dimanche 19 octobre 2014

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworsky

"Au bout de dix heures de combat, quand j'ai vu la flotte du Chah flamber d'un bout à l'autre de l'horizon, je me suis dit "Benvenuto, mon fagot, t'as encore tiré tes os d'un rude merdier". Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères de la République de Ciudalia venaient d'écraser les escadres du Sublime Souverin de Ressine. La victoire était arrachée, et je croyais que le gros de la tourmente était passée. Je me gourais sévère ..."

Le moins que l'on puisse dire c'est que la quatrième de couverture annonçait joyeusement la couleur de ce qui allait être mon livre de chevet durant 10 jours .... 
"Je me gourais sévère" .... Benvenuto Gesufal pouvait bien le prédire maintenant que la victoire acquise, il allait falloir se partager le butin mais surtout intriguer pour ne jamais perdre la face, pour bien asseoir ses acquis et ses ambitions ..... Car Leonide Ducatore, tout fin stratège qu'il soit, est un sacré politicien véreux, manipulateur, n'hésitant aucunement au sacrifice pour parvenir à ses fins .... et comme le dit si finement Benvenuto, c'est son patron ..... et lui en sera le plus grand jouet afin d'assouvir ses désirs et buts.

Gagner la guerre c'est déjà un fort beau livre, magnifique (de ceux qui me confirment que jamais je ne passerai au numérique même si en parallèle avec de vrais livres) .... une couverture à tomber par terre (j'ai passé 10 jours à la contempler systématiquement avant d'ouvrir le livre, en plus un voilier quoi, je me pâme !!!), un livre fort lourd aussi (presque 1,2 kilos ! ce fut du grand art pour ne pas le faire tomber dans la baignoire celui-ci !) ....

C'est aussi un roman dont  on est happé dès les premières pages, non que dis-je, dès les premières lignes, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, si ce n'est qu'après avoir lu Janua Vera, je savais que j'aimais la façon d'écrire de Jaworsky. En réalité, ce fut juste un coup de coeur, j'ai dévoré d'un bout à la fin, complètement dedans, c'est bien écrit, c'est rythmé, on a la sensation de se tenir à côté de Benvenuto à chaque instant et de vivre intensément ce qu'il traverse. Une immense partie d'échecs dont les personnages sont des pions que l'on déplace de cases en cases selon les intrigues, j'ai même eu la sensation certaines fois de me trouver dans un jeu de rôle. J'ai vécu chaque combat, chaque fuite comme si cela se passait devant mes yeux, c'est vraiment très prenant et tellement bien écrit, tellement bien décrit qu'on le vit intensément.
J'ai encore un souvenir percutant de certaines scènes : comme la fuite de Benvenuto à travers les toits, ou alors le final incendiaire .... OMG quoi ! C'est du grand grand art !

L'autre point fort du roman, c'est le personnage en lui-même : Benvenuto Gesufal, donc, rédige son histoire à la première personne, c'est le type même du mauvais garçon : soudard, brutal, le langage fleuri, sans pitié, n'hésitant pas à étendre toute personne se mettant en travers de son chemin, même pour des raisons futiles (genre un excès de mauvaise humeur) ou culbuter le jupon au détour d'une rue .... Il ne montre ni émotion, ni sentiment .. en bref un beau salaud ...mais .... un salaud que j'ai adoré, Jaworsky réussit à nous faire aimer un mauvais personnage ! Il faut dire que chacun est manipulateur dans l'âme, chacun est pourri à sa façon, c'est brutal et cru. On a affaire à de vrais durs, qui n'épargnent pas le lecteur, on s'en prend plein les mirettes !

Autant dire aussi que Jean Philippe n'épargne pas davantage son personnage principal : le nombre de coups qu'il se prend dans la gueule, c'est juste hallucinant et il n'y va pas avec le dos de la cuillère, on est loin des héros qui se prennent des coups et se relèvent "même pas mal" .... Non Benvenuto se relève parce que c'est une tête brûlée, une tête de lard mais il souffre, on lui défonce la tronche au gantelet, pas de faux-semblants, c'est aussi gore qu'un Urgence en pleine panique, le sang, les dents déchaussées, le nez cassé, la mâchoire fracturée, du grand art ! L'auteur a du sacrément bien se renseigner pour être aussi au courant de ce genre de blessures !
Je suis d'ailleurs assez étonnée d'avoir aussi bien supporté les scènes horribles, probablement grâce à l'humour noir dévastateur de Benvenuto :
"Lui aussi, je le traînai jusqu'aux gaffres endormis, histoire qu'ils se tiennent chauds entre refroidis"
C'est imparable ! Il aurait fallu que je les note au fur et à mesure mais j'étais trop envoûtée pour m'arrêter en pleine lecture afin de prendre des notes, déjà qu'il fallait que je le laisse à la maison lorsque j'allais à la mine (j'avoue je l'ai emmené une seule fois mais je n'ai même pas eu le temps de l'ouvrir).

Quant à l'intrigue, commencer par la victoire constitue déjà une façon particulière d'aborder un récit, on entre de toute façon en plein dans l'action .... L'histoire fait penser à la Renaissance Italienne, de par les descriptions des demeures, des rues, mais aussi aux Romains, on ne sait pas bien donc à quelle époque on se situe. Le côté fantasy est très dilué mais savamment ajouté : des elfes discrets, un nain très grincheux, des magiciens qui pratiquent la nécromancie. Pour le reste, intrigues politiques bien menées, vision économique et militaire d'un monde parfaitement bien construit et sensé, tout se tient.
Il y a aussi un côté très noir dans ce roman, la présence de ces fantômes, de ces morts qui hantent Benvenuto, ce qui distille une sorte d'angoisse sourde, d'autant plus forte que c'est rédigé à la première personne et que l'on suit notre personnage pas à pas.

Je me rends compte à quel point mon billet est décousu et qu'il ne rend pas assez hommage à ce formidable roman, il faut dire que c'est difficile de structurer ses pensées quand on a adoré à ce point, je viens juste de l'achever et j'ai envie de dire que Benvenuto me manque déjà !

Merci Jean-Philippe Jaworsky pour ce pur bonheur de lecture, pour ce bijou qui comptera désormais dans mon panthéon des "livres préférés".
Gagner la Guerre est juste un Chef d'Oeuvre !

Extrait
"La vie est une chierie.
Vivre, c'est souffrir. La naissance, c'est une expulsion obscène, pleine de cris, de sang et de mucus ;  c'est un coup de dé où la mère peut claquer, où le morveux peut claquer, quand ce n'est pas maman et bébé qui parent ensemble faire un câlin définitif entre quatre planches. C'est aussi la première occasion pour le chiard de se retrouver la tête au carré ; à peine dégringolé, on le tabasse jusqu'à ce qu'il gueule ; ensuite, on le rectifie au couteau, histoire de le couper du paradis terrestre et de lui signifier que c'est la vie, que les ennuis ne font que commencer. Mourir, par comparaison, c'est déconcertant de facilité -et croyez- moi, je sais de quoi je parle. Il suffit d'être distrait, de  trébucher ou de lâcher prise. Ce qui est dure, ce qui est effrayant, ce qui fait la différence entre un beau mort et un cadavre torturé, ce n'est pas la camarde :  c'est l'obstination avec laquelle la vie s'est accrochée à une viande condamnée."

Ailleurs

mercredi 15 octobre 2014

A l'école lisons (9)

Voilà une éternité que j'avais laissé tomber cette rubrique ..... Il est temps de la reprendre, car même ayant hélas ma classe à mi-temps durant quelques mois, le mercredi est arrivé à point nommé pour replacer cette fameuse matière "littérature" qu'on avait tant de mal à caser avant .... Car quand je parle de littérature, il ne s'agit pas seulement de LIRE mais aussi de décortiquer, de trouver des sens, des explications, des hypothèses, bref réfléchir sur ce qu'on lit .....

Cette année pour commencer, j'ai choisi des valeurs sûres, deux albums (dont l'un est une BD en réalité) que j'ai toujours énormément appréciés.

CM1 : Une histoire à quatre voix d'Anthony BROWN


Cet auteur là est une référence dans la littérature enfantine, il a écrit somme d'albums qui ont tous rencontré un bon succès. Une Histoire à quatre voix, comme son titre l'indique, est un récit raconté à quatre voix, une mère, son fils et un père, sa fille ... lesquels sont symbolisés par des singes (personnages de référence de l'auteur).

Il est difficile en quelques lignes de décrire la richesse de cet album si ce n'est qu'il couvre un panel de sensations et d'impressions très vaste : la solitude, la joie, la tristesse, les différences entre la richesse et la pauvreté, la liberté mais l'oppression aussi, les différences de points de vue ... le tout servi par des illustrations absolument sublimes qui renforcent le texte mais qui fourmillent de tas de détails et surtout de plein de symboles .... sans oublier toutes les référentes artistiques à Magritte, Léonard de Vinci, Rembrandt .....

Cet album est juste une perle et je suis certaine de faire un sans faute lorsque je les présente aux gamins : ils adorent de façon inconditionnelle et participent toujours de manière exponentielle au fur et à mesure des séances. Cet album aura même réussi l'exploit cette année de brancher un élève qui depuis ses débuts à l'école n'avait pas encore compris ce qu'il y faisait .... et rien que cela c'est du bonheur !!!!
Comme quoi l'école sert encore à quelque chose .... 




CM2 : Les trois chemins de Lewis TRONDHEIM et Sergio GARCIA

Cette BD fait partie de mes préférées tellement elle est géniale .... 
Trois chemins donc empruntés d'une part par un grincheux avare, riche et son valet persécuté ; d'autre part par une gamine Roselita naïve et joyeuse qui se lance à la recherche du maître des nuages et enfin de H-Deuzio un robot amnésique qui se retrouve sur un bateau. 

Si ces trois chemins démarrent séparément ; dès la deuxième page, ils commencent à se croiser, se décroiser, pour se recroiser un peu plus loin, amenant des contacts entre les personnages et des situations particulièrement cocasses. 

J'ai du le lire au moins 10 fois déjà cet album et je me marre toujours autant à certains moments tant le décalage entre les personnages est bien construit, plein d'humour ...  Le summum étant les dialogues entre Roselita,  convaincue que H Deuzio est son chevalier dont elle est amoureuse, tandis que lui la prend pour une folle et en a une peur panique. Bref c'est savoureux, les enfants adorent aussi et cela leur permet un sacré exercice de repérage dans les pages (bon heureusement que je n'ai pas de dyspraxiques cette année dans ce niveau, ce serait un peu ardu !!)
Il existe un autre album du même auteur, qui se passe sous la mer mais j'avais moins accroché.




dimanche 12 octobre 2014

Le prestige de Christopher Priest

"Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci.
Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XIXe siècle ..."

Ce roman fut ma première découverte de cet auteur et je ne présageais de rien dans la mesure où je suis loin d'être fan de magie et de prestidigitation. Et pourtant l'alchimie a merveilleusement fonctionné.
En premier lieu, c'est un roman qui se lit vraiment bien, je suis tout de suite entrée dedans.
Ensuite, cette histoire à quatre voix -dont deux journaux intimes des deux magiciens - est vraiment une façon originale et intéressante d'aborder un récit, d'autant plus qu'elles sont rédigées à la première personne avec des personnalités différentes et même des façons différentes d'écrire.
Et enfin le fait d'exposer chaque point de vue des deux antagonistes est d'autant plus passionnante que l'on ne sait en fin de compte plus qui est le "méchant" dans l'affaire qui a opposé Border et Angier, c'est d'ailleurs toute la magie qu'a opéré Christopher Priest.

On s'attache, au travers de leurs journaux, aux deux personnages, avec cette sensation de les voir être victimisés, chacun leur tour, au point que l'on ne sait plus où l'on en est. En réalité, c'est le travail sur ces deux points de vue qui fait toute la qualité du roman, car dans le fond, aucun n'avait raison et aucun n'avait tort, ce sont juste deux humains qui à un moment donné, se sont retrouvés opposés et en ont souffert toute leur vie : qui aurait pu céder en premier ? qui aurait pu accéder au pardon ? On leur trouve à tous les deux mille raisons d'en vouloir à l'autre et mille raisons de regretter à leur place ce conflit. Je salue vraiment cette façon de mettre le lecture en porte à faux avec ses pré-requis après avoir lu le tout premier journal et cette manière de nous faire réfléchir sur le ressenti d'un être humain. Pour chacun des personnages, c'est évidement l'autre qui est l'auteur de la haine et c'est l'autre qui doit être puni mais en dépit de cela, chacun d'entre eux ressent de la culpabilité à faire mal à son rival, aussi voit-il qu'il a une part de responsabilité dans l'affaire. Pourtant, parce que c'est lui qui souffre (on ne peut guère souffrir à la place de l'autre, si ce n'est tenter de se mettre à sa place et ressentir par empathie quelque chose que de toute façon on ne vit pas réellement dans son corps et dans sa tête) il a du mal à accepter sa faute.

Le côté fantastique du récit est complètement masqué par la perspective de pénétrer un monde tout à fait mystérieux : celui de la prestidigitation dont Priest nous révèle certains côtés tout en cachant les réelles explications, la rencontre d'Angier avec le scientifique Tesla opérant un véritable tournant dans le fantastique qui nous conduit à une fin effrayante et surprenante, bien que des indices aient été donnés peu à peu au fil du récit.
Ce qui est très bien mené dans ce livre, c'est que toute la résolution du mystère se trouve condensée dans la dernière partie, on est emmené peu à peu vers l'irréel mais sans en savoir les tenants et aboutissants avec la fin.

En tout cas j'ai vraiment dévoré ce livre d'un bout à l'autre, c'est une première découverte qui m'a enchantée, je pense que je vais en lire d'autres de cet auteur.

Ailleurs

mercredi 8 octobre 2014

Le protectorat de l'ombrelle Sans honte *** Sans coeur **** de Gail Carriger

Le Protectorat de l'ombrelle ... c'est le bien ... une délectation de tous les instants, romans après romans ...
J'ai lu ces deux-ci durant l'été, presque coup sur coup (m'en reste plus qu'un que je ne vais pas tarder à acheter) et comme à chaque fois c'est du pur bonheur !!

Notre héroïne favorite, donc, Alexia Tarabotti , ne cesse de défrayer la chronique. Dans "Sans honte", elle est obligée de retourner vivre chez ses parents, au grand dam de ses soeurs qui la jugent telle une Cendrillon qui risque de leur faire de l'ombre .... pas par sa beauté mais par son indécrottable culot .... Tout va pourtant mal pour Alexia, elle est exclue du Cabinet fantôme par la reine Victoria, son plus cher ami Lord Akeldama a quitté la ville et pour couronner le tout elle se retrouve la proie de vampires qui ont juré sa mort .... sans oublier le manque évident de soutien de son mari qui l'a répudié lui aussi ... Car Alexia est dans une condition "délicate" .... condition qui saura évidement être traitée avec beaucoup d'humour par Gail Carriger.

"Le désagrément embryonnaire et elle semblaient être parvenus à un accord. Il la laissait manger le matin. En retour, Alexia commençait à penser au petit être sinon avec affection, du moins avec une certaine tolérance."

Cette fois-ci c'est en Italie, auprès des Templiers qu'Alexia part trouver la vérité, d'une part pour fuir ceux qui veulent la mort de son enfant, d'autre part pour prouver à son crétin obtus de mari que le petit être est bien de lui ! On retrouve aussi avec délice les personnages secondaires qui font la saveur de cette série vraiment chouette. J'adore notamment Lyall le Béta de la meute de Woolsey, lequel prendra encore plus d'importance dans le tome suivant Sans coeur, dans lequel c'est la reine cette fois-ci qui est menacée par un fantôme fou.

Cela dit, Alexia n'est pas au bout de ses peines, elle doit désormais partager sa maison avec Lord Akeldama, sa soeur a rejoint le mouvement des suffragettes et des porcs-épics zombies envahissent Londres. Heureusement son benêt de mari est enfin revenu à la raison ( ce dont je suis bien satisfaite, j'ai détesté son comportement dans Sans honte) : les retrouver à nouveau réunis fut un vrai bonheur, surtout lorsqu'on sait qu'Alexia avec son fort caractère n'est pas prête à se ranger, toute enceinte qu'elle est. On en arriverait presque à plaindre ce pauvre Lord Maccon ... presque parce qu'au final c'est un juste retour des choses après ce qu'il lui a fait subir dans le tome précédent.

En bref, je m'éclate toujours autant à lire cette série qui parvient à garder son intérêt jusqu'au bout, sans s'essouffler. Je le dis et le répète c'est vraiment très très chouette.

Romans qui entrent dans le cadre du Challenge SFFF Féminin de Tigger Lilly

dimanche 5 octobre 2014

Nos étoiles contraires de John Green

"Un jour viendra où nous seront tous morts. Tous. Un jour viendra où il  ne restera plus aucun être humain pour se rappeler l'existence des hommes. Un jour viendra où il ne restera plus personne pour se souvenir d'Aristote ou de Cléopâtre, encore moins de toi. Tout ce qui a été fait, construit, pensé et découvert sera oublié et tout ça n'aura servi à rien. Ce jour viendra bientôt ou dans des millions d'années. Quoi qu'il arrive, même si nous survivons à la fin du soleil,  nous ne survivrons pas toujours. Du temps 'est écoulé avant que les organismes acquièrent une conscience et il s'en écoulera après"

Il est des livres au destin improbable, des livres qui se retrouvent entre vos mains complètement par hasard, des livres dont on redoute la lecture parce qu'ils ont été soit encensés, soit adaptés au cinéma, soit ... soit ...
Nos étoiles contraires est l'un d'eux ... Prêté par une amie qui avait chargé mon binôme (oui binôme c'est plus élégant que décharge de direction n'est-ce pas ? faut bien trouver des termes plus élégants à ma nouvelle situation professionnelle) de le ramener à la médiathèque le lendemain ... une soirée donc pour m'enfiler les 350 pages de ce roman dont je savais qu'il avait son petit succès au cinéma (à tort ou à raison, je n'ai pas vu le film bien évidement) et qui pouvait apporter le pire comme le meilleur ..

Ce roman fut une véritable claque en vérité ....  pour le résumer en quelques mots, il raconte la rencontre entre Hazel et Augustus, deux adolescents qui luttent, chacun à leur façon contre le cancer mais qui ont encore des rêves plein la tête.  Une sorte de Roméo et Juliette façon moderne sans excès de dramatisme. Autant dire qu'un tel livre me faisait appréhender le pire. Or rien de misérabilisme, juste une histoire d'amour même pas niaise, des adolescents qui vivent tout simplement. Si leur maladie est omniprésente, il n'y a aucune trace de pathétisme, même si évidement c'est triste, j'ai fini le roman en sanglotant comme une perdue mais à la rigueur c'était prévisible.

Ce que je trouve vraiment intéressant dans ce livre, destiné aux ados, c'est la façon dont ses jeunes personnages appréhendent leur vie, leur maladie, avec courage certes mais aussi avec humour, ("J'ai scintillé comme un sapin de Noël, dixit Augustus après son passage au scan) sans occulter la peur, la souffrance. On n'est pas face à des super héros qui nous donnent des leçons de savoir vivre, d'abnégation, chacun d'eux peut péter un plomb, en avoir marre, leur courage n'est pas dans la supportabilité de la maladie mais dans leur façon de vivre comme les autres ... même si Hazel traîne derrière elle une bouteille à oxygène pour pallier la déficience des ses poumons métastasés et Augustus une jambe artificielle, suite à un ostéosarcome .... même si Hazel ne veut pas s'engager dans l'amour car elle est telle une grenade dégoupillée, autant limiter les souffrances d'autrui lorsqu'elle partira .... sans savoir qu'en réalité on peut être tous la grenade de quelqu'un et en être aussi bien la victime.
John Green nous livre là une histoire franche et spontanée, que nous savons être terrible "le monde n'est pas une usine à exaucer les voeux"mais qui parvient à nous faire oublier que ces deux jeunes là sont en sursis, car finalement, même si le cancer est présent, il est relégué au second plan, bien qu'il nous rattrape insidieusement au fil des pages tout en surprenant par son retournement de situation.

En parallèle à l'histoire, celle d'un livre qui porte la jeune héroïne "Une impériale affliction" d'un certain Van Houten qu'Hazel rêve de rencontrer parce qu'il a achevé son unique roman, narrant la maladie d'une certaine Anna, sur une phrase en suspens, sans le conclure .... Hazel, puis Augustus, une fois qu'il aura découvert le roman à son tour, ont alors à coeur de partir en Hollande tenter de rencontrer l'auteur.
Une sorte d'aventure, une course contre la montre, pour ces moments rares de prise sur leur vie.

Il aurait été dommage de passer à côté de ce roman, même si son sujet fait partie de ceux que je supporte le moins. Sensible, bien écrit, entre rires et larmes, c'est comme je le disais au début une sacré claque ...

Je conclue ce billet en ayant une pensée pour une étoile partie trop tôt il y a maintenant 5 ans ....  et que je n'oublie pas ...


mercredi 1 octobre 2014

Tour de niche ....

Durant cet été, quelques livres lus, à chroniquer à présent en faisant ce qu'on peut lorsqu'il s'agit de lectures datant en terme de mois ....

En littérature jeunesse
- Mémoire à vif d'un poilu de quinze ans de Arthur TENOR : Maxilimilien a 15 ans, lorsqu'éclate la première Guerre Mondiale. Son plus vif désir devient alors de couvrir l'évènement afin de se préparer à son futur métier de grand journaliste ... sauf que cette guerre vue de près ce n'est pas joli joli.
Ce petit roman de moins 150 pages se lit très bien et si l'on met de côté le fait peu probable qu'un gamin ait pu un jour se retrouver en première ligne, c'est un beau témoignage de la vie des tranchées, des horreurs de cette véritable boucherie, de la souffrance de ces hommes livrés en pâture à l'ennemi ....le seul reproche que je pourrais faire à ce roman, c'est que cela reste très factuel, très appliqué dans l'écriture avec un manque de spontanéité. Je le conseillerai néanmoins à mes bons lecteurs CM2 pour sa qualité historique indéniable.
Extrait :" Je n'arrive pas à admettre qu'on laisse crever un être humain qui souffre à moins de cinquante pas ! Je ne peux pas admettre qu'on puisse tirer sur un adversaire qui sauve un de ses copains blessé. Je ne peux pas, je ne peux pas .... Je refuse d'admettre toutes ces infamies ! Parce que ce n'est pas ça, la guerre. La guerre, c'est honorable ..."
Il raya ces derniers mots, car il faut pris d'un doute : la guerre pouvait-il être honorable ? "

- Ceux qui osent de Pierre BORDAGE : Ce roman fait suite à Ceux qui sauront et Ceux qui rêvent, une trilogie uchronique sur les lendemains d'une Révolution française qui n'aurait pas eu lieu et de ce fait un vingt et unième siècle encore sous le joug des bourgeoisie et du Tiers Etat. Après avoir fui en Amérique pour trouver l'Eldorado, une province qui échappe encore à la tyrannie des royaumes coalisés, Jean et Clara doivent affronter l'impensable, en effet les autres royaumes ont décidé de déclarer la guerre à l'Arcanecout.
Le récit se déroule entre les lettres adressées entre les deux protagonistes et ce qu'ils vivent, ce qui donne une légère répétition des évènements. Ce n'est pas mon préféré de la trilogie, loin de là, au contraire je m'y suis un peu ennuyée, sans compter que cette guerre avec ses atrocités (eh oui je suis désolée mais je suis toujours aussi allergique aux tortures gratuites et au sadisme de ceux qui les perpétuent, il n'y a rien à faire, cela m'écoeure et qui plus est, cela n'apporte strictement rien au récit si ce n'est montrer la barbarie des hommes que personne n'ignore !) qui s'éternise m'a assommée. De plus la romance entre Jean et Clara, séparés et souffrant de cet éloignement, est carrément insupportable. Déception donc pour la conclusion de cette trilogie qui avait pourtant bien démarré.

- Deux ans de vacances de Jules VERNE :  C'est en allant à Fontenoy le Village du Livre, au mois de Juillet, que je suis tombée sur ce roman de Verne, que j'avais lu dans mes jeunes années. Sitôt acheté, sitôt dévoré. Jules Verne est un conteur, un vrai, une fois le nez dedans on n'en sort plus, même si on est loin à présent des clichés de son temps : le mousse qui est noir évidement, qui vouvoie et se dévoue à ses pairs (qui ont son âge), l'unique femme du récit qui, aussitôt secourue par ces braves anglais polis et bien élevés, s'empresse d'endosser son rôle de femme au foyer (clin d'oeil à Tigger Lilly qui adorerait cette image ^^) et de mère pour orphelins désoeuvrés, sans oublier les méchants hommes sans foi ni loi contre qui ces braves et honnêtes jeunes doivent lutter.
Bon, en dépit de cela, j'avoue, c'est du Jules Verne alors forcément j'aime, parce que j'ai un peu du mal à être objective face à des lectures d'enfances que j'avais adorés (inutile de me demander un jour de porter le moindre regard négatif sur la série de l'Etalon Noir, ce sera juste impossible). Je me souviens d'ailleurs qu'une série avait été tirée de ce livre et diffusée à la télé, que je regardais avec beaucoup de plaisir. Ce côté enfants Robinson sur leur île a un côté très rafraichissant même si c'est désuet. Deux ans de vacances reste l'un de mes préférés de l'auteur.

En littérature adulte
- Le Dragon Griaule de Lucius SHEPARD : Il est une région placée sous la domination d'un dragon géant, une bête immense qui aurait régné sur un âge antique et qui maintenant use de son influence pour gouverner habitants de ces alentours. Ce roman, à la couverture superbe, se décline en 6 nouvelles qui dépeignent les actions "psychiques" de cet animal et les réactions des uns et des autres à son contact. En réalité je n'en ai lu que 2 et demi parce qu'il faut bien l'avouer, je suis passée complètement à côté de ce roman que tant décrivent comme un chef d'oeuvre, un très beau recueil etc .... Personnellement je n'ai pas accroché du tout, certes c'est magnifiquement écrit mais rien n'a titillé ma fibre sensible, sauf la seconde nouvelle : La fille du chasseur d'écaille qui plonge dans les entrailles du monstre pour y vivre plusieurs années, j'ai vraiment été conquise par cette nouvelle pour ensuite craquer à la suivante et refermer le livre. Evidemment j'aurais pu me forcer mais je n'ai plus envie de cette façon d'appréhender la lecture, surtout en ce moment alors tant pis, ce livre fait partie de ceux qui ne sont pas pour moi.

- Dictionnaire amoureux du Cheval de HOMERIC: rien à voir avec de la fantasy mais il me fut offert par Tigger Lillly pour mon anniversaire. Comme son nom l'indique c'est un dictionnaire et comme son nom l'indique aussi, pour les amoureux du cheval, en fait c'est surtout son auteur qui en est réellement amoureux, la façon dont il les dépeint ressemble de façon troublante à la façon dont serait décrit un amant. C'est très chouette, c'est très poétique, c'est même piquant à certains moments, je ne résiste pas à livrer là un extrait 
"Nos hommes politiques sont de grands enfants qui s'imaginent qu'une fois en selle sur une monture comme sortie d'un bain de lait, les peuples reconnaîtront leur grandeur, leurs desseins géniaux à défaut d'être vertueux. Vous souvenez-vous de ce président de la République nommé Nicolas Sarkozy, de son empressement à grimper sur le dos d'un cheval camarguais qui se serait bien passé, en ce jour ensoleillé mais ô combien funeste, de cette publicité tapageuse ? Tel Napoléon sur ses fiers chevaux de sang arabe, le jockey Sarkozy entendait se grandir sur une monture éclatante de blancheur".
Homeric donc aime profondément les chevaux de course et les pare de mille qualités, beautés et noblesse, au point que quand on aime ces grandes bêtes fougueuses, on ne peut être que conquis ... Le seul reproche que je pourrais lui faire c'est que pour ces quelques cracks qu'il pare d'or et d'argent, il en oublie les milliers restés dans l'ombre, poussés aux extrêmes, quelquefois conduits aux abattoirs, ceux que l'on peut retrouver dans les clubs, un peu dingos, abîmes, marqués par le dur travail demandé. N'en reste pas moins que ce dico du Cheval est tout de même un bel hymne à la plus conquête de l'homme.

dimanche 28 septembre 2014

Lasser mystère en Atlantide de Sylvie Miller et Philippe Ward

Après les dieux Egyptiens, ce sont les Grecs qui commencent à s'intéresser à Jean Philippe Lasser, détective des dieux depuis quelques temps, et pas n'importe quels dieux : c'est Zeus en personne qui vient lui demander .... de retrouver l'Atlantide ... Rien que cela, c'est pour dire à quel point notre détective préféré est monté en grade depuis ses premières enquêtes en Egypte.

" - Donc je dois chercher quoi ?
- L'Alantide.
J'étais habitué aux requêtes extravagantes ds dieux -j'avais déjà récupéré un chat, un manuscrit sacré et même le sexe d'Osiris -, mais là, je n'en revenais pas. L'Atlantide, rien que ça ! Un continent disparu depuis des milliers d'années, si toutefois il avait vraiment existé.
J'ai fixé Zeus en me demandant s'il ne se payait pas de ma tronche, s'il ne cherchait pas à me mener en bateau."

L'Atlantide donc ..... heureusement Lasser sait qu'il peut compter sur ses amis  : Fazimel qui l'a déjà assisté dans pas mal d'enquêtes,du chat Ouadou (en réalité le Dieu Nefertoum) et Amr le Djinn qui l'avait déjà aidé lors de ses précédentes enquêtes.

Ce Tome-ci, bien qu'il soit empreint d'un peu moins d'humour que les précédents, se laisse lire avec toujours beaucoup de plaisir, le dépaysement est assuré avec ce nouvel univers (j'ai particulièrement aimé toute la partie concernant l'Atlantide même), avec un bon soupçon de science-fiction pour couronner le tout.
Encore une fois le duo Miller-Ward fait mouche et nous entraine dans un récit haut en couleurs.
J'ai envie d'ajouter que c'est aussi le genre de roman idéal lorsqu'on a envie d'une lecture divertissante, sans prise de tête.
Vivement le Tome suivant !

Ailleurs

Ce livre entre dans le Challenge SFFF Féminin de Tigger Lilly.


dimanche 21 septembre 2014

La trilogie des abîmes de Danielle Martinigol


En guise de trilogie, il s'agit en réalité des deux premiers tomes : Les abîmes d'Autremer et l'Envol de l'abîme puisque le troisième tome est malheureusement épuisé et introuvable même en occasion ...




Cette série prend naissance sur une étrange planète appelée Autremer qui, comme son nom l'indique, est recouverte par les eaux.
Dans le premier tome, Sandiane est une jeune fille assistante de son père, journaliste, à la recherche d'un scoop, et quoi de mieux pour se faire connaître qu'enquêter sur ces mystérieux Abîmes les vaisseaux qui sillonnent le ciel ? C'est alors que les découvertes qu'elle va faire vont dépasser le simple besoin de la célébrité mais elle risque de l'apprendre à ses dépens ....A moins qu'elle évolue dans un destin qu'elle n'avait pas choisi ....

Dans le second tome on en apprend de plus en plus sur ces fameux (fameuses en réalité) abîmes et surtout leur alliance avec les humains à travers l'histoire de Corian qui rêve d'être un élu : un de ceux qui peuvent piloter ces incroyables vaisseaux ...

J'ai lu ces deux romans il y a un bon moment déjà donc mes souvenirs sont hélas déjà relativement flous, néanmoins j'ai vraiment énormément apprécié .... Sous une trame écologique de protection des grands fonds marins, Martinigol nous entraine dans des récits palpitants dont le point clé est le lien qui unit abîmes et pilotes .... liens qui ne sont pas sans rappeler ceux qui liaient chevaliers dragons et leurs montures dans la sage de Mc CAFFREY ..... jusqu'aux instants de l'imprégnation et du choix de leurs maitres par les animaux .... il y a énormément de similitude entre les deux, mais Martinigol s'en démarque par la nature même de ses abîmes et l'étrange façon de les piloter.

J'ai toujours été conquise par ses relations fusionnelles entre animaux et humains, à l'instar de Fitz et Oeil de Nuit dans la Citadelle des Ombres de Robin HOBB ou les daemons de A la croisée des mondes de PULLMAN, ou même celle qui existe entre le vaisseau animal Espérance et Légyria dans la trilogie de Johan HELIOT La quête d'Espérance. Celle qui prend forme dans les romans de Martinigol est captivante, car dévoilée par les yeux d'une personne qui, au préalable est cynique et imbue d'elle-même et du coup peu encline à respecter les secrets d'Autremer, elle fait prendre peu à peu conscience de la fabulosité de ces créatures.
En parallèlement, l'auteure aborde un sujet qui est très d'actualité : jusqu'où les révélations d'une presse peuvent aller au détriment des personnes qu'elle concerne ? n'y a-t-il pas une limite à ne pas franchir ? peut-on tout dévoiler au risque de faire souffrir autrui ?

Dans le second tome c'est au réalité show que Martinigol fait référence, au travers la sélection des candidats-perls, sous l'oeil de multiples caméras diffusant l'émission "Les vainqueurs de l'impossible" dans toute la Galaxie. Heureusement ces dérives des systèmes modernes ne sont qu'un aparté dans L'envol de l'abîme et c'est avec un regard émerveillé qu'on découvre le majestueux abîme sauvage et le parcours du jeune Corian.

Deux très chouettes livres pour jeunesse donc , vraiment dommage que la collection soit épuisée, d'autant que les couvertures sont signées de Manchu !

Lu dans le cadre du Summer Star Wars de Lhisbei.




vendredi 20 juin 2014

Hunger Games La révolte Tome 3 Suzanne Collins

Cet Hunger Games là signe le final de la trilogie amorcée avec Hunger Games, monde dans lequel les Etats-Unis sont divisée en douze districts, gouvernés de manière dictatoriale par le Président Snow ... jusqu'au moment où Katniss, choisie pour les jeux annuels (en réalité elle prend la place de sa petite soeur) va faire changer la face des choses ...

Ce Tome 3 promettait, si on en croit les commentaires dithyrambiques de certains auteurs, comme étant incroyable, encore meilleur que les précédents ou impossible à lâcher "comme si votre vie en dépendait" .... C'est qu'à présent le véritable combat contre le Président Snow est sensé commencer .. et que pour symboliser la rébellion, Katniss doit redevenir le geai moqueur.
En guise d'aventure, on est peu servi, le roman commence dans une lenteur presque exaspérante, entre les choix de Katniss, ses doutes, son manque de naturel, l'action tarde à se mettre en place, de plus j'ai enfin compris pourquoi depuis le début, non en réalité depuis le second tome Katniss m'exaspérait à ce point.
Cette sensation est parfaitement décrite par Johanne en page 236 : "Je trouve aussi ton petit numéro difficile à avaler. Tes amours mélodramatiques, ton côté défenseur de la veuve et de l'orphelin. Sauf que cela n'a rien d'un numéro, ce qui te rend d'autant plus insupportable."

Et voilà ..... Katniss, en geai moqueur, symbole de la révolution, est tout-à-fait agaçante, parce que lorsqu'elle doit se "programmer" pour se mettre en scène (sa base de rébellion est basée en fait sur les médias, j'y reviendrai) elle est absolument nulle ... alors qu'une fois lancée, son naturel revient au galop et elle devient pas miracle absolument géniale ..... Sauf que ce coup-ci , pour moi , la sauce n'a pas pris. J'aime les histoires d'anti-héros, j'aime celui ou celle qui devient extraordinaire par hasard, mais Katniss est juste horripilante .... 
Déjà elle est hyper égoïste, de plus ses "je t'aime, je ne t'aime plus", sa façon de ne jamais savoir qui elle apprécie ou non, vers qui elle va, sont absolument insupportables. A la base, elle était victime, d'un système qu'elle parvient, par ses sentiments -réels ce coup-ci- à tromper ...... engendrant par là-même un espoir pour les districts de se sortir d'un régime qui n'a que trop duré. Dans le premier tome, elle était crédible .... C'est ensuite que les choses se sont gâtées et que j'ai cessé d'y croire. Car ce n'est qu'un jouet dans les mains de manipulateurs qui se servent d'elle pour générer la révolte : filmée dans ses moindres actions ou ses paroles, elle a pour rôle d'entretenir la révolution, le soucis c'est que lorsqu'elle prend enfin les choses en main, c'est trop tard, je n'avais plus envie de la soutenir, juste envie de lui filer une bonne paire de claque.

J'avoue que du coup, même si le récit garde du tonus, j'ai lu ce tome 3 avec bien moins de plaisir que les deux précédents, je pense toujours que le premier est largement au -dessus des deux suivants. 

Le côté médiatisé de cette révolution comporte la partie la plus intéressante de cette trilogie. Dans Hunger Games, les candidats étaient préparés comme des bêtes de foire, sponsorisés puis filmés dans leurs pires souffrances. La révolte est elle aussi complètement médiatisée, c'est une sorte de guerre psychologique de manipulation d'un côté et puis d'un autre, chacun (d'un côté le Capitole et de l'autre les résistants) tentant de prendre l'autre de vitesse avec des flashs d'infos percutants et entrainants et qu'importe ce qui est filmé : les tragédies, les tortures en direct, tout est bon pour attirer d'un côté et faire croire en la vérité, le symbole de tout ceci étant au final Peeta, manipulé contre son gré, qui essaye de se reconstruire après tout ce qu'il aura subi. C'est le personnage qui reste le plus marquant et le plus intéressant, de loin de cette trilogie et celui qui lutte le plus fortement.

Au final, je n'ai pas aimé ce tome-ci pour toutes les raisons évoquées, il n'empêche que cette trilogie reste très correcte en terme de littérature jeunesse, avec les ingrédients qu'il faut pour plaire à des adolescents mais il manque quelque chose pour en faire du grand roman, un souffle, un développement plus profond des personnages .... et surtout un personnage principal qui n'a aucune ampleur.

Ailleurs
Olya ; Vert ....

Ce livre entre dans le Challenge SFFF au féminin de Tigger Lilly.



mardi 17 juin 2014

Les chemins de Damas de Pierre Bordage

Dans une France ruinée, détruite par quinze années de guerre, la misère et la corruption règne partout : des bandes organisées trafiquent, volent, tuent, pillent, tandis que d'autres tentent de continuer à travailler et vivre presque normalement. Mais des enfants disparaissent mystérieusement, sans que l'on sache si c'est l'oeuvre de trafiquants d'organe ou de sexe, ou alors dans le but de former une armée d'enfants ..... C'est ainsi que Jemma, femme divorcée, part à la recherche de sa fille disparue comme les autres ... pour entreprendre un long voyage vers le Moyen-Orient avec pour seul compagnon un homme énigmatique nommé Luc.

A la manière d'un Jean Marc Ligny, Bordage présente là une anticipation, sauf qu'il ne s'agit pas des suites de catastrophes écologiques dues à la négligence des hommes durant de longues années, mais de la plus grande des tragédie que l'homme ait inventée : la Guerre .... une guerre qu'aura mené l'Europe contre les nations musulmanes et qui l'aura laissée exsangue et en proie au risque de l'invasion d'un mouvement évangéliste venu des Etats-Unis le grand gagnant (avec l'Inde et le Chine de ces guerres) . Comme tous ces romans d'anticipation, c'est effrayant car réel, on ne peut que croire en un monde en proie à la folie d'une nature rendue hystérique par la folie d'exploitation des hommes tout comme on peut facilement adhérer à la pensée de l'existence de nouvelles guerres de religion dans une France dont l'extrême droite à l'heure actuelle ne cesse de s'étendre.

Pierre Bordage, à travers le dangereux périple de ses deux personnages principaux mais aussi par le chemin de quelques protagonistes, nous présente cette Société meurtrie et ses diverses couches, vues par des regards et des perceptions différentes : des milliers de sans abris dont personne ne se préoccupe afin d'aider à réguler leur flux, des politiciens ou des policiers véreux dans un nouveau monde de mafia sans foi ni loi et en opposition une montée de la réactivation des réflexes chrétiens pour préparer la mission des évangélistes.

Ce roman est en réalité le troisième tome  d'une trilogie sur le Moyen Orient mais nul besoin d'avoir lu les deux premiers pour suivre celui-ci qui nous dépeint une descente aux enfers politico-économique d'une vieille Europe usée jusqu'à la trame.
 C'est déprimant et effrayant à souhait comme la plupart des romans d'anticipation avec tout un ensemble de portraits de pauvres ères qui tentent de se reconstruire sans trop d'espoir. On suit le périple de Jemma avec beaucoup d'angoisse, sorte de quête initiatique dans laquelle elle se dépouillera à la fois de sa vieille peau (habitudes de vie, petit traintrain) et de ses préjugés imposés par une vision réductrice ... Un roman qui se lit bien, malgré quelques lenteurs mais une structure intéressante de par la présentation des différents personnages qui finissent par se recouper. Et c'est pour moi la découverte d'une encore autre facette de cet auteur qui ne manque pas d'asséner au cours de son roman de sacrés coups de poings.

Extraits
"Je crois que l'Europe n'a plus d'avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l'emporteront sur les intérêts humains, l'Europe poursuivra sa descente aux enfers. Je crains qu'elle n'ait déjà passé le point de non-retour."

"La vision cyclique, la perspective historique auraient dû nous enseigne l'humilité, mais l'homme est pétri d'orgueil, il s'estime l'égal de Dieu, il veut immortels les monuments érigés à sa gloire et les frontières de ses empires, il espère dompter la matière et suspendre le temps, il oublie qu'il est aussi éphémère qu'un insecte ou une fleur, un grain de poussière qui retournera à la poussière."

dimanche 8 juin 2014

Méto l'Ile Tome 2 Yves Grevet

"Un carnage. Comme un matche d'inche qu'on aurait laissé durer sans jamais intervenir, un combat jusqu'à la mort de tous les participants. Une immense mêlée, avec des cris terribles qui couvraient presque le bruit des balles. Puis la douleur qui m'a soudain foudroyé. J'ai vacillé sous le choc ..."

Après un combat terrible à la sortie de la Maison dans laquelle Méto avait passé plusieurs années, incertain de son sort et de son destin, il se réveille les paupières collées et attaché à un lit.

Ainsi démarre le tome 2 de la trilogie de Grevet, de l'excellente trilogie devrais-je dire, puisque le suspense ne faiblit pas. Quant à l'ambiance, qui marque cette dystopie, elle est toujours aussi sombre et inquiétante. Si Méto et ses camarades sont parvenus à s'enfuir de la Maison, ses rituels et son angoisse, c'est pour retomber dans presque pire : la Société des Oreilles Coupées, ceux qui vivent en marge , cachés dans une île hospitalière, contraints de lutter contre les gardes de la Maison et de survivre dans des conditions très dures. Une société presque pré-historique qui fonctionne sur d'autres règles et rituels encore plus terribles, plus cruels, comme ces punitions pour garantir le silence, ces différentes tribus qui peuvent s'entretuer et le travail exténuant tout au long des jours.

A aucun moment on ne se sent en sécurité dans ce tome 2 tout comme les enfants échappés qui doivent se méfier de tout et de tous et faire usage d'intelligence et de ruse pour s'en sortir, Méto étant leur meilleur élément. Plus encore que dans La Maison, ce jeune garçon est le symbole d'un minimum d'espoir dans toute cette noirceur, un être qui reste lumineux et droit dans ses bottes : loyal, réfléchi il est l'antithèse des hommes brutes et bestiaux qui les entourent.

L'autre être lumineux de ce tome réside en Eve, celle qui se fait passer pour le Chamane, celui qu'on ne doit regarder dans les yeux sous peine de mourir. En Eve, Méto va trouver la force de résister et quelques clés pour accéder aux secrets enfouis sur l'Île. En effet, on en apprend un peu plus sur la présence des enfants ici, leurs enlèvements, mais sans dévoiler tout, l'auteur se réserve pour son grand final dans le tome 3 dont je vais avoir du mal à attendre la sortie en poche au mois de Novembre.

En tout cas une excellente série pour jeunesse.

Extrait
"Il nous sourit comme  s'il nous voulait ses complices. Nos regards marquent plutôt de la stupeur ou le dégoût devant tant de cruauté. A peine s'est-il éloigné que nous nous précipitons pour entourer Toutèche. Marcus bredouille, troublé :
- C'est de ma faute. Excuse-moi.
Le puni fait non de la tête. Ses yeux se veulent rassurants mais ils ont perdu cette expression que j'aimais tant. Je ne serai jamais du côté de ses bourreaux, même s'ils nous ont sauvé la vie. Je me promets de régler notre dette au plus vite et de les quitter."

vendredi 6 juin 2014

L'Opéra de Shaya de Sylvie Lainé

"L'enfer c'est les autres" a déclaré Jean-Paul Sartre dans sa pièce Huit-clos, sans doute poussé par un accès de misanthropie. Dans son quatrième recueil pour ActuSF, Sylvie LAINE voudrait nous inciter à croire que "le paradis, ce pourrait être les autres ..." Si chacun y mettait du sien. Si l'on se comprenait mieux. Si l'on n'était pas irrémédiablement borné par nos cinq sens et nos jugements qui virent parfois aux préjugés.

Ainsi débute la préface de Jean-Marc LIGNY qui présente le recueil de nouvelles de Sylvie LAINE .... des nouvelles essentiellement basées sur la rencontre de l'autre -sous toutes ses formes puisque cet autre emprunte l'apparence du sable dans l'une d'entre elles - et les sentiments que cela peut entraîner, sans oublier les conséquences positives ou négatives d'une compréhension mutuelle .... ou pas ...

C'est ma presque première lecture de cette auteure, autant dire que j'espérais bien ne pas être déçue, je ne suis pas super fan des nouvelles, sauf celles de Lisa Tuttle, mais en l'occurrence ce coup-ci pas de danger, Sylvie LAINE a d'abord une plume qui me plait, à la fois directe mais aussi tout en finesse, qui fait bien ressortir les sentiments de ses personnages. En quelques lignes elle parvient à nous faire entrer dans son histoire, sans passer trop de temps à se demander le pourquoi du comment, on sent qu'elle excelle dans cet exercice-là. De plus la description de ses univers est tout simplement féérique, les mondes décrits le sont d'une telle façon que l'on s'y sent de suite à l'aise, comme chez nous.

Mais parlons donc un peu de ces quatre nouvelles, je passerai rapidement sur
- Petits arrangements inter-galactiques que je connaissais déjà (d'où le "presque" première lecture) pour l'avoir lue dans Contrepoint, voici ce que j'en avais pensé à l'époque :
 Un aviateur commercial qui a une avarie avec son vaisseau est obligé de se poser sur Voldin, la planète des Grocs autrement dit les "grosses vaches " (au sens premier du terme). 
"Ils sont une dizaine, et ils ont l'air énorme : de monstrueuses grosses vaches roses assises sur leur arrière-train au milieu de la rivière."
Une nouvelle vraiment drôle avec un héros qui a un regard d'auto dérision qui entraîne une sympathie immédiate. L'une de mes nouvelles préférées.
 
- L'Opéra de Shaya qui est une novella (et la nouvelle phare du recueil qui lui vaut celle absolument magnifique couvreture) d'une centaine de pages narrant la découverte par So-Ann d'une très étrange planète sur laquelle la faune et la flore sont en totale empathie avec ses visiteurs, prenant leur ADN pour se modeler à eux. C'est véritablement une très belle écriture que cette nouvelle, on entre en symbiose immédiate avec le désir de So-Ann de découvrir quelque chose de nouveau, de tellement différent des planètes qu'elle visite et auxquelles elle doit s'adapter (une belle parodie d'ailleurs de la considération de l'apparence chez les humains : surtout être comme tout le monde, ne pas en différer sinon on est rejeté). Et subitement son désir comblé, cette étrange planète qui nous fait fondre de par son fonctionnement, mais en même temps j'ai eu rapidement des doutes sur la capacité d'adaptation de l'héroïne. C'est étrange à expliquer, comme une sensation diffuse que tout était trop beau pour que cela dure, je pense que j'ai tellement peu foi en l'humain au final que je craignais que cela ne tourne mal.
Je ne dévoilerai bien entendu pas si mes craintes étaient fondées ou non, tout ce que je peux encore dire sur cette superbe nouvelle, c'est que la vision de l'amour n'est pas la même pour tout le monde et peut amener à de telles incompréhensions qu'au final je l'ai trouvée cruelle et un peu triste .... parce qu'en même temps très réelle, So-Ann est tout simplement ..... humaine.

- Un amour de sable nous conduit à une autre rencontre, celle entre des humains et une matière non organique, qui n'a aucune raison d'aboutir à quelque chose de concret. J'ai trouvé le concept de cette nouvelle très original : faire s'exprimer à la première personne le sable, ses ressentis, ses sensations, faisant paraitre l'humain comme le moins apte à communiquer, le moins sensible en définitive à la découverte de l'autre.

J'ai presque envie de dire que c'est ce qui ressort de ces nouvelles (et Grenade au bord du ciel, ce météorite empli des souvenirs, de rêves que l'on veut faire connaître comme attraction pour les terriens , un comble ! et qu'importe si cela risque de générer des conflits et des tensions), ces rencontres voulues par tous ces êtres mais au final mal perçus par les humains, parce que comme le disait si justement Jean Marc Ligny dans sa préface, nous sommes parasités par nos sens et nos jugements hâtifs. Et du coup des rencontres avec l'autre échouées parce que dans le fond l'humain n'est pas prêt à cela, pas prêt à abandonner ses préjugés pour s'ouvrir véritablement à l'autre et à une autre culture.
 
Un recueil de nouvelles à lire en tout cas, j'ai beaucoup aimé cette véritable découverte de cette auteure et nul doute que j'y retournerai, sous forme de nouvelles puisque ce sont ses écrits mais du coup cela me donne vraiment envie de m'y replonger
A signaler son interview, très intéressante, à la fin du livre
J'en soulignerai un passage qui me parle vraiment (et qui parlera à tous ceux qui, un jour, ont mis la main à la plume) :
" Et sur la fin de l'histoire, quand la situation vire au tragique, c'est So-Ann qui a décidé de sa réaction, et pas moi. Son acte ultime, elle en a décidé seule, je ne l'avais pas prévu. Il m'a surprise, moi aussi, je lui ai demandé de l'expliquer, elle n'a pas réussi  complètement à le faire."

L'Opéra de Shaya entre, comme première lecture, pour le Challenge SFFF au féminin de Tigger Lilly.


Ailleurs

mardi 3 juin 2014

Hunger Games L'embrasement Tome 2 de Suzanne Collins

Parce qu'elle a osé forcer la main du Capitole, ce gouvernement qui règne tyranniquement sur les 12 Districts de Panem, lors des précédents Hunger Games, Katniss apparaît comme le symbole d'une rébellion qui menace d'éclater contre l'oppresseur. Ainsi se retrouve-t-elle dans la ligne de mire du Président Snow tandis que celui-ci n'hésite pas à mater la révolte dans l'oeuf, mettant en place une dictature encore plus sévère qu'elle ne l'était. Et surtout il décrète de nouvelles règles pour les Jeux de l'Expiation ... Katniss se retrouve à nouveau dans l'arène ....

Je n'avais pas particulièrement l'intention de poursuivre la trilogie de Hunger Games mais comme les tomes 2 et 3 se trouvaient en occasion aux Imaginales, je les ai achetés. Et puis en fin de compte je ne regrette rien, car il y a une qualité qu'on ne peut ôter à cette trilogie c'est qu'elle se lit plus que facilement, l'histoire est prenante. 

Si le premier tome mettait l'accent sur l'horreur de ces Hunger Games, jeu dans lequel seul le plus fort devra survivre, ceci devant des caméras, celui-ci développe la révolte qui couve depuis le triomphe de Katniss. Certains districts commencent à s'élever contre le régime du Capitole. Le côté intéressant du roman réside dans le fait que Katniss, tout en étant un anti-héros, devient le symbole, presque manipulé, de ce début de révolution. En effet c'est son geste désespéré de survie dans l'arène à la fin des Hunger Games qui passe pour un défi au gouvernement en place. De là au soulèvement il n'y a plus qu'un pas que certains n'hésitent pas à franchir.
Le climat d'oppression qui se met en place pour mater la révolte est bien décrit et entraine une certaine tension chez le lecteur, c'est étrange d'ailleurs à quel point l'on revient à des mesures Moyen âgeuses (ou antérieures) lorsqu'il s'agit de contrer la rébellion : séance de fouet en place publique, pendaisons, mise à feu des boutiques ou des maisons .... avec ce côté impitoyable du côté de ceux, les oppresseurs, qui pensent agir pour le bien de tous et dans la justesse des choses.

Ce roman n'a évidement pas le côté haletant du premier, et la partie du retour des Hunger Games est bien moins palpitante, du fait qu'on se doute plus aisément de qui va s'en sortir, de plus la résolution des énigmes m'a paru un peu plus simpliste. L'intérêt de ce tome ci résidait bel et bien dans le début de la révolte de Panem, mené malgré elle par une Katniss qui a pris de la maturité bien qu'elle ne sache toujours pas envers qui son coeur balance. IL faut aussi bien souligner que la plupart du temps, on ne sait pas comment les choses vont tourner. 

Cela reste un roman jeunes lecteurs, rondement mené mais sans grand exploit littéraire. Et la fin en cliffhanger donne envie de découvrir la suite.

Ailleurs
AcrO ; Olya ; Vert ;  Spocky ...