samedi 22 novembre 2014

Utopiales III Les conférences

Chaque année, les Utos proposent foison de conférences au point qu'on a du mal à faire un choix et surtout à pourvoir s'y rendre à toutes ..... Pour la première fois depuis que je me rends à des festivals, j'ai décidé de prendre des notes .... D'une part cela permet de pouvoir enfin avoir un CR digne de ce nom, parce que je n'ai aucune mémoire auditive (ou alors on va dire qu'elle est trop sollicitée au boulot et que du coup j'ai du mal à imprimer en dehors) et que généralement je ne retiens pas grand chose de ce qui est dit, ce qui me frustre énormément.
D'autre part c'est un excellent moyen de rester concentrée tout au long de l'heure de discussion et d'empêcher son esprit de s'égarer.
C'est donc un procédé que j'utiliserai désormais.

Il y avait un monde terrible cette année, au point que j'ai souvent été obligée de m'assoir par terre, sur le côté, ce qui explique à quel point mes photos sont minables, prises de biais, et souvent floues ..... Evidemment j'aurais pu me relever pour les prendre mais déranger tout le monde c'est pas vraiment mon truc ...
Après ce n'est pas si grave non plus.

Alors quelles conférences cette année ?

VENDREDI 31 OCTOBRE

- Lire de la science-fiction nous rend-il plus intelligents ?
Avec J.M.LIGNY, L KLOETZER, B DELLA CHIESA et Jo WALTON.
J'attendais pas mal de cette conférence mais je fus plutôt déçue car le sujet, s'il fut abordé en début, dériva sur la façon d'écrire des auteurs, qui si c'est  super passionnant, ne répondait pas vraiment au postulat de départ. De plus, du fait de la présence de Jo Walton, une partie se passait en anglais, je n'avais pas de décodeur, donc je n'ai rien pu suivre, ce qui m'a gonflée.
Qu'en est-il ressorti ? Les livres lus à l'adolescence jouent un rôle important.
J.M. LIGNY : "La SF rend plus ouvert, on ne voit plus la réalité par le petit bout de la lorgnette."
En gros, la SF refait le monde, permet de le voir d'un point de vue décalé, elle restructure l'univers.
Jo WALTON : à 40.50 ans, on ne peut pas avoir la même découverte qu'à l'adolescence car on a déjà notre opinion, c'est un plaisir intellectuel.
Ensuite c'est parti sur les motivations personnelles des écrivains, comme LIGNY qui part d'un sujet sensible qui parle aux gens. Mais une fois dans l'histoire, il se passe un moment de grâce où il voit ses personnages vivre leur vie, avec leurs propres mots ;  et des fois il est surpris de leurs réactions, du coup l'auteur s'efface. D'ailleurs des fois il n'est pas d'accord avec ses personnages mais il les respecte.
Forcément, entendre cela trouve beaucoup de répercussion en moi et j'aime beaucoup ces paroles, il est juste dommage que le sujet n'ait pas été respecté et que la modératrice n'ait pas su le remettre en avant.



- La SF nous aide-t-elle à mieux comprendre l'Histoire ?
Avec J WINTREBERT, C LAMBERT, A FAKHOURI et F BLANCHARD.
Encore une conférence dont j'attendais beaucoup et qui n'a pas tout-à-fait non plus répondu à la question, avec en plus un modérateur qui avait tendance à prendre la main et répondre aux questions de la salle à la place des auteurs. En réalité, la conférence a pris justement un tour intéressant lorsque la parole a été donnée aux spectateurs.
En tout cas, au dire des auteurs c'est le même travail d'écrire de la SF et de l'Histoire, cela provient de la même intention d'écriture.
Un auteur (je ne sais plus lequel) a souligné le fait que lorsqu'on écrivait sur le futur, les lecteurs y adhéraient alors que lorsqu'il s'agissait du passé , il existait un risque de refus ou de méconnaissance. Le travail est plus ardu lorsqu'on dépasse le XIXè siècle, car moins de connaissances acquises.
D'autre part, il n'existe pas de SF sans trame historique, il y a forcément des fondations (coutumes, cultures, constructions historiques... ) mais ce n'est pas forcément NOTRE histoire.
On a besoin de toute façon d'un contexte pour écrire une histoire, d'où le définition d'une société mais, sauf si on est dans un quotidien, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir des références à l'histoire, le lecteur peut prendre comme chose normale l'univers construit.
 Ensuite il fut fait référence à des films et séries, sujet où je suis plutôt larguée, donc cela ne m'a pas vraiment parlée.
Une question très intéressante a été posée : "Est-ce qu'à travers l'uchronie les auteurs veulent montrer les travers de la Société ?".
Oui, comme dans 1984 (qui a été taxé de mauvais roman à sa relecture d'ailleurs !!! pas sur le sujet mais sur l'écriture, cela me donnerait envie de vérifier par moi-même). "On fait passer nos idées dans nos romans (combat) mais ce n'est pas forcément systématique."
Fred BLANCHARD estime qu'un uchronie sur le fait que les nazis aient gagné n'est pas réaliste, ce n'est pas entendable, il trouve cela abusé et malsain.
J'avoue avoir un peu été choquée par cette affirmation : parce que c'est malsain, cela ne pourrait pas être plus réaliste qu'une la Révolution F n'ayant pas eu lieu ? Certes cet auteur a le droit de ne pas vouloir écrire ce genre d'uchronie, c'est pas pour autant qu'il peut jurer que cela n'aurait pas pu avoir lieu, l'Histoire nous prouve que nous n'en sommes pas forcément passé loin ...
Au final, l'uchronie peut être un bon outil pour comprendre l'Histoire, savoir par ce qui aurait pu se passer pour comprendre ce qui s'est réellement passé.
Anne FAKHOURI conclue en disant qu'il faut arrêter de chercher des lettres de noblesse à la SF et la fantasy car tout récit raconte une histoire. Voilà qui est dit !



- L'âge de raison : enfance, intelligence et pouvoir en SF
Avec F. CLAVEL, S DENIS, T DAY et J. A. DEBATS
Voilà la conférence qui m'a le plus fait regretter de ne pas oser prendre la parole en public tellement j'aurais eu de trucs à dire, au point que j'en bouillais littéralement !!! Dommage qu'il n'y ait pas ce genre de conférences dans mon boulot, là on ne pourrait plus me retenir, lol.
Le débat s'est beaucoup axé sur ce qu'était un roman jeunesse, que ce soit enfant ou young adulte et sur ce que l'on en attend.
DEBATS a démarré en disant qu'elle avait écrit des 1ers romans sur des héros adultes mais que cela n'intéressait pas les éditeurs, donc elle a commencé à faire des héros jeunes ... parce que l'on reste jeune.
DAY, lui, a affirmé que cela faisait 20 ans qu'il travaille sur la violence et qu'il est trop facile et obscène d'utiliser l'enfant pour tirer des larmes au lecteur. De plus l'enfant a trop de libre arbitre avant 9.10 ans.
Le point de vue de l'enfant qui découvre le monde est intéressant pour un style comme le planet ou space opéra. Lorsqu'il a écrit Du sel sur les paupières, il l'a ressenti comme un livre à contraintes car il ne parle ni de sexe, ni de violence (et paradoxalement c'est le livre qui a remporté des Prix) ; écrire sur les 12.13 ans ne l'intéresse pas car c'est tellement bien fait par les autres auteurs qu'il ne pense pas faire mieux.
DEBATS a abordé ensuite la problématique du fait que lorsque le narrateur est jeune, on est forcément ciblé littérature jeunesse alors que ce n'est pas forcément le cas : ex avec Ender.
Pour DAY, quitte à écrire sur les enfants, autant s'intéresser à des enfants différents, en marge ou exceptionnellement intelligents, par exemple S KING a vraiment su parler de l'enfance, de sa violence, c'était une révolution. Je ne suis pas complètement d'accord avec lui sur ce point, il existe des tas de livres jeunesse qui prennent comme personnages des gens tout à fait normaux auxquels il est tout à fait possible de s'identifier.
La conférence s'est orientée ensuite sur les attentes des lecteurs : veut-il lire des livres sur l'enfance ? ou retrouver ce qu'il a été ou ce qu'il aurait aimé être ?
Pour DEBATS, certains éblouissement restent lorsqu'ils ont été issus de l'enfance, "ces claques je ne les aurai jamais plus". Ce que personnellement je trouve un peu triste, je suis adulte et des claques en lisant certains livres je me les prends toujours et fort heureusement !!!
S DENIS a enchainé en disant qu'on a une approche différence lorsqu' on est enfant ou adulte, quant à DAY il a de gros soucis avec la littérature jeunesse parce que cela ne le transporte plus, il ne voit plus que les concessions que les auteurs sont obligés de faire. Je pense qu'il fait bien de se cantonner à la littérature adulte (qu'il fait très bien) avec ce genre de pensées, j'ai d'ailleurs noté le titre de La voie du sabre dans lequel il présente le point de vue du méchant, un enfant qui devient un ado tête à claque, cela peut être intéressant.
De là place au débat sur les censures, chez Syros, DENIS ne se sent pas censurée et on peut transcender les interdits. Du coup dire que la littérature jeunesse est mauvaise est faux car comme dans la littérature adulte il y a 99% de merde ! Bien dit !!!
La conférence s'est achevée sur une sorte d'historique de la conception de la littérature jeunesse, passant des contes complètement atroces à des versions Walt Disney la machine à empêcher d'avoir peur et du coup rendre le jeune lecteur complètement niais (ceci a soulevé pas mal de remarques dans la salle, notamment que le fait d'avoir aimé Walt Disney n'a pas empêche la construction et le développement de l'esprit critique ensuite).
Pour ma part, il faut remettre les choses dans leur contexte sociologique et historique, les Walt Disney ont démarré dans les années 20 et Blanche Neige et les 7 nains en 1937, il était peut-être important à l'époque de détourner les gens des horreurs des guerres et de les faire un peu rêver. Quant aux horreurs des contes, il faut rappeler que l'enfance était une notion qui n'existait pas à l'époque et qu'aucunement on les épargnait question lecture.
De toute façon, selon DEBATS, on est entrain de dépasser Disney et de revenir à la peur et les angoisses.
Heureusement que je suis convaincue que la bonne littérature jeunesse existe sinon j'aurais plus qu'à changer de métier !!!
Une conférence diablement prenante en tout cas !


SAMEDI 1er NOVEMBRE

- Existe-t-il des intelligences terrestres non humaines ?
Avec J.A DEBATS, p KUNTZ, S LAINE, F LANDRAGIN.
A mon plus grand regret, je n'ai pu la suivre en entier car il y avait la remise du Prix Planet SF des blogueurs, heureusement ce qui a été dit en début de conférence faisait écho à des choses que je savais déjà depuis longtemps grâce à mon cursus et à pas mal de lectures sur l'intelligence animal : comme le fait qu'il est impossible d'apprendre le langage à des singes donc on utilise le langage des signes. Un animal ne peut enchâsser des phrases, ce que fait l'humain, ni maîtriser le temps (petite réflexion de DEBATS : certains humains ne maitrisent pas l'anticipation). Pascale KUNTZ dont c'est la spécialité, a embrayé ensuite sur les communication entre les insectes, leur façon d'interagir entre eux grâce à la collectivité (construction, partage de tâches etc), sans ingénieur, dans une communication avec les phéromones.
Serait-il possible de communiquer avec les humains grâce à cela ?
Ensuite j'ai du partir ..... J'ai retenu néanmoins l'obligation absolu de me procurer la nouvelle Les yeux d'Elsa de Sylvie LAINE !!!

- Rencontre avec Philippe WARD et Sylvie MILLER
C'est en nous posant Vert et moi pour manger que nous avons tendu une oreille, bien installées dans des fauteuils .... une manière agréable d'écouter ...... vers les créateurs de Lasser. A savoir que Fazimel existe vraiment, c'est une traductrice qui était réceptionniste !!!

- Le ventre, notre second cerveau ?
Avec A DAMASIO, C DENJEAN, X MAUMEJAN et M NEUNLIST
 Cette conférence fut juste hallucinante, déjà au niveau du monde, c'est simple il y en avait partout, sur les côtés, par terre .... un incroyable succès pour un sujet qui ne l'est pas moins.
En effet, savez-vous que notre ventre est toute une machine qui contient 200 millions de neurones ? soit autant que le cerveau d'un chien ? Certes on connaissait sa fonction d'absorber et de dispatcher les nutriments dans le corps, de fournir l'énergie aux muscles ; mais ce qui est nouveau c'est qu'il existe une réelle connexion entre le tube digestif et le cerveau afin de réagir à l'environnement.
Il y a des milliards de bactéries dans notre ventre ("on a un zoo dans le ventre" dixit DAMASIO) et des études sur les maladies comme Parkinson commencent à s'orienter sur de nouvelles pistes avec des espoirs thérapeutiques car il y aurait atteinte du tube digestif avant même les troubles neurologiques. Voilà qui amène beaucoup de perspectives pour l'avenir du traitement de ces maladies (y compris pour l'autisme).



Suite à cette conférence, nous sommes allées Tigger Lilly, Vert et moi voir le documentaire "Le ventre, notre second cerveau" de NEUNLIST, il y avait tellement de monde qu'à quelques places près nous ne passions plus !
Le documentaire fut à la hauteur de la conférence.
Généralement lorsque j'aborde la Préhistoire avec mes élèves, je leur fais comprendre que la position debout, à la différence de celle à quatre pattes, permet de voir plus loin et un meilleur développement des capacités cognitives, donc de la taille du cerveau, donc de l'intelligence .... Et aussi que la découverte du feu a permis de faire cuire la nourriture et par conséquent un peu moins de mortalité due aux maladies ... Mais il faut savoir aussi, dans ce documentaire, que le fait de cuire ses aliments a permis aussi une digestion plus facile et a dégagé pas loin de 16% d'énergie autrefois consacrée à mâcher la viande dure en faveur du cerveau : donc développement accru !

Le documentaire, très pédagogique, a montré différentes expériences sur le biotope de notre ventre ( nous avons plus de génomes de bactéries dans le corps que de génomes humains ! ), par exemple que le fait d'injecter des cellules de toxoplasmose à des souris les transformaient en adorateurs de chats ! Mais aussi que des échanges de biotopes entre rongeurs changent leur comportements .... Bref ce fut vraiment passionnant et tous les chercheurs et savants du film avaient l'air complètement passionnés par leur sujet ... avec une tête légèrement illuminée aussi il faut l'avouer.


En tout cas des conférences vraiment intéressantes dans l'ensemble.


4 commentaires:

  1. Merci pour ces brillants résumés, en particulier la conf sur l'enfance qui avait l'air vachement intéressante.

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  2. Bravo, la prise de notes fonctionne très bien, et ça me permet de cibler celles que je n'ai pas vues et qui m'intéressent. ;)
    Il m'en reste tout un tas à écouter, mais je manque un peu de temps en ce moment...

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  3. Faut que je rattrape la conférence sur l'enfance un de ces 4, ça avait l'air fort intéressant !

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