peu près la seule perception que j'aurai de ce livre car pour le reste, les références, les messages passés par l'auteur ou ce qu'il dénonce, me sont complètement passés au dessus de la tête.

Passé le premier Acte qui présente la vie que vont mener désormais ces quatre pêcheurs, pour l'éternité (tortures et autres, des passages plutôt difficiles à lire pour ma part, je déteste ce genre de violence), j'ai complètement décroché lors du second Acte qui narre leur évasion ...
Parce que tout simplement je n'y ai rien compris, je n'ai pas perçu le second degré, je me suis fait déborder par une histoire qui est comme des coups de couteaux, des flashs d'horreur qui m'ont empêchée de suivre le récit ... si récit il y a vraiment ...

Du coup je me sens totalement incapable d'analyser cette nouvelle, ni même de la résumer, si je l'ai achevée c'est uniquement parce que je l'ai lu en commun avec le Cercle d'Atuan. Et j'ai eu fortement la sensation que je ne suis pas la seule à ne pas avoir apprécié ce livre ...

Extrait
L'enfer c'est la vie à laquelle vous pensez à l'instant de votre mort, celle que vous croyez mériter. Vous êtes tous persuadés de devoir atterrir ici et vous êtes tous persuadés qu'on ne peut pas quitter ce lieu, voilà comment ça marche. Réfléchissez-y, d'accord ? La Clé, c'est l'espoir.

Les avis du Cercle
kactuss ; Guillaume44 ; Vert ; Val ; Elysio ; Lelf ; Maëlig ; Zahlya ; Phooka ; julien ; shaya ; Spocky ; Isil ; mass ; arutha ; AcrO ; Lhisbei ; Sherryn ; Tortoise

mercredi 23 février 2011

Ceux qui sauront de Pierre Bordage

2008 ... deux adolescents que tout oppose :
-Jean est ce que l'on nomme un "cou noir", un fils d'ouvrier asservi, juste programmé pour travailler afin de survivre, interdit d'instruction et de savoir, à la merci des aristocrates qui peuvent décider de son sort lorsqu'ils le désirent ..
- Clara, elle, fait partie des nantis, d'une haute famille de nobles, promise à un haut parti afin de permettre à sa famille de réaliser des alliances, quelque part elle n'a pas plus le choix que Jean de son avenir ...

Ces deux là n'auraient jamais du se rencontrer, ni s'attirer et pourtant ...

Car la Révolution de 1789 a belle et bien eu lieu, le roi Louis XVI a bien été décapité, sauf ... que le peuple malgré sa prise des armes, n'a jamais pu faire appliquer la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ... Les années, les siècles ont passé et la société n'a pas évolué malgré plusieurs révolutions, terriblement réprimées, en 1871, 1905, 1941, 1955 et 1982. En 1882, le Parti de l'Ordre a renversé le gouvernement de Gambetta, fait exécuter Jules Ferry et hissé sur le trône Philippe VII. Et depuis lors la grande majorité de la population n'a pas accès au progrès dont bénéficient la noblesse et la grande bourgeoisie.

En 2008, Le roi Jean IV règne à Versailles, la capitale du Royaume depuis 1882, tandis que le peuple opprimé se meurt de faim. C'est un monde moderne où seul le progrès social a été figé à l'époque des Temps modernes.
L'électricité existe mais uniquement pour les nantis, le téléphone n'a pas été développé par peur d'une communication parmi le peuple, mais un système qui s'apparente à notre internet, s'appelant le R2I, s'est développé, les moyens de transport sont actuels : avions, voitures.
Le contraste entre les deux strates de la société est poussé à son paroxysme :
Les cous noirs se battent à coups de fusils rouillés, s'éclairent à la lanterne, travaillent comme des esclaves pour un salaire de misère, risquent le Bagne s'ils apprennent à lire et à écrire, et la mort s'ils se révoltent contre le régime, tandis que les nantis se chauffent et mangent à leur faim et répondent aux émeutes aux commandes de chars, lançant des obus.
Et en même temps, les problèmes inhérents à notre propre époque sont mis en valeur : la délocalisation à l'étranger (là dans les colonies où la main d'oeuvre est moins chère), le manque de pétrole (parce que le Califat a fermé ses frontières à l'Europe), les aristocrates payent des émeutiers pour ouvrir le feu lors des manifestations et ainsi justifier l'intervention armée de la garde.

Ceux qui sauront est un livre jeunesse, le style de Pierre Bordage est aisé, facile à lire, les chapitres s'enchainent en mettant l'accent sur l'un puis l'autre des deux héros avant leur première rencontre, c'est évidement très manichéen comme souvent dans ces livres destinés à la jeunesse (ce qui est un peu regrettable). Mais on se laisse très facilement porter par l'histoire, je lui reprocherai juste un peu trop de platitude, dans le sens que cela manque un peu de sentiments.
Le livre aurait gagné à approfondir un peu plus les ressentis des personnages, leurs réelles souffrances ou joies, qui ne sont en fin de compte qu'effleurées. Ce qui amène un peu à manquer d'empathie envers les deux adolescents dont on suit les aventures sans vraiment se sentir touché.

Pour le reste, c'est un bon livre jeunesse, destiné notamment aux adolescents, l'uchronie est bien mise en place et les divers rappels historiques permettent facilement de se repérer dans le récit.
Il existe une suite à ce livre, Ceux qui rêvent que je lirai par la suite.

Ce livre a été parcouru dans le cadre du challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Extraits
"Liberté, égalité, fraternité, trois mots magnifiques, n'est-ce pas ? Trois mots qui formaient le coeur de la Révolution. Trois mots qui, si nous avions su les cultiver, auraient changé la face du monde."

"Nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas égaux, nous ne sommes pas fraternels. Nous avons transporté dans notre siècle, les maux qui caractérisaient l'ancien régime, l'ordre social, l'injustice, la peur, la misère, l'ignorance, la famine."

Elle heurta un corps inerte. Poussa un cri d'horreur lorsqu'elle reconnut le visage de Marie. La fillette paraissait dormir, les yeux clos, le visage paisible. Elle avait reçu une balle en plein coeur.

Croire au destin c'est renoncer à sa liberté d'être humain.

Ailleurs
ActusSF ; mes imaginaires ; RSF Blog ; El Jc ; Spocky ; Cachou ; Anudar

dimanche 20 février 2011

La lune seule le sait de Johan Heliot

Il est des livres que l'on peut parcourir dans n'importe quel état émotionnel car ils ne fédèrent ni concentration, ni connaissances .... "La lune seule le sait" n'en fait absolument pas parti .... et du coup il a failli ne jamais voir cette chronique ...
Pas facile d'entrer dans un livre somme toute assez complexe, dans un bus, entourée d'une soixantaine de gamins surexcités, dans une chambre d'auberge de jeunesse, après des journées de plus de 15 heures sur Paris avec les petits loups sur lesquels il faut exercer une continuelle surveillance (euh ... la concentration requise n'est plus vraiment là à 1H du matin quand enfin on regagne son lit ... cela dit semaine riche culturellement et belle aventure humaine ... néanmoins sans place pour la découverte littéraire, je le saurai pour une prochaine fois !) .... puis poursuivi, l'âme mise en déroute par le décès d'une personne proche ....
Tout se cumulait pour me gâcher réellement les potentialités du roman d'Heliot que j'ai failli laisser tomber en me trouvant tous les arguments possibles :
- je ne rentre pas dans l'histoire
- je n'aime pas le style
- je n'apprécie pas non plus les personnages ....

Heureusement je n'applique pas systématiquement le droit de ne pas finir un livre quand je sens que celui ci mérite un peu mieux que son exil dans ma bibliothèque et c'est de retour au calme que j'ai pu enfin l'apprécier à sa juste valeur ...

"La lune seule le sait" rentre dans ce qu'on appelle l'uchronie .... mais de plus il appartient à ce sous genre de la science fiction uchronique nommé steampunk ...
Le steampunk est un terme inventé pour qualifier un genre de littérature de science fiction dont l'action se déroule dans l'atmosphère de la société industrielle du XIXè siècle (merci Wikipédia).
Il est intéressant de constater que le héros principal mis en scène par Heliot, Jules Vernes, est justement un des premiers auteurs à avoir écrit dans ce style.

L'action démarre en 1899, soit 10 ans après la construction de la Tour Eiffel mais surtout 10 ans après l'arrivée d'un vaisseau extra terrestre sur Paris ... Napoléon III est toujours en vie (il meurt dans l'Histoire en 1873 ), la guerre de 1870 contre la Prusse n'a pas été perdue, il règne sur la France de manière despotique et fait réprimer toute tentative de rebellion en envoyant les dissidents purger leur peine dans un bagne construit sur une base lunaire .... tout ceci grâce à l'alliance du peuple humain et du peuple extra-humain, les Ishkiss, l'alliance du métal et de la chair ....
"Les Ishkiss forment un peuple, des peuples plus exactement, des milliers de peuples agglomérés en un substrat de société, dont l'origine remonte à la nuit des temps."

Seulement à qui profite réellement cette alliance ? Louis Napoléon est-il le meilleur représentant de son espèce ? Les Ishkiss ne sont-ils pas entrain de se faire manipuler par les humains ? Que peuvent-ils retirer, eux, de cette cohabitation ?

Yohan Heliot a écrit un roman dont l'Histoire se reconstruit autour de personnages réels comme donc Napoléon III, Jules Verne, Victor Hugo mais aussi Louise Michel qui, depuis son exil dans la base Cyrano de la Lune, (en réalité elle a été déportée en Nouvelle Calédonie) fomentera la révolte des bagnards.
Heliot a totalement revisité l'Histoire de cette période en y rajoutant l'aspect science fictif ... je dois dire que c'est plutôt bien fait, une fois apprivoisé son style que je trouve relativement académique, une fois les réels éléments historiques remis en mémoire, on rentre bien dans le récit ... et même plus celui ci avance plus on se prend au jeu, c'est fort bien mené d'un bout à l'autre. Jusqu'à la fin on se demande quel parti vont prendre les Ishkiss ...

Le monde recréé sur la Lune est réellement poétique mais aussi assez extraordinaire.
" La Lune apparut donc, strate après strate, depuis la crête dentelée de ses montagnes sans fin jusqu'à la couverture de poussière des dunes craquelées, percées d'innombrables impacts de météores ; un livre magique, ouvert pour satisfaire l'appétit de voyages extraordinaires des éternels enfants rêveurs".

Et en même temps l'auteur a su créer une réelle société extra humaine, des individus qui fonctionnent à la manière de ces société d'insectes donc la conscience collective est plus importante que celle individuelle , des coléoptères qui servent de monture, des vers qui permettent de transmettre des informations par pensées .. tout un monde de science fiction très original et très cohérent surtout ...
En conclusion un roman de grande qualité .... que j'ai pu découvrir dans le cadre du Challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Récompense
Prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone.

Johan Heliot sera aux Imaginales 2011.

Extraits
Soudain, Jules ne fut plus seul. Derrière ses paupières closes, une image se forma, qui n'était pas captée par des yeux humains. Un dais de velours noir sans fin, piqueté de mille paillettes d'or étincelantes. La toile démesurée de l'espace, comme personne ne l'avait jamais vue. Jules perdit alors le contact avec la réalité confortable du compartiment de 1er classe pour se projeter dans le flot de sensations qui parcouraient l'immense réseau nerveux de la nef. C'était une expérience à la fois sublime et terrifiante.

Ville flottante, canon géant tirant des obus habité jusqu'à la Lune, exploration des terres creuses, sous-marin, rayon mortel et combien d'autres billevesées en regard du présent ? Le public, qui avait crié au fou face à de simples mots, trouvait aujourd'hui ordinaire d'être avalé par un Léviathan de l'espace.


Ailleurs
Chez Lord Orkan Von Deck ; scifi universe


mercredi 16 février 2011

L'esprit de famille de Janine Boissard

Un blog littéraire c’est à la fois personnel et impersonnel … Personnel parce qu’on livre forcément un peu de soi-même dans ses lectures (« Dis moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es » Mauriac) … et impersonnel car tous ces écrits restent relativement neutres sur sa propre vie et ses ressentis.

Pourtant des fois .. j’ai envie … envie de faire plus, de pousser des coups de gueule, d’évoquer des moments de bonheur aussi, ou de tristesse … de prendre mon clavier entre quatre yeux et de "catharsiser" un bon coup .. sauf qu’un blog public n’est pas vraiment l’endroit idéal pour cet acte et surtout parce que la pudeur l’interdit …..

Je ferai une petite exception cette fois ci en évoquant un livre de mon adolescence qui m’a beaucoup marqué, que j’ai lu et relu de nombreuses fois …. Un livre qui m’est revenu à l’esprit parce que ma grand-mère vient de décéder et qu’avec elle c’est tout un pan de mon enfance qui s’efface ….
Des souvenirs qui reviennent en masse aussi : ces étés passés à dévorer des pommes vertes au grand dam de mon grand père qui nous menaçait des pires maux … de ventre … ces journées passées à faire le tour du quartier en vélo en se prenant pour une grande championne ou à se balancer si fort sur la balançoire que je croyais toucher du doigt le château d’eau qui dominait la maison (ou le ciel ?) … ces Noël où, terribles enfants, on tentait de deviner ce qui se cachait sous les emballages et qu’ensuite on faisait semblant de dormir le soir du 24 pour espionner les parents qui descendaient les cadeaux sous le sapin … et les réunions de famille aussi (qu’à l’époque j’appréciais) où régnait justement un certain « Esprit de famille » …

Titre du livre que je ne pensais jamais chroniquer un jour sur ce blog mais les évènements étant ce qu’ils sont j’ai brusquement envie de l’évoquer …

L’esprit de famille c’est l’histoire d’une famille … 4 sœurs qui vivent dans une maison « La Marette » au bord de l’Oise à 25 km de Paris entre un père médecin généraliste « ce qui veut dire qu’on n’est jamais certain qu’il pourra aller jusqu’au dessert » et une mère au foyer :
« Sur les papiers officiels, maman indique « femme à la maison » l’équivalent, parait-il, de "sans métier". A par celui de mère de famille, éducatrice, blanchisseuse, ravaudeuse et fabricante de tartes maison, je la considèrerais volontiers comme " écouteuse" »

A travers Pauline, la troisième des sœurs, on va partager durant une année scolaire le quotidien de cette famille dont le mot d’ordre est "amour" mais aussi "bonheur" cela peut faire un peu cliché mais sous la plume de Boissard, sensible et imagée, cela passe merveilleusement bien. Le récit rédigé à la première personne nous ouvre les portes de la maison et nous invite à partager ces moments de vie. Il n’y là rien de fantastique ou d’imaginaire, pas de héros ou d’action, c’est tout banalement le récit d’une tranche de vie, des disputes, des rires, des larmes, des évènements graves comme la maladie et la mort, une histoire d’amour très romancée, mais sans pour autant devenir mièvre …

Adolescente je m’identifiais beaucoup à cette Pauline, tout en rêvant d’avoir le caractère déterminé de Bernadette, le côté « rentre dedans mais j’assume » de Cécile la benjamine ou la beauté un peu éthérée de Claire l’aînée …. Car justement ce que j’aimais dans ce livre c’est que l’on pouvait aisément se mettre dans la peau de chacun des personnages et partager un peu leur vie.
La série se poursuit sur 4 tomes qui, toujours rédigés par Pauline (sauf les deux derniers où elle passe le relais à Cécile) évoqueront plus spécifiquement Bernadette puis Claire.
« Avoir l’esprit de famille, c’est aimer se retrouver parmi les siens, non pour s’y enfermer, mais pour prendre des forces afin de mieux s’ouvrir aux autres ».

Bien que n’ayant pas relu ce livre dernièrement, je sais que même si comme on dit de l’eau a coulé sous les ponts, je serai toujours relativement sensible à ce récit car on garde toujours en soi sa part d’enfance et de rêve …

Ma grand-mère est partie à son tour rejoindre les étoiles mais ce qu’elle a gravé en moi ne s’oubliera jamais ….

Extrait
Le bonheur… Cette brusque et violente bouffée qui parfois me submerge presque douloureusement à la simple pensée que je vis ? Ou ce calme bien-être lorsque près de maman je regarde monter dans la cheminée du salon une flamme qui semble ne devoir s’arrêter jamais ? Ou encore, plus simplement, le fait pour moi si évident d’avoir lit, couvert et tendresse assurés ? Mais pour les autres ? Ceux dont j’aperçois, dans la rue ou le métro, les visages las ? Ou pour ceux dont on parle dans les journaux, sous les mots « guerre », sous les mots « faim » ou « révolution », sous les mots « espoir », avant les points de suspension ou d’interrogation ? Je ne sais plus. Je me penche sur ce mot, il s’éloigne. J’ai voulu le toucher, il s’est envolé. Je me sens vide tout à coup. Ai-je le droit, moi qui ai « tout » comme dit si souvent maman, de déclarer qu’à mon avis, ce doit être quelque chose qui ne dépend pas tellement du feu ou de l’assiette remplie ; peut être même pas tellement de la liberté ou autres grands mots qu’on y accole à présent ; quelque chose comme une perle qu’on porterait en soi, que personne n’aurait mise, qu’on secrèterait soi-même, quoiqu’il arrive pas une sorte de chance ?

dimanche 6 février 2011

Aqua TM de Jean-Marc Ligny

Il est toujours relativement difficile de chroniquer un livre aussi long (730 pages) et aussi terrible ....
Car Jean Marc Ligny, dans Aqua TM, nous présente un monde d’horreur … d’autant plus terrible qu’il anticipe la monde de demain et un demain terriblement proche …

Nous sommes en 2030 …. La fonte des glaciers a provoqué la montée des mers, Venise est sous les eaux, les remparts de Saint Malo retiennent à grand peine les tempêtes perpétuelles qui leur envoient des vagues meurtrières dont l’eau s’infiltre insidieusement dans les maisons, pourrissant tout … un attentat terrible fait céder la digue d’Afsluitdiijk, provoquant un terrible raz de marée qui inonde entièrement les Pays Bas …

Tandis qu’en Andalousie c’est la sécheresse et qu’en Afrique des gens meurent de soif, de maladies par milliers … que le paludisme est arrivé en Europe, que le pétrole n’existe presque plus, que les cultures OGM ont détruit toutes les autres, que les Etats Unis ont régressé à l’âge d’avant la première Guerre Mondiale, conséquence d’une guerre de trop et de leur habituel abus de pouvoir sur les autres (enfin ce fait là précis m’a moins touchée je l’avoue) …
Et par-dessus tout le monde est devenu totalement insécurisé ….

Au milieu de tout cela .. une histoire ... l'histoire d'une nappe phréatique découverte sous un lac asséché au Burkina Faso, par un satellite américain qui revendique l'eau présente par milliards de m3(de quoi sauver le Burkina durant les 50 prochaines années) ...
L'histoire aussi de Laurie et Rudy, deux européens, brisés par leurs vies et catastrophes personnelles qui vont conduite le camion transportant le matériel nécessaire à l'exploitation de cette nappe et lutter contre le consortium américain qui veut se l'approprier ... (lutte notamment contre un nantis américain abjecte et malsain).
On va les suivre tout au long de leur voyage .. un périple terrible, dans la chaleur, la soif , le danger humain .... avec quelques onces de répit, des rencontres incroyables au sein du désert avec des nomades qui ont su s'adapter au climat ... créant dans une oasis un petit coin de paradis ... instant où l'on respire enfin avec les deux personnages .. avant que cet endroit soit lui aussi ravagé par une tempête ...
On va suivre surtout leur cheminement personnel, leurs "guérisons" d'âmes, chacun à leur manière, dans la paix ou l'agressivité, dans le repos ou la révolte ...

Aqua TM évoque aussi une formidable lutte entre le bien et le mal .... le mal à l'état pur symbolisé par un enfant atteint d'une terrible maladie ... le bien symbolisé par une magie africaine presque effrayante ...

"Par dessus cet enfer, l'ouragan hurle, cogne et déferle, indifférent au sort de humains"
Cette phrase à elle seule résume parfaitement l'ambiance du roman ...

Parce que cela fait peur … très peur car on sait que cela pourrait tout à fait arriver … Cela m’effraye beaucoup plus qu’un roman d’apocalypse car au moins là on peut toujours se dire qu’on n’aura pas survécu surtout si c’est brutal … alors que tout au long de son livre Jean Marc Ligny nous distille tous les éléments d’un futur très proche, 2030 tout de même, soit dans 19 ans, qui n’a rien d’un imaginaire, qui est juste la conséquence de tout ce que nous pouvons entendre régulièrement sur l’avenir de notre planète (à juste titre ou pas, qu’importe finalement car là du coup, on y croit à fond) … le lendemain d’une planète asphyxiée qui va nous sauter à la figure ….
Alors quel genre Aqua TM ? anticipation ? post apocalyptique ?
Anticipation sans aucun doute, avec un brin de fin du monde dans la mesure où une secte, la Divine Légion, entend bien précipiter l’espère humaine dans un au-delà fatal, où certains ont déjà chanté la fin de l’humanité, la fin de l’espérance … mais en dépit de cela, on n’y est pas encore dans cette apocalypse car le genre humain résiste tant bien que mal ….
Un peu d'espoir aussi pour certains d'entre eux qui luttent encore pour améliorer les choses, pour sauver une parcelle de cette Terre terriblement abîmée par les hommes et qui s'est révoltée ...

Et au final un roman terriblement prenant qui se lit d'un bout à l'autre sans sourciller ... sans compter que c'est fort bien écrit ...
Pour achever, les paroles de cette chanson d'un groupe slovène Laibach
( c'est apocalyptique !)

Only on day is left / Only one day / We are leaving the others / We are going away Let them sleep who do not know / The final day is here / The very last / And we leave at dawn
Il ne reste qu’un seul jour / Juste un seul / Nous quittons les autres / Nous partons au loin Laissons-les dormir, ceux qui ne savent pas / Le jour ultime est arrivé / Vraiment le dernier / Et nous partons à l’aube

Extraits

"Les éclairs lui donnent une teinte crayeuse, découpent en tranches son visage grimaçant et parcheminé de momie profanée. [...] Elle ne voit plus que ses yeux démesurés, tels deux lacs de mercure où elle se noie, n'entend plus qu'une immense clameur sans sa tête -toute la souffrance du monde concentrée en un seul cri-, ne sent plus qu'un froid abyssal qui la pétrifie. Et lentement, dans les ténèbres hurlantes de son esprit torturé, se forment des images."

"Chacun peut entendre le ciel se déchirer en craquements et grondements sans cesse accrus, sentir le vent forcir FORCIR FORCIR jusqu'à plier les arbres et arracher des toitures. Chacun peut observer, au sein des ténèbres terrifiantes, l'émergence des cônes des tornades telles des langues de démons, leurs rugissements de jets quand les tubas descendent vers le sol en se tordant comme des serpents, le charivari des buissons de terre, de débris et d'objets qui montent en tournoyant, aspirés par le courant."

"Voici le défi crucial qui s'imposera à nos enfants, qui s'imposera à nos enfants, qui s'impose à nous déjà. Ce n'est pas tant survivre sur une planète devenue hostile - même si c'est dur à admettre -, c'est surtout être motivé à survivre, autrement dit : conserver l'espoir."

Ailleurs
cafard cosmique ; les lectures d'Efelle ; noosfere
Pour en savoir plus
Ce roman a obtenu les prix suivants
- Prix Bob Morane 2007
- Prix Rosny Ainé 2007
- Prix "une autre terre" 2007
- Prix Julia Verlanger 2007





vendredi 4 février 2011

Lectures en cours (8)

Quelles lectures pour le mois de Février ?

Pas beaucoup de livres à mettre sur le feu pour ce mois ci, ceci pour 2 raisons :
- c'est le mois le court de l'année
- je serai 5 jours à Paris pour ma classe découverte, j'emmènerai évidement un ou deux livres, quant à savoir si je pourrai les ouvrir, ceci est une autres histoire !

- Evadés de l'enfer de Hal DUNCAN en lecture commune avec le Cercle d'Atuan, ayant fortement apprécié ma toute première, celle du Lézard Lubrique, il n'y a pas de raison de s'arrêter en si bon chemin !
Eli est un clochard, brisé, au bout du rouleau, Belle une prostituée qui cherche à fuir son mac. Matthew est un jeune homosexuel, Seven un tueur à gages sans pitié. Ils ne se connaissent pas mais se retrouvent ensemble sur le même bateau ... en partance pour l'Enfer ...

- La lune seule le sait de Johan HELIOT
Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris,stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition Universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse les rêves les plus fous ...
Ce sera le livre qui fera assurément parti de mes bagages parisiens ...

- Ceux qui sauront de Pierre BORDAGE
Et si la Révolution française n'avait pas eu lieu ? Voici le portrait d'une France qui ne fut jamais, où une minorité d'aristocrates continue, aujourd'hui, d'asservir l'instruction ...


Ces deux derniers ouvrages seront lus dans le cadre du Challenge Winter Time Travel de Lishbei.

jeudi 3 février 2011

Achats d'Hiver

J'ai fait la paix avec ma CB ... alors j'en ai profité pour la faire un peu cramer.. un tout petit peu sinon elle va encore me faire la tête !!! (il ne faut jamais abuser des bonnes intentions d'une CB)

Voici alors mes deniers achats, ceux du mois de Février :

- La Lune seule le sait de Johan Heliot
- Ceux qui sauront de Pierre Bordage
- Evadés de l'enfer de Hal Duncan
- Chroniques des années noires de Kim Stanley Robinson
- Mars la rouge de Kim Stanley Robinson

RV demain pour mes lectures en cours ^^

mercredi 2 février 2011

Les cavernes d'acier d'Isaac Asimov

Je connais le nom d'Asimov depuis mon adolescence mais jamais je n'avais oser l'aborder, allergique que j'étais à SF pure (à la façon dont je la voyais à l'époque ; SF = robots et monde un peu étrange) ... pour quelqu'un élevée avec la Guerre des Etoiles et Goldorak, c'était un comble !!!

Alors, lorsque Spocky a proposé de découvrir cet auteur ensemble, j'ai sauté sur l'occasion, Lael s'est alors jointe à nous et nous avons partagé ce livre .. très rapidement car toutes les trois avons joyeusement brûlé les chapitres et fini bien avant le délai imparti ....
On peut dire que c'est généralement bon signe !

Les cavernes d'Acier fait partie du Cycle des Robots, c'est le tome 3 , ce que j'appréhendais énormément, toute rigide que je suis dans la découverte des livres à faire impérativement dans l'ordre .... je craignais avoir perdu des éléments cités dans les 2 ouvrages précédents, ou ne pas suivre tout simplement, prendre un récit en cours ...
Spocky m'avait rassurée dès le début à ce sujet et de plus j'ai pu constater au cours de ma lecture que ce tome là pouvait effectivement se lire indépendamment des autres.

Ainsi dans un monde que se partagent Terriens et Spaciens, depuis 22 ans lorsque le Docteur Sarton est assassiné à Spacetown, le détective Lije Baley est chargé de l'enquête. On lui attribue alors un co équipier, mais pas n'importe lequel .. un robot, Daneel Olivaw, un androïde ultra-perfectionné qui ressemble à s'y méprendre à un humain. Or Baley est loin d'être enthousiasme à l'idée de travailler avec un robot ....

Asimov nous plonge dans un monde futur .... les Terriens vivent en collectivité dans des immeubles enterrés dans le sol, sous des lumières artificielles, se déplaçant sur des tapis roulants d'un point à un autre. Ce livre se passe précisément dans la ville de New York qui s'étend sur 3 000 Km2 et vit de façon quasi autonome, toute l'alimentation est à base de levure, les toilettes et les douches sont collectives (on ne parle pas dans les toilettes des hommes mais les informations circulent activement chez les femmes) ...
C'est une société de castes, de classements des humains qui peuvent être régulièrement sur classés ou déclassés. Pour certains d'entre eux, appelés les Médiévalistes (parce qu'ils veulent revenir en arrière), ce sont les robots qui sont coupables des déclassements et surtout du remplacement des humains.
Là on ne peut s'empêcher de se projeter dans notre monde ... les substitutions des humains par des machines, certes pour faciliter le travail mais aussi au détriment des emplois ... on pense bien sûr aux caisses automatiques des supermarchés ...

Plus que l'enquête elle-même, qui suit son cours, avec ses surprises et ses rebondissements, c'est la présentation de cette société qui m'a séduite dans Les Cavernes d'Acier, une société qui a du faire face à l'explosion de la population (8 milliards) ... une société dans laquelle je détesterais vivre (rien que pour tout ce qui est collectif cela me rappelle les campings !). Et en contre partie avec ce monde, il y a celui des Spaciens, qui vivent encore à l'air libre, sélectionnent de manière eugéniste leur population et sont vulnérables aux maladies terriennes.
Le décalage entre les deux, les conflits aussi, est intéressant. D'un point de vue historique on en revient toujours à ces guerres plus ou moins ouvertes entre les peuples ...

Pour conclure, Asimov est un mathématicien et cela se sent, dans sa logique implacable (qui malheureusement n'est pas la mienne) telles ses lois fondamentales robotiques
- Première Loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.
- Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi
- Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence, dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi
Mathématiquement logique n'est ce pas ?
Un roman donc agréable à lire et en fin de compte pas aussi compliqué que je l'appréhendais ...

Chansonnette :
L'homme est issu de la Terre, entends-tu ?

C'est sa mère nourricière, entends-tu ?
Spacien, va-t-en, disparais De la Terre qui te hait !
Sale Spatien, entends-tu ?


Merci à Spocky et Lael pour cette LC très sympathique.

Chronique de Spocky


mardi 1 février 2011

Interview de Fabrice Colin

Fabrice Colin est un excellent auteur ... de plus ce qui ne gâche rien, il est très sympathique, la preuve ici au Festival de Montreuil ....

Suite à notre lecture commune de A vos souhaits, Julien a eu l'heureuse idée de proposer que nous récoltions des questions à lui poser, questions auxquelles Fabrice a eu la gentillesse de répondre accompagné de ce petit mail :

Bonsoir
Je suis débordé de travail. J'espère que vous voudrez bien pardonner la brièveté relative de mes réponses, et le retard afférent.
Merci pour votre patience.
Pouvez-vous vous accuser réception ?

Amitiés,

F/

.1. Pourquoi ce livre s'intitule-t-il "A vous souhaits"? Y'a-t-il une histoire particulière liée à ce choix?

Pas vraiment. Je cherchais une formulation liée à la magie, quelque chose d'un peu léger : "A vos souhaits", c'est l'expression ultime de la pensée magique. On peut difficilement trouver plus primaire.


2. Quel mardi doit-on se tenir prêt pour la parution de "A vos amours" ? De quoi ou de qui parlera ce livre?

A vos amours est prévu depuis une petite dizaine d'années. Pour l'heure, j'en ai écrit trois chapitres. J'ignore s'il verra jamais le jour.
Le roman raconte la vie de John Moon après les succès que l'on sait. Notre héros est marié, et sa belle-famille lui pose pas mal de problèmes. Pour ne rien arranger, il veut faire du cinéma. Il y tient, douloureusement.

3. Je sais que dans le cochon tout est bon, mais tout de même pourquoi une telle obsession ?

Aucune idée. Si on commence à réfléchir à ce genre de trucs, le monde s'écroule.


4. Le personnage de John Moon est-il la représentation de quelque chose ou de quelqu'un en particulier? Une référence spéciale au batteur de The Who, vous sachant fan de rock?

John Vincent Moon est un personnage d'un récit de Borges dont j'ai spectaculairement oublié le titre. Il y a aussi des références à Joyce dans A vos souhaits, mais personne ne les voit.


5. Concernant le prénom de Prudie, est ce que son prénom vient de l'adjectif prude, car elle a pas l'air très dégourdie pour gérer l'attention que lui porte Gloïn, ou alors est ce que ça vient plutôt de l'adjectif prudente, dans le sens où elle prend vraiment toutes les précautions nécessaires pour John, et où elle est très attentive à lui ? Ou alors peut être que son nom a une autre origine, ou simplement votre imagination ?

Honnêtement ? Je ne me souviens pas. Mais votre analyse, et l'attention que vous semblez porter aux noms et à leur possible signification cachée, me comble de joie.

6. Histoire de pinailler, quel est le nom de la deuxième goule du baron Mordayken dont il s'aide pour entreprendre de délivrer le Diable? Parce qu'une petite incohérence s'est glissée dans les deux éditions, et il semblerait que Mordayken ait un bug sur le brave Nozdriov...

On appelle ça une contamination prosaïque : le réel et ses imperfections s'invite dans une mécanique romanesque censément irréprochable. Je suis absolument navré.


7. L'elfe qui rate son examen de première année peut-il être une référence prémonitoire à Jean Sarkozy ?

Je ne suis pas sûr que j'aimerais détenir ce genre de pouvoir. Mais Jean Sarkozy mériterait assurément un roman à lui seul. Enfin, disons une nouvelle.

8. Pourquoi les dragons sont-ils tenus en laisse ? Avez-vous un grief contre cette espèce ?

Les dragons sont les symboles de l'imagination naïve, de la colère injustifiée et de la fantasy en général : évidemment, qu'il faut les tenir en laisse ! On pourrait aussi leur donner des calmants.


9. Le Quartek n'est pas un sport comme les autres... D'où vient-il, de quel sport existant ou imaginé par un autre, vous êtes vous inspiré ?

Le Quartek est un gros bordel : un mélange de Blood Bowl, de football américain et de cour de récréation. A ce stade, si j'ose dire, on ne parle plus d'inspiration, mais de chaos assumé.

10. Ce livre peut se lire comme une référence à Terry Pratchett, comparaison facile pour l'humour et la fantasy, Mais y'a-t-il d'autres références ou dédicaces au travers de "A vos souhaits"?

Je n'ai jamais lu Pratchett, mais je suppose que la référence est inévitable : humour, fantasy => Pratchett. Les références sont plutôt à chercher du côté de P.G. Wodehouse et de mon amour immodéré pour l'Angleterre - son humour tordu et sa grisaille tenace.


(le passage pour la question 6 :
"- Allez! vitupérait le baron au milieu des deux morts-vivants, vous y êtes presque, bon sang, plus vite que ça, le match s'est arrêté depuis cinq minutes et Nozdriov! s'énerva-t-il en attrapant l'une des deux goules par le bras, tu es sur la feuille de match pour la deuxième manche, alors il faut absolument que le travail soit terminé maintenant
(...)
- Nozdriov, ordonna-t-il, approche un peu ici. Voilà. Maintenant, baisse-toi. Attention... Nous y sommes!
La goule se redressa en ahanant. Juché sur ses épaules, le baron Mordayken contrôlait la situation.
- Maître, objecta le mort-vivant au moment de mettre un premier dans l'eau, cha ne va pas faire de bien à ma chirculation.
- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse? rétorqua le baron en levant sa lanterne bien haut. Un mort de perdu, dix de relevés. De toute façon, tu n'es pas sur la feuille de match."

Un grand merci à Fabrice Colin pour s'être prêté avec gentillesse à ce questionnaire.

lundi 31 janvier 2011

A vos souhaits de Fabrice Colin

Dans un monde où se côtoient humains, elfes, ogres, zombies et autres, Fabrice Colin nous fait rencontrer 3 personnages que l'on pourrait qualifier d'anti héros, un humain entraîneur sportif dont l'équipe est lamentable et qui souhaite mettre fin à ses jours, un nain qui oeuvre dans la ville désespéré de ses graines qui ne donnent rien et un elfe qui échoue régulièrement à son examen de première année.
Il rajoute à cela un Diable qui n’a d’autre volonté que de sortir de son antre pour régner sur le monde et qui pour cela met au point un plan « diabolique » destiné à mettre hors circuit les Trois Mères (la Nature, la Magie et la Mort), un combine qui évidement va mettre en premier plan nos trois protagonistes.

Dès l’avertissement « ce roman est totalement dépourvu de cochon » en avant récit, le ton est donné. Et l’on rit, dès les premières lignes :
« La mort par les flammes, pourquoi pas ? Mais le truc un peu gênant avec cette méthode c’est que primo, vous risquez de mettre le feu à toute la maison et que secundo, un type transformé en torche vivante a le plus souvent beaucoup de mal à garder son calme. «
C’est savoureux à bien des égards, déjà par l’humour, ensuite pas les jeux de mots, tels que Darles Chikens , les répliques mais aussi le contraste entre son style léger et humoristique lorsqu'il évoque ses personnages et leur histoire, et certains côtés dramatiques de l’histoire comme la dévastation de la forêt, décrite avec des termes qui montrent tout l'horreur de cet acte :
"[...] myriades de fées aux battements affolés ...[...] et les lutins s'enfuyant dans les profondeurs, leurs grands yeux emplis de terreur ; et les lucioles, hurlant leur peur infirme sous les pluies d'or ....."

Et en plus c'est très poétique ... Car Colin a ce don de manier la langue française de manière très sensible et imagée … j’aime énormément son style, ainsi :
«notre cortège d’or pur et de peur bleue» ; «des éclairs bleutés zébrant les convulsions du ciel »

J’ai vraiment apprécié aussi le décalage entre les manigances du Diable et les errances de nos trois compères qui ne savent pas vraiment où ils vont mais qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont … c'est-à-dire pas grand-chose à leurs yeux … Des anti héros comme je les aime, profondément humains (bien qu’ils ne le soient pas en vérité pour deux d’entre eux, l’elfe et le nain).

Après seul petit point négatif sur le roman, quelquefois certains éléments ont été apportés de manière trop explicite alors que d’autres fois j’ai eu du mal à faire le lien entre certains faits.
Néanmoins ce sont des points de détails et cela n’entache en rien la réelle qualité de ce roman ni ma très bonne perception de ce dernier.

A vos souhaits a été découvert dans le cadre d’une lecture commune au mois de Novembre 2010, le livre étant découpé en parties à l’issus desquelles nous donnions un résumé ainsi que nos avis, j’ai déjà évoqué mon plaisir de cette façon de lire un livre ici, je n’y reviendrai pas dans ce billet.
Par contre nous avons élaboré ensemble un questionnaire envoyé à Fabrice Colin qui y a répondu il y a quelques jours, interview qui suivra dans un prochain billet …

Extraits
"Le nain songea à une réplique appropriée.
- Vous vous plaisez dans ce métier ?
La goule allait répondre quelque chose, mais Gloïn ne lui en laissa pas le temps. Saisissant son épée par la garde, il la projeta violemment vers son adversaire.
Geste parfait : la lame se ficha entre ses deux yeux, et la chose immonde tomba raide morte.


Mouaih.
Il ne faut pas exagérer non plus."

"Il avait une position bizarre, sur le sol, avec des angles interdits, et des postures qu'il semblait avoir inventées pour l'occasion"

Le blog de Colin ici

Les chroniqueurs de la LC que je remercie pour cette belle aventure :
AcrO, Bartimeus, Christelle, Coeur de Chêne, Julien , Laure , Left, Lhisbei , Olya, Pauline, Phooka et Tortoise.


samedi 29 janvier 2011

Destination Paris de Claude Combet et Thierry Lefèvre

Il existe une pléthore de guides sur Paris mais bien peu visent directement les enfants .. je serais tentée de dire aucun .. disons que jusqu'à présent je ne suis pas tombée dessus.

Destination Paris
n'a pas pour objectif précis d'être un guide mais plutôt d'offrir une "balade instructive et ludique dans la plus belle ville du monde."
En guise de balade, c'est assez réussi.

Dans une première partie : Paris au fil du temps, les auteurs nous livrent en résumé l'histoire de la capitale, c'est concis, présenté par périodes historiques et relativement abordable pour des enfants ayant déjà un bon niveau de lecture (et aussi des pré requis en histoire, ce qui est moins évident dans ce domaine), ponctué d'illustrations bien colorées et de quelques anecdotes :
" Au XIXe siècle, Théophile Gautier promenait (dans le parc du Luxembourg) un homard au bout d'un ruban bleu !"
"La rue du Chat-qui-pêche doit son nom au Moyen Age où il n'y a pas de noms de rues mais des enseignes"

"La rue Poissonnière doit son nom au poison qui arrivait par cette rue jusqu'aux Halles."


Ensuite, Paris même avec sa forme d'escargot et son développement par cercles concentriques, fait l'objet d'une seconde partie : on y présente la Seine (paraît que celle ci est moins polluée qu'il y a deux siècles !!!), ses 37 ponts, ses bateaux mouches (qui doivent leur nom à leur construction dans le quartier de la Mouche), ses îles (il en a existé une qui s'appelait : Île Merdeuse !), ses gares, ses jardins, ses bois .. avant de plonger sous la ville et de visiter ses catacombes, ses cryptes, son métro (il existe 2 stations fantômes où le métro ne s'est jamais arrêté), ses égouts (il y a 3 fois de rats que de Parisiens !!!), ses points culminants ...
Et enfin le guide s'achève sur le vie des parisiens, ses poètes et ses artistes ainsi que ses citations
"Avec des SI on mettrait Paris en bouteille"
"Ajoutez deux lettres à Paris : c'est le paradis" Jules Renard
"L'air de Paris est si mauvais que je le fais toujours bouillir avant de le respirer" Erik Satie

Ce livre est bien conduit, intéressant et abordable pour les enfants, avec un peu d'aide néanmoins, j'aime beaucoup le questionnaire qui se trouve à la fin, permettant de cibler ce que les lecteurs auront retenus et donnant pas mal d'exploitations possibles en classe.

Un petit bémol, les illustrations de Magali Le Huche (dont la dédicace orne la première page de mon exemplaire, acheté au Salon Jeunesse à Montreuil) sont tout à fait sympathiques et joliment colorées comme je le disais précédemment, mais j'aurais aimé y trouver quelques photos de la ville. Dans la mesure où il s'agit d'un guide, il est difficile de rester uniquement sur du dessin.
Pour un adulte, il est très facile de faire le lien entre une illustration et la représentation réelle d'un monument, c'est peut être relativement possible pour un petit parisien qui les aura vus , mais pour un petit lorrain, je ne sais pas quelle image il va pouvoir construire à partir de cela ...

Pour conclure sur ce livre, un petit tour d'horizon de notre capitale en quelques titres bien représentatifs
- Paris est un monde
- Paris est un trésor
- Paris est un jeu
- Paris est une surprise
- Paris est un poème

Il est évident que ce livre va faire partie de mes bagages lors de la classe à Paris du début février.

Dans le même genre, un petit regard aussi sur "Ces monuments qui racontent Paris", une autre approche pour les enfants, avec une présentation des principaux monuments de la ville, leur histoire, leur description ... illustré par des images aussi mais calquées sur des photos qui donnent une représentation plus précises des monuments.

On y apprend, que lorsque les travaux n'avançaient pas assez vite, "Louis XIV envoyait ses soldats manier la pelle et la pioche à Versailles"
Que la Sainte Chapelle a été construite pour servir de toit au morceau de croix sur laquelle Jésus était mort que Louis IX avait acheté lors d'une croisade.
Que Louis XIV a fait construire une nouvelle église derrière l'église des soldats (dans les Invalides), coiffée d'un énorme dôme doré pour qu'il ait une entré qui lui soit strictement réservée ...

Et enfin pour conclure ce billet un peu long, je vous invite à faire un passage sur le nouveau blog de Martlet qui présente des photos absolument féériques de Paris Bye Night, ici ... et ici ... ça vaut le détour ^^

jeudi 27 janvier 2011

Bal de Givre à New York de Fabrice Colin

Je n'ai pas l'habitude de recopier des quatrièmes de couverture en guise de prologue à mes billets mais je trouve que celle ci se prête vraiment bien à l'approche de ce roman de Fabrice Colin ...

"Depuis l'accident, je ne me souviens plus de rien. Je sais juste que je m'appelle Anna. Tout est blanc, beau, léger autour de moi. Pourtant, je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Que je suis en danger. Il faut que je me souvienne."

L'impression que j'ai ressenti tout au long de ma lecture est très étrange .... à quelques reprises je me suis faite la réflexion que, raconté par un autre auteur, je pense que cette histoire d’amour sous -jacente à l'histoire d'Anna et son passé disparu, m’aurait horripilée ..
Voyons … une jeune fille –très belle comme il se doit, parfaite – rencontre un mystérieux jeune homme, tout aussi beau, ils tombent amoureux, le jeune homme semble inaccessible tout en lui jurant sans cesse un amour éternel …. Sur le coup cela faisait un peu Twilight (horreur !!).

Sauf que … c’est narré par Colin … et que le récit prend alors une tout autre tournure, quelque chose de pur, de poétique ("Au bord du lac, les ormes du parc frétillaient et l'herbe retenait le froid en scintillements d'argent") s’en dégage dès les premières pages, un peu comme un conte de fée blanc et du coup cette histoire qui entre d’autres mains, aurait été tout simplement inintéressante … prend tout son sens … et on se laisse doucement guider au gré des pages, au gré des mots …. Un peu comme hypnotisé par le récit, de la même manière finalement qu’Anna qui, subjuguée par Wynter, se laisse porter par les évènements …

D'où ma sensation de l'étrange ... à la fois parce que j'étais un peu réticente sur quelques éléments de l'histoire mais en même temps, attirée irrésistiblement par la qualité du récit ... par sa magie ... ce qui finalement me permet de dire que j'ai été transportée par ce monde surnaturel ... ce New York transformé et lyrique : " Me tordant le cou, je suivis des yeux les ossatures d'acier couronnant l'horizon, l'ivresse dansante et lumineuse de la ville. Sur notre flanc, les tours de verre se succédaient, cathédrales hautaines et irréelles que le soleil même hésitait à réchauffer."

Au-delà de la banale histoire d'amour d'adolescents vient se greffer un mystérieux personnage Le Masque et peu à peu le conte se transforme en cauchemar .. par forcément par celui qu'on croirait .. mais de façon très insidieuse, ce n'est pas palpable, tout comme la voix étrange qu'entend Anna dans sa tête, tout comme ces rêves qui se matérialisent par des chauves-souris, on pressent peu à peu que quelque chose ne va pas, que quelque chose n'est pas logique, n'est pas aussi serein qu'on pourrait le croire .. n'est pas réel .. jusqu'à la chute finale ... à la dernière page du récit ... un chute à laquelle on ne s'attendait absolument pas et qui m'a sortie de cette espèce de torpeur dans laquelle m'avait plongé ce livre en me disant : waohh là celle ci je ne l'avais pas vu venir ... autant dire que j'ai aimé ce genre de final !
Bon .. c'est le deuxième roman que je lis de Colin et je peux dire que .... j'apprécie vraiment beaucoup cet auteur ...

Citation en début de livre
Nous aussi, et le monde qui nous peine, nous passons :
Mais là, parmi les âmes qui tournoient

Avant de s'effacer comme les eaux promptes

De l'hiver incolore, là, parmi
Les étoiles qui passent, cette autre écume,
Un visage surgit, une solitude.

W.B.Yeats "La rose du monde"

Extraits
La peau apparut, un rectangle rose pâle. Mon coeur se glaça. J'éprouvais ce que l'on éprouve lorsque l'Inconnu vous cueille au creux de sa main et referme ses doigts. Mes yeux voyaient mais mon esprit refusait de croire.

La glace se redressa : elle possédait deux bras, deux jambes et un minuscule visage ovale couronné d'une floraison de cheveux fibreux, le tout dans les tons bleus très pâles.
- Une fée de givre, chuchota Wynter ...

Une peur hideuse montait en moi, un sentiment indéfinissable, prenant racine dans les couches les plus secrètes de mon âme. Comment l'exprimer autrement ? La consistance du monde s'étiolait.

Ailleurs
Entre les Pages ; Bricabook ; De l'autre côté du miroir

dimanche 23 janvier 2011

Bifrost Spécial Uchronie

Je ne sais pas si je ferai toutes les chroniques des Bifrost que je vais recevoir au cours de cette année (oui car j'ai franchi le pas, je me suis abonnée) mais je vais parler de celui ci en particulier, commandé spécialement à cause de son thème général, celui justement de l'Uchronie, dans la mesure où je participe au Challenge de Winter Time Travel, ce numéro 34 me semblait tout indiqué.



Bon ! premiers constats à la découverte de ce premier Bifrost arrivé dans ma boite aux lettres :
- La présence d'une marque ta page, très bonne idée
- Une couverture glacée de très bonne qualité, j'apprécie
- Un Editorial qui s’adresse très franchement à ses lecteurs, sans tabou, avec un style direct, d'ailleurs on y fête les 8 ans d'existence de la revue (le numéro date d'Avril 2004)
Quelques chiffres : Bifrost a un tirage moyen de 2 000 à 3 000 exemplaires, entre 1 600 et 2 500 de ventes et 400 à 550 abonnés .... nombres qui ont probablement augmenté depuis ...

Ensuite, le thème général abordé dans ce numéro, un dossier spécial uchronie ... qui définit celle ci (mot basé sur la racine grecque "U" -non- et "chronos"- temps- soit un temps qui n'existe pas ou du moins pas physiquement), en pose les visages et les limites, fait un bilan du côté des auteurs français et donne de bonnes idées de livres à se procurer (je vais encore devoir passer un pacte avec ma CB mais elle ne me croit plus lorsque je lui dis que promis je n'achète pas le mois prochain ...)
Le dossier est intéressant, ouvre pas mal d'horizons pour l'ignare que je suis de toutes ces appellations spécifiques à la littérature SFFF et pose un bilan plutôt optimiste de cette façon d'écrire qui connait un regain d'intérêt tant auprès des lecteurs, que des auteurs et des éditeurs ...

Ensuite pour accompagner ce dossier, 5 nouvelles qui portent sur l'uchronie, avec une petite réserve sur la première qui se présente plutôt comme une hilarante histoire de voyages temporels :

- La pucelle enfumée de Jean Pierre ANDREVON : Cette première nouvelle (et découverte de cet auteur, cela dit découverte de tous les auteurs de ce numéro 31) est loufoque à tous points de vue : nous sommes en 1424, en pleine guerre de Cent Ans mais Jeanne d’Arc a l’air bien mal partie pour être la sauveuse de la France, heureusement Maïssé venue du futur, veille. J’ai ri franchement à bien des moments. Après ce n’est pas effectivement réellement une nouvelle uchronique dans la mesure où nous ne sommes pas dans le « Et si Jeanne d’Arc n’avait pas entendu des voix et n’était pas partie au devant du dauphin Charles VII ? » , dans la mesure où les évènements se déroulent conformément à l’histoire au grand drame de cette pauvre Maïssé… sauf sur les dernières lignes qui postulent effectivement sur un fait d’uchronie et offre une fin en chute surprenante … J'ai bien apprécié.

- Voyage au bout de l'Europe de Gilbert MILLET : Nous sommes à Paris en mai 1848, soit quelques mois après la révolution durant laquelle Louis Philippe abdiqua et un gouvernement provisoire s'instaura : la République ... laquelle devient peu à peu trop autoritaire ... et on projette d'assassiner Victor Hugo ... Et en même temps nous nous retrouvons propulsés en 1932 où un écrivain tente de réécrire l'histoire .. et si Victor Hugo avait été assassiné, que se serait-il passé ? J'ai eu un peu de mal à suivre cette nouvelle, de par la navigation entre les deux périodes qui fait qu'il est difficile de savoir ce qu'il en est réellement ...

- La Nuit du Grand Duc de Yohan HELIOT : Mais qui est donc ce justicier masqué qu'on appelle Grand Duc qui lutte contre le crime ? Le récit commence à l'époque de la 3ième République, Daladier va demander l'investiture de son gouvernement à la Chambre de Députés tandis que Charles De Gaulle enseigne l'histoire (à l'Ecole de Saint Cyr) .... L'Uchronie débute en fait dans les dernières lignes avec le Grand Duc démasqué qui va induire forcément un tournant dans l'Histoire ....

- Sisyphe et l'Etranger de Paul DI FILIPPO : Cette nouvelle réunit l'uchronie et la SFet donne un truc bien ficelé. Nous sommes en 1954 et la découverte d'une arme incroyable a permis à la France d'être une super puissance et de régner sur toutes les autres nations. La fin reste totalement ouverte et laisse Albert Camus, le protagoniste de cette histoire face à un choix dont nous ignorerons le dénouement. C'est la nouvelle que j'ai préférée.

- Cinépanorama de Xavier MAUMEJEAN : Je passe rapidement sur celle-ci dans la mesure où je n'y ai strictement rien compris .... incapable que j'ai été de mettre une date sur les évènements ou même un nom sur les personnages ....

Je n'ai pas (plus ?) l'habitude de lire des nouvelles, c'est un style qui oblige à rentrer très rapidement dans le récit sous peine d'être rapidement largué et d'autant plus lorsqu'il s'agit de revisiter l'histoire.
Comme dit ce passage dans le dossier sur ce thème : "Cela présuppose un contrat tacite entre l'auteur et le lecteur. Ainsi, le lecteur doit posséder ce minimum de connaissances historiques nécessaires pour saisir la divergence et en accepter le postulat de départ" ; la difficulté lorsqu'on lit de l'uchronie est d'avoir quand même quelques notions de la période dont on parle et du coup cela devient très difficile avec une nouvelle qui induit beaucoup plus d'implicite qu'un roman qui a largement le temps de poser les choses.
Cela a le mérite de stimuler intelligemment les neurones !!!
Pour achever la découverte de ce numéro :
- une interview de Yohan HELIOT, un auteur qui manie avec brio le steampunk, qui évidement va bientôt rejoindre ma PAL, (notamment par "La lune seule le sait") je transcris juste un petit passage de l'interview qui m'a séduite
Pourquoi écrire ?
Yohan HELIOT : nous écrivons pour faire plaisir à notre égo parce que nous recherchons un peu de reconnaissance.

- un voyage vers Mars, comme si vous y étiez ... ce n'est pas demain la veille mais pourquoi pas ?

En conclusion cette première plongée dans cette revue m'a bien plu, j'ai apprécié la qualité des nouvelles, le dossier abordable pour une néophyte, la grande partie consacrée à des critiques de livres .... Donc un bilan très positif ...

mercredi 19 janvier 2011

Alexandre le Grand et les Aigles de Rome de Javier NEGRETE

Je l'avoue, cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour tant j'ai eu du mal à entrer dans ce livre. Durant environ les 80 premières pages, je n'ai vraiment pas accroché, rythme trop lent, personnages trop peu charismatiques ... seulement autant pour un Werber je n'hésite pas à fermer le livre et à l'oublier aussi sec, autant pour un auteur que je ne connais pas du tout et en plus lors d'une lecture faite pour un Challenge, je persévère un peu ...

ET ... j'ai bien fait ... car l'alchimie a fini par fonctionner et peu à peu j'ai apprivoisé les personnages (ou plutôt les personnages m'ont apprivoisée, ce qui n'est pas chose facile), le récit a pris de l'ampleur et en fin de compte .... j'ai été séduite par cette grande fresque ...

Alexandre le Grand et les aigles de Rome rentre dans ce qu'on appelle une uchronie ... selon le postulat "et si ...."
Et si les anglais avaient gagné la Guerre de 100 ans ? et si les allemands n'avaient pas perdu l'une ou l'autre des Guerres Mondiales ?
Et si Alexandre le Grand n'avait pas été empoisonné et avait continué son emprise sur l'Europe et commencé à regarder vers l'Italie ?

Ce qui est difficile avec un roman historique, uchronique ou pas, c'est qu'il faut avoir des connaissances certaines en histoire pour suivre un tant soit peu l'intrigue ... Or j'admets que ma culture en terme d'antiquité grecque n'est pas très étoffée ...en dehors du fait que ce roi a régné de 334 à 324 avant JC, qu'il est le fils de Philippe de Macédoine et qu'il a conquis l'Empire perse de l'Egypte à l'Asie mineure et à l'Inde ...
Pour le reste il faudrait me plonger dans Wiquipédia ou un bouquin de 6ième (enfin de mon temps c'était au programme de la 6ième, lol), enfin heureusement Javier Negrete y pourvoit parfaitement en nous faisant partager les us et coutumes d'une armée du temps d'Alexandre mais aussi le mode de vie des grecs et de romains, sans oublier les philosophes qui sont mis à l'honneur, tels Aristote et Platon ... Si on s'intéresse un tant soit peu à cette époque historique, cela devient vite passionnant car pas du tout rébarbatif.

Alexandre le Grand ne meurt donc pas empoisonné grâce à un médecin surgi mystérieusement pour le sauver et qui ne sait pas lui même d'où il vient et comment il a été parachuté là ... c'est un des éléments de fantastique de ce roman ... avec Myrmidon le Chef de la Forêt dont la manière de se battre est presque irréelle ... pour le reste la fantasy n'est pas le point principal de ce roman et cela ne gêne en rien.
On suit donc plusieurs personnages, dont Alexandre bien sûr mais qui finalement n'est pas tellement le principal, Nestor donc le médecin qui a un rôle d'observateur pacifique mais qui pour autant joue un rôle primordial dans les évènements, notamment à la fin ... Lysinias le serviteur dévoué et fidèle du roi, Perdiccas le chef de la Cavalerie des compagnons du roi, presque traître malgré lui mais qui saura se racheter, Euctémon un des soldats d'Alexandre dont tous les actes font penser à un comportement autistique et Caïs Julius, tribun de l'armée romaine de Papirus ...
Ce qui est appréciable c'est que l'auteur ne prend parti pour aucune des deux armées, au contraire, en aucun lieu il fait preuve de manichéisme, les personnages de deux clans sont mis en valeur avec leurs qualités et leurs défauts. Et en fin de compte ils se révèlent attachants.

Tous ces ingrédients donnent au final un roman agréable à lire, qui allie intelligemment récit et éléments historiques sans que cela soit ennuyeux ... Je ne regrette pas en fin de compte d'avoir persévéré.

Extraits
"Son regard intérieur contemplait le monde d'une telle hauteur qu'on l'eût dit en train de chevaucher la comète Icare. Mais là-haut, depuis cette cime si éloignée du reste des humains, Alexandre se sentait très seul."

"Toi, tu ne veux pas être le Roi de la Forêt, dit-il. Tu veux seulement tout observer sans rien altérer, passer dans la vie sans souille ce que tu touches. Mais c'est impossible.

- Je sais.

- Non, tu ne sais pas. Tu l'as oublié."


"Là se tenaient les juges de l'Enfer, des géants à tête de bête, aux regards acérés comme des épées de glace, aux voix hurlantes et retentissantes. C'étaient les anciens dieux, terribles et incompréhensibles aux mortels, lesquels avaient cherché à les modeler sous les traits d'être anthropomorphes afin de s'imaginer qu'ils pourraient les apprivoiser et, de cette façon, éviter d'éprouver devant eux l'effroyable panique que Platon ressentait maintenant."


Ailleurs
Cafard Cosmique ; Fantasy au petit déjeuner (un billet original fait à l'oral) ; if is Dead

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Winter Time Travel chez Lhisbei.