mercredi 11 février 2015

Les substituts de Johan Heliot

"Dans ce monde-là, la plupart des humains ont été réduits à l'état d'esclaves simples d'esprit. On les appelle les Substituts.
Tya est l'une d'entre eux. Et rien ne la prédisposait à se distinguer.
Mais Tya a découvert en elle une force étrange qu'aucun autre Sub ne possède.
Une force, faite de mots et de phrases, qui pourrait se répandre et devenir une armée redoutable au service de la liberté.
Cette force c'est la connaissance."

Tya est une jeune fille de 14 ans qui, pour la première fois de sa vie, va quitter son environnement, un parc gardé jours et nuits par des gardes pour aller travailler en ville, sous la coupole des Hauts, les dirigeants. C'est un monde étrange dans lequel elle vit, il y a donc les Substituts qui payent pour une terrible faute qu'ils auraient commis et qui sont condamnés à travailler pour d'autres : ils sont dépourvus de mémoire et d'intelligence, ce qui permet de les contrôler aisément. Il y a ensuite les Hauts, ceux qui gouvernent et possèdent la connaissance, eux-même dirigés par les Très-Hauts, de sortes de monstres victimes d'un mal étrange ..... et enfin les révoltés, les parias, la Horde qui vivent en marge de la ville et survivent comme ils le peuvent.
Très vite on s'aperçoit -et elle avec - que la jeune héroïne est différente de ses semblables, étrangement, elle n'oublie rien d'un jour à l'autre, et de plus elle apprend à chaque instant de nouvelles choses, comme si son cerveau, libéré des contraintes, se développait peu à peu.
Il est très intéressant d'ailleurs de constater que le vocabulaire de Tya évolue avec ses progrès, de phrases courtes aux tournures simples elle parvient au fil des pages à exprimer de mieux en mieux sa pensée - comme dans Des fleurs pour Algernon où Charlie en évoluant parle de mieux en mieux et structure ses idées.

Comme dans la plupart des romans "Young Adult" nés sous le thème de la dystopie, les jeunes héros ont à coeur de faire évoluer les choses et Tya n'échappe pas à la règle ; même si les personnages de Johan Heliot restent assez froids, on a affaire au moins à des adolescents intelligents et qui ne sont pas agaçants. Ce qui est très appréciable après mes diverses excursions dans ce type d'écrit.

Le récit est plutôt bien mené, bien structuré et tout-à- fait cohérent et j'ai beaucoup aimé sa trame : le fait que l'esclavage se passe par le biais de l'ignorance donne des potentialités tout à fait intéressantes. Au fur et à mesure que Tya devient intelligente et capable de raisonner, elle devient consciente de ce qu'était sa vie et peut enfin avoir des perspectives de changements. Sans savoir impossible d'y parvenir, cela me fait penser aux penseurs des Lumières qui mettaient déjà le doigt sur l'importance de la connaissance. Maintenir le petit peuple dans la crasse de l'ignorance permettait de fabuleusement l'empêcher de se révolter contre les injustices.
C'est exactement ce qui est abordé dans ce premier tome. Peu à peu Johan Heliot nous dévoile, à travers les découvertes de Tya,  pourquoi les Substituts sont traités ainsi, ce qui a conduit à cette structure précise de la société et qui sont les Plus Hauts ....

En conclusion, un bon roman jeunesse, intelligemment mené. Je pense que je lirai à l'occasion ses suites (le tome 2 est déjà sorti).

Citation
Ils mourront parce qu'ils sont des Subs et qu'ils ont faim et que tout le monde les déteste en ville.
Ils mourront parce que leurs ancêtres ont commune une faute depuis longtemps oubliée.
Ils mourront parce qu'une catastrophe a frappé les gens de la ville et que depuis personne ne voyage plus dans les longues maisons de fer.
Ils mourront parce qu'ils ne sont pas capables d'apprendre de nouvelles choses et que leur mémoire s'efface chaque fois qu'ils sont de retour au Parc.
S'ils ne veulent pas mourir, il leur fait arrêter d'oublier.

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