samedi 24 janvier 2015

L'Océan au bout du chemin de Neil Gaiman

"De retour dans le village de sa jeunesse, un homme se remémore les évènements survenus l'année de ses sept ans. Un suicide dans une voiture volée. L'obscurité qui monte. Et Lettie, la jeune voisine, qui soutient que la mare au bout du chemin est un océan ..."

Dans son dernier roman, Neil Gaiman nous propose une excursion extraordinaire et incroyable dans le monde de l'enfance, dans l'univers de ses peurs, de ses secrets et de ses mystères.

 "Personne n'est venu à la fête de mon septième anniversaire.
Il y avait une table garnie de gelée et de petits gâteaux, un chapeau de cotillon auprès de chaque place et un gâteau d'anniversaire avec sept bougies, au centre de la table. Le gâteau était décoré d'un dessin de livre, avec du glaçage. Ma mère, qui avait organisé la fête, m'a raconté qu'aux dires de la dame de la pâtisserie, ils n'avaient encore jamais  dessiné des livres sur un gâteau et qu'en général, pour les garçons, c'étaient des ballons de football ou des engins spatiaux. J'étais leur premier livre."

Le narrateur (on ignore son prénom) est un petit garçon relativement solitaire, qui a peur du noir et trouve ses solutions et son refuge dans les livres. C'est après avoir découvert le suicide d'un homme étrange que tout bascule dans le cauchemar.

Ce qui me sidère toujours chez Neil Gaiman c'est cette façon qu'il a d'englober la pire des horreurs dans une trame poétique qui en atténue l'épouvante mais en même temps en exacerbe la teneur horrifique : un trou de ver, un loup manta, des vautours préhistoriques, des déchets vivants, c'est du Stephen King mais avec l'écriture fabuleuse de Gaiman. Et c'est pour cela que vraiment j'adore ce qu'il écrit. En plus cela a l'air très réel.
"Ensuite, elle a tourné l'aiguille et l'a ramenée vers elle. J'ai regardé, stupéfait, tandis que quelque chose de luisant - ça paraissait noir, tout d'abord, puis translucide, et enfin réfléchissant comme du mercure - était extrait de ma plante de pied, à la pointe de l'aiguille."

Neil Gaiman signe là vraiment un roman à mes yeux exceptionnel, déjà par son entrée très juste dans le monde de l'enfance.

"Les adultes suivent les sentiers tracés. Les enfants explorent. Les adultes se contente de parcourir le même trajet, des centaines, des milliers de fois ; peut-être l'idée ne leur est-elle jamais venue de quitter ces sentiers, de ramper sous des rhododendrons, de découvrir les espaces entre les barrières."

"Les petits pois étaient pour moi une énigme. Je ne comprenais pas pourquoi les adultes prenaient des choses qui avaient si bon goût quand elles étaient fraîches cueillies et crues pour les mettre en boîte de conserve et les rendre écoeurantes."

Ensuite par l'impuissance d'être un enfant effrayé dans un monde d'adultes ; en effet l'enfant n'a personne sur qui compter lorsqu'il a affaire à la terrible gouvernante (qu'il a ressenti, lui, de suite être un danger pour lui et sa famille) et pire on ne le croit pas. Du coup on vit tout à hauteur d'enfant de sept ans (on est encore tout petit à cet âge là) incompris et surtout non soutenu, les peurs ressenties alors en deviennent plus percutantes et on en vient à compter autant que lui sur la petite Lettie, cette sorte d'enfant trop mûre pour son âge qui semble savoir déjà tant de choses sur le monde onirique dans lequel ils gravitent.

Et enfin pour l'histoire en elle-même qui ne souffre d'aucune longueur, ni rupture de rythme. J'aime le style, toujours juste, toujours touchant au but, du grand Gaiman. C'est un roman pour adultes sur l'enfance et c'est formidablement mené.
J'ai été plus que conquise, j'ai été réellement emballée, je l'ai dévoré d'une traite et je pense sans aucun doute qu'il est mon tout premier coup de coeur de l'année 2015.

Citations
"J'aimais les mythes. Ce n'étaient ni des histoires pour adultes, ni des histoires pour enfants. Elles étaient mieux que ça. Elles étaient simplement.
Les histoires d'adultes n'avaient jamais aucun sens, et elles mettaient tant de temps à commencer. Elles me donnaient l'impression que l'âge adulte avait ses secrets, des secrets maçonniques, mystiques. Pourquoi les adultes ne voulaient-ils pas lire des histoires de Narnia, d'îles secrètes, de contrebandiers et de fées dangereuses ?"

"Les adultes non plus, ils ressemblent pas à des adultes, à l'intérieur. Vus de dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes n'existent pas. Y en a pas un seul, dans tout le monde entier."

Ailleurs
Une interview de Neil Gaiman ici ....

10 commentaires:

  1. Bon, avec tous ces avis plus que positifs, il va falloir que je me mette à le lire moi aussi ! :)
    En plus, ça fait bien longtemps que je n'ai lu un Gaiman (et je dois aussi lire les Sandman, mais ça c'est pour le côté comics).

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  2. C'est vrai que le poétique côtoie l'horreur ici aussi. Je trouve que c'est un conte pour adulte sur l'enfance :) Par contre, je n'ai pas été aussi enthousiaste que toi à sa lecture, j'ai été trop souvent déconnectée du récit.

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    1. Oui tout à fait pour le conte.
      Ah oui, moi j'ai vraiment été prises par le récit d'un bout à l'autre.

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  3. Neil Gaiman devrait quand même écrire un mauvais livre de temps en temps, histoire de changer ses habitudes... Ah bah non, en fait non, c'est cool. Et je lirai celui-ci avec joie !

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    1. Hey ça existe les Gaiman pas terribles, j'en ai bien deux ou trois dans ma bibliothèque :P.
      (et sinon ravie qu'il t'ai plu Endea ^^)

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  4. J'aime beaucoup cet auteur. Je lirai probablement celui-là.

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  5. Rhaa la scène de l'anniversaire, quelle cruauté.
    Belle chronique ^^

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    1. Oui je l'ai trouvée très cruelle aussi.
      Merci ^^

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