dimanche 28 novembre 2010

Le poney rouge de John STEINBECK

Il m'arrive souvent,entre un Trône de Fer et un A vos souhaits, de remettre le nez dans mes livres d 'enfance tels que Le Poney rouge de Steinbeck ...

Jody, un petit garçon sage, rêveur et solitaire vit dans un ranch de Californie entre un père sévère et une mère douce et affectueuse. Sa vie paisible se partage entre l'école et les travaux de la ferme jusqu'au jour où on lui offre un poney rouge ....
Plus qu'une simple histoire basique d'amitié entre un enfant et un animal, comme souvent dans les livres pour enfants, ce roman est basé sur le rude apprentissage de la vie et de la mort, dans un monde où la compassion n'existe guère, où les sentiments n'ont pas de place ... un monde où tout est démesuré comme le pays, où l'immensité des plaines n'a d'égal que leur sauvagerie ...
Ce n'est pas un livre gai, loin de là, pas de happy end, d'une plume acérée, dure, Steinbeck écrit comment confronté au drame, un enfant tente de s'en sortir, seul ...

Et plus que l'histoire de ce poney rouge, se trame en fond l'amitié entre un homme, l'employé du ranch Billy Buck, et le petit garçon ... ce que Jody ne trouve pas en son père (aide, conseils, compréhension, amour même) il vient le chercher chez celui en qui il a tout confiance ... jusqu'au jour où son poney meurt malgré la promesses de Billy de le guérir .... Et toute la fin du livre s'explique par cette confiance mise à mal que l'homme va tenter de reconquérir ... à n'importe quel prix, dans le sang et la douleur ... et malgré tout l'on n'est même pas sûr qu'il a réussi à se racheter aux yeux de Jody ...

Enfant, j'avais découvert des extraits de ce roman dans mon livre de lecture L'oiseau-lyre de CM, extraits que je lisais et relisais régulièrement ... pour autant à présent je trouve que c'est un livre dur pour des enfants de 10 ans, je le destinerais plutôt à des adolescents ...
Dans la fin des années 70, on présentait dans les livres de lecture d'élémentaire, tout aussi bien Kipling, que Kessel, ou Hugo, ou encore Daudet .. on accrochait ou pas ... on n'avait de toute façon pas le choix, la littérature jeunesse à proprement parler n'existait pas de la même manière qu'aujourd'hui ...



Plus tard j'ai dévoré d'autres romans de Steinbeck, comme Les raisins de la colère ou A l'Est d'Eden (pour lequel il a reçu le Prix Nobel de littérature et dont a été tiré le fameux film avec James Dean) avec un égal plaisir ...

Extraits
"Ce fut Billy qui se mit en colère. Il avait soulevé Jody dans ses bras et d'apprêtait à le porter à la maison. Mais il se retourna vers Carl Tiflin.
- Bien sûr qu'il le sait, dit Billy avec fureur. Nom de Dieu ! tout de même, vous ne comprenez donc pas ce que ça lui fait ?"

"Il se couvrit les yeux de ses bras croisés et resta couché là un long moment, et il était plein d'une douleur indicible."

"Il essaya d'être content à cause du poulain, mais la face ensanglantée et les yeux hantés et fatigués de Billy Buck flottaient dans l'air devant lui."

jeudi 25 novembre 2010

A vos souhaits en LC

A peine 6 mois après la création de mon blog, la néophyte que je suis , continue à découvrir ce monde avec un regard neuf et terriblement enthousiaste (ce doit être le fait de travailler avec des enfants à longueur de journée, je garde un esprit totalement enfantin :p) ...
Premiers pas dans la blogosphère, acquisition d'un vocabulaire tout à fait nouveau (mais c'était quoi enfin ces initiales PAL, LC que je découvrais un peu partout ?), premiers posts sur des blogs littéraires, premiers contacts avec des bloggeurs sur le Cercle d'Atuan et enfin premières lectures communes.

La première fut la Horde du Contrevent, de Damasio, lu avec Tigger Lilly et Lael.

La deuxième débutée le 22 Novembre concerne A Vos souhaits de Fabrice Colin, partagée avec AcrO, Bartimeus, Christelle, Coeur de Chêne, Julien, Laure, Left, Lhisbei, Olya, Pauline, Phooka et Tortoise.

Comment se déroule-t-elle ? AcrO, qui est à l'origine de ce projet, a découpé le livre en 8 tranches (Julien nous a fait un tout à fait sympathique marque page qui figure bien entendu dans mon exemplaire, très très pratique !!) et au terme de chaque tranche, le ou la lecteur (trice) qui a terminé la première propose en mail collectif un résumé. Ensuite cela donne lieu à un échange d'impressions, de commentaires ..

Hormis le fait que c'est pour moi l'opportunité de faire plus amplement connaissance avec des bloggeurs, je trouve ces lectures communes très enrichissantes dans la mesure où cela permet, outre de partager des avis et sensations, de mieux appréhender la lecture et d'avoir l'occasion de la voir sous un jour nouveau .. ce qui nous est évident, perceptible pour l'un ne l'est pas forcément pour un autre et réciproquement ... ce qu'on perçoit à notre manière très subjective peut être vue d'une autre, complètement opposée ...
Une expérience donc très humaine que j'apprécie grandement .. en espérant pouvoir la renouveler . .. ma prochaine aura lieu avec le Cercle lui même, en Décembre.

Pour finir, un aperçu du premier résumé donné de la première tranche de A vos souhaits ...

"Dans un monde où se côtoient humains, elfes, ogres, zombies et autres, nous faisons la rencontre de 3 personnages que l'on pourrait qualifier d'anti héros, un humain entraîneur sportif dont l'équipe est lamentable et qui souhaite mettre fin à ses jours, un nain ,qui oeuvre dans la ville ,désespéré de ses graines qui ne donnent rien et un elfe qui échoue régulièrement à son examen de première année. L'accent est particulièrement mis en ce début sur John Moon, le personnage humain au jour du match qui oppose son équipe à celle des Etripeurs d'un Baron qui pactise avec le Diable ..."



samedi 20 novembre 2010

Mes 15 auteurs de coeur

Oh mon tout premier tag sur la blogosphère, je suis encore dans la phase découverte eh oui !!!
Voici donc le défi qui m'a été lancé par lael (merci beaucoup à toi ^^) : citer 15 auteurs que l'on porte dans son coeur en 15 minutes ...
Alors montre en main je vais le tenter ce tag !!! Encore 2 minutes avant de commencer, je fais le vide dans mon cerveau, je remonte dans mes souvenirs, je me concentre ...

Top chrono il est 11H30, c'est parti !!!
Je commence par mes deux coups de coeurs de l'année

Alain DAMASIO : pour sa seule lecture faite encore, mais alors quelle découverte !!! Je parle bien entendu de la Horde du Contrevent dont j'avoue être encore sous l'emprise 1 mois après sa lecture.

George RR MARTIN : pour son Trône de Fer découvert avant cet été, une série qui m'accroche très sérieusement et que j'aime pour la qualité de son écrit et la diversité de ses personnages ... c'est tout simplement excellent ...

11H32 déjà, vite vite, alors les auteurs tels qu'ils me viennent, sans ordre de préférence

Daniel KEYES pour Des fleurs pour Algernon, une découverte !

Robin HOBB parce que sa Citadelle des Ombres m'a transportée il y a plus de 10 ans, à l'époque où je débutais ma lecture de la fantasy.

Frank HERBERT pour son extraordinaire cycle de Dune, commencé à 15 ans, abandonné car trouvé trop difficile, repris quelques années après et cette fois ci ce fut la bonne, j'ai dévoré les 7 Tomes, ce cycle est un véritable chef d'oeuvre.

David GEMMEL pour le Lion de Macédoine, premiers livres de fantasy découverts, j'avais littéralement adoré !

Philip PULLMAN : Les royaumes du Nord, un des cycles de fantasy jeunesse les plus audacieux et qui frôlent la perfection !

11H38, vite vite, le temps passe trop vite !!!

Lynn FLEWELLING : Pour le Royaume de Tobin, un cycle que j'ai trouvé excellent.

Pierre GRIMBERG : Son Secret de Ji découvert aussi dans mes premiers livres de fantasy, auquel j'avais bien accroché.

Bernard WERBER : pas pour tout mais surtout pour son cycle des Thanatonautes suivi de l'Empire des Anges et surtout de la trilogie des dieux.

Daniel PENNAC : ah làlà la série des Malaussènes et son roman "Comme un roman", un véritable ode à la lecture !

Marion ZIMMER BRADLEY : pour son cycle Les dames du lac qui m'ont enchantée il y a déjà fort longtemps !

BAUDELAIRE : ses Fleurs du Mal et son Spleen de Paris, mes lectures de lycéenne lorsque j'étais passionnée par les commentaires composés qu'on nous demandait de produire !

11H42, plus que 3 minutes et 2 à trouver !!! Allez je file en arrière dans mes souvenirs d'enfance et d'adolescente !

Mary O'HARA ; Pour sa série Flicka que j'ai lue et relue mille fois étant enfant passionnée de chevaux, il faut dire aussi que c'était fort bien écrit !

BARJAVEL : pour son Enchanteur qui a enchanté mon adolescence à une époque où je ne jurais que par les Chevaliers de la Table Ronde. J'avais aussi adoré La nuit des temps et Le grand secret, c'était ma période romantique fleur bleue !

11H45 : top chrono, j'ai fini !!! Pile poil dans les temps !
Ce ne fut pas exercice facile je l'avoue, surtout que maintenant je pense encore à plein d'auteurs ! Voilà ce que c'est d'être accompagnée par les livres depuis que je sais lire et que je les dévorais déjà enfant, cachée sous ma couette avec la lampe de poche pour que mes parents ne me repèrent pas !

Voilà, je peaufine la mise en texte et je lance tout cela !!!
Je ne sais pas combien de bloggeurs ont déjà été taggés, mais je le lance à :
Tigger Lilly et AcrO : alors pour vous quels sont vos auteurs préférés à trouver en 15 minutes ? top chrono !!!

lundi 15 novembre 2010

L'homme dans le labyrinthe de Robert SILVERBERG

A une époque où l’hyperpropulsion ouvre la voie vers tous les points de l’univers, les hommes découvrent enfin ce qui se cache au-delà de leur propre galaxie. Et lorsqu’ils tombent sur une civilisation extragalactique inconnue, par peur, par crainte, ils décident de tenter une approche de l’autre race qui existe dans leur galaxie, sur une planète nommée Bêta Hydri IV et peuplée d’être étranges que jusque là personne n’avait tenté d’approcher.

Pour cette entrée en contact un seul homme semble être à la hauteur de la situation : Dick Muller. Pourquoi ? Parce que son orgueil démesuré, sa soif de gloire, son désir enfantin de devenir célèbre se révèlent plus forts que la crainte de périr dans cette mission.
Mais parce que ce qu’il endure se révèle alors pire que la mort, il se réfugie dans le labyrinthe de Lemnos …. fuyant la Terre et ses semblables … Un labyrinthe truffé de pièges, de trappes mortels dans lequel il reconstruit sa vie en solitaire …
Jusqu’au moment où la menace extra galactique se précisant , une expédition est envoyée dans le labyrinthe pour le renvoyer en mission …

C’est un roman qui se lit bien et facilement, presque trop aisément même … forcément lorsqu’on sort d’un choc littéraire comme la Horde du Contrevent, ce genre d’écrit peut se révéler … un peu fade.
Le thème principal porte moins sur l’histoire en elle-même, encore moins sur la menace de potentiels envahisseurs (parce que ce n’est pas le sujet principal, la fin est même un peu brève, réduite à quelques pages) … mais plutôt sur la mise en avant de deux questions fondamentales :

- L’homme est-il foncièrement mauvais comme le prétend Dick Muller, de la manière dont il le perçoit parce que tout son être est devenu transparent au point de dégoûter tous ses semblables ? Parce qu’il n’arrive plus à masquer ce que chacun tient profondément enfoui au fond de lui-même : la rancœur, la haine, l’avarice …. Et qu’alors l’homme prouve que sa nature pue ?
"Non j’appartiens à la race humaine. Je suis le plus humain de tous les hommes parce que je suis le seul qui ne puisse cacher sa profonde essence humaine. La sentez-vous, cette merveilleuse essence humaine ? Toute sa laideur et sa puanteur ? Ce qui est en moi est en vous aussi."

Mais en fin de compte qui est le plus mauvais ? Dick atteint de ce mal terrible ou ceux qui en lui mentant, en jouant sur sa solitude veulent le tromper pour l’amener à faire ce qu’ils veulent ? Lesquels font le plus preuve de mesquinerie et de roublardise ?

- Le deuxième thème concerne la solitude, l’homme, être social par excellence, est-il capable de vivre seul ? Mais vraiment seul, sans aucun autre être que lui-même, sans communication extérieure ?
"Le mépris qu’il professait pour l’humanité était sincère, mais pas son prétendu désir de solitude."
Pourtant Dick Muller revient à sa solitude, mais peut être celle-ci lui sera-t-elle alors plus supportable dans la mesure où cette fois ci il sait qu’il peut la briser ?

L’originalité du livre repose aussi sur la particularité de cet extraordinaire labyrinthe, dont les créateurs ont mis au point, un système d’auto défense terriblement ingénieux, impossible à percer …. Cela me fait penser aux pyramides qui ont entraîné tant de mythes (encore vivaces dans la culture contemporaine malgré les découvertes des égyptologues), tant de mystères …
En conclusion, c’est un roman qui se lit tout seul, mais dont la psychologie du personnage principale est intéressante et bien cernée. On s’attache à Dick Muller, on compatit à sa douleur, sa solitude forcée. Avec néanmoins une fin quelque peu bâclée à mon sens. Un livre qui ne rentrera pas dans ma catégorie "émotions" mais qui est tout de même bien agréable à lire.


Citations
La colère et la douleur battaient dans son crâne. Après neuf années, il n’était plus seul sur ce monde. Ils avaient détruit sa solitude. Une fois de plus, il se sentit trahi. Il ne demandait qu’une seule chose aux hommes : qu’ils le laissent en paix, et ils lui refusaient même cela. Mais s’ils décidaient de le rejoindre dans le labyrinthe, ils le regretteraient. Si …

C’est comme se plonger dans un bain d’acide. [..] Vous avez l’impression que toute votre peau est en feu. Il vous noie sous une fontaine de fange et de boue où apparaissent tous ses monstres, ses fantasmes, ses terreurs, ses bassesses, ses tourments et ses folies. Maintenant, submergeant tout, arrivait au galop le fleuve boueux charriant la haine, l’angoisse, la peur, la jalousie, les tourments, l’amertume, la dérision, le dégoût, le mépris, le désespoir, le vice, la fureur, la désolation, la véhémence, l’agitation, les rancœurs , la douleur, l’agonie, le tumulte, le feu. La force énorme d’impact plaque Rawlins contre son appui, l’oppressant et l’étouffant.

Ailleurs
Ce livre a été lu dans le cadre d'une LC de Cercle d'Atuan.
Voici les avis de ses lecteurs : kactuss ; Tigger Lilly ; Zahlya ; Spocky ; Vert ; Craklou ; El Jc ; Julien

samedi 6 novembre 2010

Un visage pour l'éternité de C.S.Lewis


Le roi de Glome a trois filles dont l'ainée, laide et mal aimée, porte un amour démesuré à la benjamine Istra ou Psyché. Mais cette dernière est sacrifiée aux Dieux.
Par son roman Lewis revisite le mythe grec de Cupidon et Psyché, à sa manière. Le conte se construit en fait à travers non les yeux de Psyché mais de sa soeur Orual par le long procès qu'elle fait aux dieux dans le but de découvrir la vérité mais aussi de remettre les choses à leur place. Un long témoignage pour prouver qu'elle

Dans le mythe original, la déesse Vénus, par jalousie de Psyché, ordonne à son fils d'affliger à la jeune fille une passion irrésistible pour le plus abject des hommes. Mais Cupidon tombe amoureux de Psyché et la fait emmener dans son palais à la condition que jamais elle ne cherche à découvrir son visage. Mais ses soeurs, par jalousie, la poussent à commettre l'irréparable et de colère Cupidon disparait à sa vue. Psyché tombé alors dans les mains de Vénus qui lui fait accomplir des tâches impossibles que pourtant Psyché réussit. Aux termes desquelles Cupidon lui pardonne et en fait une déesse sous l'acceptation de Vénus.

On découvre alors ce mythe lors de l'adolescence puis du règne d'Orual, avec des similitudes mais surtout des différences, car l'auteur prend alors une certaine liberté vis à vis du conte. En premier lieu celui ci ne se passe pas en Grèce. Ensuite Orual n'agit pas par jalousie envers sa soeur mais par amour, sa jalousie se reporte sur ce dieu qui la lui a prise et sa colère sur les dieux qui lui imposent cette épreuve. Et lorsqu'elle perd définitivement sa soeur, toute sa vie devient marquée par cette tragédie.

Si l'histoire se lit bien, si le mythe décalé de Psyché et Cupidon est vu d'une façon intéressante, je n'ai que moyennement apprécié l'oeuvre de Lewis. Je n'avais déjà pas accroché aux Chroniques de Narnia, je n'ai pas plus adhéré à son style dans Un visage pour l'éternité. Les sentiments sont plaqués, on ne les ressent pas au fond de soi, Orual est une femme terriblement malheureuse et seule et pourtant je n'ai ressenti aucune compassion, aucune empathie envers elle. Il manque ce petit quelque chose qui fait qu'on ressent ce que vit un personnage mais là ... rien ... J'ai parcouru ce livre avec un détachement certain .. voire me suis forcée à le lire jusqu'au bout pour en savoir le dénouement ...
Et aussi j'ai cherché désespérément le côté fantasy de l'oeuvre ... sans parvenir à le trouver .. c'est un conte qui rend hommage à la mythologie grecque mais je l'ai trouvé sans âme et sans saveur ....

Citations
J'aurais voulu être épouse pour être sa vraie mère. J'aurais voulu être garçon pour qu'elle pût tomber amoureuse de moi. J'aurais voulu qu'elle fut ma véritable soeur et non ma demi-soeur. J'aurais voulu qu'elle soit esclave pour pourvoir l'affranchir et la rendre riche.

La fraîcheur et l'humidité tout autour de moi me faisaient sentir que j'avais mal jugé le monde ; il me semblait aimable et souriant comme si son coeur dansait aussi. J'avais du mal à croire à ma laideur. Qui peut se sentir laid quand son coeur découvre l'enchantement ? Comme si, quelque part à l'intérieur, derrière le visage hideux et les membres anguleux, il y avait quelqu'un, doux, frais, agile et désirable.



lundi 1 novembre 2010

Lectures en cours (5)

Quelles lectures pour le mois de Novembre ?
Je réalise que je me lance un sacré défi là, pas moins de 4 livres dont un fort long .. on verra si je tiens la cadence ...

- Un visage pour l'éternité de C.S. LEWIS
Le roi de Glome a trois filles. L'aînée, Orual, est fort laide, et porte une affection démesurée à Istra, la benjamine, la plus belle et la plus douce créature de ce royaume barbare. Mais, victime de l'obscurantisme religieux, cette dernière est sacrifiée au dieu de la Montagne grise ...

- L'homme dans le labyrinthe de Robert SILVERBERG
"Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trompeurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d'une ville, sinon avec la situation qui l'avait conduit à y chercher refuge."

- A vos souhaits de Fabrice COLIN
Tout le monde connait Newdon, la fabuleuse cité où se côtoient humains et créatures enchantées. Mais connaissez-vous John Moon ? Il est l'entraîneur d'une équipe d'ogres complètement abrutis, derniers de leur championnat. Et Vaughan, l'elfe qui vient de tripler sa première année d'Ecole de Magie ? Ou encore Gloïn MacCough, le nain qui fait faner les fleurs rien qu'en les regardant ? ...
Ce livre sera lu dans le cadre d'une lecture annexe du Cercle d'Atuan.

- Le trône de fer Intégrale 3 de George R.R. MARTIN
Le royaume des sept couronnes est sur le point de connaître son plus terrible hiver : par delà le mur qui garde sa frontière nord, une armée de ténèbres se lève, menaçant de tout détruire sur son passage. Mais il en faut plus pour refroidir l'ardeur des rois, des reines, des chevaliers et des renégats qui se disputent le trône de fer. Tous les coups sont permis et seuls les plus forts, ou les plus retors, s'en sortiront indemnes ...


La Horde du Contrevent d'Alain Damasio

Ecrire un billet sur une oeuvre d'une telle ampleur va se révéler difficile je le pense, d'autant plus que j'en ai déjà parlé précédemment ici et que du coup je n'ai plus mon entrée en matière ..
Je vais tenter tout de même ....

Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face d'une manière presque inhumaine, part d'Aberlaas, pour remonter la Terre à pied afin de rencontrer les 9 formes du vent et parvenir à l'Extrême -Amont ...
On est sur un monde où le vent est roi, où le vent est codé, traduit, appris sous forme de dictées, (je dirais même des dictées musicales représentées par des signes de ponctuation), décrypté et combattu ... il en existe 9 formes mais seules 6 déjà ont été découvertes : la zéfirine, le slamino, le choon, la stèche, le crivets et la pire d'entre eux, le furvent.
Ce vent est presque vivant, avec ses entités qui lui sont propres et d'ailleurs la vie s'est entièrement construite autour de lui mais gare si l'on en tient pas compte, il détruit tout !

Tout au long des 700 pages, décomptées à l'envers, on va partager le quotidien de ces 23 hordiers, durant des années ... leurs souffrances, mais aussi leurs rêves, leurs conflits, leurs déceptions et moments de découragement ... Ils sont la 34ième à tenter l'impossible : faire mieux, aller plus loin que leurs parents consiste un défi qu'ils tentent de relever ...
C'est un monde cruel, fou où chacun avec sa personnalité survit de son mieux à travers les épreuves qui se révèlent de pire en pire au fur et à mesure de leur contre. Des personnalités dont la psychologie est parfaitement cernée par l'auteur. Pour ma part c'est essentiellement à Sov et à Oroshi qu'est allé mon attachement.

Le roman débute sur leur lutte contre le furvent, le pire des vents, celui qui ne laisse rien debout, qui ravage tout ... on vivra avec eux le combat contre le Corroyeur, la terrible traversée de la flaque, l'épreuve du syphon, les premières pertes, avant d'aboutir à la Norska et le fameux volcan Krafla (qui se révèle être la 7ième forme du vent).... successivement les épreuves du sable, de l'eau et enfin de la glace .... des épreuves durant lesquelles on reste accroché à son livre sans pouvoir souffler (j'ai lu quelques soirs jusqu'à point d'heure parce que je ne parvenais pas à m'en détacher) ... et en subissant pertes après pertes ...
J'ai d'ailleurs ressenti un curieux détachement au moment du Krafla avec une sensation de petit "ras le bol" lorsque la Horde se décimait peu à peu, impitoyablement .... parce que je l'ai vécu vraiment comme insupportable, je me suis sentie alors spectatrice d'une tragédie qui se déroule devant mes yeux sans que je puisse y changer quelque chose. Alors j'avoue avoir eu un moment de faiblesse, une parole de "mais j'aime pas ce livre à la fin!", avant de m'y replonger derechef dedans en espérant un petit moment de répit ..

Ces moments de répit on les trouve entre .. lors de leur rencontre avec les Fréoles, lors de la rencontre de certains avec leurs parents (moment très émouvant et moment aussi terrible à l'instant de l'impact de la rencontre de Golgoth avec son père), lors aussi de cet incroyable défi de la joute verbale.
Là je fais une petite parenthèse pour en dire quelques mots .... tout le style de Damasio est basé sur sa façon presque surnaturelle de manier la langue française, d'en faire des jeux de mots, au points que certaines fois j'avoue avoir du relire plusieurs fois certains passages pour en comprendre le sens ... et cette joute est vraiment l'apothéose de cette écriture incroyable ... à travers les épreuves du palindrome dialogué, de la monovoyelle en O (cela ne s'appelle pas une allitération en O dans le terme exact ? je me suis posée la question), du stylibre ...
Et nous voilà partis dans une joute verbale proprement hallucinante, d'échanges de propos qui fusent telles des armes pour abattre l'adversaire ... ça n'a pas eu l'intensité d'une lutte contre le furvent ou contre le syphon mais j'avoue que cela m'a époustouflée !

Tout au long du récit, on se demande sans cesse sur quoi vont-ils aboutir, si seulement ils vont aboutir quelque part ? Que vont-ils trouver au bout de leur contre ? Cela vaut-il tous ces sacrifices qu'ils font pas après pas ? Et surtout y a t-il une fin du monde ? Ou vont-ils revenir à leur point de départ ?
J'avais plus ou moins anticipé la fin mais j'avoue qu'elle a tout de même réussi à me faire tomber des nues .. voire m'a laissée terriblement dubitative .. une fin que j'avais appréhendée mais pas tout à fait de cette manière là .. j'en suis restée un bon moment le livre entre les mains, à me demander si j'y avais réellement compris quelque chose ...
Troublant ...

Enfin pour conclure ... rares sont les livres qui me laissent une telle impression .... je ne m'estime pas fana de science fiction de manière générale car j'en ai lu très peu, mais ces romans à souffle comme des Dune de Herbert ou une Horde de Damasio, me transportent ... La Horde du Contrevent marque les esprits, sans aucun doute !!! Et pour ma part elle me laisse une trace indélébile.

Citations
Pourquoi acceptons-nous de consacrer notre vie à aller quérir une origine que personne n'a jamais pu atteindre ?

Là-haut, la terre est bleue comme une orange.


La neuvième forme du vent, tu la rencontreras en Extrême-Amont - et là-bas seulement. Elle prendra le visage de ta quête. Elle sera ce que tu as toujours cherché à combattre, fils, à chaque instant de ta vie.


Dans le chrone se tenait un gorce puissant, caparaçonné de rouge sombre qui se ruait vers l'amont. Mais le plus sidérant était que ce gorce possédait deux têtes qui jaillissaient de l'encolure ; celle de gauche se jetait vers l'avant, sans cesse, avec de furieux à-coups, celle de droite lui répondait par des coups de groin féroce.


Ce n'est pas l'Extrême-Amont qui me tire. Ce sont eux : nous.


Pour en savoir plus
La Horde du Contrevent a été récompensée par le Grand Prix de l'Imaginaire 2006.
L'auteur est venu discuter sur le forum de Actu SF

Ailleurs
Traqueur Stellaire ; cafard cosmique ; valunivers ; RSFBlog ; Dragon galactique ; Chez l'aventurier des rêves ...

samedi 30 octobre 2010

Le grand passage de Cormac McCarthy

Arizona .. à la veille de la seconde Guerre Mondiale ... Billy traque inlassablement une louve qui s'attaque au troupeau familial jusqu'au moment où , parvenu à la piéger, il choisit de lui conserver la vie et de la ramener sur ses terres natales .. au Mexique.
S'ensuit alors un long voyage, dans le style puissant et intense de McCarthy, dans le monde impitoyable d'hommes sans foi ni loi ....

Le grand passage est le second roman de la Trilogie des Confins, il ne fait pas suite directement au premier puisqu'il ne s'agit aucunement des mêmes personnages mais met en scène les mêmes lieux, les mêmes paysages et les mêmes tragédies.
Oserais-je dire que l'on prend "presque" les mêmes et que l'on recommence ?
Oui j'ose ... car ce roman est tellement semblable au premier que j'avoue m'y être ennuyée, voire plutôt lassée de ce voyage .. ou même de ces trois voyages ... le premier pour ramener la louve, le deuxième pour récupérer les chevaux volés familiaux, le troisième pour rechercher le frère disparu .. trois voyages qui se soldent par des échecs ... trois voyages dans lesquels les mêmes questions se posent : que fait-on ? je ne sais pas, où va-t-on ? je ne sais pas ... comme si les personnages se laissaient glisser dans un destin qu'ils ne choisissent plus ...

On fait presque les mêmes rencontres que dans De si jolis chevaux, des mexicains qui, dans un pays touché par la révolution, ne connaissent plus d'autre loi que la leur, en contrepartie avec ces paysans pauvres mais généreux, solidaires .. on retrouve cette chasse aux disparus, la rencontre avec un personnage qui change le cours des évènements (ici une jeune fille que Billy et son frère sauvent de violeurs et qui les suivra durant un temps et qui par la suite s'enfuira avec le frère de Billy), l'histoire d'un personnage marqué par la révolution (là un vieil aveugle qui raconte son histoire à Billy) ...
Le premier tome de la trilogie renvoyait à un voyage initiatique ... j'ai découvert et aimé une autre façon d'écrire de Mc Carthy ... mais là non la sauce n'a pas pris malgré la qualité d'écriture (mais qui somme toute est, elle aussi, parfaitement égale au premier tome).

Et puis je rajouterai un point de détail qui ,s'il m'a gênée durant le premier tome, m'a carrément horripilée sur ce second tome, ce sont tous ces passages de dialogue en espagnol, j'ai beau en avoir fait 6 ans au lycée, j'avoue ne plus en avoir le moindre souvenir, à peine quelques mots par ci par là, ce qui fait que la plupart des échanges entre le personnage principal et ses rencontres me sont totalement incompréhensibles et qu'il faut bien lire le récit qui suit pour avoir une idée de ce qui a pu se dire ... c'est franchement pénible ...
Bilan donc très mitigé cette fois ci ... ce qui m'amène à douter si je vais lire le troisième tome de cette trilogie, en tout cas pas pour l'instant ...

Citations
Ils couraient dans la plaine à la poursuite des antilopes et les antilopes se déplaçaient comme des fantômes dans la neige et voltaient et tournoyaient et la poudre sèche soufflait autour d'elles dans la froide lueur de la lune et leur haleine montait en pâle fumée dans le froid comme si elles avaient brûlé d'on ne savait quel feu intérieur et les loups se tordaient et tournoyaient et bondissaient dans un tel silence qu'ils semblaient d'un autre monde tout à fait différent. Quand reprenaient les flammes ses yeux brûlaient comme des lampes aux portes d'un autre monde. Un monde qui brûlait au bord d'un vide inconnaissable.

Il dit que le monde ne peut être connu que tel qu'il existe dans le coeur des hommes. Car si le monde semble être un lieu où résident les hommes c'est dans l'homme en réalité que réside le monde et pour le connaître c'est donc là qu'il faut chercher et apprendre à connaître le coeur des hommes et pour cela il faut vivre avec les hommes sans se contenter de passer parmi eux.

Achats d'Automne (2)

Mince là je me cache sous ma PAL, de honte, j'ai encore craquéééééé !
4 livres arrivés ce matin qui viennent compléter ma bibliothèque que j'avais savamment rangée pour pouvoir en accueillir d'autres (c'est fait ! )

- A vos souhaits de Fabrice Collin
- Le lézard lubrique de Melancholy Cove de Christopher Moore
- Une seconde avant Noël de Romain Sardou
- Le livre des choses perdues de John Connolly

Ce qui fait qu'à l'heure d'aujourd'hui il me reste exactement 25 livres encore à lire !!!

Ces livres sont tous dans des lectures potentielles à faire avec le Cercle d'Atuan, le premier étant prévu en lecture annexe et les 3 suivants soumis au vote pour une lecture commune du mois de Décembre (oui j'avoue j'ai anticipé leurs achats, avant même que l'un d'entre eux ne soit élu ou pas, lol, mais ils me tentaient trop tous les trois !) : ce sera ma première LC avec ce forum.

Et je profite de ce billet pour justement faire un petit clin d'oeil au Cercle d'Atuan qui réunit des passionnés de lectures imaginaires, afin de partager leurs lectures mais aussi de proposer de lire ensemble des oeuvres proposées et ceci dans une ambiance détendue et réellement conviviale ..
Je ne suis pas une habituée des forums de façon générale (timidité quand tu nous tiens !) mais je tiens à dire que je suis vraiment heureuse que l'on m'ait forcée la main (au passage merci à Tigger Lilly pour ses nombreux coups de pieds au derrière pour m'inciter à franchir le pas, j'avoue que je lui ai donné pas mal de travail :p) parce que c'est une réelle découverte de personnes accueillantes, humaines, vraiment sympathiques et surtout qui ne jugent pas ... et cela c'est vraiment rare de nos jours, surtout derrière un écran d'ordinateur.
Alors je dis merci au Cercle de m'avoir accueillie si gentiment et longue vie !!!

dimanche 17 octobre 2010

La Horde du Contrevent de Alain DAMASIO

A livre atypique, billet atypique ...
Non non je n'ai pas fini La Horde , pas encore car je le lis plutôt lentement et ce pour deux raisons:
- d'une part il n'est pas facile à lire, du fait du style, des tournures de phrases, des jeux de mots ... qui sont très élaborés.
- d'autre part, c'est un livre qui se ... savoure ....

Comment je suis arrivée à la Horde ? tout simplement dans le cadre d'une lecture commune avec Tigger Lilly et Lael ...
Pourquoi je fais déjà un petit billet sur ce roman ? parce que j'ai envie , j'ai très envie de partager ce que je ressens à la lecture de ce livre et pourquoi pas échanger dessus ?

La Horde ... ce sont 23 personnages, 23 héros, 23 "fous" ? 23 individus donc qui remontent la Terre à pied pour rencontrer les 9 formes du vent et surtout arriver à sa source ... 23 hommes et femmes qui tels, des chevaliers du Moyen Age cherchent le Saint Graal ... au delà de leurs forces, au delà de leur courage ...
Vont-ils y parvenir ? vont-ils seulement arriver au bout de leur route ?
On pourrait presque en douter rien qu'en observant que le livre se décompte à l'envers, on débute à la page 700 pour descendre vers la page 0 ... vers où ? un compte à rebours vers leur fin ? vers leur réussite ? sont-ils les derniers à tenter ce contre ? la façon dont ils peuvent y parvenir aurait-il finalement plus d'importance que le fait même s'y arriver ?

Chaque personnage est symbolisé par un signe grec et raconte la façon dont il vit les évènements, les tragédies et les peurs, le fait de changer sans cesse de narrateur n'est pas gênant en soi , le récit suit une continuité qui fait qu'on pourrait presque se passer de savoir qui raconte (bon pas moi, car j'ai encore le nez dans le marque page à la recherche du nom qui symbolise Golgoth, Caracole, Sov etc ... ah ah triste mémoire !!!)

La Horde chemine en formation (qu'on pourrait taxer de militaire) en trois parties (telles les 3 parties du squelette humain : la tête, le tronc et les membres)
- Le Fer qui compte 6 membres : un traceur, un scribe, un prince, un géomaître, un pilier et un combattant protecteur
-Le Pack qui compte 13 piétons (16 est écrit dans un passage du livre, erreur de frappe ? ou est-ce le total normal d'un pack ?) : 4 artisans, 2 ailiers, une sourcière, une soigneuse et un aéromaître ; 2 oiseliers chasseurs, un fleuron et un éclaireur.
Après j'avoue que je sèche sur la place du troubadour Caracole, fait-il partie du pack ou gravite-t-il autour des 3 axes sans place définie ?
La logique voudrait qu'il soit dans le pack puisque tous ont un rôle bien défini, mais ce n'est pas dit de façon explicite.
- La traîne ; les Crocs qui trainent les traineaux, ils sont trois.

Je trouve que ce livre a une puissance peu commune, de par sa rédaction de qualité, de son histoire qui prend aux tripes dès les premières pages (sans rien savoir des personnages, de leur histoire, du pourquoi du comment, on est immédiatement projeté dans l'action).
Je crois que j'ai presque pas cligné des yeux durant tout le premier chapitre tellement que j'étais scotchée par l'intensité du récit. Et je n'en suis sorti qu'au deuxième chapitre, quand enfin on peut un peu souffler .... pour me dire : waohh mais c'est quoi ce livre là ?
Et depuis je ne le quitte plus !
C'est un livre univers, tel un Herbert, où tout un monde est créé, vit, a sa logique, son histoire, d'ailleurs la vie impitoyable de la Horde, leur opiniâtreté, leur dureté au mal et aux épreuves m'évoquent un peu les Fremens de Dune qui survivent aussi dans un monde inhumain.
Après je n'en dirai pas plus pour aujourd'hui, je ne veux surtout pas gâcher la découverte de mes deux partenaires de lecture, mais peut être ce billet sera-t-il l'occasion de partager nos première impressions ?

Juste deux citations pour commencer :
"On faisait bloc. On était bloc. Inexpugnable. Indélogé."

" Ceux qui vous disent "pendant la vague, j'ai pensé à ceci et à cela" mentent. Quand elle passe, tu ne penses plus. Tu oublies ce que tu voulais faire, rêvais d'être, croyais pouvoir. Le corps seul répond. Et il répond ce qu'il peut."


mercredi 13 octobre 2010

La huitième fille de Terry PRATCHETT


La huitième fille est le 3ième opus des Annales du Disque Monde, pour autant il n'est pas obligé de lire celui ci en 3ième position, seuls les deux premiers : La Huitième couleur et le Huitième sortilège se suivent.
Pour des raisons de praticité, j'ai décidé de les acheter et de les lire dans l'ordre.

Nous revoici donc sur le Disque-Monde, univers atypique où la magie n'a guère de règles, sauf celle ci : les successions de mages se font de huitième fils en huitième fils.
Sauf que dans ce cas là, le huitième fils à qui transmettre le fameux bourdon (sorte de bâton qui peur servir à la fois de baguette magique et de balai, et qui a une conscience propre, un peu comme le Bagage de Deux-Fleurs le touriste des 2 premiers tomes) qui le sacre mage, est une ... fille. Et pas n'importe quelle fille, Eskarina est une enfant qui n'a pas froid aux yeux et surtout qui pratique la magie complètement à l'intuition et aux sensations ... ce qui donne quelques sueurs froides à ceux qui en subissent les conséquences ou qui tout simplement, tentent de lui mettre des bâtons dans les roues.
Car si sur le Disque Monde, seuls les garçons peuvent devenir mages (et les filles sorcières), Eskarina et sa grand mère, la sorcière Mémé Cirdutemps (une vieille femme revêche et têtue mais qui aime beaucoup sa petite fille) ne l'entendent pas de cette oreille ...

Ce troisième tome est moins décousu que les deux premiers et se lit donc plus aisément, de plus l'univers particulier de Pratchett, son humour atypique, sa parodie de la fantasy n'est plus une nouveauté, ("Les cavernes des nains résonnaient d coups de marteaux, mais c'était surtout pour faire de l'effet. Les nains avaient du mal à réfléchir sans le bruit des marteaux pour les apaiser. Les bureaucrates nantis payaient des lutins pour cogner sur de petites enclumes de cérémonie, uniquement pour maintenir leur bonne image de marque." ) On se laisse donc tout doucement glisser dans ce monde que l'on connait, avec un certain plaisir, voire une délectation certaine .... on rit même franchement à certains passages. Bref lire les Annales du Disque Monde reste une grande détente et la perspective de passer de bons moments.

Citations :
Un instant plus tard ils réapparaissaient, retiraient prestement la main d'un sac ou d'une poche et concourraient pour le titre mondial de Marche Nonchalante avec un réalisme à faire douter un observateur de ce qu'il venait de voir.

Pour un télépathe, le cerveau humain n'est que vacarme. C'est un terminus de chemin de fer quand tous les haut-parleurs s'égosillent en même temps. C'est une bande FM complète -et certaines stations ne sont pas recommandables, stations pirates bannies sur des mers interdites qui passent tard dans la nuit des chansons aux paroles limbiques
.

Ailleurs
Dragon galactique
elbakin

samedi 9 octobre 2010

Robe de marié de Pierre LEMAITRE


Cela faisait un bon bout de temps que je n'avais pas lu de thriller, au point que le dernier lu en date avait été une catastrophe : cela dit c'était une catastrophe tout court tant d'un point de vue intrigues que style littéraire, si je me souviens bien du titre c'était Sans un mot de Harlan Corben.
Je l'avais chroniqué dans Babélio à l'époque où ce blog n'existait pas mais j'ai renoncé à le transmettre ici par la suite.
Je me lance alors pour le roman de Pierre Lemaitre (livre qu'on m'a prêté).

Sophie est une jeune femme dont rien ne présageait qu'elle sombrerait dans une folie proche dans la démence, une vie sans histoires, un mari, un appartement à Paris, un métier dans lequel elle se réalise. Et brusquement tout bascule, peu à peu elle commence à perdre des objets, à ne plus se rappeler de ce qu'elle fait, elle perd peu à peu les pédales et son chemin se parchemine de cadavres sans qu'elle ait le moindre souvenir de les avoir tués. Toute la première partie du roman est axé sur elle, sur sa lente descente aux enfers, sa fuite en avant, la construction de sa nouvelle vie ....
La deuxième partie se focalise sur Franz, celui dont on va apprendre qu'il est la cause de tous ses tourments .. et ce qui m'a frappée c'est que le manque d'empathie que je ressentais envers Sophie durant tout le début du roman, s'est enfin révélé à travers les actions de son bourreau mental, lorsqu'on réalise peu à peu de quelle manière il a réussi, de façon monstrueuse, à la détruire. Probablement parce qu'on n'en revient pas qu'un individu, même psychopathe, puisse à ce point vouloir systématiquement briser quelqu'un ... tout en donnant l'illusion de vouloir prendre soin d'elle. Et surtout en restant comme spectateur de ce qu'il induit .... C'est plutôt intéressant comme façon d'appréhender la psychologie des personnages.
Cela commence très vite, le rythme est très soutenu, ce qui fait que l'on rentre très rapidement dans l'histoire. En dehors du manque de compassion pour Sophie, qui a été comblé par la suite, c'est presque le personnage monstrueux qui est le plus attachant. Et surtout les personnages ne sont pas positionnés dans leur rôle de victime, bourreau, les rôles vont même s'inverser à la fin.

Après je regrette avoir trop vite deviné qui allait devenir Franz dans la vie de Sophie, du coup l'intrigue en a pâti un peu. Néanmoins la fin ne démérite pas, le dénouement est même l'oeuvre d'un personnage totalement secondaire.
Je dirais que c'est un bon thriller de détente, rapidement lu, sans difficultés, une intrigue qui tient la route, mais néanmoins pas un livre dont on sort transformé ou bouleversé.
Maintenant, peut-être aussi que je n'accroche plus à ce genre littéraire ?

Pour en savoir plus
Ce livre a reçu plusieurs prix :
Le Prix des lectrices Confidentielles 2009 ; le Prix Goutte de Sang d'Encre, Vienne 2009 ; le Prix d'Encre lycéens, Vienne 2009 et le Prox du Polar de Montigny les Cormeilles 2009.

Une interview de l'auteur ici

Ailleurs
Moisson Noire ; Liratouva2


jeudi 7 octobre 2010

Lectures en cours (4)

Quelles lectures prévues pour le mois d'Octobre ?
Ce mois ci, je me limite, par manque de temps et livre assez conséquent à entamer :

- La Horde du Contrevent de Alain DAMASIO
Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un noeud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.

-Robe de marié de Pierre LEMAITRE
Nul n'est à l'abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s'accumulent puis tout s'accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n'a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite ; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape ...

Achats d'automne


Bon j'ai un peu dérogé à ma règle qui consistait à ne plus acheter de livres .... non pas pour faire baisser la quantité de livres qui m'attendent encore (au contraire j'aime accumuler les livres d'avance, cela me rassure, le fait de ne pas manquer de lecture avant quelques mois !) mais pour épargner un peu ma CB !

Bon néanmoins j'ai été raisonnable, deux achats seulement ce mois ci :
- La Horde du Contrevent de Damasio
- Le Trône de Fer Intégrale 4 de Martin (indispensable même si j'ai réussi à résister à la lecture de l'intégrale 3 pour l'instant)

A ceci s'ajoute un CD d'Omnia, (pas encore reçu à ce jour) parce que je suis lassée de l'écouter en boucle et par petits morceaux sur YouTube, et que j'ai envie de découvrir enfin un album en entier !
Et aussi deux livres qui sont arrivés par surprise dans ma boite aux lettres (merci élo ^^) il y a une semaine et qui vont bien entendu entrer dans ma bibliothèque parmi les livres en attente de lecture.
- Un visage pour l'éternité de C.S. Lewis
- L'Insigne du chancelier Les lames du roi 1 de Dave Duncan

mercredi 6 octobre 2010

Prix Les Incorruptibles

Suite à ma présentation du Prix des Incorruptibles dans mon précédent billet, et après lecture des 6 livres prévus au vote, je vais écrire quelques mots sur ceux qui sont plutôt ciblés fantasy et SF.

Tim-sans-dragon d’Agnès LAROCHE

Timothée, surnommé ironiquement Tim-sans-dragon par les enfants de son âge, vit seul en Ironde avec sa mère dans une petite chaumière, à la lisière d’une cité gouvernée par un despote qui, pour garder la main mis sur son royaume a exilé en Andalie tous ceux qui potentiellement pourraient lui résister, dont le père de Tim …
Quand Tim l’apprend, son plus cher désir devient alors de le retrouver … en cela il va être aidé par son cadeau d’anniversaire, un poussidragon, animal étrange, qui va se révéler plus intéressant qu’il l’aurait cru de prime abord.

Bon .. nous sommes dans un roman de fantasy pour enfants … on en a les éléments : une quête qui semble impossible, des dragons .. l’originalité du roman consiste en cette race étrange : que sont ces poussidragons ? ce sont en fait de gros poussins jaunes, mais dont les plumes recouvrent un corps écaillé vert sombre, leur tête est prolongée d’un bec, ils vivent en troupeau, sont des animaux très doux que l’on peut manger ou dresser à être montés.
Mais celui de Tim est particulier, non seulement il a des pattes qui ressemblent de façon troublante à celles des vrais dragons mais en plus, il peut voler !

C’est bien rédigé et l’histoire est bien construire : l'écriture est fluide et agréable. Certes c’est horriblement manichéen, les méchants sont vraiment méchants et les gentils pétris de bonnes intentions, le personnage principal est attachant et s’il a tout pour échouer, il réussit parce qu’il est aidé quand il le faut … une belle histoire qui se termine bien en somme. Idéal en fait pour travailler la construction du récit dans la production d'écrit : situation initiale / élément déclencheur / aventures et péripéties / dénouement / situation finale.
Bon je n'ai pas été transportée plus que cela pour ce roman dont je déplore le manque de piquant et bien sûr le manichéisme dont j'ai déjà parlé mais pour autant c'est accessible à des lecteurs moyens, c’est un roman qui s’adresse non à des adolescents mais à des enfants et en fin de compte c’est une bonne entrée en matière pour découvrir la littérature fantastique.

Extrait
Incrédule, il contempla les ailes que le poussidragon avait cachées jusque là sous son plumage : immenses, vert foncé, écailleuses, robustes, elles battaient l’air d’un mouvement puissant qui leur faisait gagner de l’altitude à chaque seconde.

La guerre des livres de Alain GROUSSET

Shadi, jeune pilote de la Sécession, un groupe qui s’oppose à l’Empereur qui menace de contrôler tout l’univers, échoue sur une planète inconnue, la planète Libel sur laquelle sont stockés tous les livres qu’un conservateur passionné tente de sauver de leur disparition, à cause de leur numérisation à tout va. Et cette bibliothèque va se révéler un atout de taille lorsqu'il s'agira de retrouver le remède à la maladie de la fille de l'Empereur .. un livre pour sauver une vie ...

Livre de SF adapté aux enfants, le style est relativement simple et facile à comprendre, on a là tous les éléments du genre : planètes, vaisseaux, haute technologie des équipements … A la rigueur c’est vraiment très stéréotypé. Et j'avoue que si cela se lit très bien, cela ne m’a pas vraiment emballée sauf par le sujet principal : dans un monde où tout a été numérisé, où les livres n’ont plus leur place, c’est un herbier conservé dans une bibliothèque, qui va détourner le cours des évènements.
Voilà d'ailleurs un bon sujet de débat à mener en classe : que pensez vous de la disparition de l'objet livre au profit des livres numérisés ?

Extraits
Serais-tu de ceux, qui comme l’Empereur, ont décidé que les livres ne servaient plus à rien, qu’ils prenaient beaucoup de place, et que les consulter était trop long ? C’est oublier un peu vite qu’un livre est un objet que l’on peut toucher.

Lui, qui possédait sur sa planète un e-book dans lequel était téléchargés des centaines de romans et de documentaires, découvrait ici la lecture à travers le support papier. La grande différence, outre la texture et le bruit des pages qu’on tourne, était l’odeur. Chaque livre dégageait un parfum différent, mélange subtil entre la qualité du papier et l’encre utilisée.

Je fais un petit aparté sur quelque chose qui m'a par contre beaucoup plu dans ce roman, les citations portant sur la lecture qui précèdent chaque chapitre, je ne résiste pas à en recopier quelques unes :
Citations
Lire est le seul moyen de vivre plusieurs fois Pierre Dumayet
Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux Jules Renard
Une pièce sans livres, c’est comme un corps sans âme Cicéron
Les livres nous obligent à perdre notre temps de manière intelligente Mircea Eliade
Le monde se divise en deux : ceux qui lisent des livres et ceux qui écoutent ceux qui ont lu des livres Bernard Werber
La lecture : une porte ouverte sur un monde enchanté François Mauriac
Une lecture bien menée sauve de toute, y compris de soi-même Daniel Pennac
Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes Heinrich Heine
Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent, c’est pour toujours Christian Bobin
Un livre est une fenêtre par laquelle on s’évade Julien Green

lundi 27 septembre 2010

Litterature Jeunesse (1)

Parce que boulot et passion peuvent tout à fait se coupler, je fais un petit break dans mes lectures "adultes" pour aborder la lecture jeunesse.
Type littéraire que je côtoie depuis sommes d'années d'une part parce que nos programmes nous y obligent mais surtout parce que l'univers magique dans lequel me plongeaient mes lectures enfantines n'est pas si loin dans mes souvenirs et que je prends toujours autant de plaisir à en lire ainsi qu'à les faire partager à mes élèves, eux même passionnés ou non ...

Depuis plusieurs années, en dehors de leur lire à voix haute des livres, je les inscris à des Prix littéraires ou des manifestations de lecture
L'an dernier ma classe a participé au Prix Chronos, qui, fondé en 1996 par la Fondation Nationale de Gérontologie, propose aux participants de lire des ouvrages ayant pour thème : la mort, la vieillesse, les relations inter-générationnelles ....et de sélectionner celui qui leur a le plus plu.
Voici les résultats de l'an dernier : prix Chronos 2010 ; livre qui a aussi été plébiscité par mes lecteurs.

En même temps, ils ont pris part à une manifestation littéraire intitulée Notes de Lecture,
dont le thème portait sur Objets insolites (maison, arbre, nounours, chaussures ..) et dont le projet consiste à théâtraliser et mettre en son et musique un album, ce qui est loin d'être facile.
Notre choix s'est porté sur le Pacificateur (qui n'a rien à voir avec le film mais a permis de faire une bonne introduction à la mise en scène).

Cette année, en plus du Prix Chronos, mon choix s'est porté sur le Prix des Incorruptibles, dont voici la sélection
- Angèle ma Babayaga de Kerménéven de Richard COUAILLET (livre qui fait partie aussi de la sélection du Prix Chronos ce qui va permettre de faire un pont intéressant entre les deux)
- Cascades et Gaufres à gogo de Maria PARR
- Tim sans-dragon de Agnès LAROCHE
- La guerre des livres de Alain GROUSSET
- Les arbres pleurent aussi , album de Irène COHEN-JANCA (illustrations de Maurizio A.C. QUARELLO)
- Thiên An ou la grande traversée, album de Valentine GOBY (illustrations de Ronan BADEL)

La sélection me plaît beaucoup car les thèmes sont très variés : relations humaines, fantasy, science fiction, documentaire et guerre, ce qui ouvre à beaucoup de styles différents.

Pour terminer ce billet j'énoncerai les points essentiels d'un BON livre de littérature jeunesse
- Pour commencer, point primordial, à l'ère du langage SMS et MSN, la rédaction soit être soignée, elle s'adresse à des enfants mais sans rentrer dans un langage bêtifiant, car s'ils utilisent couramment le langage raccourci sur les téléphones portables et les ordinateurs, les enfants savent pertinemment qu'on emploie le français ... en classe et ... dans les livres. Et ils savent aussi apprécier une bonne littérature.
- Ensuite, pour rester dans le même ordre d'idée, si le livre s'adresse à des enfants il ne doit pas pour autant les prendre pour des ânes bâtés à qui il faut tout mâcher avec des phrases simples, un vocabulaire enfantin ou pauvre ; mais plutôt les ouvrir aux références culturelles et à l'implicite ! à un vocabulaire compréhensible dans le contexte !
- Et enfin, laisser livre cours à l'imaginaire et au rêve afin qu'ils apprivoisent un monde un peu différent de leurs jeux vidéos et de la télévision.

RV à la fin de l'année pour leurs choix sur les deux prix, pour ma part j'ai quelques livres sous le coude à rapidement dévorer (ils les réclament déjà !!!)

mercredi 15 septembre 2010

Chien du Heaume de Justine NIOGRET


Si je veux être honnête, ce n'est ni la couverture (somme toute relativement glauque voire même plutôt laide au premier abord mais qui après lecture cadre parfaitement avec l'ambiance) ni la quatrième de couverture qui m'a incitée à acheter ce premier roman de Justine Niogret .. juste le fait qu'elle avait été primée aux Imaginales 2010, festival auquel je me suis rendue au mois de mai dernier. (CR ici).
Si je continue dans l'honnêteté, j'avoue aussi que le livre ne m'a pas accrochée de suite ... sensation d'un roman qui peinait à se mettre en place, qui n'allait même nul part, avec des personnage, notamment la principale, qui semblaient rester en surface, auxquels je peinais à m'attacher ...

Tout ceci durant les premières pages ... et puis .. l'alchimie s'est accomplie .. d'un coup je suis entrée dedans et n'en suis plus ressortie ...
Car c'est bien écrit déjà ... c'est même excellemment bien rédigé ... le style est puissant, convaincant, presque cru et tout simplement beau ... et les personnages sont, en dépit de leur laideur, de leurs affres, de leur saleté, profondément attachants .. ce sont des anti héros, ce sont des humains tout simplement avec leurs peurs, leurs angoisses, leurs envies d'être aimés et de ne pas trop vite être oubliés .. le tout dans un monde moyenâgeux aucunement enjolivé, un moyen âge où la pauvreté sévit, la saleté des rues, la froidure des hivers et des castels règnent en maitre ... un roman médiéval principalement ... avec des termes médiévaux qui témoignent d'une très bonne connaissance de la période de la part de l'auteur.

Avec quelques éléments de fantasy tout de même .. déjà la quête insolite du personnage principal .. ensuite la présence hypothétique d'un enfant fée au détour d'un bois et surtout l'arrivée inopinée d'un personnage mystérieux, la Salamandre, dont les déplacements ne sont pas réellement humains ... personnage ô combien étrange qui symbolise essentiellement les questions que se pose le Sanglier sur sa vie, son passé, ses combats, ses pertes et son avenir ....
Car certains personnages ont nom d'animaux (pour nous les rendre plus inhumains alors qu'ils le sont plus que tout ?) : le Sanglier, (Bruec de son vrai nom) petit seigneur d'un castel qu'il a souffert pour posséder, et surtout Chien du Heaume .... qui est une femme ... une femme laide et un peu grasse qu'on croirait forte au premier abord car c'est une mercenaire qui n'hésite pas à trancher dans le vif et l'os, mais il n'en est rien ... et c'est sa sensibilité, sa solitude surtout qui touchent, qui émeuvent .... cette femme qui est à la recherche de son nom et de son identité ... de son passé ..
Une véritable quête qui en fin de compte l'amènera au devant de l'autre ... avec une fin somme toute assez frustrante car ouverte !

Pour terminer il ne faut surtout pas passer à côté du Lexique à l'usage des étrangers aux armes, armures et pièces d'équipements médiévaux ... qui explique avec beaucoup d'humour tous les mots employés dans le récit .. c'est tordant surtout après la lecture de ce roman relativement sombre ... et donne à penser que Justine Niogret a plus d'un tour dans son sac .. je suis curieuse de découvrir ce qu'elle écrira par la suite.
Je ne résiste pas à quelques passages de ce lexique :
CRUOR : Sang, boyaux, tripes, tout ce qui sort d'un animal fraîchement abattu. Bref, tout ce que votre chat laisse en cadeau sur votre paillasson après avoir attrapé un oiseau, une souris, un rat.
CUISINE La cuisine médiévale c'est simple, il suffit de faire la guerre, mais dans la cuisine.

Extraits
"On les aime car ils tiennent les veillées par leurs histoires, certes, mais on les craint aussi, puisqu'ils savent faire pire que ceux qui coupent la chair avec leurs lames. Eux peuvent couper les âmes avec un seul mot."

"Je suis mercenaire, et je crois que le métier des armes n'a qu'un but : survivre. Que ce soit aux coups ou au temps. Je n'ai plus de famille, je l'ai perdue avec mon nom ; qui me pleurera lorsque je serai passée ? Je ne survivrai ni dans le regard ni dans les rêves de ceux que je laisse derrière moi ; je suis seule."

"Un nom fait toute la différence, parce que tout ce qui a de l'importance, sur cette terre, en porte un. " "Bruec était ce que Chien connaissait de mieux d'un racine, d'un sang, d'un pays et d'une famille." "Et rien, de la colère qui brûlait Chien depuis sa naissance, ne sut la sauver à ce moment ; rien de sa rage, rien de ses combats. Il n'y avait plus que la solitude qu'elle avait toujours connue, celle-ci tout entière plantait à nouveau ses crocs en elle, venait de geler son coeur si profond qu'il n'en restait que poudre de glace."

Pour en savoir plus

Une interview sur le Cafard Cosmique : J'en cite juste un passage "coup de poing" : "Et puis je trouve , à mon sens, qu'un bon livre est un peu comme un coup de pied dans le ventre, ça coupe le souffle et on s'en redresse avec les joues rouges et les larmes aux yeux."
Personnellement j'accepte de reprendre quelques bons coups de pieds !

Et aussi toujours sur le Cafard Cosmique la critique c'est ici ...
Ou chez Les voyages immobiles de Madame Charlotte.
Et enfin sur le RSF Blog ... (qui référence d'autres chroniques sur d'autres blogs)

Pour finir le blog de Justine Niogret.

Chien du Heaume a reçu le Prix du roman aux Imaginales 2010 et Le Grand Prix de l'Imaginaire 2010.

mercredi 8 septembre 2010

Ravages de René BARJAVEL

Je trouve toujours hallucinant et extraordinaire la façon dont des auteurs des années 40.50 appréhendent leur monde de demain, l’imagination dont ils font preuve.
Au contraire d’auteurs de Science Fiction qui, comme Herbert, inventent totalement d’autres civilisations, cultures, mondes différents ; Barjavel, lui, projette la France dans un futur lointain.
Somme toute plus si lointain pour nous, lecteurs du XXIiè siècle : l’histoire se passe en 2050, on peut rallier Paris-Vladivostok à 600 km heures sur un chemin de fer suspendu, on se déplace dans des automotrices à suspension aérienne (Paris-Lyon) en une heure, il n’y a plus de serveuses dans les cafés sauf pour égayer un peu ces lieux devenus trop abandonnés et le Sacré- Cœur s’est retrouvé juchée sur une des quatre nouvelles villes construites en hauteur sur Paris.
On peut boire tout autant de l'eau que du lait au robinet et surtout on conserve les morts dans des chambres froides afin de leur rendre hommage, de les respecter et de venir leur parler .. ce qui a fait baisser de façon extraordinaire le taux de criminalité car ces morts là finissent brûlés à l'acide dans les profondeurs de l'oubli .. d'un caniveau ...
De quoi dissuader ....

Voici donc le monde que nous propose l'auteur dans lequel prennent vie notamment François Deschamps et son amie d'enfance, future star, Blanche Rouget.
Et subitement ce monde bien réglé par fée électricité bascule ... brutalement tout est coupé ... tout s'éteint, les automotrices tombent du ciel, les usines de production de légumes et viande s'arrêtent ... les gens se retrouvent dans la rue totalement démunis, incapables presque de marcher par eux-même et c'est l'escalade dans l'horreur ... un incendie se déclenche détruisant Paris, envahissant ses alentours, à des centaines de kilomètres à la ronde .. les gens fuient, les gens meurent, les morts dégèlent, le choléra s'installe, les gangs organisés font surface pour piller et tuer ....
Et certains s'organisent pour leur survie et leur fuite en avant ...
C 'est alors une longue marche pour survivre dans un désert de cendres jusqu'au retour à la vie d'avant l'électricité, à la vie presque primitive, l'organisation en clans, la vie kolkhozienne ...

Ce livre m'a été conseillé suite à la découverte de La Route, puisqu'ils traitent tous deux du même sujet .. avec une question fondamentale dans Barjavel qui ne porte plus sur la survie comme dans le roman de Mc Carthy ("comment aurions nous survécu dans ce monde d'horreur"?) mais sur : à l'heure actuelle comment supporterions nous l'absence de cette électricité qui régit notre confort et notre vie sociale ? Pourrions-nous, à l'instar des personnages de Ravage, régresser, revenir à un mode de vie antérieur ?
Bon notre dépendance à l'électricité n'est pas poussée à l'extrême comme dans ce roman, néanmoins une simple panne temporaire nous fait mesurer à quel point nous avons du mal à nous en passer (ne serais-ce que pour écrire ce billet à la lueur de mon plafonnier !!!)

Ravage se lit facilement évidemment ... je dirais que c'est ... du Barjavel ... auteur que j'appréciais beaucoup dans mes années adolescentes mais un peu moins actuellement j'avoue, je cite un passage qui m'horripile à présent et qui est vraiment sa marque de description des personnages : "Des épaules nues, des bras ronds de l'adolescente montaient une lumière et un parfum de moisson. Dans leur nid de dentelles, ses deux seins semblaient deux pigeons blottis."
Oserai-je dire que c'est un peu ... cucul la praline ? Bah oui j'ose ...

Mon avis reste donc mitigé, pas sur l'histoire elle même, pour la même raison que j'énonçais au tout début de ce post mais pour la façon de rédiger qui n'est plus celle pour laquelle j'accroche (bon tout n'est pas condamnable, loin de là !). Et aussi pour la fin à laquelle je ne crois pas du tout parce que si un jour un cataclysme se déclenche, soit les hommes mourront tous, soit ils se relèveront pour créer un monde peut être encore pire ... je sais, j'ai peu de foi en l'humanité ...

Extraits
"Or si l'électricité ne revient pas rapidement, les morts vont nous mettre à la porte. Messieurs, les morts sont en train de dégeler !"

"C'était une odeur de monde qui naît et qui meurt, une odeur d'étoile"


"Nus, mais debout, maigres, affamés, las, mais décidés à la lutte, ils étaient loin de cette déchéance atroce. Ils n'avaient pas renoncé. Ils étaient encore des hommes."




dimanche 5 septembre 2010

Lectures en cours (3)

Quelle lectures prévues pour le mois de Septembre ?

- Chien du Heaume de Justine Niogret
On l'appelle Chien du Heaume parce qu'elle n'a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d'une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourchue et à l'épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre ... Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Age, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité.

- Le grand passage de Cormac Mc Carthy ; la Trilogie des Confins Tome 2
Achever cette louve prisonnière du piège qu'il a posé est au-dessus des forces de Billy. Sa décision est prise : il quittera le ranche familial pour la ramener sur sa terre natale. De l'Arizona au Mexique, la route est longue et périlleuse. Il faut franchir la frontière, le grand passage et pénétrer dans un monde où la révolution gronde ... Le moment est venu de faire face à la sauvagerie des hommes.


- La huitième fille de Terry PRATCHETT Les annales du Disque-Monde
Sentant venir sa mort prochaine, le mage Tambour Billette organise la transmission de ses pouvoirs, de son bourdon, de son fonds de commerce. Nous sommes sur le Disque-Monde. La succession s'y effectue de huitième fils en huitième fils. Logique. Ainsi opère le mage. Puis il meurt. Or, il apparait que le huitième fils est cette fois ... une fille. Stupeur, désarroi, confusion : jamais on n'a vu pareille incongruité. Trop tard, la transmission s'est accomplie au profit de la petite Eskarina. Elle entame son apprentissage sous la houlette rétive de la sorcière Mémé Ciredutemps ...

J'ai décidé de ne pas entamer le Trône de Fer Intégrale 3, espérons que je tiendrai tout le mois de Septembre sur cette bonne résolution car j'avoue que ce n'est pas l'envie qui manque !

samedi 4 septembre 2010

Des fleurs pour Algernon de Daniel KEYES


Dans un laboratoire de psychologie, Algernon une souris bénéficie d'un traitement qui décuple de façon spectaculaire son intelligence .... Charlie, un handicapé mental, va alors être choisi pour servir de cobaye humain à cette expérience ... et voit ainsi ses capacités intellectuelles atteindre des sommets inespérés ... jusqu'au jour où l'incroyable intelligence d'Algernon va décliner ...

J'ai trouvé ce roman époustouflant et ce par plusieurs aspects :
- Déjà pour l'originalité de l'histoire et sa façon d'être rédigée sous la forme d'un journal dans lequel Charlie raconte ce qui lui arrive, ses sensations, son vécu, avec une structure grammaticale et une orthographe qui suivront ses progrès ... et ses régressions. Il fallait oser ce type d'écrit qui n'est pas forcément très facile à lire au premier abord de par les nombreuses fautes.
- Ensuite par le fait que l'auteur rédige à la première personne : j'ai toujours trouvé que ce type de livre avait un souffle différent des autres, qu'on entrait (lorsque c'est bien écrit bien entendu) bien plus profondément dans l'histoire et qu'on vivait plus intensément les évènements.
- Et enfin parce que le personnage principal Charlie est tellement attachant et vivant qu'on ressent ce qu'il vit voire même qu'on est à ce point impliqué dans l'histoire qu'on anticipe ses réactions

Le constat de "plus on est intelligent et plus l’on souffre car on se pose beaucoup plus de questions, sur sa vie, sur les autres" est très flagrant dans ce roman. Charlie n’avait d’autre souhait que devenir intelligent or quand son QI était à 70 il se sentait bien moins malheureux que lorsque son QI a fait ce bond prodigieux à 185.
Par là même, être intelligent ne signifie pas forcément avoir une intelligence sociale, Keyes fait un peu une généralité de l’intelligence en se référant au seul critère QI, néanmoins on sait qu’il existe plus types d’intelligences : l’intelligence pratique, l’intelligence sociale, l’intelligence culturelle …
Certains individus géniaux et très forts intellectuellement sont complètement démunis face à des papiers administratifs ou dans leur vie courante.
En gagnant en potentiel intellectuel, Charlie y a perdu un peu en intelligence sociale, son bouleversement est tel qu’il en oublie les valeurs morales qu’il tenait (sans s’en rendre compte) lorsqu’il se jugeait bête.

Voilà le genre de livre où on est tellement proche du personnage qu’on le sent intuitivement, que l’on peut anticiper ses réactions et en l’occurrence dans ce récit, ses réflexions, car il s’agit de la grande introspection d’un homme sur ce qui lui arrive.
Une introspection douloureuse car on sait, comme lui la durée relative de l’expérience qu’il vit.
J’avais constaté avant « lui » tout ce qu’il avait perdu en relations humaines, pris dans son formidable quotient intellectuel, qui le transformait en machine à pense, à raisonner … mais en même temps lui enlevait ses capacités à aimer et communiquer.
Et ayant noté déjà mon premier avis, avant d’en arriver au passage où il réalise que lorsqu’il était arriéré, il avait des tas d’amis et qu’intelligent, pas un.

Ce livre est à la fois une découverte pour moi et un vrai coup de coeur.

Extraits
L’intelligence est l’un des plus grands dons humains. Mais trop souvent, la recherche du savoir chasse la recherche de l’amour. C’est encore une chose que j’ai découverte pour moi-même récemment. Je vous l’offre sous forme d’hypothèse : l’intelligence sans la capacité de donner et de recevoir une affection mène à l’écroulement mental et moral, à la névrose et peut-être même à la psychose. Et je dis que l’esprit humain qui n’a d’autre fin qu’un intérêt et une absorption égoïste en lui-même, à l’exclusion de toute relation humaine, ne peut qu’aboutir à la violence et à la douleur.

Je crois que j’ai changé durant ces semaines loin du labo, dis-je. D’abord je n’arrivais pas à voir comment faire, mais cette nuit, en errant à travers la ville, cela m’est venu à l’esprit. La bêtise c’était d’essayer de résoudre le problème tout seul. Mais plus je m’emmêle dans la masse de mes rêves et de mes souvenirs, plus je m’aperçois que les problèmes émotionnels ne peuvent être résolus comme les problèmes intellectuels. […] Sans que je sache pourquoi, je m’étais détaché émotionnellement de tout, des êtres et des choses. Et ce que je cherchais réellement, la nuit, dans les rues sombres –le dernier endroit où j’aurais jamais pu le trouver -, c’était un moyen de me rapprocher de nouveau des gens, émotionnellement, de faire partie de la foule, tout en gardant mon indépendance intellectuelle.

Pour en savoir plus :
Des fleurs pour Algernon a obtenu le prix Nebula du meilleur roman en 1986.
Un téléfilm franco-suisse en a été tiré en 2006.
Plusieurs épisodes de la série Les Simpson font explicitement référence à ce roman, dans l'un d'eux Omer tient le rôle de Charlie, tandis que dans un autre Lisa tient un journal intime sur sa dégénérescence intellectuelle.