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samedi 8 août 2015

Entre Clair et Obscur

Qui dit ne blogue pas, ne veut pas dire, ne lit pas.
Et les livres se sont accumulés, non chroniqués avec le temps passant, les oublis habituels et l'envie de le faire qui s'éloigne.
Du coup, je vais faire un court résumé de tous afin de pouvoir enfin les ranger dans ma bibliothèque.

Alors quelles lectures depuis le mois d'Avril ?

- Haut Royaume L'héritier de Pierre PEVEL : Cette série est maudite, cela fait la seconde fois qu'elle se trouve au coeur de mes pannes de blog et que du coup, non chroniquée à temps, fait l'office d'un formatage de cerveau ..... En plus entre le premier tome et le second, donc celui-ci, j'avais déjà presque tout oublié. Voilà pourquoi je déteste commencer des séries inachevées et pourtant je continue à le faire .... moins mais à le faire quand même.
Du coup .... je ne sais vraiment pas quoi dire de l'Héritier si ce n'est que de manière générale, même si je lis avec plaisir cette nouvelle saga je la trouve un gros poil en dessous des précédentes, du coup j'en oublie d'autant plus vite le contenu.



- Ferrailleurs des mers de Paolo BACIGALUPI : Un très chouette roman jeunesse sur la survie d'adolescents à la fin du XXè siècle. L'histoire est très cohérente et les personnages vraiment bien posés, j'ai vraiment beaucoup aimé. Au travers d'un livre, destiné à un jeune public, l'auteur aborde intelligemment un monde post-apocalyptique avec des enjeux économiques et des manipulations génétiques dans un décor bien construit. Son prix Locus est amplement mérité. C'est du tout bon.

- Serpentine de Mélanie FAZI : Dommage que je n'ai pas trouvé l'envie de le chroniquer celui-ci car j'avais pris des tas de notes sur chacune des nouvelles qui ponctuent ce recueil.  J'ai retrouvé avec plaisir cette plume sensible et humaine d'une auteure qui a tout compris des relations humaines et des ressentis de chacun. Si je parcours rapidement mes notes prises à l'occasion de ma lecture, je peux relever sa maitrise du récit, notamment dans "Nous allons prendre la route" ; sa façon de faire prendre forme à ses mots, comme dans Rêves de cendre. J'avais trouvé la nouvelle Mathilda très intense au gré des morceaux de musique qui la composent et Ghost town blues la plus angoissante de toutes (il faut dire qu'une ville fantôme dans laquelle des êtres malsains se font les vampires de souvenirs pose les choses en la matière !)
En résumé, encore un excellente recueil de nouvelles de cette "sorcière" de l'écriture  qui m'a envoûtée une fois de plus.



- Ados sous contrôle de Johan HELIOT : Un livre pour adolescents mais qui ne m'a pas vraiment marquée, j'ai eu déjà la sensation d'en avoir pas mal lu sur le sujet : un camp de rééducation pour adolescents rebelles dont certains, surnommés les APO, ont une comportement de zombie.
Je n'en garde que peu de souvenirs.




- Cinquante nuances de Grey de EL James : C'est le livre gag du printemps. Déjà, pourquoi s'est-il retrouvé entre mes mains ??? Tout simplement parce que j'en avais assez d'entendre des personnes autour de moi s'extasier sur le film et me répondre lorsque je leur donnais mon avis "tu ne peux pas savoir tu ne l'as pas vu". Bon .... exact et je ne l'ai d'ailleurs toujours pas vu, je ne vais de toute façon pas au cinéma. Du coup une amie m'a proposé le livre et j'ai accepté pour avoir matière à critique si je retombais sur quelqu'un qui mettait cette histoire sur un piédestal.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : c'est un des livres les plus nuls qu'il m'a été donné de lire depuis des années. Je crois qu'il bat même Twilight ! En premier lieu, il est atrocement mal écrit et complètement inintéressant. Je ne parle même pas des personnages, entre cette cruche d'Anastasia prête à faire absolument n'importe quoi pour ce bellâtre de millionnaire qui manque à ce point de charisme qu'on aurait juste envie de le claquer ... et l'autre avec pour qu'elle ouvre les yeux. 
Bref, ce livre ne mérite même pas une ligne de plus de chronique.  Quant au côté "histoire érotique" c'est d'un lassant épouvantable. Si on souhaite une belle histoire d'amour avec du cul dedans, je conseillerais plutôt de lire Les vaisseaux du coeur de Benoite GROULT : ça c'est du vraiment bon !!! 

- Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire de Lemony SNICKET tomes 6 et 7. Rien de très nouveau dans ces tomes-ci, à force le concept  lasse un peu malgré l'envie de savoir ce qu'il est advenu des amis des enfants Baudelaire et la hâte que le Comte Olaf soit enfin entre les barreaux. C'est distrayant quand on n'a rien d'autre à lire. Par contre pour les enfants, c'est vraiment une série sympa surtout qu'elle est émaillée de réflexions sur la vie ou les façons de percevoir les choses qui sont intéressantes.





- Adèle les noces de la Reine Margot 2015 le jour, 1572 la nuit de Silène EDGAR : cette auteure avait remporté un véritable succès avec 14.14 un roman mettant en scène la première guerre mondiale. Dans Adèle les noces de la Reine Margot, elle reprend le même principe : un personnage (cette fois-ci une jeune fille) de notre temps qui bascule dans un temps d'autrefois, à la différence que cette fois-ci c'est au travers de songes (dans le précédent, c'était au travers de lettres). C'est à la fois agréable à lire et très pédagogique puisque l'on aborde les évènements historiques de 1572 et notamment la terrible Saint Barthélémy qui se prépare. Un très bon roman jeunesse donc.

- Le Fou et l'Assassin Tome 2 La fille de l'Assassin de Robin HOBB : je m'étais promis d'en faire un billet pour lui tout seul mais une fois encore le courage m'a manqué. Comme le premier tome de sa nouvelle sage qui remet au grand jour Fitz, je l'ai littéralement dévoré. Certes je le trouve moins puissant que les précédents le concernant - j'ai d'ailleurs relu les deux premières intégrales pour le plaisir et on ne retrouve pas le souffle extraordinaire qui sous-tendait la Citadelle des Ombres dans cette suite. Après évidemment, cela peut être du au fait que les tomes sont découpés et que du coup, à peine entré dedans, il faut en ressortir. La nouveauté dans cette nouvelle saga est la prise de parole par deux personnages au lieu d'un seul, avec une prédominance de plus en plus marquée d'Abeille la fille de Fitz (j'espère d'ailleurs que ce n'est pas de mauvaise augure pour ce dernier) et une intrigue qui peu à peu se met en place et révèle ses atouts. Et comme d'habitude une fin qui laisse sur sa faim.
Pour le reste, c'est Robin HOBB, alors c'est toujours aussi prenant et haletant d'autant plus que l'on a pas besoin d'apprivoiser les personnages, même les nouveaux viennent à nous sans effort.
J'adore vraiment cette auteure. Vivement la suite !

- Millenium  Tomes 1 à 3 de Stieg LARSSON : Une collègue me les a  prêtés pour les vacances et cela tombait bien car j'avais toujours eu envie de les découvrir. A une époque je lisais beaucoup de policier avant de m'en lasser jusqu'à ce que je raccroche avec Transparences et Résurgences d'AYERDHAL qui sont des romans exceptionnellement bons et intelligents en la matière. Millenium ne m'a pas déçue, avec néanmoins un peu de mal à me mettre dans le premier tome mais ensuite le rythme s'est emballé et n'a plus lâché jusqu'au troisième. C'est haletant et les personnages vraiment haut en couleur : avec une magnifique place à l'héroïne qui porte les trois tomes à bout de bras. Voilà du policier non sexiste et non machiste (ce qui ne veut pas dire que les autres le soient forcément) : il faut dire aussi qu'il a été écrit par un Suédois, société par excellence où la femme a sa véritable place. On peut dire que j'ai adoré de bout en bout, je pense que je me les achèterai pour les relire.

mercredi 11 février 2015

Les substituts de Johan Heliot

"Dans ce monde-là, la plupart des humains ont été réduits à l'état d'esclaves simples d'esprit. On les appelle les Substituts.
Tya est l'une d'entre eux. Et rien ne la prédisposait à se distinguer.
Mais Tya a découvert en elle une force étrange qu'aucun autre Sub ne possède.
Une force, faite de mots et de phrases, qui pourrait se répandre et devenir une armée redoutable au service de la liberté.
Cette force c'est la connaissance."

Tya est une jeune fille de 14 ans qui, pour la première fois de sa vie, va quitter son environnement, un parc gardé jours et nuits par des gardes pour aller travailler en ville, sous la coupole des Hauts, les dirigeants. C'est un monde étrange dans lequel elle vit, il y a donc les Substituts qui payent pour une terrible faute qu'ils auraient commis et qui sont condamnés à travailler pour d'autres : ils sont dépourvus de mémoire et d'intelligence, ce qui permet de les contrôler aisément. Il y a ensuite les Hauts, ceux qui gouvernent et possèdent la connaissance, eux-même dirigés par les Très-Hauts, de sortes de monstres victimes d'un mal étrange ..... et enfin les révoltés, les parias, la Horde qui vivent en marge de la ville et survivent comme ils le peuvent.
Très vite on s'aperçoit -et elle avec - que la jeune héroïne est différente de ses semblables, étrangement, elle n'oublie rien d'un jour à l'autre, et de plus elle apprend à chaque instant de nouvelles choses, comme si son cerveau, libéré des contraintes, se développait peu à peu.
Il est très intéressant d'ailleurs de constater que le vocabulaire de Tya évolue avec ses progrès, de phrases courtes aux tournures simples elle parvient au fil des pages à exprimer de mieux en mieux sa pensée - comme dans Des fleurs pour Algernon où Charlie en évoluant parle de mieux en mieux et structure ses idées.

Comme dans la plupart des romans "Young Adult" nés sous le thème de la dystopie, les jeunes héros ont à coeur de faire évoluer les choses et Tya n'échappe pas à la règle ; même si les personnages de Johan Heliot restent assez froids, on a affaire au moins à des adolescents intelligents et qui ne sont pas agaçants. Ce qui est très appréciable après mes diverses excursions dans ce type d'écrit.

Le récit est plutôt bien mené, bien structuré et tout-à- fait cohérent et j'ai beaucoup aimé sa trame : le fait que l'esclavage se passe par le biais de l'ignorance donne des potentialités tout à fait intéressantes. Au fur et à mesure que Tya devient intelligente et capable de raisonner, elle devient consciente de ce qu'était sa vie et peut enfin avoir des perspectives de changements. Sans savoir impossible d'y parvenir, cela me fait penser aux penseurs des Lumières qui mettaient déjà le doigt sur l'importance de la connaissance. Maintenir le petit peuple dans la crasse de l'ignorance permettait de fabuleusement l'empêcher de se révolter contre les injustices.
C'est exactement ce qui est abordé dans ce premier tome. Peu à peu Johan Heliot nous dévoile, à travers les découvertes de Tya,  pourquoi les Substituts sont traités ainsi, ce qui a conduit à cette structure précise de la société et qui sont les Plus Hauts ....

En conclusion, un bon roman jeunesse, intelligemment mené. Je pense que je lirai à l'occasion ses suites (le tome 2 est déjà sorti).

Citation
Ils mourront parce qu'ils sont des Subs et qu'ils ont faim et que tout le monde les déteste en ville.
Ils mourront parce que leurs ancêtres ont commune une faute depuis longtemps oubliée.
Ils mourront parce qu'une catastrophe a frappé les gens de la ville et que depuis personne ne voyage plus dans les longues maisons de fer.
Ils mourront parce qu'ils ne sont pas capables d'apprendre de nouvelles choses et que leur mémoire s'efface chaque fois qu'ils sont de retour au Parc.
S'ils ne veulent pas mourir, il leur fait arrêter d'oublier.

Ailleurs

mercredi 5 novembre 2014

Lecture jeunesse en folie (2)

Et c'est reparti pour la suite (et fin) de mon aventure livresque jeunesse spéciale pour l'école de ces vacances de la Toussaint.

Je commence par un coup de coeur... Quand je dis que l'Ecole des loisirs est une référence ! Là elle a sorti un petit bijou. Et qui vient à point nommé pour prouver qu'il n'y a pas que des mauvaises choses dans la littérature jeunesse.
Journal d'un débutant de Luc BLANVILLAIN : L'histoire n'a l'air de rien, un élève entrant au collège qui décide -afin que ses parents cessent la pression insensée qu'ils mettent sur ses épaules - d'être nul ..... De "je réussis en tout", il doit passer à 'j'échoue mais pas d'un coup pour ne pas trop affoler non plus".  Ce roman aborder beaucoup de sujets : la réussite scolaire, l'attitude des parents vis à vis d'elle, l'amour aussi (il faut bien un peu !) mais de façon intelligente, pas niaise du tout. C'est vraiment sympa, frais et bien écrit. Je recommande aux jeunes lecteurs !
D'ailleurs je me demande si je ne vais pas le faire en lecture orale cette année, je pense qu'il s'y prête parfaitement.

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HISTOIRE
- 5 Histoires du Moyen-Âge, d'auteurs divers : Le système a toujours du bon, 5 courtes nouvelles pour aborder cette époque, néanmoins rien qui sort vraiment du lot, SAUF une nouvelle, signée de Johan HELIOT, oui ^^ Ce qui  est génial c'est quand on découvre comme ça au hasard de ses lectures, des auteurs que l'on connait, je trouve ça magique. Donc HELIOT a écrit la nouvelle qui se démarque vraiment, une nouvelle SF parlant du MA, fallait oser, je ne vais pas en dire plus parce que la fin m'a laissée juste bouche-bée, je me suis dit "OMG, il a osé !!!"
Du coup il est parti avec moi aux Utopiales pour le faire dédicacer par Johan !
- Léon sur le chantier de la tour Eiffel Journal d'un ouvrier 1888.1889 : Voici une petite série qui relate certains évènements historiques sous forme d'un journal, c'est plutôt sympa et permet d'aborder des époques différentes sans le côté rébarbatif de l'étude à l'école. J'ai bien apprécié cette aventure au pied de la Tour Eiffel qu'on voit monter au ciel de pages en pages. Je pense qu'il faudra se procurer d'autres de cette collection,  c'est pédagogique.
- 14.14 de Silène EDGAR et Paul BEORN : L'histoire d'une correspondance entre deux personnages de 1914 et 2014. Ce livre a été écrit dans le cadre de la célébration du Centenaire de la Première Guerre Mondiale. Plus que sur la guerre en elle-même, il décrit parfaitement la vie d'un jeune garçon juste avant le conflit mondial, l'école, ses parents et leurs attentes, en opposition à la vie de l'autre garçon vivant en 2014. J'ai bien aimé l'idée mais je regrette juste que finalement on n'aborde pas du tout la guerre, seulement les menaces, cela n'apportera rien en terme histoire pure, sauf sur les différentes façons de vivre en 100 ans d'écart. Pour le reste, cela se lit très bien et c'est intéressant.

CLASSIQUE : Roald DAHL
- Charlie et le grand ascenseur : qui est la suite de Charlie et la chocolaterie, cela fait très longtemps que j''ai lu le premier alors je ne me souviens plus si c'était aussi déjanté que celui-ci. Car franchement j'ai pouffé de rire un paquet de fois, c'est bourré de clichés (le ministre du budget qui parvient triomphalement à équilibre le budget ..... en le faisant tenir sur sa tête ; l'ennemi russe .... ou chinois ....), c'est empli d'humour, c'est incroyablement fantasque, bref j'ai passé un réel bon moment de lecture. Je n'en dirai pas plus, les fans de Charlie et la chocolaterie doivent absolument le découvrir.
Encore un livre qui se prêterait parfaitement à une lecture orale aux élèves et qui prouve qu'il y a de bonnes choses pour les enfants.
- Moi, Boy : dans ce livre là Roald livre une partie de sa vie, notamment sa jeunesse, dans les années 1920 (il est né en 1916), à l'époque où les punitions cruelles étaient monnaie courante dans les écoles et collèges anglais. Personnellement j'aime beaucoup les biographies (quoique celle-ci n'en soit pas une, car il livre des moments marquants de sa jeune vie), car j'adore savoir comment les livres ont pu prendre naissance en lisant les réflexions de leurs créateurs, et j'ai été intéressée par celle-ci mais je regrette qu'on n'y fasse pas allusion justement à sa vie d'écrivain (sauf une petite allusion à un moment). Cela dit, c'est un livre jeunesse et il a tenu à écrire un livre sur sa jeunesse, reste à savoir si cela passera auprès des élèves.

POLICIER
- Nuit rouge de Jean-Hugues OPPEL : Un garçon, orphelin, fugue de son centre de réinsertion (eh oui il a fait quelques bêtises) pour retrouver sa grand-mère mais se retrouve en plein drame incendiaire. Bon .... cela se lite bien, c'est plutôt pas mal écrit, c'est sensé hérisser le poil (collection Fais-toi peur), c'est bien construit mais il manque le petit plus qui relèverait ce roman au rang du "c'est très bien". C'est juste une histoire pour faire frissonner, il manque une pincée d'émotion et de psychologie ainsi qu'une louche de qualité littéraire.
- L'assassin impossible de Laurent CHABIN : qui arrive à point nommé pour apporter tout ce qu'il manquait au précédent, on est là dans un réel effort d'effroi et de mystère, avec une chute comme dans les Doigts rouges de Marc VILLARD. Et c'est bien mieux écrit que Nuit rouge avec quelques passages vraiment intéressant en terme de peur ..... La preuve il y a eu deux moments où j'ai eu la chair de poule en lisant parce que cela renvoie à des choses inconscientes que l'on peut tous ressentir à un moment dans sa vie. Pas mal donc. 

FANTASTIQUE
Les étranges soeurs Wilcox Les vampires de Londres de Fabrice Colin : Deux orphelines découvrent brutalement qu'elles sont devenues des vampires et commencent à vivre un destin particulier, entre Sherlock Holmes et le Docteur Watson .....Bon ... voilà le type même de roman destiné aux 10 ans et que je ne vois pas trop dans les mains de lecteurs de cet âge ... non à cause de son contenu, mais à cause de l'écriture qui est plus élaborée. Après certains enfants sont capables, mais j'ai de sérieux doutes sur mes élèves. Quant à l'histoire, je ne l'ai pas achevée, il y a de bonnes idées, comme faire côtoyer créatures surnaturelles à de figures célèbres comme les deux citées précédemment ainsi que Jack l'Eventreur, c'est bien écrit mais je trouve le récit un tantinet alambiqué et trop lent à se mettre en place (ce qui peut être normal, trois tomes suivent derrière).  Je reste donc mitigée.

MANGA
- Chi une vie de chat de Konami KANATA : Bon je ne vais pas y aller par quatre chemins, ce "manga" est nul ..... oui je sais on ne dit pas "c'est nul" on dit "je n'aime pas", néanmoins c'est quand même ce que j'ai pensé. En premier lieu, il n'a de manga que le nom puisqu'il se lit à l'endroit ... donc c'est une BD, certes dessinée par un japonais mais cela ne change rien. De plus l'histoire campe un mignon petit chat qui se perd et trouve une famille, on a le droit à l'apprentissage de la propreté, à la première visite chez le vétérinaire, sauf .. que même si les illustrations sont pas mal, ce n'est pas drôle. Pour ce genre de scénarios, autant se lancer dans la série de FINE sur le Chat assassin. Et enfin, on pose là un chaton de 2.3 mois, certes .... qu'on fait zozoter pour bien marquer que c'est un petit ... euh ... ce ne serait pas un prendre le (jeune) lecteur pour un abruti ? Bref il est possible que les gamins aiment car cela se lit bien mais mon avis ne changera pas.
- Lucika Lucika de Yoshitoshi ABE : Ce coup-ci on a affaire au manga qui se lit à l'envers (sinon quel intérêt d'avoir acheté un autre type de littérature pour l'école si on ne les plonge pas dans cette autre façon de lire ?) et qui présente une petite fille qui fait pas mal de bêtises. Je ne l'ai pas lu en entier, juste les premières planches mais c'est bien plus intéressant et beaucoup moins niais que le précédent. Certes il s'adresse à des lecteurs un peu plus âgés mais au moins on a affaire à une véritable petite fille qui fait de véritables bêtises et pousse de belles colères.

Et ceci clôt ma phase lecture compulsive de mes vacances. Je n'ai pas lu ni chroniqué les albums, je les lirai probablement plus tard. Et il me reste la série des Oksa à découvrir aussi, ce que je ferai dans les prochaines semaines.

vendredi 28 décembre 2012

La guerre des mondes n'aura pas lieu ! de Johan Heliot

"Quand Johan Heliot pirate H.G.Welles .... Un cocktail détonant d'humour et d'aventures !"
Cette petit phrase inscrite sur la quatrième de couverture traduit bien l'esprit de ce roman de SF dans lequel Heliot campe le propre auteur de La Guerre des Mondes dans son histoire, en la détournant juste ce qu'il faut pour faire de ce récit une aventure drôlissime et bien narrée.

Voici le synopsis de la Guerre des Mondes : Des extra-terrestres venus de Mars envahissent la Terre en usant de « rayons ardents », d'armes chimiques et de tripodes. Après avoir facilement défait la résistance humaine, les Martiens dévastent l'est de l'Angleterre, Londres incluse. N'étant pas immunisés contre les maladies terriennes, ils finissent par mourir. La narration est faite par un journaliste rescapé des premières attaques, qui cherche à retrouver son épouse en errant à travers un pays désert et désolé.

Johan Heliot campe son personnage d'Herbert G.Wells, qui après avoir essuyé un refus de plus de la part d'un éditeur pour son roman "Les argonautes à la conquête du temps" décide de tout quitter, de laisser Londres derrière lui et d'embarquer pour l'Amérique. Là-bas, il existe une cité idéale, Icaria où tout est possible. Parti avec Isabel, il fait la connaissance en cours de route d'une famille d'irlandais dont les parents, passés par-dessus bord, laissent orphelins trois enfants. Et voici notre jeune Herbert affublé d'une famille avec laquelle il parvient en Amérique. Pour faire bonne mesure il y ajoute Toussaint un enfant des rues, noir et pauvre, et se trouve prêt à affronter ce vaste pays en route vers l'Ouest, vers sa cité de liberté.
Jusqu'au moment où il se retrouve face à l'apparition d'un navire spatial, venu tout droit de Mars, du futur, pour empêcher une guerre entre les deux mondes : la Terre et la planète rouge.

Les références littéraires et cinématographiques ne manquent pas dans ce roman, de "Docteur Levingston I presume" (en réalité "Professeur Wells, je présume ?) à l'évocation du lancer de cocon dans l'espace pour rallier la Terre (on pense évidement à Jules Verne), en passant par Men in Black (l'effacement des souvenirs dans une grande lueur blanche), Stargates (l'Arche qui permet de passer d'un monde à l'autre) sans oublier la fameuse phrase " Un petit pas pour l'homme, un grand bond pour l'humanité" ("Un petit pas pour mon cheval, mais un grand bond pour l'armée des Etats-Unis !).
Voilà qui est bien savoureux et qui fait de ce roman léger, qui se ne prend pas au sérieux, un bon moment littéraire, c'est pour le moins original cette uchronie aux portes de la planète rouge. Cela m'a fait fortement penser à la conférence aux Utopiales : Mars les nouveaux défis scientifiques et techniques : Heliot fait parfaitement écho à tout ce que j'ai pu entendre sur la fascination de tous pour Mars.
Les personnages, un peu naïfs, sont vraiment profondément gentils mais dans le bon sens, empreints d'humanité, de respect des valeurs humaines, se heurtant à la dureté du Nouveau Monde, sans jamais se départir ni de leur politesse, ni de leur culture, ni de leur altruisme. Les méchants sont évidement de vrais méchants sournois, mesquins et prêts à tout pour leur profit personnel mais au final qui se font justement punir. Le tout dans un monde de fin XIX où les cow-boys jouent du révolver contre les tripodes et autres armes extra terrestres.

Un chouette petit roman que j'ai dévoré sans y penser, qui serait bon à mettre dans toutes les mains des adolescents qui veulent se lancer dans la SF .... avant de découvrir La Guerre des Mondes de H.G. Wells !

Ailleurs

mardi 23 août 2011

Les pirates de fer et l'archipel céleste : la quête d'Espérance de Johan Heliot

Si Izaïn, né du désert, avait bénéficié d'un billet à lui tout seul, j'ai choisi de lire les deux suivant d'une traite pour deux raisons
- la première étant que j'ai du malheureusement attendre un moment avant de pouvoir me les procurer, une aventure dramatique à la FNAC narrée ici
- la deuxième étant que les éléments s'enchaînent tellement fortement qu'en fin de compte je n'ai pu m'arrêter à la fin du second et ai démarré immédiatement le troisième.

La Quête d'Espérance est une Trilogie assez exceptionnelle à plusieurs niveaux :

- Les personnages sont attachants et déroutants, aucunement manichéens, avec une profondeur très intéressante, dans une approche très intelligente de l'auteur, ils sont perturbants parce qu'en fin de compte, chacun a ses défauts et ses qualités et leurs actions prennent leurs sens dans le dénouement final du Tome 3. Et aussi à la manière d'un Martin dans son Trône de Fer, Heliot ne les épargne pas le moins du monde !

- L'histoire est à la fois compliquée - ces livres sont classés en Atalante Jeunesse certes mais c'est déjà du très haut de gamme jeunesse parce qu'il y a des passages très durs et assez complexes - et terriblement prenante .. débutant dans le désert pour s'achever dans l'espace avec une formidable cohésion dans le récit, je ne m'attendais absolument pas à de telles explications du monde dans lequel vivent les personnages au tout début du récit. Je ne m'attendais pas non plus à un tel final totalement versé dans de la Science Fiction.

- Cette trilogie prend de l'ampleur tout au long des trois livres : des mondes différents, des peuples différents, une guerre, des découvertes et au dessus de tout cela, l'histoire d'Espérance, ce vaisseau vivant dont l'origine ne sera connue qu'au terme de l'histoire, sans oublier celle d'Izaïn dont on apprend enfin qui il est ce qui ne sera pas sans surprise.

- Le style d'Heliot jamais pris en défaut, de l'action, des sentiments, de la magnificence, des scènes d'une cruauté assez insupportable, des scènes émouvantes ... En fin de compte Johan Heliot ne nous laisse presque pas une seconde reprendre notre souffle et nous entraine dans une histoire palpitante d'un bout à l'autre.

En conclusion, une trilogie de réelle qualité qui s'adresse tout autant à de jeunes lecteurs adolescents qu'à des adultes, il serait dommage de passer à côté !
Et j'ajoute que les couvertures signés Manchu sont tout simplement sublimes.

Extraits
Les rêves d'Izaïn étaient souvent oppressants, en lien direct avec un épisode vécu dans la journée. Celui de cette nuit ne faisait pas exception. Il se trouvait prisonnier d'une espèce de cloche en verre, emplie d'un liquide froid au goût salé, qui envahissait sa gorge et ses poumons. Toutefois il ne se noyait pas. Il parvenait à respirer dans ce bain forcé, flottant comme en apesanteur, aussi nu qu'au premier jour. A travers le verre de sa cellule, il apercevait l'éclat d'une ribambelle de lumières plus ou moins vives et colorées.

La jeune femme perçut en retour le chant le plus beau, celui des adieux faits à un être aimé. Espérance n'exprimait aucune espèce de nostalgie. Bien au contraire. Jamais elle n'avait aussi bien porté le nom attribué pas son premier capitaine. Légyria se sentit extrêmement fière d'avoir pu partager la destinée d'un vaisseau si exceptionnel. D'un coup, son chagrin s'évanouit.

Ailleurs
Tome 2 : chez Olya et Lelf
Tome 3 : chez Olya et Lelf ; If is Dead ;

mardi 26 juillet 2011

Izaïn né du désert, la Quête d'Espérance de Johan Heliot

Un vaisseau étrange chemine dans le désert, une sorte d’animal mollusque qui procède par reptation le long de son sillon … acheminant des marchandises d’oasis en oasis sous le commandement de Légyria qui a hérité de l’Espérance par son père ….
Un enfant le suit depuis quelques jours, à bout jusqu’au moment où le bosco du navire, Orso, décide de lui venir en aide et de le remettre en état pour le vendre en tant qu’esclave.
Il ne le fera pas pourtant car le garçon, nommé Izaïn, attire un peu trop de convoitises …

C’est un monde particulier que nous présente Johan Heliot dans cette Quête d'Espérance :
- des vaisseaux des sables dont l’organisme mou requière les attentions des fouisseurs (l’auteur aime à explorer les entrailles de ses étranges inventions, déjà dans La lune seule le sait, les nefs des Ishkiss transportent des voyageurs dans leurs abdomens), ce qui peut paraitre un tantinet écoeurant au départ, et qui sont guidés par le lien les unissant à leurs capitaines
- des charognards de fer qui attaquent les voyageurs
- des pirates de fer qui, armés d’une armure capable de décupler les forces, paraissent invulnérables
- un enfant terriblement mystérieux qui porte peut être sur ses faibles épaules une prophétie et qui parait surdoué dans tout ce qu’il entreprend (c’est un extra terrestre au milieu des ces autres extra terrestres en somme )
Et tout un ensemble de personnages, comme les Terreux qui sont les marins des navires des sables, les Ferreux, les traqueurs etc …

Un univers qui nous parait pourtant rapidement familier avec une structure du récit adaptée à la littérature jeunesse mais qui ne laisse pas d’instant de répit, c’est un livre qu’on dévore, sitôt fini un chapitre, on fonce dans le suivant.
Et la fin se termine sur un cliffhanger palpitant qui fait regretter de ne pas avoir le Tome 2 sous la main (je le savais pourtant, ne JAMAIS commencer une trilogie sans avoir la suite à portée).

Je me suis interrogée sur les éventuelles inspirations d’Heliot pour trouver la trame de son récit, les tempêtes de sable font immédiatement penser à celles de Dune, tout comme les vaisseaux du désert, en harmonie avec leurs maitres, renvoient aux navires magiques de Robin Hobb dans sa série Les aventuriers de la mer, ou encore la fameuse armure des pirates de fer m’a fait penser à celle que revêt Nawel dans les Âmes croisées de Bottero.
Après il est évident que le lecteur fait ce qu’il veut avec ce qu’il perçoit de ses propres références littéraires, sans savoir si elles sont fondées ou non.

Ce qui n’enlève d’ailleurs absolument rien à la qualité du premier tome de la trilogie de la Quête d'Espérance.
C’est un excellent roman pour jeune, qui peut se lire aussi avec beaucoup de plaisir lorsqu’on est adulte, une trame réellement originale avec des personnages qui ne sont pas manichéens. Ainsi Orso, avant de s’attacher au jeune Izaïn, avait l’intention de s’en débarrasser. Mester, qui de prime abord, représentait l’ennemi suprême, se révèle être tout à fait autre chose.
Personnages attachants qui plus est, ce qui est pour moi, critère de plaisir de lecture. Et bien entendu l’aisance d’écriture propre à Heliot que j’aime décidément énormément.

J’ai beaucoup apprécié aussi la manière dont était traitée la relation entre Espérance - pourtant paraissant une peu ragoutante grosse limace, mais en fait se révélant un être qui ressent, qui vit, et qui en devient rapidement attachant - et les humains qui la protègent et s’occupent d’elle.

Un mot aussi de la couverture signée Manchu qui a permis de mettre une image sur Espérance et son univers, une illustration superbe, aux contours adoucis par la lumière très ténue du soleil et les couleurs chaudes du désert.

Et enfin pour achever, une grande interrogation, La quête d’Espérance est certes un roman de Sf sans aucun doute, mais fait-il partie de l’univers du Space Opera ? Si l’on en croit l’article de Wikipédia, on pourrait penser que non, car la plupart des romans de ce style là se situent sur des grandes échelles interplanétaires, avec des enjeux économiques, politiques, écologiques … pour autant il est difficile de cataloguer un livre uniquement à partir de son premier tome, donc je ne me prononcerai pas sur ce sujet.
Avis aux connaisseurs s’ils peuvent m’éclairer (moi et quelques membres du Cercle qui se posent aussi la question).

Extraits

Loin dans le dos du môme, une grosse boule orange émergeait de l’horizon, comme un furoncle naissant sur la peau du monde. Une lumière sanguine se reflétait dans le sillage d’Espérance.


« C’est lui, avait chuchoté l’étranger, la voix vibrante de respect. Lui, tel qu’Il a été et tel qu’Il sera encore, autant de fois au cours des siècles », avait-il ajouté, sans donner plus d’explication à ces propos mystérieux.

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lundi 23 mai 2011

Johan Heliot et Christian Grenier chez les enfants

Il est quelque fois des hasards ... comme ce livre de Johan Heliot : Opération Nemo, présent dans la bibliothèque de ma classe depuis des lustres et jamais repéré, jusqu'au jour où cherchant un livre à lire à mes élèves, je tombe dessus et fais un bon de 3 mètres (bon 20 cm d'accord !) en découvrant l'auteur ...

Nono est un petit garçon qui une nuit d'envie pressante tombe nez à nez avec le Capitaine Nemo, héros de vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne ...et apprend que le célèbre marin est menacé par un terrible Gobe-Mots qui s'attaque aux livres, dévorant les plus jolis mots qui s'y trouvent.

"Quand les Gobe-Mots s'attaquent à un personnage de roman ou à un objet né de l'imagination d'un écrivain, ils peuvent lui infliger de véritables blessures. Nous ne sommes pas constitués de sang et de chair, ni de métal ou de bois véritable, mais d'encre."


C'est un petit livre fort bien rédigé, à l'écriture dense et riche, il faut déjà être bon lecteur pour l'aborder, et avoir un minimum de pré-requis littéraire (notamment sur quelques livres de Jules Verne, ne serais-ce que quelques titres). L'histoire est originale qui demande un effort d'abstraction de la part du jeune lecteur pour intégrer le fait qu'il suit les aventures d'un personnage de livre, lequel suit suit puis rencontre le personnage du livre qu'il lit aussi ...
J'aime beaucoup ce genre de récits qui fait entrer le lecteur dans l'univers des livres.

Dans un autre genre de hasard ... "Le château des enfants gris" de Christian Grenier, redécouvert en fouinant dans notre armoire de livres-cycles2.3- de la liste officielle .... lu il y a fort longtemps et oublié dans les oubliettes de ma mémoire.

Au détour d'un lac, Mic et Orphée découvrent un curieux château dont les habitants, deux enfants à la peau lisse et grise, vont intégrer leur école.
Mais qui sont ces mystérieux enfants ?

Au delà de l'histoire purement de science fiction, ce livre ouvre un beau sujet sur la tolérance de l'autre et de ses différences, car si Orphée spontanément intègre les nouveaux arrivants, tout bizarres soient-ils, voire même développe une réelle affection avec l'un d'entre eux (ce qui lui permettra d'avoir accès à un merveilleux cadeau), son ami Mic, lui, les rejette en bloc.

"Salut, têtes d'oeuf ! lance Mic au milieu des gloussements." "Tu as remarqué ? dit Mic à Orphée pendant la récréation. Ils sentent mauvais ! Et leur peau est gluante comme celle d'un serpent"

L'histoire se lit très bien et relativement facilement, tout à fait abordable par des enfants jeunes lecteurs et c'est une bonne découverte de l'univers fantastique. De plus c'est bien écrit, ce qui ne gâche rien.

"Alors Orphée s'enfuit. Taï veut la retenir ; mais elle bouscule son ami, se débat et griffe sa peau grise. Taï émet une note de douleur aiguë. Dans ses yeux, des larmes ont jailli ; sur son bras perlent trois gouttes violettes. Orphée s'arrête et pâlit, stupéfaite."


Johan Heliot et Christian Grenier sont de bons auteurs de littérature jeunesse.


dimanche 20 février 2011

La lune seule le sait de Johan Heliot

Il est des livres que l'on peut parcourir dans n'importe quel état émotionnel car ils ne fédèrent ni concentration, ni connaissances .... "La lune seule le sait" n'en fait absolument pas parti .... et du coup il a failli ne jamais voir cette chronique ...
Pas facile d'entrer dans un livre somme toute assez complexe, dans un bus, entourée d'une soixantaine de gamins surexcités, dans une chambre d'auberge de jeunesse, après des journées de plus de 15 heures sur Paris avec les petits loups sur lesquels il faut exercer une continuelle surveillance (euh ... la concentration requise n'est plus vraiment là à 1H du matin quand enfin on regagne son lit ... cela dit semaine riche culturellement et belle aventure humaine ... néanmoins sans place pour la découverte littéraire, je le saurai pour une prochaine fois !) .... puis poursuivi, l'âme mise en déroute par le décès d'une personne proche ....
Tout se cumulait pour me gâcher réellement les potentialités du roman d'Heliot que j'ai failli laisser tomber en me trouvant tous les arguments possibles :
- je ne rentre pas dans l'histoire
- je n'aime pas le style
- je n'apprécie pas non plus les personnages ....

Heureusement je n'applique pas systématiquement le droit de ne pas finir un livre quand je sens que celui ci mérite un peu mieux que son exil dans ma bibliothèque et c'est de retour au calme que j'ai pu enfin l'apprécier à sa juste valeur ...

"La lune seule le sait" rentre dans ce qu'on appelle l'uchronie .... mais de plus il appartient à ce sous genre de la science fiction uchronique nommé steampunk ...
Le steampunk est un terme inventé pour qualifier un genre de littérature de science fiction dont l'action se déroule dans l'atmosphère de la société industrielle du XIXè siècle (merci Wikipédia).
Il est intéressant de constater que le héros principal mis en scène par Heliot, Jules Vernes, est justement un des premiers auteurs à avoir écrit dans ce style.

L'action démarre en 1899, soit 10 ans après la construction de la Tour Eiffel mais surtout 10 ans après l'arrivée d'un vaisseau extra terrestre sur Paris ... Napoléon III est toujours en vie (il meurt dans l'Histoire en 1873 ), la guerre de 1870 contre la Prusse n'a pas été perdue, il règne sur la France de manière despotique et fait réprimer toute tentative de rebellion en envoyant les dissidents purger leur peine dans un bagne construit sur une base lunaire .... tout ceci grâce à l'alliance du peuple humain et du peuple extra-humain, les Ishkiss, l'alliance du métal et de la chair ....
"Les Ishkiss forment un peuple, des peuples plus exactement, des milliers de peuples agglomérés en un substrat de société, dont l'origine remonte à la nuit des temps."

Seulement à qui profite réellement cette alliance ? Louis Napoléon est-il le meilleur représentant de son espèce ? Les Ishkiss ne sont-ils pas entrain de se faire manipuler par les humains ? Que peuvent-ils retirer, eux, de cette cohabitation ?

Yohan Heliot a écrit un roman dont l'Histoire se reconstruit autour de personnages réels comme donc Napoléon III, Jules Verne, Victor Hugo mais aussi Louise Michel qui, depuis son exil dans la base Cyrano de la Lune, (en réalité elle a été déportée en Nouvelle Calédonie) fomentera la révolte des bagnards.
Heliot a totalement revisité l'Histoire de cette période en y rajoutant l'aspect science fictif ... je dois dire que c'est plutôt bien fait, une fois apprivoisé son style que je trouve relativement académique, une fois les réels éléments historiques remis en mémoire, on rentre bien dans le récit ... et même plus celui ci avance plus on se prend au jeu, c'est fort bien mené d'un bout à l'autre. Jusqu'à la fin on se demande quel parti vont prendre les Ishkiss ...

Le monde recréé sur la Lune est réellement poétique mais aussi assez extraordinaire.
" La Lune apparut donc, strate après strate, depuis la crête dentelée de ses montagnes sans fin jusqu'à la couverture de poussière des dunes craquelées, percées d'innombrables impacts de météores ; un livre magique, ouvert pour satisfaire l'appétit de voyages extraordinaires des éternels enfants rêveurs".

Et en même temps l'auteur a su créer une réelle société extra humaine, des individus qui fonctionnent à la manière de ces société d'insectes donc la conscience collective est plus importante que celle individuelle , des coléoptères qui servent de monture, des vers qui permettent de transmettre des informations par pensées .. tout un monde de science fiction très original et très cohérent surtout ...
En conclusion un roman de grande qualité .... que j'ai pu découvrir dans le cadre du Challenge Winter Time Travel de Lhisbei.

Récompense
Prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone.

Johan Heliot sera aux Imaginales 2011.

Extraits
Soudain, Jules ne fut plus seul. Derrière ses paupières closes, une image se forma, qui n'était pas captée par des yeux humains. Un dais de velours noir sans fin, piqueté de mille paillettes d'or étincelantes. La toile démesurée de l'espace, comme personne ne l'avait jamais vue. Jules perdit alors le contact avec la réalité confortable du compartiment de 1er classe pour se projeter dans le flot de sensations qui parcouraient l'immense réseau nerveux de la nef. C'était une expérience à la fois sublime et terrifiante.

Ville flottante, canon géant tirant des obus habité jusqu'à la Lune, exploration des terres creuses, sous-marin, rayon mortel et combien d'autres billevesées en regard du présent ? Le public, qui avait crié au fou face à de simples mots, trouvait aujourd'hui ordinaire d'être avalé par un Léviathan de l'espace.


Ailleurs
Chez Lord Orkan Von Deck ; scifi universe